Les médias aux ordres du grand capital?
05/04/2011 08:05 par rgrs
Mon titre est un poncif classique de l'analyse marxiste et de ses multiples dérivés que l'on retrouve partout sur le net, entre des discours sur des complots ourdis par tel ou tel groupe d'intérêt, ou quelque analyse limitant l'action des médias à un but de manipulation des esprits. Cette image d'épinal qui colle aux médias va jusqu'à alimenter l'imaginaire de certains sur les prétendus complots juifs. Des groupuscules s'en sont même fait une spécialité en transformant le terme juif en sioniste, ils surfent sur l'antisémitisme nouvelle version qui grimpe chez nos minorités musulmanes pour recycler le viel antisémitisme français qui n'avait plus la côte. Mais si il est évident pour n'importe qui, que le fait que les médias appartiennent à de grands groupes financier agit nécessairement sur le comportement de ces derniers. Est-ce que pour autant le comportement des médias peut-être expliqué par cette unique raison? La réponse est clairement non, et l'on pourrait même ajouter qu'en réalité le fait que les médias soient aux ordres du capital n'explique en fait pas grand-chose de leur comportement en général.
Si je parle de ça, c'est qu'en regardant la page Facebook de l'UPR je suis tombé sur une drôle de vidéo de l'émission de Frédéric Taddeï où la question des médias était abordée. Ce qui est étrange c'est qu'en partant de la téléréalité et de sa nocivité les invités, en l'occurrence le sympathique, mais souvent excessif Francis Lalanne, en arrivent à une espèce de vision d'un complot visant à abrutir la jeunesse. Le début de ses propos étaient pourtant intéressants et pas du tout dénué d'intérêt, que l'on apprécie ou pas le personnage d'ailleurs. Ces propos qui visent à trouver une raison de manipulation dans l'étrange effondrement moral auquel fait face la télévision française sont un discours récurent à gauche comme à droite d'ailleurs. L'on retrouvera ici bizarrement les réactionnaires en accord avec les penseurs d'extrêmesgauche. C'est assez symptomatique d'un mouvement qui vise à vouloir chercher un mal raisonné dans l'origine des problèmes de nos sociétés, c'est-à-dire ici, à chercher une motivation au grand délabrement que connaissent les médias français. La plupart des théories du complot fonctionnent comme cela, elles font une construction à postériori en amalgamant des choix fait avec leurs résultats. En cherchant une motivation dans les conséquences négatives, on construit un raisonnement explicatif qui est quelque part rassurant parce que relativement simple. Il y a quelqu'un qui bénéficie de ces choix, c'est donc qu'il est coupable, tel est le raisonnement d'un complotiste moyen. N'importe qui peut tomber dans ce piège, moi y compris d'ailleurs. Mais la réalité n'est pas ainsi faite que les mauvaises politiques ou actions sont forcement intentionnées, ou proviennent d'un calcul volontaire. La dégradation de la télévision française n'est pas plus le résultat d'un complot rationnel que la crise économique n'est le fait d'un complot visant à assurer un nouvel ordre mondial comme le prétendent certains hurluberlus d'extrême droite. Dans les deux cas il s'agit plutôt d'un mouvement provenant de choix souvent irrationnels à court terme, mais n'ayant aucune stratégie de long terme. Et ces ces choix sont le plus souvent guidsé par des croyances approximatives sur le fonctionnement du réel. C'est la célèbre phrase de Jésus "Père, pardonne-leur car Ils ne savent pas ce qu'ils font". Je sais que c'est dur à croire dans notre société en apparence rationelle, mais objectivement la plupart des catastrophes politiques, économiques, ou autres, sont le résultat de ce type de comportement, plus que de complots.
Yann
http://lebondosage.over-blog.fr/article-les-medias-aux-ordres-du-grand-capital-70985320.html
Le plomb durci n’est plus ce qu’il était
On se souvient du tapage médiatique qui, en France, avait suivi la publication, en septembre 2009 du rapport de la commission présidée par le juge sud-africain Richard Goldstone, mandatée par la Commission des Droits de l’homme de l’ONU pour enquêter sur l’opération « Plomb durci» à Gaza. « Accablant», tel était l’adjectif systématiquement brandi par les journalistes et commentateurs ravis de tenir les preuves irréfutables de l’ignominie d’Israël, de son armée et de ses dirigeants.
N’y était-il pas écrit noir sur blanc, en conclusion, qu’Israël et la Hamas s’étaient rendus coupables « d’actes assimilables à des crimes de guerre et peut-être, dans certaines circonstances, à des crimes contre l’humanité » ? L’opprobre, bien entendu, était jeté tout entier sur Israël, au nom de l’énorme disproportion entre le nombre des victimes, 13 Israéliens tués par des tirs de roquettes, environ 1400 morts côté palestinien.
« Lisez le rapport Goldstone ! ». C’était l’argument ultime pour réduire au silence ceux qui, même sans approuver inconditionnellement cette opération de représailles, émettaient quelques doutes sur les affirmations du Hamas et de ses soutiens extérieurs. L’armée israélienne avait, expliquaient-ils, ciblé volontairement les populations civiles : crimes de guerre, donc, et même contre l’humanité, passibles de la justice pénale internationale.
« Rapport Goldstone ! », rétorque Stéphane Hessel au dernier Salon du livre de Paris à deux jeunes étudiants juifs qui lui demandent de s’indigner de l’assassinat, dans une implantation juive de Cisjordanie d’une famille entière, dont un bébé de trois mois…
Désormais, il ne sera plus aussi commode à ces belles âmes compassionnelles et vociférantes de prononcer ce mot magique, ce shibboleth censé séparer le bon grain palestinophile de l’ivraie sioniste.
C’est Richard Goldstone lui-même qui a formulé, dans une tribune du Washington Post publiée le 1er Avril, mais qui n’a rien d’un canular, la phrase qui devrait désormais interdire d’utiliser son nom et son œuvre pour clouer Israël au pilori de l’Histoire : « Si j’avais su ce que je sais maintenant, le rapport Goldstone aurait été différent. »
On a enquêté en Israël, pas à Gaza
Cela demande quelques explications, que l’on ne trouvera naturellement pas dans nos grands médias nationaux, ni sur les sites web qui avaient, en 2009, donné un large écho à ce rapport (ils se reconnaîtront) et se contentent aujourd’hui de répercuter sèchement les dépêches faisant état du revirement de Richard Goldstone. Ce qui a conduit ce dernier à réviser son jugement, c’est la lecture du rapport du « comité d’experts indépendants des Nations-Unies » présidé par Mary McGowan Davis, une ancienne magistrate de New York. Cette commission, formée sur la recommandation du rapport Goldstone, était chargée d’évaluer les réponses apportées par les parties mises en cause sur les cas évoqués dans ce rapport. Le comité d’expert a estimé « qu’Israël avait consacré d’importants moyens à enquêter sur plus de 400 allégations de crimes de guerre attribués à son armée, alors que les autorités de facto de Gaza (i.e. le Hamas) n’ont procédé à aucune enquête sur les tirs de roquettes et de mortier sur les populations civiles israéliennes ».
Ce rapport sur le rapport n’est pas destiné, pour l’instant, à être rendu public, mais Richard Goldstone a pu en avoir connaissance. Il a pu prendre la mesure, à la lecture des réfutations documentées et étayées de chacune de ces allégations par la police militaire israélienne, de la campagne d’intoxication dont la commission a été victime lors de ses investigations à Gaza. On lui a menti en long, en large et en travers. Les commissaires ont été abreuvés jusqu’à plus soif de récits d’atrocités commises de sang froid par les soldats de l’Etat juif. Tous faux, ou pour le moins largement romancés.
« Balivernes ! », rétorqueront les vociférants cités plus haut. « Quelle confiance accorder à une armée qui enquête sur ses soldats à l’abri de tout regard extérieur ? ». Tout d’abord, signalons qu’aucune armée d’une grande démocratie n’a accepté, à ce jour, que des relèveest de la responsabilité des nations qui font parler la poudre, sauf s’il est établi qu’elles ont contrevenu aux lois de la guerre auxquelles elles ont souscrit.
Les victimes de guerre ne prouvent pas les crimes de guerre
De plus, s’ils avaient été un peu curieux, ces sceptiques auraient pu constater que tous les responsables d’unités de Tsahal mis en cause dans le rapport Goldstone ont été soumis à des interrogatoires serrés de la police militaire israélienne. Gardés à vue pendant des heures, ces officiers ont été cuisinés sans ménagements sur le contenu des rapports fournis à leur hiérarchie à propos des opérations dont ils avaient eu la responsabilité. Ceux dont ont a pu prouver qu’ils avaient, par négligence ou incompétence, causé la mort de civils, font l’objet de procédures disciplinaires dont Richard Goldstone se dit persuadé qu’elles aboutiront à des sanctions adaptées. Mais dans aucun des prétendus crimes de guerre évoqués dans son rapport, il n’a pu être établi qu’il existait une volonté manifeste de tuer des non-combattants.
Goldstone ne fait pas de morale, il dit le droit, ce qui est son métier. Ce qui est constitutif du crime de guerre n’est pas le nombre des victimes civiles mais le fait d’en faire des cibles d’une action militaire. Le cas est sans appel en ce qui concerne le Hamas : les tirs à l’aveugle sur les localités israéliennes proches de Gaza relèvent de cette jurisprudence. Les récits doloristes recueillis par la commission Goldstone lors de son enquête à Gaza omettent systématiquement de signaler que les populations civiles ont été sciemment utilisées comme boucliers humains par les lanceurs de roquettes. La responsabilité des pertes civiles est donc, pour le moins, partagée entre l’armée israélienne et les milices du Hamas.
La ligne de défense des inconditionnels de la diabolisation d’Israël est désormais accrochée à deux bastions. Le premier consiste à affirmer que Goldstone a craqué sous la pression d’Israël et des institutions juives, qui l’ont harcelé jusqu’à le déclarer persona non grata à la bar-mitzvah de son petit-fils à Johannesburg1. On leur objectera que s’il avait souhaité éviter de nouveaux ennuis, bien plus pénibles, il aurait évité de se distancier d’un rapport dont il avait été le principal responsable : personne n’exigeait cela de lui.
L’autre argument consiste à balayer du revers de la main les doutes de Goldstone en martelant que les Israéliens ont tué 1400 combattants et civils palestiniens à Gaza en décembre 2008 et janvier 2009 et que cela seul suffit à les condamner au regard de l’Histoire.
À cela on ne peut que répondre qu’il est pour le moins inconséquent d’évoquer sans cesse les infractions au droit international commises par Israël et de le condamner encore lorsqu’il est établi que ce droit de la guerre – jus in bello – a été respecté par l’Etat juif.
Richard Goldstone est un homme honnête, ce qui ne lui rend pas la vie facile.
(1) Ce qui est, bien entendu, stupide et contre-productif
Fou intégral, fourreur intégriste
Terry Jones est un insignifiant pasteur américain à la tête d’une congrégation dérisoire de quelques dizaines de croyants en Floride. Si ce nom vous dit quelque chose, c’est parce que pour devenir signifiant, il a déclaré à la rentrée dernière son intention de brûler un exemplaire du Coran devant son église pour marquer le neuvième anniversaire du 11-Septembre. Suite à une vague d’indignation et des pressions de personnalités religieuses, il n’est finalement pas passé à l’acte et a même donné sa parole de ne pas recommencer. Mais le problème est que sa provocation a tellement bien marché – pendant quelques jours, cette histoire a retenu l’attention de tous les médias de la planète – que le retour à l’insignifiance lui était insupportable.
Ainsi, six mois plus tard, malgré ses promesses, Terry Jones décide de récidiver. Fou mais pas idiot, il sait qu’il faut augmenter la dose. Non seulement on ne peut pas servir un plat réchauffé, mais avec des révolutions en série dans le monde arabe, une guerre en Libye et un grave accident nucléaire au Japon, la planète journalistique est très sollicitée et il faut taper fort pour attirer l’attention. Au mois de janvier, il entame donc le procès public du Coran et le 20 mars, le décrétant coupable d’incitation à la haine, Terry Jones met le feu au livre sacré des musulmans, autodafé diffusé par Internet avec sous-titres en arabe.
Pendant une grosse semaine, l’acte bizarre de ce pasteur a eu le succès qu’il méritait : les médias l’ont plus ou moins ignoré. Malheureusement, une dizaine de jours plus tard, la mayonnaise finit par prendre en Afghanistan et au Pakistan. Manifestations violentes, lynchages, émeutes… Le bilan provisoire s’élève aujourd’hui à 19 morts.
Aux Etats-Unis, comme au mois de septembre dernier, le débat tourne autour de la question de la liberté d’expression et de ses limites tandis que certains – notamment le sénateur Lindsey Graham – pensent que le simple fait que le pays soit en guerre justifie, comme pendant la Deuxième guerre mondiale, la restriction de ce droit constitutionnel fondamental. Dans ce débat – légitime au demeurant –, on oublie un fait majeur : pour créer le scandale, il faut être au moins deux, celui qui provoque et celui qui est provoqué. Or, dans ce cas comme dans le cas des violences qui ont suivi la publication des caricatures du prophète Mahomet en 2005, la réaction pavlovienne de certains musulmans était largement prévisible.
Pour dire les choses clairement, le seuil de tolérance à la provocation de certains musulmans est tout simplement trop bas. Qu’un geste d’un homme de si peu d’importance puisse avoir de telles conséquences en dit plus long sur eux que sur le pasteur provocateur. Après tout, même si c’est son effigie qu’on brûle aujourd’hui à Jalalabad, ce n’est pas Barack Obama qui a mis le feu au Coran. Ce n’est pas non plus le général Petraeus, le très embarrassé chef des forces coalisées en Afghanistan, qui a applaudi cette connerie monumentale de Terry le taré.
Est-ce si difficile à comprendre qu’il s’agit d’une vulgaire et grossière opération de com’ ? Et même si, comme on le prétend, des agents provocateurs taliban infiltrés dans la foule sont derrière les dérapages sanglants des manifestations, la question reste la même : pourquoi donner une telle importance à une provocation si dérisoire ? L’une des valeurs de l’Occident – et pas la moindre – est justement d’accepter la folie des autres.
Terry Jones est un agité du bocal qui ne représente personne. Si des millions de musulmans se sentent concernés par ses agissements insensés, c’est leur problème et surtout leur responsabilité. Le sang de 19 personnes a été versé par des musulmans, voilà le seul fait important à retenir.
Gil Mihaely
Jean-Michel Aphatie. Alain Duhamel. Olivier Duhamel. Jean-Pierre Elkabbach. Thierry Guerrier. William Leymergie. Dominique Seux. Eric Zemmour. Et quelques autres. Chaque matin, ils sont quelques uns à traduire l'humeur de la France, sur nos écrans et nos postes de radio. Ils sont censés être les médiateurs, le pouls du pays. Et ils ne se privent pas de le rappeler, en donnant du « Les Français pensent que », « pour les Français, il est clair que », « Les Français broient du noir », « Ils ont le blues », « personne ne France ne croit plus que », etc, etc.
Mais tous ces médiateurs sont-ils certains d'avoir du pays une vision actualisée ? Ils ne discernent souvent dans les sondages que ce qui vient conforter leurs propres croyances. Quant au peuple en chair et en os, il ne le perçoivent, dans la plupart des cas, qu'à travers des discussions de taxi ou de bistrot. On ne croise pas le populo en se rendant du Flore au studio de RTL ou d'Europe 1 plus un week-end à Deauville ou La Baule.
Quoique moins consacré par les médias, Eric Dupin n'était pas, au fond mieux équipé que tous ces hommes de médias pour sentir la France. Il connaissait le monde politique par les plis et les replis des restaurants parisiens. L'univers du sondage n'avait aucun secret pour lui, mais les labyrinthes de chiffres éloignent souvent de certaines trivialités.
Pourtant, un beau matin, hasard de l'existence ou fruit d'une sagesse patiemment accumulée ou brusquement éprouvée, ce journaliste s'est convaincu lui-même que ce pays n'était plus lisible ou qu'en tout cas il lui échappait; que les commentaires sur ce même pays sonnaient faux, et lui étaient de plus en plus étrangers; que ses propres grilles de lecture, qui brillaient par leur originalité (pince sans rire, Eric Dupin, freelance de la politique, n'hésitait pas à se vendre comme un « Alain Duhamel du pauvre »), ne fonctionnaient plus.
Bref, comme il l'explique lui-même dans l'introduction de son ouvrage, Eric Dupin est parti à la rencontre des habitants de France. Nez au vent, sans arrière-pensée, ce qui, pour qui connait son cartésianisme obtus, n'a pas dû lui être facile... « Je n'avais rien à prouver », écrit-il d'une plume nonchalante. « C'est sans doute ce qui m'a permis d'atteindre mon objectif. »
ProgrammePS_Marianne2.pdf (1.03 Mo)
http://www.marianne2.fr/Exclusif-le-programme-du-PS-in-extenso_a204719.html
Dominique de Villepin, l'ancien premier ministre de Jacques Chirac a visité lundi matin la Fonderie et acierie de Denain - PHOTO JOHAN BEN AZZOUZDominique de Villepin en campagne
L'ancien Premier ministre visitait lundi une fonderie-aciérie à Denain dans le Nord. L'occasion pour lui de roder son futur programme.
Casque de chantier vissé sur le brushing, veste jaune fluo et lunettes de protection sur le nez au sortir de la fonderie-aciérie de Denain (Nord) : la visite de Dominique de Villepin, lundi, dans la ville du député-maire socialiste Patrick Roy, ressemble à s'y méprendre à un déplacement de campagne. Pourtant, on a tendance à oublier que l'ancien Premier ministre n'est toujours pas officiellement candidat à la présidentielle. D'autant qu'il s'applique à distiller les éléments marquants du programme de son parti, qu'il dévoilera plus en détail le 14 avril prochain.
Et c'est une véritable "refondation", une "révolution" même, que prétend mettre en place Dominique de Villepin : celle de "la dignité". Il faut "conférer, rendre sa dignité à chaque citoyen", martèle-t-il dans le TGV qui file vers Lille. "C'est une absolue nécessité." Au lendemain de la présentation par le Parti socialiste de ses 20 propositions pour 2012, Villepin entend bien se distinguer. Premier argument : le "revenu citoyen garanti" : un salaire pour tous, fixé à 850 euros, qui pourra être cumulé de façon dégressive jusqu'à 1 500 euros de salaire, en échange d'un engagement citoyen (bénévolat, associatif) ainsi que d'un service civique.
"La France est un pays riche !"
Rien à voir, selon lui, avec ce qu'il considère comme des "ajustements à la marge", des mesures "du passé", proposés par le PS et l'UMP. "Et qu'on ne vienne pas (lui) parler de financement", "la France est un pays riche !" s'exclame-t-il. Le budget de cette mesure représente 30 milliards d'euros, selon ses calculs, soit "l'équivalent des cadeaux fiscaux faits depuis 2007". Refusant la sinistrose ambiante, Dominique de Villepin veut se poser en porteur d'espoir.
Il anticipe les critiques et se défend de proposer une politique utopique, ou même d'assistanat : "Ce n'est pas de l'assistance, les gens donneront ce qu'ils ont à donner." Une proposition pour le moins originale qui prend le contre-pied de la politique de Nicolas Sarkozy, en redéfinissant la "valeur travail" sur laquelle le chef de l'État avait fondé sa campagne en 2007. Selon Dominique de Villepin, le slogan sarkozyste s'est heurté "au rocher de la mondialisation". "On est loin du travailler plus pour gagner plus", croit utile de préciser Dominique de Villepin. L'ancien Premier ministre veut sortir le travail d'une logique "conditionnelle" et refuse de stigmatiser les Français comme des tire-au-flanc.
Redonner confiance dans la politique
Il s'est d'ailleurs fixé un défi majeur pour 2012 : redonner confiance dans la politique. "Qui y croit encore ?" s'interroge-t-il. Dénonçant au passage les "querelles de personnes" dans la majorité, qui, selon lui, "n'arrivent pas par hasard", il estime que la France manque d'une manière générale d'"outils politiques". "Mon expérience m'a amené à penser que l'important, ce sont les outils", explique-t-il. D'où ses autres propositions majeures : la simplification des instances gouvernementales en réduisant le gouvernement à dix grands ministères. Actuellement, "les ministères ne répondent plus, ils sont fragmentés".
Autre élément essentiel de son programme : la création de huit régions puissantes, capables de rivaliser avec les "Länder" allemands. Enfin, Dominique de Villepin était venu parler de dialogue social aux salariés de la fonderie. Le fondateur de République solidaire propose notamment que les conseils d'administration des entreprises comportent un tiers de salariés.
"Les Français doivent pouvoir sortir d'eux-mêmes de leur souffrance, sortir de leur paralysie, c'est une main tendue à chacun", résume enfin l'ancien Premier ministre. Et lorsqu'un journaliste se hasarde à lui demander à quoi son programme est censé servir "concrètement" : "Est-ce que ce sera un programme de campagne ou doit-il servir d'inspiration aux futurs candidats, comme l'avait fait Nicolas Hulot et son pacte écologique en 2007 ?" - Dominique de Villepin répond, dans un sourire entendu : "J'ai beaucoup d'admiration pour Hulot, mais ça fait trente ans que je suis en politique..." sourit-il. Villepin n'est apparemment pas là que pour souffler des idées...
Source: Pauline de Saint Rémy, Le Point
Mais, il reste qu’il y a des personnes qui se disent musulmanes même si elles ne seront jamais amenées à utiliser des équipements voués à la pratique de l’Islam. Se dire musulman n’est pas seulement le signe d’une pratique plus ou moins régulière, c’est aussi un blason, une façon de revendiquer une identité pour des personnes naviguant entre deux cultures. C’est une façon de savoir, de dire qui on est, indépendamment de ce que l’on fait.
De là, une question à poser. Compter les musulmans pratiquants pour savoir combien s’il y a assez de mosquées relève du bon sens urbanistique, au même titre de savoir combien il y a de personnes âgées pour construire des maisons de retraites. Mais à quoi sert de compter les musulmans revendiqués, pratiquants ou non ? Est-ce une façon de compter le poids d’une « communauté » ? Si la méthode de l'INED (le musulman est celui se revendique comme tel) est différente du comptage par la généalogie, les deux techniques posent la même question, celle de l'intérêt du comptage en dehors des objectifs pratiques (les mosquées). Ne serait-ce pas une façon déguisée de faire du comptage ethnique ?
Il est vrai que, comme il est toujours interdit de compter qui, en France, est arabe ou noir, on se contente de compter les « musulmans ». Dans l’imaginaire collectif, le nombre de « musulmans » affichés renvoie autant un groupe religieux qu’à un groupe ethnique. On nage alors dans l’hypocrisie totale. Au lieu de se demander au bout de combien de générations on peut être compté comme musulman, ne conviendrait-il pas mieux de (ré)ouvrir le débat sur les statistiques ethniques ?
En décembre 2005, on pouvait compter sur les doigts de la main les colloques et conférences organisés autour du centenaire de la loi de 1905, de séparation des Eglises et de l’Etat. Tout cela semblait tellement ringard. Tellement loin des préoccupations médiatiques du moment. Dans ces colloques, pourtant, quelques uns évoquaient le fait que la loi de 2004 sur les signes religieux à l’école ne réglait qu’une partie du problème. Encore cette loi avait-elle été votée après d’interminables palabres, et les protestations des tenants d’une « laïcité ouverte », c’est-à-dire ouverte à tout ce qui n’est pas la laïcité. Parmi ceux-là, les représentants des différentes religions, certains intellectuels ou journalistes ravis de dénoncer une fois de plus une détestable « exception française », ou certains hommes politiques, comme le ministre de l’intérieur de l’époque, Nicolas Sarkozy.
On inventa même pour l’occasion des qualificatifs peu amènes pour les quelques irréductibles anti-modernes qui s’obstinaient à croire que la laïcité est une chance pour la France et pour tous les Français. « Laïcards », « laïcistes » (dont le suffixe suggère subtilement qu’il ne s’agirait que d’une idéologie, quand les contempteurs de la laïcité ne seraient que de sympathiques pragmatiques philanthropes) et même, le mieux de tous, « intégristes républicains », puisqu’il est bien connu que ces gens-là font autant de mal que les autres intégristes, ceux qui veulent imposer la loi de Dieu, soumettre les femmes et massacrer les infidèles.
Il fallut donc attendre que Marine Le Pen évoque les prières de rue pour que la France médiatique et politique se souvienne que la laïcité n’est pas une idéologie mais un principe inscrit dans la loi, une loi qui a permis un siècle de vie en commun dans un pays où chacun trouvait à peu près sa place. Au point de voir l’UMP lancer un « débat sur l’Islam », rapidement mué en « débat sur la laïcité », pour finir en une convention du parti rassemblant ceux qui n’auront pu s’y soustraire.
On s’abstiendra ici du réflexe qui consiste à penser que tout sujet évoqué par la présidente du Front National est immédiatement invalidé, frappé du sceau de l’infamie, et toute personne prononçant désormais le mot banni, responsable de la « lepénisation des esprits » si chère aux éditorialistes en vue. Nous avons pris la peine de rappeler en préambule que certains s’inquiétaient des atteintes répétées à la laïcité avant que le Front National n’opérât son OPA sur la République, après avoir réussi celle sur la Nation. Mais il valait mieux maintenir dans l’ombre ces mauvais coucheurs qui présentaient l’inconvénient de ne pouvoir être diabolisés et rejetés hors de « l’arc républicain ». Après avoir été réduits au silence, ils sont maintenant accusés d’avoir « préparé le terrain » ou « fait sauter les digues », nouvelle expression à la mode chez les analystes politiques. Il n’y a pas que les religieux qui ont besoin de croire au diable. Et l'on s'amuse en ce moment de la crainte de certains de perdre leur Enfer...
Peu importe, donc, qui pose la question, si elle vaut la peine d’être posée. Mais vaut-elle la peine de l’être ? Ou plutôt, quelle question est réellement posée ? Autant le dire d’emblée, s’il s’agit de savoir comment adapter la laïcité à l’arrivée en France d’une religion qui n’était présente pas en 1905, cela revient purement et simplement à remettre en cause la laïcité telle que l’a pensée la France. Et c’est ce que nous proposent depuis des années déjà ceux qui entendent faire plier la République devant des demandes particulières, au nom d’un « multiculturalisme » fondé sur une remise en cause des valeurs républicaines héritées des Lumières.
Qu’on se souvienne simplement qu’en 1989, lors de la première affaire de voile qui éclata en France, il aurait suffit au ministre de l’Education Nationale de l’époque, en l’occurrence Lionel Jospin, de rappeler que la circulaire Jean Zay de 1936 interdisait les signes religieux et politiques dans les écoles. Avoir demandé l’avis d’un Conseil d’Etat gagné par la mode du « droit à la différence » est une responsabilité dont nous commençons seulement à mesurer l’ampleur. Mais de la part d’un ministre qui, dans l’article 10 de sa loi d’orientation sur l’école, avait consacré la « liberté d’expression » des élèves, il n’y avait là rien de fortuit.
La laïcité n’est pas une simple règle de neutralité qui s’imposerait aux agents de l’Etat, comme tentent de le faire croire certains commentateurs. C’est le cadre dans lequel peut s’épanouir sereinement une société. Le constat d’échec du multiculturalisme dressé par James Cameron et Angela Merkel nous le prouve encore, il ne suffit pas de faire vivre des communautés côte à côte, dans une tolérance proclamée, pour fonder une société. Il ne s’agit pas seulement d’organiser la bonne cohabitation des croyances. La laïcité est un principe qui postule un espace public neutre, où ne sont reconnus que des individus égaux (ce qui ne signifie pas semblables, mais ne pouvant revendiquer de droits spécifiques en fonction de leurs différences). Les croyances, l’histoire et les origines personnelles, tout ce qui fait que tel ou tel sort de la moyenne, de la norme, sont des richesses, mais qui n’ont pas à être prises en compte par la puissance publique. En revanche, celle-ci organise l’égalité de droits en corrigeant au besoin les injustices naturelles par la solidarité nationale. Un système équilibré, qui satisfaisait jusqu’à présent la majorité des Français.
Il n’y a donc pas à débattre de la laïcité, parce qu’on ne débat pas d’un principe fondateur, à moins de choisir de vivre dans une tout autre société ; mais cela nécessiterait plus qu’un débat, une constituante… La laïcité ne se débat pas, elle s’applique. Ou devrait s’appliquer, dans tous les endroits où des individus ou des communautés réclament des aménagements en fonction de leurs spécificités. Car on peut craindre que les atermoiements de la puissance publique depuis vingt ans n’aient fait qu’amplifier une tendance ritualiste de certaines religions, que ce soient les interdits alimentaires, les pratiques de jeûne, ou toute autre manifestation visible dont le seul but est d’afficher une identité et non de se rapprocher réellement de Dieu. Il fut un temps où l’on pouvait se sentir juif ou musulman, en France, sans pour autant manger casher ou hallal, et exiger des cantines scolaires des menus spécifiques. Il fut un temps où les religions ne revendiquaient pas (ne revendiquaient plus), car la spiritualité se vivait de l’intérieur, et au sein de la communauté des croyants, mais ne constituait pas un enjeu politique d’occupation de l’espace public et d’affichage de nombre. Ce sont les reculs et les contritions de la puissance publique qui ont rompu cet équilibre.
Mais le drame, pour la société française, est dans l’hypocrisie que génère cette polémique. Les représentants des « six grandes religions » qui se sont exprimés dans la Croix ont parfaitement le droit de refuser le débat proposé par l’UMP. Et l’on peut se réjouir de les voir défendre la laïcité. Ou du moins on s’en réjouirait si les mêmes ne s’étaient pas farouchement opposés à la loi de 2004 sur les signes religieux, prouvant que leur adhésion à la loi de 1905, et surtout à son esprit, est plus qu’aléatoire.
De même, ceux qui hurlent à la « stigmatisation » d’une communauté devraient se souvenir qu’ils sont les premiers à renvoyer les musulmans à leur identité supposée en ne voulant pas leur appliquer la loi commune. La plus grande marque de respect dont on puisse faire preuve à l’égard des citoyens français de confession musulmane est de les traiter rigoureusement comme n’importe quel citoyen français, en tant qu’individu et non en tant que membre à vie d’une communauté. S’ils ne méritent pas un débat, ce n’est pas par peur d’une « stigmatisation », c’est parce qu’en tant que Français, ils vivent dans ce cadre commun qu’est la laïcité, et qu’il suffit d’appliquer la loi, partout, et dans sa totalité, pour faire respecter leurs droits et ceux des autres.
Post scriptum: Amis internautes, vous voudrez bien excuser les quelques silences de votre hôtesse. Durant quelques semaines, l'activité de ce blog s'est un peu ralentie, car j'étais appelée à d'autres tâches. Vous devriez en voir le résultat dans un petit livre qui paraîtra en septembre. D'ici là, je nourrirai davantage vos réflexions. Il y a tant à dire sur l'état de la France...
Natacha Polony