Nous vivons dans la société de l'hypocrisie
01/04/2011 07:49 par rgrs
L'Hérétique dénonce la perversité de la société du XXIème siècle, où le discours ambiant est en constant décalage avec la réalité, bien cruelle. Et où les bons sentiments peinent de plus en plus à dissimuler la dégradation de notre cadre de vie.
Dans ma prime jeunesse, je me suis piqué de psychologie, et me suis montré lecteur assidu des Mucchielli père et fils (Alex et Roger). J'ai notamment parcouru avec attention Les réactions de défense dans les relations inter-personnelles. Je me souviens notamment de la classification qu'il en faisait selon les caractères des individus. Il distinguait l'impunitif (les malheurs ne sont la faute de personne mais de l'enchaînement des circonstances), l'intro-punitif (c'est ma faute si la centrale nucléaire de Fukushima a volé en éclats) et l'extra-punitif (salauds de profs qui ne savent pas gérer les situations de conflits avec les gentils apprenants ).
Manager, gérer, se former, c'est la grande mode par les temps qui courent. La violence s'accentue à l'école ? Il faut former les profs, ils ne savent pas la gérer. On lance des pavés sur les CRS dans les cités ? Situation de conflit classique avec de gentils jeunes gens qui cherchent simplement à attirer l'attention de la société. Licencié et au chômage suite à délocalisation ? On va vous former pour apprendre à chercher un emploi.
On a dit du XIXème siècle qu'il était hystérique et du XXème qu'il était névrotique. On pourra dire du XXIème siècle qu'il aura été pervers. On y cultive le bon sentiment, et on y fait de la compassion (surtout quand elle ne coûte rien) l'alpha et l'oméga de toutes choses alors même que notre société devient impitoyable pour les perdants, sur lesquels nous jetons un voile pudique.
Les associations vertes fleurissent, on évoque la protection des animaux dans le temps même où l'on a industrialisé à grande échelle leur massacre et où espèce sur espèce s'éteignent.
De grandes marches pour protester contre la violence et les incendies de commissariats, de logements sociaux, d'écoles maternelles, de crèches, même ? Les briquets qui sont brandis dans les défilés sont ceux-là mêmes qui ont enflammé mèches et bidons d'essence, comme l'observait avec acuité Xavier Darcos il y a une dizaine d'années.
On porte sur les fonds baptismaux l'enfance ? On conspue (à juste titre) les pédophiles ? Mais pendant ce temps, on organise les défilés de beauté pour enfants, et la mode prévoit pour de toutes jeunes filles des vêtements que des femmes honorables évitent de porter. Côté garçons, c'est la racaille et la mode racaille qui sont portées aux nuées ; le blouson noir autrefois, le rappeur aujourd'hui, le fumeur de joint, le présentateur qui s'en met plein les poches et cetera...
Les coachs, les invitations à cueillir le jour, les idéologies de développement personnel fleurissent, et dans le même temps, les conditions de travail se sont dégradées au point que nous sommes beaucoup plus proches de la misère de la condition ouvrière du XIXème siècle que nous le pensons. Pour les précaires, c'est « marche ou crève » et il n'y a pas d'autre issue.
Le grand marché de Noël nourrit les consciences et les charity-business de toutes sortes au moment même où les enfants chinois et nord-coréens se crèvent la carcasse à l'alimenter pour nous.
On cultive, enfin, le culte du gratuit, le souci de n'avoir aucun effort à faire, et pour la jeunesse, le slogan « citoyen » remplace l'initiative et l'esprit d'entreprise qui sont muselés par tous les moyens.
L'honneur, le courage, la générosité, la courtoisie sont des valeurs révolues sauf s'ils servent à mener de grands shows télévisés à grand renfort de tapage médiatique.
Bref, nous baignons dans une société dont l'hypocrisie atteint des sommets.
Le rapport de la cour des comptes sur l'affaire Tapie que Marianne a pu consulter est accablant. La Commission des Finances de l'Assemblée s'appréte à le rendre public. Pour toucher ses millions Tapie aurait profité d'un faux en écriture de la part de hauts fonctionnaires. Une falsification qui pourrait être télécommandée depuis Bercy.
Nouveaux rebondissements dans l’affaire Adidas qui oppose Bernard Tapie au Crédit Lyonnais. Suite à la décision rocambolesque d’un tribunal d’arbitrage l’homme d’affaire est reparti avec un chèque de 260 millions d’euros. Marianne a pu consulter un rapport explosif de la première chambre de la Cour des comptes. Nos confrères du Nouvel Obs en ont déjà fait mention. Ils ont révélé, dans leur édition du 24 mars, que deux hauts fonctionnaires Jean-François Rocchi, le président du CDR, l’établissement public en charge des dettes du Crédit Lyonnais, et Bernard Scemama, le président de l'EPFR, qui chapote le CDR, étaient renvoyés devant la cour de discipline budgétaire. L’affaire devait donc être grave. Elle l’est bien puisque Marianne peut aujourd’hui donner le motif de l’accusation: falsification.
Si le mot n’est pas inscrit en toute lettre dans le document, les magistrats ne disent rien d’autres avec leurs pincettes légendaires. « Le compromis est signé le 16 novembre 2007. Sa version diffère de celle approuvée par le Conseil d’administration (NDLR : du CDR) du 2 octobre sur un point important tenant à la qualification de la demande d’indemnisation des époux Tapie. »
Kesako ? L’explication vient plus loin. Le compromis est la base sur laquelle le CDR, était prêt à passer un deal avec les époux Tapie. Ce texte a été voté lors d’un conseil d’administration du 2 octobre. Dans sa version initiale, note la cour, il est ainsi rédigé :
«Les parties b (NDLR : CDR et EPFR) limitent le montant de l’ensemble leurs (NDLR : des époux Tapie) demandes d’indemnisation à 50 millions d’euros. »
Mais, comme « la rédaction (…) a été remplacée » ce qui donne dans sa version modifiée :
« Les parties b limitent le montant de l’ensemble leurs demandes d’indemnisation, d’un préjudice moral, à 50 millions d’euros. »
Autrement dit, quelqu’un aurait ajouté les mots « d’un préjudice moral ». Ce qui n’est plus du tout la même chose….puisque l’on passe d’un plafond sur le montant global engageant l’Etat, à une limite sur le seul préjudice moral, une des nombreuses demandes des époux Tapie…. La Cour des comptes rappelle la volonté de limiter les traces. En effet, après avoir distribué aux cinq autres administrateurs du CDR un projet de compromis, François Rocchi, le président du CDR, a ramassé les copies, comme le note malicieusement les magistrats : « un projet de délibération est remis aux administrateurs, il est restitué en fin de réunion »
C’est le principal des multiples « cafouillages » que note la cour, et qui constitue, sans doute, le chapitre le plus important du rapport qui en compte 5. Il s’intitule d’ailleurs : « De nombreux dysfonctionnements affectent les processus décisionnels impliquant le CDR et l’EPFR. » Pudique, les autres chapitres évoquent des points déjà abordés par Marianne de l’affaire : « III./Le compromis d’arbitrage présente des risques », « IV./ La validité juridique du recours a l’arbitrage est incertaine », « V./ Un recours en annulation de la sentence arbitrale n’était pas à exclure. »
Marianne avait déjà évoqué les doutes de la cours des comptes sur la procédure choisie par le CDR. En lieu et place de la justice ordinaire, l’organe en charge des dettes du Crédit Lyonnais avait préféré se placer dans les mains d’un tribunal arbitral. Mais après enquête des magistrats de la rue Cambon, le scandale est bien plus important. Non seulement, les administrateurs de cet établissement public n’avaient pas le droit d’aller à l’arbitrage sans un vote de l’Assemblée nationale, mais ceux-ci semblent avoir de plus avoir été manipulés.
Décidemment, Bernard Tapie, pour obtenir ses 260 millions d’euros, aura bénéficié d’un incroyable enchainement de maladresses, de cafouillages, et autres dysfonctionnements, dont chacun pris individuellement étonne mais qui pris ensemble font finalement système.
La balle est à présent dans le camp de Jean-François Bénard. C’est à lui, le procureur général qui excerce le ministère public près de la cour des comptes, qu’on été déféré les deux fonctionnaires. Ils sont lestés d’un épais dossier, mais ont pour eux les ordres de missions de Christine Lagarde, la ministre de l’économie. Bonne nouvelle : Jean-François Bénard est totalement indépendant. Mauvaise nouvelle, il ne rend de compte à personne et peut très bien classer l’affaire, sans pour cela avoir à se justifier auprès de qui que se soit.
Emmanuel Lévy - Marianne
Le député ex-UMP Nicolas Dupont-Aignan a refusé catégoriquement jeudi l'appel que lui a lancé le souverainiste Paul-Marie Coûteaux à constituer une alliance pour les législatives de 2012 avec le Front national de Marine Le Pen. "Cet appel n'a pas de sens", a jugé le président de Debout la République.
Son mouvement, DLR, et le RIF (Rassemblement pour l'indépendance de la France) de Paul-Marie Coûteaux avaient fait alliance aux régionales de 2010 et les deux responsables s'affichaient régulièrement sur les mêmes tribunes ces derniers mois. "Je suis candidat à l'élection présidentielle (de 2012) justement pour offrir un choix aux millions de Français qui ne supportent pas l'UMPS, et qui ne veulent pas pour autant voter Front national", a expliqué Nicolas Dupont-Aignan, qui fait campagne sur des thèmes très souverainistes comme la sortie de l'euro.
L'ancien député européen (1999-2009) souverainiste Paul-Marie Coûteaux, ex-proche de Charles Pasqua et Philippe de Villiers, a appelé à la constitution d'une alliance pour les législatives de 2012, notamment avec le FN, Debout la République, et le Mouvement pour la France de M. de Villiers.
Par Europe1.fr avec AFP
http://www.europe1.fr/Politique/Dupont-Aignan-decline-l-offre-d-un-souverainiste-479925/
Protectionnisme : réponse à Georges Kaplan
Il y a quelques siècles, la discipline naissante consacrée à la création et la distribution de richesses s’est-elle même nommée « Economie politique ». Débarrassée de cet adjectif gênant, l’Economie, devenue science, a oublié son rôle originel : analyser et quantifier certains phénomènes et comportements humains pour comprendre le fonctionnement des sociétés mais aussi pour permettre aux acteurs de prendre des décisions raisonnables. Pour aller vite, calculer le coût de quelque chose permet de comparer des pommes et des poires et de hiérarchiser les besoins et les choix. Rien de moins.
À l’évidence, l’Economie telle qu’on la conçoit aujourd’hui n’est pas capable de répondre aux questions les plus importantes que pose toute société humaine : comment souhaite-elle organiser la vie et les relations entre ses membres ? Quel niveau d’inégalités est-elle prête à supporter pour équilibrer libertés et paix sociale ? Comment équilibrer et concilier intérêt général et intérêts privés ? Les réponses à toutes ces questions-là sont négociées dans le cadre de ce qu’on appelle la Politique.
L’Economie éclaire – ou devrait éclairer – la Politique sur trois plans : elle colle des étiquettes de prix sur les choix, propose la manière la plus efficace d’atteindre des objectifs définis notamment par les préférences exprimées par les électeurs et elle améliore l’adéquation des moyens et des fins en évaluant l’impact des mesures prises.
Ce rappel peut sembler scolaire. À la lecture des récentes contributions de Georges Kaplan, en particulier de son texte sur la politique industrielle de la France, il me semble particulièrement nécessaire. De même que l’officier de renseignement conseille le chef de guerre sans se substituer à lui, l’économiste doit éclairer ou même critiquer les décisions du politique, pas les prendre à sa place. Il a le droit voire le devoir d’évaluer les conséquences économiques des différentes options pour obliger les décideurs à dévoiler le prix à payer – c’est-à-dire à quoi il faut renoncer – pour chacune d’elles. Mais il ne saurait récuser une politique même armé d’une avalanche de statistiques.
En réalité, Georges Kaplan prétend démontrer la supériorité « rationnelle » des solutions libérales. Je ne discuterai pas ici la validité de ses démonstrations, souvent très convaincantes car l’ami connaît son sujet. Il me semble important de rappeler que l’Economie n’a pas à déterminer les finalités et que la rationalité comptable ne saurait être le seul critère de choix de nos gouvernants. C’est encore plus vrai dans un pays où la puissance publique n’est pas seulement un arbitre mais un acteur du jeu économique. Or, ce rôle spécifique de l’Etat correspond à ce que veulent la plupart des citoyens. Si Georges Kaplan pense que la solution de tous nos problèmes se trouve dans le laissez-faire, il lui faut d’abord en convaincre ses concitoyens.
En clair, même si le peuple a économiquement tort, il a politiquement raison. Peut-être a-t-il par exemple excellentes raisons de vouloir conserver les usines en France quand bien même il serait prouvé que cela n’a aucun intérêt économique. D’ailleurs, si ces raisons étaient mauvaises ou jugées telles par Georges Kaplan, cela ne changerait rien au raisonnement. En conséquence, même s’il existait une vérité économique irréfutable, ce dont on peut douter, elle ne saurait être l’unique boussole des gouvernants : ou alors, confions la gestion du pays à un ordinateur bien programmé. L’action politique ne peut pas être menée par un logiciel de gestion.
Le point de vue de Kaplan sur la politique industrielle illustre bien cette confusion entre fins et moyens. On ne voit pas pourquoi, en effet, une nation ne pourrait pas choisir entre l’intégration dans un ensemble plus large, comme c’est le cas de la France avec l’Union européenne, et le maintien de son indépendance – en l’occurrence, il s’agit plutôt de définir l’équilibre entre ce qui est mutualisé et ce qui reste géré au niveau national. Ainsi, fabriquer des avions de chasse et des lanceurs de satellites au lieu de les acheter moins cher ailleurs est, à mon avis, une excellente décision, même si elle a un effet négatif sur la comptabilité nationale. Si on suivait le dogme libéral, la France abandonnerait les industries de la défense aux Etats-Unis et consacrerait les moyens ainsi libérés aux secteurs où elle jouit d’un avantage comparatif. Fermer Dassault et Thales pour développer Hermès et des Chanel ? Non merci !
Par ailleurs, aucune politique économique démocratique ne peut ignorer ses conséquences sociales. On peut me fournir tous les tableaux Excel du monde prouvant que la France gagnerait à ne conserver que les secteurs les plus innovants à forte valeur ajoutée – ce qui supposerait d’ailleurs que les Brésiliens et les autres acceptent aimablement de fabriquer des T-shirts. Je ne vois pas pourquoi nous accepterions de rejeter hors du marché du travail tous ceux à qui nous n’avons pas su donner une formation de haut niveau. Peut-être que dans le monde merveilleux du marché, il serait moins coûteux de les payer à ne rien faire. Seulement, voilà, je n’ai pas envie de vivre dans cette société-là. Permettre aux gens non-qualifiés de trouver du boulot est une preuve de civilisation. Nous ne sommes pas tous X-Mines ou Normale-ENA ! Que fera-t-on des gamins qui quittent l’école à 15 ou 16 ans quand les emplois peu qualifiés auront tous été délocalisés en Asie du Sud ou en Afrique du Nord ? Est-il aussi insensé que cela de soutenir des secteurs qu’un laisser-faire général condamnerait à la disparition ?
Quid de ceux qui ne peuvent pas passer d’un secteur agonisant à un autre en forte croissance ? Derrière les chiffres, se profile une mort sociale pour toute une partie de la population, à cause de leur âge, de leurs compétences ou de leur lieu de vie. Et en admettant que Kaplan ait raison et qu’on ne fasse que retarder de 10 ans une évolution inéluctable, dix ans de vie digne pour des centaines de milliers de nos concitoyens seraient-ils si négligeables ? Permettre à une génération de quinquas de partir à la retraite dignement, sauver les commerces et les PME d’une petite ville et le tissu social d’une région sont des objectifs aussi louables et légitimes que d’améliorer la productivité et la compétitivité de la France.
L’intervention de l’Etat – exécuteur des choix politiques décidés par la société – a sans doute des effets pervers, mais un libéralisme sans bornes en aurait peut-être de plus déplaisants encore. La concurrence est-elle toujours une bénédiction ? La gestion privée est-elle toujours heureuse ? Les réponses me semblent évidentes. Au lieu de brandir des dogmes, posons-nous de manière pragmatique la seule question qui vaille : il ne s’agit pas de savoir si l’Etat doit intervenir ou pas mais comment il doit le faire. La transformation de millions d’égoïsmes individuels en intérêt général est un exercice trop compliqué pour le laisser à la seule « main invisible ».
Gil Mihaely
http://www.causeur.fr/on-ne-peut-pas-faire-l%e2%80%99economie-de-la-politique,9377
Depuis qu'il est au ministère de l'Intérieur, l'ancien homme fort de l'Elysée Claude Guéant s'est surtout illustré par des phrases choc qui ont déclenché plusieurs polémiques. Frédéric Ploquin rapporte quant à lui des propos du ministre qui ne font pas la une des journaux, et qui sonnent comme un étonnant aveu d'échec.
A force de déclencher des tollés sur toutes sortes de sujets, Claude Guéant n’est plus audible sur celui qui lui incombe : l’insécurité. Comment se faire entendre sur la police entre deux phrases chocs sur l’immigration ou l’islam ? On gagnerait pourtant à tendre l’oreille, parce que ce que le nouveau ministre de l’Intérieur glisse à l’oreille de ses troupes relève d’un changement de cap extraordinaire. Ne le dîtes à personne, mais la stratégie poursuivie par Nicolas Sarkozy depuis 2002 a échoué.
La preuve, Guéant voudrait tourner le dos à tout ce qui s’est fait jusque là. Témoins ces quelques phrases prononcées devant les directeurs de la sécurité publique et les responsables de la gendarmerie, entre les deux tours des cantonales : « Notre action doit être portée par une exigence constante à tous les niveaux pour la recherche de la qualité des relations à instaurer avec la population. Le lien fort et la confiance qui en découlent sont une composante déterminante de notre crédibilité auprès de la population ». Une manière assez nette de tourner le dos à une vision hyper centralisée de l’action policière... « Si ce lien est trop ténu, ajoutait ce jour-là Claude Guéant, les résultats de la délinquance, même bons, n’auront pas d’effet sur la population ». Après avoir tenté de couper l’herbe sous les pieds de l’extrême droite, aurait-il décidé de piquer dans les idées de la gauche ? On dirait bien.
Un virage confirmé dans la foule sur i-Télé, où l’on a vu Claude Guéant annoncer un « redéploiement des policiers dans la rue ». Parce qu’ils n’y étaient pas, depuis 2002 ? Parce que les efforts successifs de Sarkozy, de MAM et de Brice Hortefeux n’auraient eu aucun effet sur les troupes ? « Il y aura plusieurs milliers d’agents de plus sur la voie publique », a insisté le ministre. Par quel tour de magie ? A priori, les écoles ne sont pas pleines à craquer de nouvelles recrues. La seule piste concrète, évoquée par Sylvie Fleucher, secrétaire du syndicat des commissaires, consisterait à faire sortir les policiers des voitures et à les mettre sur le trottoir, par deux. Serait-ce le grand retour de la police de proximité tant vilipendée ? « Je voudrais qu’on se souvienne que j’ai pu créer un climat de sécurité », a encore dit Guéant. Terrible aveu qui le place dans la course au meilleur « climatologue » de la Place Beauvau.
Frédéric Ploquin
Je vais commencer ce billet par une petite séance d'autocongratulation. En juillet 2009, avant même les sondeurs, j'écrivais que le seul « socialiste » à avoir une chance était DSK.
En août 2010, avant les sondeurs, j'émettais l'idée que Sarkozy pourrait ne pas être au second tour. Voire même pas au premier puisque lorsqu'il aura la certitude de la branlée, il renoncera de lui-même. Si vous lisez le billet, vous verrez tout de même, (un peu de modestie, que diable..) que j'ai largement surestimé le phénomène Eva Joly (qui n'a pas tenu la distance), et sous-estimé Marine Le Pen, à laquelle je ne trouve pourtant pas de talent et encore moins d'idée cohérente. Mais peu importe, c'est sur elle que se sont cristallisés tous les mécontentements (ça aurait pu être Mélenchon, mais non, hélas…), et il est désormais probable qu'elle sera autour de 20%. Si DSK est autour de 30 (les derniers sondages lui en donnent plus), il est inutile d'aller chercher plus loin le deuxième tour de 2012. Et le nom du cocu.
La poussive et piteuse élection cantonale étant passée, nous sommes donc entrés dans la dernière ligne droite (alors que le probable futur vainqueur est encore à l'écurie). Dans le clan Sarkozy, c'est carrément la Berezina. Avant même le deuxième tour, Fillon attaquait le bas de pantalon de Sarkozy au sujet des consignes de vote. J'ai entendu hier midi Dominique Paillé qui appelait, avec son hypocrisie habituelle, à une candidature de Borloo. Hier soir, c'est Michel Heinrich, député-maire UMP d'Epinal, qui s'essuyait carrément les pieds sur Sarkozy, sans la moindre retenue. Il appelait à la candidature de… Fillon ! Hier soir encore, Copé se payait ouvertement Fillon. Puis c'est Wauquiez qui défendait Fillon et attaquait Copé, Baroin faisait de même… Sans oublier que Villepin s'y voit déjà, Borloo ne se sent plus pisser, Juppé y pense toujours en se rasant (et en rasant les autres), Bayrou n'a toujours pas compris que son heure était passée, Morin… Heu, non, je déconne…
Qu'auraient-ils de plus à proposer ? Rien justement ! La poursuite d'une politique libérale, avec la réduction de la dette (qu'ils ont eux-mêmes creusée) comme prétexte à sabrer toujours plus dans les dépenses publiques. Et surtout pas la remise en cause de quelque manière que ce soit du dogme de la « croissance », ou de notre mode de vie con-sumériste, destructeur et intenable.
Comme je l'ai dit précédemment, une fois la certitude de la branlée acquise, la belle unanimité des sous-fifres tremblants, rangés derrière le chef, le doigt sur la couture du pantalon, va voler en éclat. Les caniches bien dressés vont se métamorphoser en hyènes. Oui oui, les mêmes qui se battaient naguère pour lécher le fondement de leur maître, et qui remuaient la queue en cadence lorsqu'il daignait leur accorder un peu de sa précieuse attention, ou, plaisir suprême, un susucre.
Un caniche politicard n'est souvent pas très malin, mais à défaut d'idées, il a au moins un instinct : celui de vouloir suivre le maître qui lui rapportera le plus de susucres. Car 2012, c'est d'abord la présidentielle, mais tout de suite après, les législatives ! 577 susucres à distribuer ! Du coup, les caniches de la droite sont très inquiets, car ils avaient choisi de lécher le bon maître en 2007, et cela leur avait permis de se gaver de susucres ! Mais là, ça craint vraiment, leur maître a perdu la niaque, il foire tout ce qu'il tente, et l'heure semble venue de laisser tomber ce minable et de trouver un nouveau fondement à léchouiller.
C'est drôle, car les caniches de droite se trouvent à peu près dans la situation des caniches « socialistes » en 1993. Ça fait donc 18 ans qu'ils cherchent un nouveau maître. 18 ans, c'est long, d'autant que les susucres sont rares. Le genre d'expérience qui fait trembler le caniche de droite, qui du coup perd son sang froid.
Les semaines qui viennent vont être marrantes à suivre. Encore quelques sondages qui donneraient Sarkozy éliminé au deuxième tour (et comme on l'a vu, c'est l'hypothèse la plus probable), et les nouveaux candidats maîtres vont se déclarer, guettant l'approbation des caniches, et surtout celle des instituts de sondage.
Par exemple, il suffirait qu'un premier institut, pour faire le malin comme l'avait fait Harris Interactive avec Marine Le Pen, décrète par exemple que Borloo serait devant Sarkozy au premier tour. Reprise en boucle dans tous les médias, la prophétie deviendrait autoréalisatrice, les autres sondages suivraient le mouvement, et les caniches viendrait petit à petit se ranger derrière Borloo, avec force bruits de langue.
Je parle de Borloo au hasard, j'aurais pu prendre n'importe lequel des autres, Il est nul, mais il a l'air sympa, ce qui fait qu'on oublie qu'il fut l'avocat d'affaires de Tapie. Du coup il aurait ses chances… Au moins de ne pas être à plus de 5 points de Marine Le Pen.
Cette meute au cul est certainement ce qui a poussé Sarkozy à bombarder Kadhafi. Les médias anglo-saxons ne se gênent plus pour l'écrire, que Kadhafi est pour Sarkozy un peu ce que Saddam a été pour Bush, une manœuvre dilatoire pour tenter de faire oublier sa gestion catastrophique de la révolution en Tunisie puis en Égypte, et surtout une ultime manœuvre pour enrayer sa chute infinie dans les sondages, une dernière chance de redresser la barre avant l'explosion annoncée de 2012.
Le New York Times écrit : « M. Sarkozy, motivé par l'échec de la France à répondre rapidement aux révolutions en Tunisie et en Égypte, et poussé par un nouveau ministre des Affaires étrangères et par d'influentes personnalités publiques comme l'écrivain BHL, s'est associé avec la Grande Bretagne pour entraîner l'Europe et les États-Unis dans une intervention militaire dans le monde arabe que ses alliés les plus importants comme Washington et Berlin n'avaient pas souhaitée ».
Mais le plus drôle est slate.com, dans un article intitulé, in French in the text « Wag le chien », et qui ose la comparaison entre la guerre de Sarkozy et celle mitonnée par Robert De Niro dans le film « Des hommes d'influence » (Wag the dog)
Lisez ça : « We Americans have a long tradition of declaring war in the run-up to election campaigns: Hollywood once mocked the idea in Wag the Dog, a movie starring Robert De Niro as a political consultant who covers up a presidential sex scandal and wins an election by launching a fake war in Albania. In this real-life Francophone sequel, there is no sex scandal. The French president, Nicolas Sarkozy, is unpopular because of government corruption, because the French economy is weaker than it was supposed to be, because he and his now ex-foreign minister chose the wrong side in Tunisia, and because he's erratic and unpredictable. »
« Nous, les Américains, avons une longue tradition de déclarations de guerre en plein milieu des campagnes électorales. Hollywood s'était une fois moqué de cette idée dans "Des hommes d'honneur", un film avec Robert de Niro en consultant politique qui couvre un scandale sexuel et gagne une élection en lançant une fausse guerre en Albanie. Dans cette suite française de la vie réelle, il n'y a pas de scandale sexuel (ndt : ça, c'est à partir de l'année prochaine !). Le président français, Nicolas Sarkozy, est impopulaire à cause de la corruption du gouvernement, parce que l'économie française est plus faible qu'elle ne devrait, parce que son ancienne ministre des Affaires étrangères a choisi le mauvais camp en Tunisie, et parce que qu'il est erratique et imprévisible. »
Plus loin : « The man who introduced Sarkozy to the Benghazi rebels is none other than Bernard-Henri Lévy, a pop philosopher so French that I can't think of an American equivalent. We just don't have philosophers who wear their shirts unbuttoned, marry blond actresses, and take sides, enthusiastically, in wars in Bangladesh, Angola, Rwanda, Bosnia, and beyond. By siding with Lévy's emotional plea for humanitarian intervention - a decision that surprised even his own foreign minister - Sarkozy apparently thinks he might share some of the philosopher's glamour. »
« L'homme qui a présenté Sarkozy aux rebelles de Benghazi n'est autre que BHL, un philosophe populaire si français que je ne peux pas lui trouver d'équivalent américain. Simplement, nous n'avons pas de philosophes qui porteraient des chemises débraillées, qui épouseraient des actrices blondes et prendraient parti, enthousiastes, dans des guerres au Bangladesh, en Angola, au Rwanda, en Bosnie ou ailleurs. En se rangeant à la plaidoirie émotionnelle de BHL pour une intervention humanitaire - une décision qui a même surpris son propre ministre des Affaires étrangères - Sarkozy pense apparemment qu'il pourrait bénéficier d'un peu du glamour du philosophe ».
Ils ont tout compris, ces ricains ! En attendant, la branlée des cantonales a démontré que le « glamour » de BHL laisse les électeurs de marbre, et que le fondement de Sarkozy a du souci à se faire…
SuperNo - Blogueur associé
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Qui a dit : « Je pense que la question de la maîtrise des flux migratoires est une question qui reste importante, qui taraude la société française et que le sentiment qu'il y ait une sorte d'invasion rampante ». Marine Le Pen ? Claude Guéant ? Non, Julien Dray, député PS et co-fondateur de SOS Racisme. Invité sur RTL, mardi matin, il a minoré les scores de son parti aux cantonales parlant d’une simple « vaguelette rose ». Pour lui, le PS n’a pas pu faire un gros score parce qu’il « n'aborde pas les vraies questions » arguant que les socialistes doivent montrer qu’ils sont capables « de maîtriser, de réguler, d'organiser ces flux migratoires ».
Mais le député est allé plus loin en dénonçant « la ghettoïsation ethnique de la société française ». Manuel Valls, maire PS d’Evry, avait déjà entraîné une polémique en juin 2009 en souhaitant qu’il y ait plus « de whites, de blancos » dans sa ville. Il est vrai que suggérer que l'on croise de moins en moins de blancs dans certains quartiers peut prêter à caution. Pour autant, refuser d'évoquer le déclin de la mixité et les dérives communautaristes qui peuvent en découler serait suicidaire pour tout républicain.