La "responsabilité de protéger" doit être interprétée strictement
21/03/2011 06:36 par rgrs
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La "responsabilité de protéger" doit être interprétée strictement
21/03/2011 06:36 par rgrs
Carnet de Jean-Pierre Chevènement
Le Conseil de sécurité des Nations Unies a voté hier soir une résolution visant à protéger les populations civiles libyennes. Cette responsabilité de protéger définie par l'ONU en 2005 ne se confond nullement avec un droit d'ingérence ouvert à la France, à la Grande-Bretagne, aux Etats-Unis et aux pays volontaires.
Il faut souhaiter que la résolution du Conseil de sécurité soit interprétée strictement. Les frappes doivent être réservées à des cibles militaires. Il faut donc éviter tout dommage collatéral sur les civils.
La France serait bien inspirée d'agir en contact étroit avec les pays arabes, notamment l'Egypte et les pays du Maghreb.
http://www.chevenement.fr/
Dominique de Villepin: "Je me félicite de l’initiative de la France"
21/03/2011 06:31 par rgrs
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Dominique de Villepin: "Je me félicite de l’initiative de la France"
21/03/2011 06:31 par rgrs
L’ancien Premier ministre se réjouit de l’initiative de la France face à la situation en Lybie, mais il met en garde contre le risque d’engrenage militaire.
La France lance l’offensive contre la Libye. Qu’en pensez-vous?
Je me félicite de l’initiative de la France, portée par le président de la République et le ministre des Affaires étrangères ainsi que du vote de la résolution 1973 des Nations unies ouvrant la voie à une protection des populations civiles par tous les moyens nécessaires. À ce stade, il faut veiller à demeurer dans ce cadre précis et ne pas s’engager dans un engrenage militaire.
Vous avez trouvé le président de la République trop belliqueux?
Rien de ce que j’ai entendu dans son intervention ne va dans ce sens. Mais attention, l’objectif n’est pas de mener une campagne militaire. Il faut une réponse graduée qui procède par étapes. D’abord le survol de la Libye, ensuite des frappes ciblées contre des infrastructures, dans le but d’obtenir un cessez-le-feu. Enfin, des frappes contre l’armée libyenne ne sauraient être justifiées que par une menace précise et urgente contre les populations civiles. Il ne s’agit pas pour nous d’être à l’offensive mais d’agir uniquement en réponse aux provocations du colonel Kadhafi. Cela s’inscrit dans un processus long afin de protéger les populations. Ce ne serait pas une bonne politique de vouloir tout faire en même temps et avec précipitation.
On vous sent très inquiet…
Il ne faut pas oublier que cette résolution 1973, contrairement à la 1441 (novembre 2002, le Conseil de sécurité ordonne à Bagdad de détruire tous ses programmes d’armes de destruction massive) n’a pas été votée à l’unanimité. Il y a eu cinq abstentions, dont l’Allemagne, et beaucoup de réserves. Ensuite, il est impératif d’éviter d’agir dans un cadre Otan, mais bien dans une coalition d’États en associant étroitement les pays arabes et africains. Enfin, que l’Europe prenne ses responsabilités et évite ainsi une trop grande exposition des États-Unis, en leur donnant un réel rôle d’appui et d’accompagnement.
Quelles sont pour vous les lignes rouges?
Qu’il n’y ait pas d’intervention au sol, que nous fassions très attention aux frappes militaires et enfin que nous respections le libre choix du peuple libyen. Nous ne pouvons pas espérer tout régler par une intervention militaire. C’est pourquoi la pression doit être maintenue sur le colonel Kadhafi : défèrement devant la Cour pénale internationale, gel des avoirs à l’étranger et intensification des sanctions économiques. C’est ainsi que nous pourrons obtenir son départ et redonner à la diplomatie tout son rôle.
Cette opération peut-elle restaurer l’image de la France dans le monde arabe?
La France a été dans ces circonstances à la hauteur de ses idéaux mais il faut travailler dans la durée. Prenons bien en compte la sensibilité des opinions arabes, à travers l’effet des moyens employés et des images diffusées. Faisons bien attention à ce qu’elles ne se retournent pas.
On a comparé le discours d’Alain Juppé jeudi à l’ONU au vôtre, contre la guerre en Irak. Qu’en avez-vous pensé?
C’est un discours qui marque la détermination de la France. C’est la politique étrangère que j’ai toujours défendue, en initiative mais aussi en responsabilité. Mais cette détermination doit être strictement encadrée pour éviter tout risque de dérapage et toute logique de guerre.
Source: Soazig Quéméner - Le Journal du Dimanche
http://2villepin.free.fr/index.php/2011/03/21/1837-dominique-de-villepin-je-me-felicite-de-linitiative-de-la-france
Cantonales : A élections locales ... conséquences nationales !
18/03/2011 07:34 par rgrs
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Cantonales : A élections locales ... conséquences nationales !
18/03/2011 07:34 par rgrs
L'UMP, toujours prête à nous donner des leçons de démocratie aura minimisé voir discrédité les élections cantonales. Il faut dire que l'hypothèse d'un Sénat qui bascule à gauche, affole ! Jusqu'à abandonner quelques cantons au Front national ...
Jean-François Copé grand spécialiste des débats sans tabou et toujours prêt à dégainer se sera contenté, cette fois-ci ,d'un texte assez mièvre, envoyé par mail, à ses militants.
Vous noterez au passage, dans ce texte, qu'il semble plus évident pour lui de parler de « pouvoir d'achat » à ses propres troupes, qu'aux français dans leur ensemble !
« Ce dimanche 20 mars se déroulera le premier tour des élections cantonales. Nous tenions à vous rappeler l’importance de ce rendez-vous pour la défense de nos valeurs et de nos idéaux.
Parce qu’une élection c’est avant tout la consultation des citoyens et la garantie de l’élaboration démocratique des décisions, notre premier combat est celui de la participation. Nous avons besoin de vous pour mobiliser votre entourage et faire de ces élections le grand évènement républicain qu’elles doivent être.
Pourquoi est-il nécessaire d’aller voter dimanche ?
- Parce que les décisions du Conseil Général ont une incidence directe sur votre quotidien. Acteur clé de l’action sociale, le département aura notamment un rôle central dans la mise en œuvre de la grande réforme de la dépendance des personnes âgées voulue par Nicolas Sarkozy.
- Parce que les Conseils Généraux gérés par le Parti Socialiste sont aujourd’hui utilisés par l’opposition pour contrer l’effort de réforme et de redressement mis en œuvre par Nicolas Sarkozy : les impôts locaux augmentent, les dépenses de fonctionnement dérapent… alors que le pouvoir d’achat des Français et le déficit de la France sont une préoccupation constante de notre Gouvernement et de notre majorité.
Quelle que soit votre situation, nous comptons sur vous :
- Vous êtes électeur de l’un des 2 023 cantons concernés : allez voter et mobilisez votre entourage !
- En cas d’absence, faites-vous représenter en établissant une procuration : c’est encore possible dans les prochaines 24 heures aux vues des délais postaux. Vous obtiendrez tous les renseignements nécessaires en cliquant ici. (...) Chaque voix compte. Je compte sur vous et sur votre mobilisation pour aller voter dimanche et pour véhiculer ce message auprès de votre entourage et de vos proches.
Merci de votre implication,
Jean-François Copé »
Ce texte, assez insignifiant, ne fait pas mention du message très clair du Président sur les alliances avec le Front National. Et pourtant sur le terrain, tout est loin d'être clair !
En effet, alors que Jean-François Copé indiquait : « (...) Ni alliance avec le Front national, ni front républicain.» on apprend par Le Figaro, qu'il reconnaissait : (...) que sur le terrain, les choses étaient parfois plus ambiguës. Éric Woerth a raconté qu'il avait dû procéder à des rappels à l'ordre dans son fief de l'Oise. «Dès qu'on ne sera pas clair, ce sera ravageur», a affirmé l'ex-ministre du Budget (...) »
Ni front républicain ... en cas de duel PS-Front national au second tour ?
C'est en effet la décision de l'UMP. Et bien que Nathalie Kosciusko-Morizet a eu le courage d'annoncer sa préférence pour le PS en cas de duel avec un FN (...) et que (...) Laurent Wauquiez a réclamé une «marge de manœuvre»: «Si le FN est en position de gagner, on doit pouvoir appeler à voter PS (...) » On notera que pour moult députés UMP on préconise comme Claude Goasguen « la pêche à la ligne », autrement dit l'abstention - Le Figaro A vous d'en tirer les conséquences et surtout au cas où un deuxième tour de la présidentielle opposerait le ou la candidat(e) de gauche à la présidente du FN !
Au delà de cette attitude prévisible inaugurée par le débat sur " la place de l'islam dans la république " et les " bateaux d'émigrés à remettre à la mer " la tactique de l'UMP serait plutôt de laisser gagner quelques candidats du FN que de voir la gauche devenir majoritaire au Sénat !
C'est d'ailleurs expliqué sans détour par Christian Vanneste, de la "droite populaire" : « Même s'il y a un ou deux conseillers généraux FN qui sont élus, est-ce que cela menace la République ? Pas du tout ! » - Le FigaroAlors, vous voyez, même si on vous dit le contraire : A élections locales ... conséquences nationales !
Slovar
http://slovar.blogspot.com/
Le Japon se relèvera, mais il sera forcément différent
18/03/2011 07:27 par rgrs
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Le Japon se relèvera, mais il sera forcément différent
18/03/2011 07:27 par rgrs
Les yeux du monde sont toujours rivés sur l'empire du soleil levant, et pour cause il semblerait que le pire soit maintenant à craindre en matière de sécurité nucléaire. Je ne reviendrais pas sur la question énergétique nous l'avons abordé précédemment, cependant cette crise va aussi être un catalyseur de réflexions sur les questions monétaires et économiques. Car au-delà des pertes humaines et du danger nucléaire, qui, on l'espère, pourra être contenue, l'économie japonaise pourrait sembler à première vue comme complètement sinistré et condamné. D'autant plus que l'économie nipponne était déjà dans un état dramatique avant et que son PIB avait fortement chuté en 2009 suite à la crise mondiale. C'est en tout cas ce qui ressort régulièrement des analyses économiques qui font le bilan de la catastrophe tout en soulignant le nombre de destruction physique auquel le pays doit faire face après ce tremblement de terre. En plus de cela certains on la mauvaise idée de rappeler que le Japon c'est aussi le pays de l'OCDE avec la plus forte dette publique. La crise ne pouvant pour ces esprits étriqués qu'aggraver la situation du Japon en la matière. Pourtant rien n'est plus faux, je vais m'évertuer à le montrer cette crise pourrait bien être une opportunité de changement pour un pays qui s'enfoncer lentement mais sûrement dans un déclin de longue durée. Encore faut-il que le Japon se serve évidement de cette oportunité pour changer. En réalité une fois l'orage passé, le Japon pourrait tout aussi bien nous rappeler que l'économie c'est avant tout des hommes qui produisent, qui échangent et qui travaillent avant d'être une affaire comptable. Les japonnais n'auront pas le choix de toute façon, pour s'en sortir ils vont devoir réinventer leur organisation économique et outrepasser les dogmes libéraux qui les guident depuis trop longtemps maintenant. C'est seulement en empruntant une voie différente qu'ils sortiront du lent déclin qui leur colle à la peau depuis plus de 20 ans.
Pour reconstruire une économie détruite il faut laisser tomber les dogmes et les croyances comptables. C'est la crise de 1929 et la seconde guerre mondiale qui permirent la naissance des économies régulées d'après guerre, parce que les hommes et les femmes qui ont vécu cette période ont alors compris que les bilans comptables n'avaient aucun intérêt. Lorsqu'un immeuble s'écroule on a pas besoin d'argent mais d'hommes capables d'agir, lorsqu'un incendie éclate on a besoin d'eau et de pompier, pas de billets de banque. Si vous n'avez pas de pompier vous pouvez avoir tout l'argent que vous voulez, vous brûlerez avec. Pour redresser leur pays les japonnais vont devoir imiter leurs anciens regarder l'économie réelle et sortir des illusions comptables et libérales. Mais le Japon a de la chance dans son malheur, il possède sa propre monnaie et il est relativement indépendant en matière de production, il n'aura donc pas trop à se soucier des relations extérieurs. On imagine une telle catastrophe en France, avec un état qui ne maîtrise même plus sa monnaie et qui serait obligé de lancer un emprunt d'urgence à l'international pour financer le colmatage des brèches d'un réacteur nucléaire, et personne ne voulant lui faire un prêt car trop risqué. Cette situation prouve une fois de plus qu'il est important pour une nation d'émettre sa propre monnaie surtout en cas d'urgence. Ne pas pouvoir faire venir des secours qui existent simplement parce qu'il n'y aurait pas d'argent voilà bien une idiotie totale. On a de la chance qu'une telle catastrophe ne se produisent pas dans la zone euro, l'organisation économique de la zone ne permettant absolument pas de gérer une telle situation, c'est à méditer pour nos européïstes.
Pour en revenir au Japon sa seule dépendance est celle des exportations, mais c'est une dépendance malsaine dont il ferait mieux de se guérir comme nous le verrons par la suite. En réalité si beaucoup de monde s'inquiète pour l'économie japonaise, l'on ferait peut-être mieux de s'inquiéter des conséquences pour les USA qui dépendent beaucoup de l'épargne japonaise. Or celle-ci pourrait très bien se retirer en masse du pays pour faire face à la catastrophe. De la même manière la baisse de la consommation en pétrole, conséquence de la catastrophe, pourrait faire baisser le prix du baril si favorable au maintient du dollars américain. En réalité c'est aux USA que les conséquences économiques pourrait se faire le plus durement sentir au moment même où les nuages noirs s'amoncelaient. Le Japon c'est l'un des pilier de l'empire américain, sans lui et avec une zone euro condamné à court terme, il suffit de voir l'évolution récente des taux d'intérêts, les USA ne sont plus viables économiquement. Sans parler de la perte du contrôle du moyen-Orient et du pétrole. Mais qui va donc financer l'empire décidément c'est problématique.
L'évolution économique japonaise sur le long terme
1)La dette
Si la dette japonaise à atteint les niveaux qu'elle a aujourd'hui c'est pour plusieurs raisons. La première c'est que le gouvernement japonais n'a jamais vraiment revue à la hausse les impôts du pays, les impôts japonais sont relativement bas à l'échelle de l'OCDE. De plus le Japon depuis 20 ans est devenu l'un des pays les plus inégalitaires de l'OCDE alors même qu'il était le plus égalitaire au début des années 90, la compression de la classe moyenne n'est pas favorable à de bonnes rentrée fiscale surtout si les grandes entreprises mettent leurs sièges dans des paradis fiscaux. Autre facteur d'endettement le Japon n'est jamais sortie réellement de la déflation après le tremblement de terre de Kobe, cette situation est avant tout le résultat d'une absence de volonté pour redresser les salaires de la population du pays. Mais comme il fallait continuer à produire un peu de croissance on a préféré endetter l'état plutôt que d'augmenter les salaires, en ce sens l'économie japonaise n'est pas très différente de celle de ses homologues occidentaux. Le choix de la compression salariale a seulement été momentanément solutionné de manière différente le Japon a endetter son état plutôt que les particuliers. Cela tient également à la réticence de la population japonaise à pratiquer le crédit à la consommation, les japonais étant de gros épargnants, l'état n'a eu d'autre choix, dans un cadre libéral, que de creuser les dépenses publiques.
Les différents plans de relances qui ont été fait dans la période des années 90 n'ont pourtant jamais fait redémarrer l'économie faute de continuité de la demande. Celle-ci retombait une fois les effets des plans estompés, il aurait mieux valu augmenter les salaires, mais ce choix demandait un abandon des politiques d'excédent commercial comme nous le verront par la suite. A cela s'ajoute une grave crise démographique et la concurrence de la Chine et de la Corée du Sud dans un régime de libre-échange généralisé. Le Japon subit de plein fouet la concurrence des pays à bas salaire, et contrairement à une idée reçue le Japon ne s'en protège pas vraiment, au contraire même, bon nombre d'industries japonaises ont délocalisé leurs activités dans les pays voisins. Les effets ont donc été similaires à ceux observés en France ou aux USA une désindstrialisation progressive, à l'image des dessins animés nippon, fer de lance du soft power japonais, qui sont aujourd'hui fabriqué pour une part sans cesse croissante en Corée du Sud. Les effets de la désindustrialisation sont cependant moins visibles au Japon, et ce pour plusieurs raisons, la première c'est que celle-ci a commencé plus tard qu'en France ou aux USA. La seconde c'est que le niveau technique et culturel japonais est très supérieur à celui de nos pays, au Japon plus de la moitié des jeunes font des études supérieurs c'est beaucoup plus qu'en France. Ce niveau scolaire a eu l'effet d'un frein grâce à la spécialisation dans le haut de gamme et les produits à haute valeur ajouté, les industries de bases sont parties sans que l'on aperçoivent le déclin de l'industrie dans la part du PIB. Le Japon produit beaucoup moins de choses, mais la valeur globale des produits fabriqués a fortement augmenté, ce qui se traduit par une part relativement stable de l'industrie dans le PIB. Par contre cela a détruit beaucoup d'emplois et fait fortement augmenter les inégalités. Le Japon c'est la société de la connaissance incarnée si l'on puis dire, mais elle ne pourra pas durer. En effet la hausse progressive du niveau scolaire chinois ou coréen condamnera même les emplois les plus qualifiés à la disparition à terme, la monté en gamme coréenne est déjà fatale à bon nombre de groupes japonais. Si le Japon reste en régime de libre-échange il sera un jour ou l'autre victime des mêmes problèmes que les USA ou la Grande-Bretagne. Ensuite il y a la question démographique, car comme en Allemagne la population active diminue, c'est ce qui fait qu'une stagnation de la quantité d'emploi ne produit pas nécessairement de hausse de chômage. Le pays peut produire de moins en mois d'emplois sans subir une hausse du taux de chômage. Cela donne au pays le visage d'un vieil homme s'assoupissant tranquillement avant de mourir dans son lit.
2)La cassure date des années 90 ou 70?
La cassure de l'économie japonaise est souvent daté de 1990 car c'est là qu'elle apparaît au grand jour la croissance passant d'un régime de 4% à presque 0 en moyenne sur une décennie. Depuis cette période le Japon tourne autour de 0% de croissance avec des années positives et d'autres négatives, certains présentent même le Japon comme étant la première société passé au régime de la décroissance tant chérie par certains écologistes. Si l'on regarde la production industrielle sur une période plus longue la rupture apparaît plus nettement la production industrielle commence à faire du surplace à partir de 1990 effectivement. Mais à mon humble avis la rupture date de bien avant cette date seulement il faut utiliser d'autres donnés pour s'en rendre compte. La crise que va connaître le Japon à partir des années 90 n'est que la résultante d'un phénomène plus ancien, celui d'un modèle économique qui ne pouvait conduire qu'à cette situation. En réalité c'est le choix d'un modèle mercantiliste, celui de l'accumulation d'excédents commerciaux, qui va créer les bulles et les anomalies qui seront fatales à l'économie japonaise. En devenant dépendant de l'extérieur pour sa croissance et son développement le Japon va entrer dans un cycle qui lui sera finalement fatal économiquement. Dans les années 70 le Japon a orienté son économie vers la conquète des marchés extérieurs, alors que sa balance des paiements était à l'équilibre pendant toute la période d'après guerre, ce pays a commencé à accumuler des excédents après 75. Ce choix d'avoir des excédents ne fut pas le fruit de la seule volonté des dirigeants japonais, c'est aussi le résultat de la mise en place en occident des délires libéraux et libre-échangistes. Avant cette époque l'Europe avait par exemple le tarif extérieur commun qui rendait peu intéressantes les exportations depuis le Japon, ce n'est qu'une fois ces barrières douanières supprimées que les produits japonais vont envahir nos contrés. Les portes de l'occident ouvertes, il ne restait au Japon qu'à faire une politique d'invasion commerciale, on se souvient bien en France de cette période caractérisée par la multiplication des discours sur le péril nippon, à l'image du japonais homme ou fourmis de notre premier ministre d'alors, madame Edith Cresson. Ce n'était pas une vue de l'esprit, le Japon et l'Allemagne était alors les grands gagnant du libre-échange intégral, provoquant sans le comprendre la déstabilisation de l'économie planétaire en poussant des pays à la compression salariale et à l'effondrement. Bien évidement le contrecoup fut rapidement arrivé, les pays en déficit se sont mis à contraindre leur consommation ne pouvant lutter à armes égales avec les deux géant de l'exportation. Les deux pays mercantilistes furent finalement punis puisqu'ils virent leur croissance diminuer fortement sur le long terme, à tel point qu'aujourd'hui il font figure d'homme malade sur le plan de la croissance économique. Mais le Japon et l'Allemagne ont toujours des excédents, et malgrés leurs difficultés intérieures ces pays semblent toujours croire que ces excédents sont une bonne chose pour eux. Le deuxième point qui montre le changement de régime économique du Japon dans les années 70 est le changement dans le rythme de l'inflation. Les années 70 sont caractérisée par une forte poussée inflationniste que l'on peut voir dans tout les pays industrialisés de l'époque. Mais contrairement aux pays européens la croissance économique et industrielle au Japon continue à des rythmes élevés, il n'y a pas eu de stagflation au Japon. Les exportations japonaises ont pris le relais de la croissance et le Japon va devenir un prédateur de la demande mondiale pour compenser la compression salariale chez lui. Car pour juguler son inflation il va favoriser au maximum les exportations au détriment de sa demande intérieure, jadis seul moteur de la production, c'est le même choix que fit l'Allemagne à la même période, et c'est le choix qu'à fait la Chine pour notre plus grand malheur. En effet en tirant votre croissance des exportations et non de la demande intérieure vous n'avez pas besoin d'augmenter les salaires, ces derniers sont mêmes nuisibles à vos exportations. Les pays exportateurs se caractérisent par une forte croissance sans inflation du moins à cour terme. Le modèle mercantiliste japonais donnera toute sa puissance dans les années 80 avant de montrer ses effets dans les années 90. La demande mondiale est maintenant insuffisante pour nourrir l'excédent japonais, allemand, chinois ou coréen en même temps, ces pays ont poussé jusqu'à au bout un modèle qui par nature était déséquilibré puisque toute les nations du monde ne peuvent pas avoir un excédent en même temps. Et les gagnant actuels sont la Chine et la Corée du Sud, l'Allemagne malgrés ses excédents énorme arrive à peine à tirer sa croissance son niveau de vie est probablement trop élevé pour que la croissance des ses excédents arrive à réellement dynamiser le pays. Quant au Japon il est le perdant des années 2000 face aux trois autres sur le plan commercial. Comme on le voit sur le graphique précédent l'inflation au Japon devient très basse dans les années 80, elle ne fait plus alors que la moitié de son niveau d'avant 1973. Mais jusqu'en 1990 la croissance va rester forte alimenté par les excédents commerciaux, mais bien sûr les USA et les pays européens vont finir par réagir à ces excédents qui leurs sont nuisibles. La forte hausse du Yen et l'affaiblissement progressif des économies occidentales finiront par casser la croissance japonaise. Contrairement à ce que disent certains ce n'est pas la faute de la hausse du Yen si la croissance japonaise s'est cassée, du moins pas directement, en effet rien n'interdisait au Japon de tirer sa croissance de sa demande intérieure. Il est tout à fait normal que les pays en déficit comme les USA demandent un rééquilibrage commercial, accuser les pays victimes du mercantilisme asiatique de se protéger c'est ne pas vraiment comprendre qui est l'agresseur. Alors pourquoi le Japon n'a-t-il pas changé de politique à l'époque de la réévaluation du Yen dans les années 80? Probablement pour les mêmes raisons qui poussent les élites français à ne pas protéger leur industries, elles n'aiment pas les hausses de salaires et l'inflation.
Les élites japonaises comme celles d'occident voient toujours d'un mauvais oeil l'inflation et la hausse des salaires, elle préfèrent même avoir une croissance faible et un chômage élevé plutôt que que d'avoir de l'inflation. On l'avait vue dans le cas de l'Argentine récemment où cette haine l'inflation a fini par produire un effondrement brutal de l'économie du pays. Le japon diffère de l'Argentine dans le sens où il n'a pas besoin d'arrimer sa monnaie à une monnaie étrangère pour maintenir basse son inflation, mais l'objectif d'une croissance sans hausse des salaires est la même. Seulement c'est contradictoire quelque soit votre modèle économique à un moment ou un autre il faudra bien redistribuer les gains de productivités sous forme de hausse des salaires, les pays qui ne le comprennent pas finissent toujours par provoquer des catastrophes sous diverses formes, comme on le verra bientôt dans la zone euro. Cette politique mercantiliste et anti-inflationniste a des limites surtout parce que le Japon n'est plus tout seul à faire cela, il est aujourd'hui fortement concurrencé par la Chine et la Corée du Sud qui font aussi bien que lui pour beaucoup moins chère, allant même jusqu'à concurrencer les japonais sur leur propre sol. Sans parler de la puissance Allemande qui grâce à l'euro s'est réserver un cheptel de victimes pour elles toute seule. Si les japonais veulent redresser leur situation économique, surtout après cette grande catastrophe, il leur faudra enfin revoir leur modèle mercantiliste. Ils devraient enfin réorienter leur économie sur leur demande intérieure car ils n'auront plus le choix. Leurs marges extérieures vont se réduire, les puissances montantes d'Asie faisant de l'ombre à leur production, et le marché d'exportation vers l'occident sera de moins en moins porteur puisque cette région du monde devra soit se protéger, soit s'appauvrir pour équilibrer sa balance des paiements. La crise de 2009 fut un avertissement pour le Japon c'est le pays qui subit le plus durement l'effondrement des importations américaines. Que se passera-t-il lorsque le dollars se transformera en nouveau rouble...
Face à la catastrophe il faut une politique monétaire de production
Nous avons fait ici un petit bilan de l'économie japonaise, mais c'était avant la catastrophe. Le japon va devoir retourner son économie vers lui même si je puis dire pour reconstruire. On peut tout à fait comparer la situation à celle de la sortie d'un conflit militaire par son ampleur, il semblerait que près d'un tiers du pays a été littéralement détruit par le tremblement de terre, c'est une proportion énorme d'une tout au dimension que celui de Kobe. Cependant comme l'état est officiellement surendetté, il va devoir changer de stratégie en matière économique et il va falloir faire transvaser les revenue du capital vers le travail à travers l'inflation pour reconstruire rapidement le pays. Il va falloir émettre de la monnaie de crédit public pour l'investissement productif de reconstruction, des prêts à taux zéro pour l'immobilier et l'industrie de reconstruction. Des aides massives pour les personnes qui vont devoir reconstruire leurs vies et leurs villes. Une telle politique de grands travaux va devoir être nécessaire et celle-ci ne sera effective qu'à travers une émission monétaire massive et pas autrement. A l'occasion la dette se dégonflera par la conjugaison de l'émission monétaire et le retour de l'inflation, ce qui me parait inévitable dans ces conditions. Rappelons au passage que la dette japonaise est essentiellement détenue par les épargnants japonais, il n'y aura pas d'exportation des problèmes par ce biais, c'est plutôt les risques de rapatriement des capitaux investis hors du Japon qui poseront problèmes aux puissances étrangères. Le Japon devrait donc connaître une forte hausse de son inflation dans les années qui viennent ainsi qu'une hausse de sa croissance économique pour réparer les dégâts. Il est malheureux que les états ne trouve une justification à l'inflation et à l'investissement public que dans la guerre ou la catastrophe, le chômage n'étant apparemment pas assez grave pour justifier une telle politique.
A l'occasion du retour d'une certaine dynamique économique, le gouvernement japonais devrait en profiter pour rompre avec son modèle mercantiliste qui l'avait conduit au marasme avant la catastrophe. Le Japon devrait reconstruire une économie plus auto-centré et moins dépendante de ses exportations, il leur faudra aussi se protéger commercialement de leur rivaux asiatiques qui eux vont être renforcé par cette situation, l'économie japonaise risquant d'être paralysée pendant quelques temps. A n'en pas douter la Chine et la Corée du Sud vont bénéficier commercialement de leur concurrent nippon. On peut également espérer que cette épisode relance la natalité du pays, je sais que cela peut paraître paradoxale mais l'on constate souvent une hausse des naissances après de grandes catastrophes. Si tel était le cas et si le gouvernement agissait à encourager celle-ci alors une nouvelle ère démarerait pour la nation japonaise. Une ère moins morbide et plus optimiste, le Japon deviendra également à coup sur l'un des pivots du changement énergétique nécessaire à l'échelle mondiale. Ne voulant certainement plus du nucléaire après ces péripéties, et en étant privé du pétrole, le Japon usera probablement de sa main d'oeuvre très qualifiés pour mettre au point le plus rapidement possible des alternatives durables au duo pétrole-nucléaire. Donc si aujourd'hui le pessimisme et la tristesse sont bien présentes, il faut bien voir que cette catastrophe peut aussi être utilisé à des fins positives. En tout cas je souhaites bien du courage aux japonais et je suis certains qu'ils sortiront de cette épreuve plus sage et en meilleurs état que lorsqu'ils y sont rentrés.
http://lebondosage.over-blog.fr/article-le-japon-se-relevera-mais-il-sera-forcement-different-69448660.html
Ce drame au pays du Soleil Levant
18/03/2011 07:17 par rgrs
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Ce drame au pays du Soleil Levant
18/03/2011 07:17 par rgrs
Le Japon occupe le devant de l'actualité, quatre jours après le séisme historique qui a secoué cet archipel (de 6 852 îles) et le raz-de-marée qui s'en est suivi, le bilan officiel faisant toujours état de 10 000 morts. De nombreuses problématiques se posent, à l'aune de cette catastrophe naturelle. Dans un premier temps, on a envie de rendre hommage au peuple japonais, qui nous a impressionné par sa dignité… Par ailleurs, au-delà de la difficulté à retrouver des survivants, c'est le risque d'une catastrophe nucléaire qui se profile et qui inquiète…
Le Japon nous a effrayé pendant des années - avant la Chine en plus nombreux -, innovant dans certaines technologies et sachant les vendre comme personne. Un éphémère premier ministre socialiste, Edith Cresson, les compara un jour à des fourmis. Il est vrai que dans ce malheur qui les frappe, les fourmis montrent une dignité admirable. Pas d'effets de panique, pas de lamentation, même la bourse de Tokyo a ouvert. Alors qu'après les attentats du 11 septembre, la bourse de New-York fut fermée durant quatre jours. Nos réactions sont calquées sur celles des victimes, l'émotion est individuelle, pas de compassion ostentatoire. Le drame japonais n'est pas comparable, sur ce point, à celui qui frappa le sud-est asiatique et la Thaïlande, à l'automne 2004. Il n'y a pas d'afflux de dons, de déplacements sur place de personnalités et d'humanitaires en tous genres. Il faut dire que le Japon est un pays riche, à l'épargne colossale. Malgré un endettement énorme, correspondant à 200 % du PIB, qui lui a valu d'être déclassé par les agences de notation. Mais ce dont le Japon se moque, car contrairement à nous, il ne se finance que très peu sur les marchés financiers. Certes, l’économie japonaise n'est plus ce qu'elle était dans les années 80. Les Américains ont su briser cyniquement leur élan, en les contraignant à réévaluer le yen. Le Japon reste la troisième puissance économique mondiale, mais ne nous fait plus peur. Les Japonais sont longtemps parus à nos yeux, comme les meilleurs élèves de l'occident. Mais aujourd'hui, ils sont ramenés à leur fragilité existentielle, de barque sur la mer démontée. On nous explique que le bouddhisme leur a appris depuis l'enfance, que tout ce qui a une forme, est appelé à disparaître, dans un sentiment d'impermanence des choses, enraciné en eux par les déchaînements de la nature. On est pas bouddhiste, mais on a bien retenu la leçon.
Mais l'archipel ne semble pas non plus, au bout de ses peines. Car le Japon tire son électricité, depuis trente-cinq ans, essentiellement du nucléaire, ce qui est une autre problématique (une quizaine de centrales regroupée sur l'île d'Honshu, autour de Tokyo). La situation s'est aggravée et détériorée dans les deux centrales nucléaires de Fukushima (situées à environ 300 km de Tokyo). Une explosion d'hydrogène a secoué un réacteur, dans l'une d'entre elles. Ce qui relance également le débat sur le sujet, notamment en France. Récemment, Nicolas Sarkozy a affirmé qu'il n'était pas question de sortir du nucléaire. Il a souligné d'ailleurs, que le parc français était le plus sécurisé du monde. Il a ainsi voulu couper l'herbe sous le pied à ceux, qui comme Nicolas Hulot ou Daniel Cohn-Bendit, réclament un référendum sur l'énergie nucléaire en France. C'est aussi l'art de la politique, outre la problématique de fonds. Car les verts ne sont pas, comme l'on croit, que des défenseurs avétérés de la nature, mais avant tout et surtout des politiciens redoutables, rodés depuis leur jeunesse politique aux pratiques militantes de l'extrême-gauche. Seule la naïveté et l'inexpérience politique ont pu faire croire, à la ministre Nathalie Kosciusko-Morizet, que les écolos qu'elle embrassait comme du bon pain et caressait dans le sens du poil, respecteraient les accords tacites du Grenelle de l'environnement. Qui avait vu le gouvernement échanger la lutte contre le réchauffement climatique, contre le silence des associations sur le nucléaire.
Les écologistes se battent depuis quarante ans contre le nucléaire, ils ne veulent pas perdre cette légitimité. Le drame du Japon leur permet de réinstaller une peur dans l'inconscient collectif. Même si la problématique énergétique est certes complexe, en profondeur. Historiquement, toute énergie devient d'ailleurs très vite enjeu de conflit. Le charbon est l’une des causes majeures des conflits franco-allemands du XXe siècle, et le pétrole est une des clefs de la plupart des interventions militaires américaines depuis 1945. Sur le plan énergétique, les révolutions arabes devraient aussi annoncer un choc pétrolier. Dans les années 70, cette option nucléaire hexagonale fut un vrai débat, parfois très dur. Le choix nucléaire - amorcé par de Gaulle -, de Pompidou fut sans doute le dernier héritage du XIXe siècle, quand confiance dans le progrès scientifique et volontarisme politique se tenaient la main. Mais cette option pompidolienne nous a valu depuis quarante ans, une indépendance énergétique, que nous ont longtemps envié nos voisins. Notre consommation d'électricité provient à 85 % de nos centrales nucléaires et elle est aussi moins chère qu'ailleurs. Car la cause principale de l'augmentation récente de nos factures d'électricité, n'est pas à chercher dans la réflexion de nos vieilles centrales, mais plutôt dans la politique de concurrence obstinément poursuivie par la commission de Bruxelles.
Mais le drame japonais pourrait s'avérer aussi la chance de l'industrie nucléaire française, qui avec l'EPR (centrale nucléaire nouvelle génération) a fait justement le choix de la plus grande sécurisation possible. C'est pour cette raison, que ce produit français coûte plus cher que ces rivaux moins sophistiqués. En 2009, Abou Dhabi a ainsi préféré une centrale coréenne moins chère, mais moins sûre, et l'Afrique du sud a été tentée par un concurrent chinois. Il est vrai que les retards des chantiers d'Areva en Finlance, et les surcoûts de celui d'EDF à Flamainville affaiblissent le poids de l'expertise nucléaire française, comme l'a déclaré récemment François Fillon. Mais en tout cas, ce qui est sûr (même si toutes les solutions énergétiques cumulées sont peut-être valables), c'est que la réponse est bien davantage dans les mains de nos ingénieurs, que dans celles de nos ministres et de la classe politique en général.
J.D.
http://llanterne.unblog.fr/
Défendre la République, c'est décontaminer la pensée FN?
18/03/2011 07:12 par rgrs
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Défendre la République, c'est décontaminer la pensée FN?
18/03/2011 07:12 par rgrs
Ancien membre de la Fondation Marc-Bloch, je me suis senti, à mon très modeste niveau, visé par l'article publié dans Le Nouvel Observateur du 10 mars sous la plume d'Ariane Chemin ("Ils décontaminent la pensée FN" 1 2). J'ai préféré laisser la parole aux principaux intéressés (étudiant, je n'étais qu'un adhérent de base de la Fondation). Je vous invite donc à lire la réponse de Philippe Cohen (Le Pen, le Nouvel Obs et Marianne: une leçon d'histoire) et d'Élisabeth Lévy (C'est moi, la peste brune?), ainsi que celle du toujours excellent Jean-Paul Brighelli ("Je fais, tu fais, nous faisons le jeu du FN...").
Il m'a finalement paru utile de livrer au débat mes propres petites mises au point.
1. Ma consœur cite dans la famille des "républicains des deux rives" Philippe Séguin, Charles Pasqua, Jean-Pierre Chevènement et Philippe de Villiers. Or, ce dernier n'en fait pas partie: cet ancien membre de la composante libérale de l'UDF est un national-libéral et non un national-républicain. L'alliance, ou pas, avec Philippe de Villiers, a d'ailleurs toujours été un sujet de débats entre partisans d'une ligne strictement nationale-républicaine et partisans d'un rassemblement souverainiste (donc ouvert aux souverainistes non républicains); je me contenterai de rappeler quelques épisodes de ce débat récurrent:
- la préparation de la liste de Charles Pasqua aux élections européennes de 1999, qui devait originellement être ouverte à la gauche républicaine (Jean-Pierre Chevènement, Max Gallo, Régis Debray).
- les débats internes au Rassemblement pour la France (RPF) lors de la rédaction de la charte du parti (au passage, la ligne de clivage ne passait pas entre pasquaïens et villiéristes mais à l'intérieur des pasquaïens, entre une aile droite - Jean-Jacques Rosa, Pierre Monzani et Jean-Charles Marchiani - et une aile gauche - Paul-Marie Coûteaux, William Abitbol et Jean-Christophe Comor).
- la candidature de Jean-Pierre Chevènement à l'élection présidentielle de 2002, avec la tentative de Paul-Marie Coûteaux de rapprocher Jean-Pierre Chevènement et Philippe de Villiers.
2. Ma consœur écrit que "Jean-Pierre Chevènement porte sur ses épaules la défaite de Lionel Jospin" à l'élection présidentielle de 2002. Comme j'ai déjà eu maintes fois l'occasion de l'écrire, ce n'est absolument pas mon analyse: la défaite de Lionel Jospin est bien plus politique (l'électorat populaire se détournant d'un PS rallié à l'Europe néolibérale depuis le milieu des années quatre-vingts) que mécanique (multiplication des candidatures "à gauche"). "Lorsque le Sage montre la lune, l'imbécile regarde le doigt"...
De fait, le populisme d'extrême droite progresse en Europe davantage au détriment d'une gauche sociale-démocrate convertie au social-libéralisme que de la droite libérale-conservatrice. L'intérêt de la candidature de Jean-Pierre Chevènement était d'ailleurs de proposer une alternative (une troisième voie "au-dessus de la droite et de la gauche telles qu'elles sont devenues") qui ne soit pas extrémiste. Sur la forme, cette alternative populiste et républicaine s'est même en quelques sortes retrouvée à l'élection présidentielle de 2007 dans la contestation populiste et démocrate de François Bayrou (relire à ce sujet son livre Au nom du tiers état, Hachette, 2006).
3. Ma consœur écrit que demeure "une troupe d'électeurs suffisante - on l'a vu en 2002 - pour faire turbuler le système et modifier le premier tour de l'élection présidentielle". Elle commet là une erreur d'interprétation. Pour Jean-Pierre Chevènement, faire "turbuler" le système c'était "en mars" atteindre 15% des intentions de vote dans les sondages et qu'en même temps l'un des deux sortants (cohabitation Chirac-Jospin) descende en-dessous de la barre des 20% afin finalement d'être qualifié au second tour le 21 avril. Bref, la troupe d'électeurs n'a en réalité pas été suffisante en 2002...
4. Ma consœur écrit que "depuis 2005, l'anti-pensée unique est devenue dominante".
Première question: qu'est-ce que la pensée unique? Elle a été définie en 1998 par Henri Guaino, dans L'Humanité: "La pensée unique est ce compromis passé entre les rentiers, certains héritiers de Mai-68 et les technocrates, qui débouche sur la haine de l'État, l'apologie du chacun pour soi et l'argent-roi. En d'autres termes, un mélange de conservation réactionnaire, de libéralisme et de libertarisme, qui pourrait se formuler ainsi : la loi de la jungle, plus la morale du possédant, plus l'élitisme... Le programme est clair: l'être humain est considéré comme un moyen, le travail comme une variable d'ajustement, l'exclusion comme un mode de régulation, la France comme une entreprise qui vivrait au-dessus de ses moyens. Sous-entendu: il y aurait trop de redistribution, trop de protection sociale, trop de services publics... Quant au triomphe de la pensée unique, on peut le voir dans la prise de pouvoir d'une élite qui cherche à sortir du carcan de la solidarité nationale, du modèle républicain et de la souveraineté populaire..."
Bref, la dénonciation de la pensée unique se situe sur le terrain économique et social (franc puis euro forts, libéralisations, désindustrialisation, délocalisations, etc.). Or, Ariane Chemin explique qu'"en focalisant le débat sur leurs thèmes fétiches - l'identité française, l'État, l'islam -, [les intellectuels souverainistes] ont irrigué le champ politique qui court de Sarkozy à [Marine Le Pen] ". Voyons de plus près.
"L'État", c'est certain.
"L'identité française", pourquoi pas, à condition qu'il s'agisse d'une référence à ce qui caractérise, pour reprendre l'expression du Conseil constitutionnel, les "principes inhérents à l'identité constitutionnelle de la France" (gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple; République indivisible, laïque, démocratique et sociale). Est-ce vraiment ce qu'à en tête ma consœur? Je n'en ai pas l'impression, loin de là...
"L'islam", là, c'est carrément un contresens sur la notion de pensée unique. Ce contresens devient une contrevérité comique quelques pages auparavant, lorsque Laurent Joffrin écrit que sont notamment visés par les dénonciateurs de la pensée unique "les partisans archaïques de la République sociale"!
Cette polémique m'a donné l'heureuse occasion de me plonger dans mes archives. Et de retrouver un article du Monde, daté de mai 1998, sur les "nationaux-républicains" de "la toute nouvelle Fondation Marc-Bloch". "De Jean-Pierre Chevènement à Charles Pasqua, les pourfendeurs de la pensée unique, de la construction européenne et du mondialisme mettent en avant la défense des idéaux de la République et de la nation", écrivaient Raphaëlle Bacqué et ...Ariane Chemin. J'ai beau relire cet article, je n'y trouve aucune trace de ces soi-disant "thèmes fétiches", de l'absolutisation de l'identité nationale au rejet de l'islam. Il y a donc quelque part un problème dans le travail journalistique de ma consœur, soit hier soit aujourd'hui...
Seconde question: la pensée unique est-elle dominante? Je ne dois pas vivre dans la même France qu'Ariane Chemin! D'une part, je n'ai pas l'impression que les partisans d'une "autre politique" - d'Emmanuel Todd à Jean-Luc Gréau en passant par Jacques Sapir - dominent le paysage intellectuel et médiatique. D'autre part, je n'ai pas l'impression que les candidats qu'y s'en réclament peu ou prou soient en mesure d'être élus à la présidence de la République, qu'il s'agisse du républicain de gauche Jean-Luc Mélenchon (autour de 5-6% des intentions de vote dans les sondages) ou du gaulliste Nicolas Dupont-Aignan (1-2%). Reste le cas Marine Le Pen.
5. Marine Le Pen, républicaine?
Venons-en au fond de l'article. Le raisonnement d'Ariane Chemin (et d'un Jean-Michel Aphatie parlant de "la ligne Marianne Le Pen") est simple. La Fondation Marc-Bloch défendait la République indivisible, laïque, démocratique (souveraineté nationale) et sociale telle qu'issue du Conseil national de la Résistance. Marine Le Pen importe aujourd'hui cette référence dans ses discours. Donc la Fondation Marc-Bloc aurait "décontaminé le pensée FN". Curieux raisonnement.
Tout d'abord, tout véritable antilepéniste ne pourrait que se féliciter si Marine Le Pen, en rupture avec l'orientation historique du FN, adoptait une telle ligne, plus rien ne justifiant alors le "cordon sanitaire" autour de son parti. Comme j'ai déjà eu l'occasion de le démontrer sur ce blog (ici ou là), ce n'est toutefois pas le cas, le FN demeurant antirépublicain au moins dans sa conception de la communauté nationale (différentiation entre les "Français de souche" et les Français issus de l'immigration).
Ensuite, le raisonnement consistant à affirmer qu'une idée ou qu'un sujet deviendrait infréquentable dès lors que l'extrême droite s'en saisirait me semble particulièrement contre-productif et surtout dangereux. C'est même, selon moi, là que réside le véritable piège. Je l'écrivais dès janvier 2010: "Après avoir abandonné dans les années quatre-vingt la Nation à l'extrême droite, pourquoi faut-il qu'aujourd'hui la droite et la gauche de gouvernement lui abandonnent la République?". En réalité, ce raisonnement est bien pratique, car il permet aux chiens de garde de la pensée unique de disqualifier toute pensée alternative au néolibéralisme en la marquant au fer rouge du sceau de l'extrême droite.
Laurent De Boissieu
http://www.ipolitique.fr/
Indépendance nationale, service public et énergie
18/03/2011 07:06 par rgrs
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Indépendance nationale, service public et énergie
18/03/2011 07:06 par rgrs
La catastrophe nucléaire au Japon a logiquement poussé quelques hommes politiques à surfer sur la vague de l’horreur et demander un arrêt (bien impossible à court terme) des centrales ou un référendum. Pourtant, d’autres réflexions peuvent être engagées.
L’énergie est un service public
N’en déplaisent aux cabris de Bruxelles, la première conclusion que l’on peut tirer est que l’énergie est un service public, qui ne saurait encore moins être privatisé quand il s’agit de centrales nucléaires, comme le soulignent Jack Dion sur Marianne 2 et Nicolas Dupont-Aignan. Il est tout de même inquiétant d’apprendre dans l’Usine Nouvelle qu’il y a aujourd’hui des problèmes de maintenance des centrales nucléaires avec les prestataires privés employés par EDF.
L’expérience Japonaise montre qu’il est dangereux de privatiser EDF et de libéraliser le marché de l’énergie. En effet, le principal objectif d’une entreprise privée et cotée est logiquement le profit. Ne vaudrait-il pas mieux qu’EDF consacre une part de ses profits ou de ses investissements à l’étranger pour reprendre en main directement la sécurité de nos centrales ? L’objectif d’EDF ne doit pas être le profit mais la sécurité et le service public. Point barre.
En outre, les partisans de cette libéralisation (soutenue par le PS, l’UMP, les Verts ou le Modem), nous avaient vendu une plus grande efficacité, des prix plus bas. Le voile est tombé comme le montre bien Hervé Nathan : cette libéralisation ne sert nullement l’intérêt général puisqu’elle se traduit par une hausse du prix de l’énergie. En revanche, elle profite bien aux actionnaires comme le montrent les bénéfices de 4,6 milliards d’euros de GDF-Suez en 2010.
L’indépendance énergétique et la sécurité comme objectifs prioritaires
Mais par delà la nécessité de revenir à un service public de l’énergie, la question fondamentale des sources d’énergie se pose pour l’avenir. Aujourd’hui, nous dépendons essentiellement des hydrocarbures et du nucléaire, pour 80% de notre électricité. Cela pose de nombreux problèmes, de dépendance (le pétrole, le gaz et l’uranium sont importés), d’environnement (les rejets de CO², les déchets radioactifs) et de sécurité (même si notre filière semble nettement plus sûre).
A ce sujet, je vous conseille le papier de Marc Cohen, « Mensonges d’Etat contre foutaises écolos ». Bien sûr, la filière pose de vrais problèmes, mais non seulement nous n’avons pas encore d’alternatives solides (même si cela serait souhaitable) et plus encore, la situation du Japon n’a rien à voir avec celle de notre pays puisque nous ne risquons pas un séisme de magnitude 9 suivi d’un tsunami de 17 mètres de haut. En outre, notre EPR améliore à la fois la sécurité et les déchets…
La situation est modifiée par des découvertes massives de pétrole bitumeux dans le Bassin Parisien et de gaz de schistes, plutôt dans le midi. Ces découvertes permettraient de garantir notre indépendance énergétique pour des décennies. Malheureusement, les techniques d’exploitation semblent provoquer de véritables catastrophes écologiques (outre les émissions de CO²) et Corinne Lepage vient de saisir le Conseil d’Etat sur l’attribution des droits d’exploitation de ces gaz.
Bref, si le nucléaire et les hydrocarbures resteront pour quelques années nos principales sources d’énergie, il convient de préparer d’accélérer la transition vers des énergies plus propres, sûres, nationales et pas trop chères pour ne plus dépendre de ces pétromonarchies : géothermie, biocarburants, comme le rapporte Yann. Mais surtout, il conviendra de ne pas céder aux sirènes de Bruxelles pour lesquelles le secteur doit être libéralisé. Le rôle de l’Etat doit rester primordial.
Oui, la catastrophe nucléaire du Japon pose de vrais problèmes, et c’est aussi le cas de la rareté et de la pollution des hydrocarbures. Pour le coup, un Grenelle de l’énergie serait le bienvenu pour que la France montre qu’elle a des idées pour assurer ses sources d’énergie à l’avenir.
Laurent Pinsolle
http://gaulliste-villepiniste.hautetfort.com/
Vers des raids aériens français et anglais en Libye sous mandat de l'ONU?
18/03/2011 06:58 par rgrs
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Vers des raids aériens français et anglais en Libye sous mandat de l'ONU?
18/03/2011 06:58 par rgrs
Dès que le Conseil de sécurité de l'ONU se sera prononcé, les avions français seront habilités à effectuer des raids ciblés contre les forces loyalistes fidèles à Khadafi. Jean-Dominique Merchet tente d'anticiper ce qui risque de se passer.
Vers une intervention militaire française en Libye
Si le Conseil de sécurité des Nations-Unies approuve, dans les heures qui viennent, une résolution ferme sur la Libye, le droit international permettra de déclencher des opérations militaires. Leur nature exacte reste à définir, même si l'on sait qu'elles seront aériennes. La France sera au premier rang.
L'affaire pourrait ne pas traîner et un raid aérien peut être déclenché très vite, pour montrer à Kadhafi la détermination de la communauté internationale alors que ses troupes se rapprochent de Benghazi, la capitale des insurgés.
La France jouerait un rôle leader en cas d'intervention militaires, aux côtés des Britanniques. Ces deux pays risquent de se retrouver bien seuls. Il y aura moins de volontaires pour aller à la guerre que pour voter - ou laisser voter - une résolution.
Les Américains accepteront de fournir un soutien, mais sans doute pas de s'engager directement. L'Otan devrait rester - officiellement - hors jeu, à la demande de la France. Les pays arabes ne se bousculent pas au portillon, le plus puissant d'entre eux, l'Egypte, faisant valoir que ses ressortissants en Libye risqueraient de pâtir d'une intervention. En Europe, l'Allemagne et l'Italie sont contre une action de vive force, et en tout cas n'y participeront pas. Peut-être que l'Espagne fournira quelques moyens. Bref, on risque de se retrouver bien seuls et en première ligne.
Militairement, que peut-il se passer ? Une zone d'exclusion aérienne est longue et lourde à mettre en place. Or, le temps presse. Le plus probable est donc un raid de frappes contre des cibles stratégiques (bases aériennes, radars, postes de commandement), et éventuellement sur les forces "loyalistes" - en détruisant par exemple une batterie d'artillerie ou en "tapant" leur logistique. Tout cela peut se faire en quelques heures, en partant d'Istres ou de Solenzara, sans problème.
Et après ? On entre clairement dans une logique de guerre. Et la différence entre la guerre et les exercices, c'est qu'à la guerre l'ennemi réplique à sa manière. Mieux vaut s'attendre à quelques surprises. Quant à penser que quelques frappes aériennes suffiront à débander l'armée libyenne ou à contraindre Kadhafi à la reddition, c'est sans doute faire preuve d'un optimisme déraisonnable.
Jean-Dominique Merchet
Photo : (DR) Kadhafi reçu à l'Elysée en décembre 2007.
Etienne Viansson-Ponté : la France l’ennuie…
18/03/2011 06:53 par rgrs
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Etienne Viansson-Ponté : la France l’ennuie…
18/03/2011 06:53 par rgrs
En enquêtant sur la montée de l'abstention, Marianne a rencontré ces citoyens qui ne votent pas. Portrait de l'un d'entre eux, pourtant petit neveu d'un célèbre éditorialiste du Monde.
La France s’ennuie… » écrivait l’éditorialiste du Monde Pierre Viansson-Ponté en février 1968, juste avant que la jeunesse de Mai ne la sorte de sa torpeur. « La France s’ennuie… », reprend en écho, 43 ans plus tard, son petit-neveu Etienne en sirotant un demi. « Sauf que là, les révolutionnaires s’astiquent le mental. Les gens sont vraiment assoupis, et leur seule réaction face à la guignolisation de la politique sera l’abstention ». 29 ans, pull beige, lunettes d’intello, le conseiller clientèle de GDF-Suez est loin de s’en alarmer. Il partage depuis très longtemps l’attitude de défiance de ses concitoyens à l’égard des urnes. Par philosophie, déjà : « Il faut dissocier la vérité du nombre. Pourquoi la majorité devrait l’emporter ? Quand on a admis cela, je ne vois pas comment on peut adhérer au suffrage universel ». L’aversion qu’il éprouve envers la « société du spectacle » revient en boucle. « Les gens qui votent passent de buzz en buzz. Pour moi, le sarkozysme a totalement démoli le pouvoir politique ». Les discours enjôleurs des candidats lui restent en travers de la gorge. Décidément, il ne se connaît pas d’empathie en politique.
La dernière fois qu’il a voté, c’était au deuxième tour de la présidentielle de 2002 : « j’ai suivi la vague des veaux de l’époque, qui ont fait barrage à la peste brune. J’étais jeune ». Il n’est pas prêt de céder à nouveau au « terrorisme intellectuel ». Quand certains lui reprochent ses abstentions au motif que le droit de vote à été conquis dans le sang, il rétorque que « ce n’est pas parce que des gens se sont battus pour le Reich que c’était légitime en soi. Mon père, mes beaux-parents votent. Je ne dévalue pas leur acte, je ne leur impose pas mes certitudes et eux pareil. Il n’y a pas lieu de s’engueuler. C’est eux qui ont le doute, pas moi » glisse-t-il, tranquille. Car pour Etienne, être un républicain convaincu ne passe pas nécessairement par le vote ou l’engagement. « Les corps intermédiaires, les syndicats, c’est ma façon d’être citoyen. Je vais adhérer à la CGT très bientôt. C’est la seule forme de pratique politique dans laquelle j’accepte d’entamer une démarche ». Sans pour autant passer ses samedi dans les manifs, « ces défilés agrées par la police nationale ».
Stéphanie Marteau - Marianne
http://www.marianne2.fr/Etienne-Viansson-Ponte-la-France-l-ennuie_a203927.html