Wisconsin : « Dégage ! » en version américaine ?
09/03/2011 14:21 par rgrs
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Wisconsin : « Dégage ! » en version américaine ?
09/03/2011 14:21 par rgrs
Depuis plusieurs semaines, sous les menaces de réformes anti-fonctionnaires et anti-syndicats de son gouverneur, le Wisconsin est dans la rue. Proche du Tea-Party, Scott Walker entreprend de réduire à néant le rôle de contre-pouvoir des syndicats, ce qui amène certains à voir dans cette bataille du Wisconsin un nouvel effet domino du Printemps arabe.
Tripoli sous pression, plusieurs villes chinoises en alerte. De l’autre côté de l’Atlantique, la presse américaine se passionne pour l’Etat du Wisconsin. En état de siège.
Le gouverneur républicain du Wisconsin, proche du Tea Party, fraîchement arrivé à son poste en janvier dernier, a fait adopter un projet de 140 millions de dollars de réductions fiscales pour les entreprises. Scott Walker a affirmé que ce projet contribuerait à combler un déficit évalué à 3,6 milliards de dollars américains pour le budget 2011-2013. Il a aussi défendu son projet en soutenant que délester les administrations municipales des conventions collectives leur offrirait une plus grande liberté, à l'heure où les compressions budgétaires sont légions.
Celui-ci prévoit de geler partiellement le salaire des fonctionnaires, de raboter les pensions de retraite et de couverture sociale et de laisser aux employés le choix de payer ou non des cotisations syndicales.
Un plan drastique qui remet en cause des acquis sociaux vieux de 70 ans. Des baisses de salaires, des économies certes mais surtout la fin de la possibilité pour les fonctionnaires de négocier collectivement leurs conditions de travail ainsi que leurs avantages sociaux. Des mesures, qui sitôt annoncées, ont mis plusieurs dizaines de milliers de personnes dans la rue.
Contre les syndicats, pour l'industrie pétrolière
On entrevoit très vite les limites d’un tel raccourci, mais pour beaucoup de manifestants, ce soulèvement populaire n’est pas étranger à la vague de protestation politique qui inonde le monde arabe. Dans les slogans tout du moins…Manifestants, professeurs, ouvriers et étudiants, brandissent des pancartes sur lesquelles on peut lire : « Je manifeste comme un Egyptien », « Si l’Egypte peut avoir une démocratie, pourquoi pas le Wisconsin », d’autres exigeant le départ d’ « Hosni Walker » etc. Comme les militaires en Egypte, certains policiers et membres de la Garde Nationale ont rallié la cause des manifestants arborant des pancartes « policiers pour les travailleurs ».
Des manifestations de solidarité ont encore eu lieu ce week-end dans toutes les capitales des 50 États pour montrer la détermination des employés.
C’est que d'autres États du Midwest, dont l'Ohio et l'Indiana, se préparent également à adopter des projets de loi qui réduiraient les acquis et droits syndicaux des employés du secteur public. Comme au Wisconsin, ces mesures suscitent la contestation.
Selon le prix Nobel d’économie Paul Krugman, « Scott Walker et ceux qui le soutiennent essaient de faire du Wisconsin, et à terme de l'Amérique, moins une démocratie qui fonctionne qu'une oligarchie du tiers monde. Qu'on les aime ou pas, en attaquant les syndicats, on menace l'un des derniers contrepouvoirs face aux milliardaires et l'un des derniers défenseurs de la classe moyenne » .
Le gouverneur, élu depuis six semaines grâce à l'aide financière des frères Koch, milliardaires hyper conservateurs, financiers du Tea Party dans l'espoir que ce mouvement abolira la réglementation en matière de pollution, veut simplement supprimer les syndicats et surtout leur pouvoir de parler au nom des salariés d'un secteur.
Le blogueur Oil Man, journaliste indépendant spécialisé dans les questions pétrolières, propose une autre interprétation, encore plus sournoise : « L’activité centrale de Koch Industries est la chimie du pétrole. Charles et David Koch, les deux frères qui dirigent le groupe, figurent parmi les toutes premières fortunes américaines. L’une des dispositions du plan du gouverneur Scott Walker prévoit que celui-ci pourra privatiser sans condition « toute usine de chauffage, de climatisation et d’électricité appartenant à l’Etat » du Wisconsin. S’en prendre aux pouvoirs des syndicats et à l’autonomie du politique en matière d’énergie : se peut-il que la stratégie des très secrets frères Koch soit cohérente ? » interroge le journaliste.
L'embryon d'un parti américain de gauche ?
Le projet de loi s'est, pour l’instant, heurté à un mur lorsqu'il a été présenté au sénat de l'État du Wisconsin. Les 14 législateurs démocrates ont fui du côté de l’Illinois promettant de demeurer à l'extérieur aussi longtemps que nécessaire. La loi du Wisconsin impose en effet un quorum de 20 sénateurs pour un vote, et les républicains ne comptent que 19 élus. Le gouverneur a dépêché la garde nationale pour les retrouver, mais les démocrates refusent pour l’instant de rentrer. La course-poursuite aux sénateurs démocrates a viré au tragi-comique lorsque le gouverneur républicain a menacé de mettre à pied quelque 1 500 fonctionnaires si les 14 sénateurs démocrates de l’État exilés en Illinois ne revenaient pas pour prendre part au vote.
Piégé par le journaliste d’un site web, qui se faisait passer pour l’un de ses partisans, Scott Walker a révélé avoir également songé à placer des « agitateurs » au sein des manifestations « afin de créer du trouble ».
Reste une donnée politique. Montés en flèche à la droite des républicains à la faveur des élections de mid-terms, une nouvelle vague d’élus politiques, souvent proches du tea-party, a pris pour cibles principales les fonctionnaires et les syndicats déjà affaiblis dans le secteur privé. Mais « là où croît le danger, croît aussi ce qui sauve » disait Hölderlin. Qualifié « d’état violet » – autant républicain que démocrate - par les politologues, le Wisconsin voit aussi émerger des mouvements d’opinion qui dépassent l’offre politique traditionnellement binaire établie aux Etats-Unis. D'où l'hypothèse que la bataille du Wisconsin préfigure une nouvelle donne, voire une alternative politique. D’aucuns rappellent pourtant que c’est à Milwaukee, la plus grande ville de l'Etat du Wisconsin, qu’un certain Franck Zeidler, membre du Socialist Party of USA (SP-USA) fut élu maire dans les années 50-60. Il fut le dernier maire de gauche d’une grande ville américaine sous la bannière socialiste…
Régis Soubrouillard - Marianne
Photo : Manifestation dans le Wisconsin (cc flickr HollyWata)
Qui est vraiment DSK?
09/03/2011 14:15 par rgrs
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Qui est vraiment DSK?
09/03/2011 14:15 par rgrs
Ce n’est pas d’aujourd'hui que l’on s’interroge sur la vraie nature de Dominique Strauss-Kahn. Le 18 janvier 2010, dans Libération, Jacques Julliard écrivait que la gauche ne saurait être représentée par un représentant de l’establishment financier. Julliard expliquait qu’élire un candidat incapable d’établir un rapport de forces avec les représentants du milieu dont il serait issu conduirait aux mêmes impasses et aux mêmes désillusions que l’alliance centriste. Ce sociologisme un peu court étonnait de la part d’une des grandes plumes et grandes consciences de gauche. Plus affligeant est le néo-pétainisme larvé de Christian Jacob. Le patron des députés UMP vient d'affirmer que le possible candidat socialiste à la présidentielle n'offrait pas « l'image de la France, de la France rurale, de la France des terroirs et des territoires, de la France qu'on aime bien ». En traitant le directeur du Fonds monétaire international d’ « affameur des peuples », Jean-Luc Mélenchon exploite la même veine.
C’est pourquoi nous voudrions rappeler que DSK a été un disciple de l’École de Chicago. Peut-être cela permettra-il de calmer les esprits et de relever le niveau du débat ? Il se trouve que la thèse, cachée, oubliée, de doctorat ès sciences économiques que Strauss-Kahn a soutenue à la fin de ses études, et qu’il a publiée sous le titre Économie de la famille et accumulation patrimoniale (PUF, 1977) est directement inspirée de Gary Becker, comme le révèle Le jour où la France sortira de l’euro (Michalon édition novembre 2010). L’économiste le plus sulfureux de l’Université de Chicago, théoricien du « capital humain », prix Nobel en 1992, Becker a appliqué le raisonnement économique à des domaines qui jusque-là lui étaient étrangers, par exemple l’éducation, le crime, mais aussi le mariage, ou la « production » des enfants. Et l’on retrouve sous la plume de DSK des réflexions typiquement beckeriennes, jargon compris. Ainsi le futur époux d’Anne Sinclair pouvait-il écrire : « On ne se marie pas avec n’importe qui ; on ne souhaite pas indifféremment beaucoup ou peu d’enfants et nous pouvons dire que tout se joue comme si des motivations économiques résumaient une bonne part des variations observées dans les attitudes des ménages » (p. 277). Une prémonitoire auto-psychanalyse économique de l’amour !
Au-delà de ce mystère privé que nous nous garderons bien de scruter, force est de reconnaître que l’École de Chicago, dont s’inspire le docteur Strauss-Kahn, n’a pas beaucoup de points communs avec le socialisme, ni même avec la social-démocratie. La foi dans l’efficience des marchés y est aussi entière que la détestation de l'État.
Les Strauss-Kahniens, qui se gardent bien de rappeler la source néo-libérale d’inspiration de leur champion, mettent en avant le fait, à tout bout de champ comme brevet de gauche, qu’il serait l’« inventeur des 35 heures ». On n’a rien entendu de la bouche de DSK sur ce thème depuis fort longtemps. C’est Martine Aubry qui a fait les lois réduisant à 35 heures la durée légale du travail en France, les célèbres et justement nommées lois Aubry, Strauss-Kahn restant dans une prudente réserve, fort critique dans les coulisses, quand la « Dame des 35 heures » se battait en première ligne.
Une autre fortification, derrière laquelle Strauss-Kahn s’abrite quand il s’exprime (rarement) sur ses convictions est que son socialisme à lui, c’est « le marché plus la justice sociale », que pour répartir des richesses, il faut d’abord les produire, etc, etc. C'est ce qu'il a répété lors de son dernier passage à Paris. Mais Sarkozy ne dit pas autre chose. Même l’extrême-droite ne dit pas autre chose. Comme l’a déclaré récemment le patron du FMI, en personne, à propos de la Grèce : la plupart des gens comprennent qu'il n'y a pas d'autre voie - que celle que je préconise.
La plupart des gens, c’est suffisant pour gagner une élection, non ?
Philippe Simonnot - Marianne2.fr - 22 février 2011
http://blogrepublicain.hautetfort.com/
Colloque de la Fondation Res Publica: Comment faire face à l'explosion de la dette publique?
09/03/2011 14:11 par rgrs
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Colloque de la Fondation Res Publica: Comment faire face à l'explosion de la dette publique?
09/03/2011 14:11 par rgrs
Poursuite du programme de colloques de la Fondation Res Publica lundi 14 mars 2011 à 18h à la Maison de la Chimie (28, rue Saint Dominique 75007 Paris). En voici le programme ci-dessous.
Avec la participation de :
- Frédéric Bonnevay, économiste, associé d'Anthera Partners, expert-associé auprès de l'Institut Montaigne
- Jean-Luc Gréau, économiste, auteur de "La trahison des économistes" (Gallimard, 2008)
- Jean-Michel Quatrepoint, journaliste économique
- Jean-Pierre Vesperini, membre du Conseil d'Analyse Economique
- Jean-Pierre Chevènement, président de la Fondation Res Publica
Pour assister au colloque, il est indispensable de s’inscrire au préalable (Merci de préciser vos nom et coordonnées complètes) :
- par lettre : Fondation Res Publica, 52, rue de Bourgogne - 75007 Paris
- par téléphone : 01.45.50.39.50
Pour consulter les travaux de la Fondation Res Publica, fondation reconnue d'utilité publique par décret du 30 décembre 2005, une seule adresse : www.fondation-res-publica.org.
Islam : demain j’enlève le débat
09/03/2011 09:48 par rgrs
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Islam : demain j’enlève le débat
09/03/2011 09:48 par rgrs
Chez nous, c’est laïque. Ça ne se discute pas.
Alors qu’en terre d’islam, les peuples se mettent à congédier leurs dictateurs en rêvant, semble-t-il, de démocratie, je perds patience devant les hésitations, les prudences et les lenteurs de notre vie démocratique pour résoudre les problèmes que nous pose l’islam et je me mets à rêver de dictateur.
Ça branle dans le manche en Arabie. Les gens se rebiffent contre ces souverains qui règnent en pachas. Des foules excédées et déterminées font tomber des tyrans. Les régimes ne tiennent que par la répression et les plus féroces étouffent dans l’œuf toute tentative de rassemblement populaire comme en Iran, en Algérie ou à Gaza. Au Yémen, le président débordé tente de rappeler à son bon peuple que tous les problèmes viennent de Tel Aviv mais ça ne prend plus ou en tout cas, ça ne suffit plus. Ce n’est pas une révolte, c’est une révolution. Ou plutôt des révolutions.
Ben Ali est tombé à la première secousse dans un piège vieux comme l’Etat d’Israël. Une puissance qu’il croyait alliée lui a conseillé un exil provisoire et il a perdu son pays. Tant mieux pour les Tunisiens qui ont sûrement à cœur de reprendre la main sur les affaires nationales, de travailler à la renaissance d’une société libre et prospère où il fera bon vivre et rester au pays.
Moubarak a vu le coup venir mais lâché par Barak, il est resté mou et a dégringolé du haut de ses pyramides. La place Al-Tahrir a retrouvé son calme et si, à l’heure de la grande prière, on y entend des imams qui prêchent le meurtre des juifs, ça ne cause pas le moindre trouble à l’ordre public. Espérons que les fidèles écoutent leurs autorités religieuses avec aussi peu de sérieux que les Occidentaux éclairés suivent les préceptes du Pape. Espérons qu’ils retrouvent leur esprit quand ils se relèvent et retournent sur le net.
Kadhafi a besoin, pour tenter de maintenir son emprise sur la Libye, de mercenaires et de soutiens tribaux. Comme en Côte d’Ivoire, l’unité de la nation est un leurre et les fractures sont claniques ou tribales. Cette réalité politique, nous autres Européens la connaissons bien puisqu’elle s’esquisse à Marseille, se précise en Corse ou en Sicile. Et elle s’oppose à toute transition démocratique en Afrique. On voit bien dans ces contrées archaïques où sont les tyrans et les mafieux mais où est le peuple ? Peut-on alors parler de révolution populaire ou plutôt de renversements d’alliances et de guerres civiles ?
Ne péchons pas par excès d’occidentalo-morphisme
Ne nous emballons pas sur l’air du printemps des peuples arabes! En Irak, on a vu tomber la statue du Commandeur et depuis, les attentats sont quotidiens. On peut répéter bêtement que Bush est coupable mais ce sont des Irakiens qui s’entretuent et qui continueront de le faire bien après que les Américains seront partis. Partout, les imams dénoncent la corruption des régimes et rejoignent, dans les termes, les démocrates dans leur critique des tyrans occidentalisés. Mais les Iraniens ont compris à leurs dépens que la vertu des nouveaux maitres peut être plus effrayante que les magouilles des anciens.
Réjouissons-nous cependant que les voleurs soient chassés, espérons que les assassins seront pendus et que les hommes libérés (pour les femmes, on va attendre un peu) sauront décourager les vocations de raïs et remettre les inquisiteurs à leur place mais gardons-nous de pécher par excès d’occidentalo-morphisme en plaçant trop haut la barre démocratique. Le pouvoir au peuple, ça fait rêver mais qu’est ce qu’un peuple souverain sans l’égalité des droits entre les citoyens, sans individus émancipés de l’emprise de leur religion, de leur communauté, de leur clan ou de leur tribu, sans hommes et femmes éduqués, mangeant à leur faim et désireux de dépasser le sentiment d’humiliation et le désir de revanche ? Que deviendront ces masses en fusion, des nations en marche vers l’état de droit ou des collectivités livrées à leurs fureurs ? Quelle voie suivront-elles, celle des Juifs sionistes ou celle des Allemands nazis ? Espérons que les Arabes emprunteront la bonne route. Espérer, c’est tout ce que nous pouvons faire, nous ne sommes pas chez nous.
Si on ne doit pas faire la loi chez les autres, on peut encore, il faut y croire, la faire chez nous où l’heure n’est pas aux révoltes mais aux débats. On ne tire pas en l’air mais on commence à parler dans le vide. Les montagnes de parlottes et d’écrits sur l’identité nationale – ou plutôt sur le danger qu’il y aurait à en parler – ont accouché de souris, ce qui est toujours bon à prendre mais ne suffit pas. On a raison de débattre de la question essentielle de la nation qui est celle de son essence mais après, on fait quoi ? Y a-t-il dans ce pays quelqu’un pour choisir, décider, trancher et discriminer dans l’intérêt supérieur de la nation ? Y a-t-il un pilote dans l’avion nom de dieu ?
À quoi bon constater au sommet de l’Etat l’échec du multiculturalisme quand l’Education nationale continue de dispenser des cours de langue et de culture arabes ? À quoi sert-il de constater, avec toutes les réserves d’usage, le rapport ténu entre immigration, échec de l’intégration et insécurité, quand on bat des records d’Europe en matière d’accueil des étrangers et qu’on s’en félicite ? Pourquoi promettre une guerre contre le crime quand on ne peut rien exiger de juges qui font de la politique au tribunal et que les flics sont si peu autorisés à tirer quand on les affronte à l’arme lourde ? Est-ce pour cacher cette impuissance qu’un roulement de tambour annonce un nouveau débat ?
La France n’a pas besoin d’un débat sur l’islam mais l’islam a besoin d’un débat sur la France
On devait parler d’islam, on parlera de laïcité. On préfère les recadrages collectifs aux frappes ciblées. Il aurait été regrettable et discriminatoire de ne pas aborder les problèmes que posent les autres religions. Pour ne pas donner l’impression qu’il y a en France deux poids, deux mesures, chacun va pouvoir dire ce qu’il pense des juifs qui brûlent le Code pénal, des bouddhistes qui cognent les médecins, des catholiques qui refusent qu’on enseigne la Saint Barthélémy à leurs enfants, des protestants qui prient dans la rue et des adorateurs de la petite sirène qui veulent des horaires de piscines séparés pour qu’on ne rigole pas de leurs écailles.
Sans rire, on entend bien Mélenchon dénoncer le concordat alsacien, Caroline Fourest s’inquiéter des pratiques catholiques et un paquet d’autres s’étonner à haute voix que la collectivité entretienne les cathédrales. On peut les laisser dire mais si on les laisse faire, on finira par s’excuser d’avoir une histoire et un patrimoine.
En réalité, la France n’a pas besoin d’un débat sur l’islam mais l’islam aurait sûrement besoin d’un débat sur la France ou sur le monde libre en général pour savoir s’il a envie d’en faire partie. Les Français connaissent tous le sens du mot « laïcité » et si les derniers arrivés n’ont pas bien compris, qu’on leur adresse un exemplaire du règlement intérieur ou qu’on leur fasse un résumé des épisodes précédents. Pourquoi nous faut-il subir ce bla-bla ? Pour expliquer à la religion d’importation récente, sans la montrer du doigt car il ne faut surtout pas stigmatiser, que nous n’avons pas réduit nos corbeaux à l’impuissance pour nous laisser emmerder par des barbus venus d’ailleurs ?
Il n’y a rien à négocier alors de quoi parlerons-nous ? D’un financement public des mosquées ? J’entends déjà les termes du chantage qu’on nous présente comme un compromis raisonnable : l’argent saoudien, les prières dans la rue et les imams terroristes ou la main à la poche du contribuable. Mais comment ont fait et font encore les autres culs-bénits ? Nous avons la laïcité la plus avancée d’Europe, n’y touchons pas ! Les peuples de l’Union qui se sont raisonnablement accommodés avec leurs religions anciennes sont aujourd’hui assiégés par des revendications nouvelles. L’Europe sécularisée n’est pas une forteresse abritant un club chrétien, juste un barrage filtrant qui ouvre l’espace public à tous les individus et le ferme à leurs exigences religieuses.
Les termes de ce « débat » pourraient tenir dans un tract : « La République laïque, tu l’aimes, tu te débrouilles pour ton temple et tu restes discret ou tu la quittes ». Voilà comment ça a toujours marché pour les fous de dieu et les indélicats qui pratiquent l’impérialisme culturel. Un tract et une trique, et un chef pour manier habilement des deux, vite, avant qu’un dictateur s’impose.
Cyril Bennasar
http://www.causeur.fr/islam-demain-j%e2%80%99enleve-le-debat,8906
« Nous ne voterons pas la déchéance de nationalité » - Laurent Hénart, député UMP-Radical
09/03/2011 09:42 par rgrs
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« Nous ne voterons pas la déchéance de nationalité » - Laurent Hénart, député UMP-Radical
09/03/2011 09:42 par rgrs
Laurent Hénart, secrétaire général du Parti radical valoisien de Jean-Louis Borloo, député UMP, proposera aujourd’hui à l’Assemblée avec 70 députés de droite, de supprimer, dans la loi sur l’immigration la disposition qui prévoit la déchéance de nationalité pour les criminels récidivistes. Déjà supprimée par les sénateurs, certains députés de droite veulent mordicus la réintroduire lors de la seconde lecture de la loi.
Pourquoi demandez-vous la suppression de l’extension de déchéance de nationalité prévue par la loi ?
Nous avons déposé, avec 70 députés, aussi bien centristes, radicaux que sociaux comme Pierre Méhaignerie, un amendement supprimant cette disposition. Nous ne l’avions de toute façon pas votée en première lecture, le Sénat l’avait rejetée aussi. On voit bien qu’il est sage de s’arrêter là. Nous n’avons rien à dire sur le reste du texte qui n’est jamais que la transcription en droit français de certaines directives européennes en matière d’immigration. C’est même plutôt une bonne chose que de voir enfin un début de politique commune s’ébaucher en la matière.
Mais l’extension de la déchéance de nationalité aux personnes devenues françaises depuis moins de dix ans, coupables de crime à l’encontre d’une personne dépositaire de l’autorité publique, n’est même de nature à renforcer la sécurité dans notre pays. On se doute que cette perspective ne fera pas reculer une personne qui projette un tel crime ou qui est capable d’en commettre un. Surtout, cette mesure qui n’aura aucune valeur dissuasive risque surtout d’ouvrir un autre débat. La déchéance de nationalité, même dans ce cadre, introduirait une rupture grave de l’égalité entre les citoyens : il y aura ceux dont la nationalité est intangible, et ceux dont la nationalité sera révisable.
Une partie de la droite, je pense à la Droite populaire, a décidé d’en faire un symbole. Nous qui représentons l’aile sociale de la majorité voulons au contraire faire passer un autre message qui est que tous les Français, d’où qu’ils viennent, doivent adhérer au pacte national. Et que si on peut évidemment devenir français, cela donne des droits mais aussi des devoirs. Cette mesure sécuritaire inefficace est un symbole dont nous ne voulons pas.
L’arrivée en seconde lecture de ce texte en plein débat sur le débat islam/laïcité ne va-t-elle pas accroître la confusion ?
Chez les radicaux, nous avons toujours été fermes sur la laïcité. Elle n’a pas besoin qu’on y accole des adjectifs. La sphère publique doit être neutre : pas de signes distinctifs à l’école, pas de prières dans la rue. Il n’y a pas matière à débattre. Il faut être strict et traiter toutes les religions de la même façon, sinon, là encore, on risque de donner le sentiment à nos concitoyens, notamment musulmans, qu’il existe des droits et des devoirs à plusieurs vitesses. Certaines municipalités gèrent très bien les choses et arrivent à trouver des solutions pour ouvrir des mosquées ou installer des carrés musulmans dans les cimetières. Nous n’avons pas besoin pour cela de nouvelle loi : pas de nouveau texte sur le financement de ci ou l’organisation de ça. Veillons à ne pas donner l’impression que certaines religions sont privilégiées par l’Etat et d’autres maltraitées.
Que vous inspirent les deux sondages qui donnent Marine le Pen en tête au premier tour de la présidentielle ?
Ce vote populiste, voire extrémiste, est directement lié à la crise économique et sociale qui frappe la France. En l’absence de solutions réelles, les électeurs sont prêts à accepter des réponses simplistes : d’où l’accélération du transfert de voix entre Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen depuis l’automne. En focalisant le débat public sur les Roms, la sécurité, l’islam et de la laïcité, la majorité se tire une balle dans le pied : dans l’exploitation des peurs et des sentiments xénophobes, nous ne serons jamais les meilleurs, parce que notre discours ne pourra jamais être aussi brutal que celui tenu par Marine le Pen – heureusement d’ailleurs.
S’il y a un enseignement à tirer de ces sondages, c’est donc qu’il est temps de revenir aux attentes des Français : l’emploi, la réussite des jeunes, la justice sociale. D’ailleurs on voit bien que le chef de l’Etat hésite sur la meilleure stratégie pour la dernière année du quinquennat : d’un côté il lance, sans tabou, un débat sur les religions. Et de l’autre, il parle de l’emploi et de la formation des jeunes, de la lutte contre le chômage. La victoire de 2007 ne s’est pas jouée sur l’identité nationale, l’immigration ou la sécurité mais sur la réhabilitation de la valeur-travail et la lutte contre la désindustrialisation. Il serait temps de s’en souvenir.
Muriel Gremillet
http://www.causeur.fr/%c2%ab-nous-ne-voterons-pas-la-decheance-de-nationalite-%c2%bb,8903
Face au FN, Kosciusko-Morizet choisit le PS
09/03/2011 09:33 par rgrs
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Face au FN, Kosciusko-Morizet choisit le PS
09/03/2011 09:33 par rgrs
En se prononçant en faveur d'un vote PS dans l'hypothèse où PS et FN seraient au coude à coude au second tour des cantonales, la ministre de l'Ecologie n'a récolté pur le moment que le silence gêné des membres de son parti.
nvitée de la matinale de Canal + ce mardi 8 mars, Nathalie Kosciusko-Morizet a pris l’initiative de sortir des sentiers battus par son propre parti. Alors que Jean-François Copé refusait encore dimanche dernier de considérer la possibilité d’un duel PS/FN au second tour des élections cantonales, la ministre de l’Ecologie et conseillère politique du pléthorique bureau de l’UMP a appelé l’UMP à voter pour le Parti socialiste dans le cas où cette hypothèse se confirmerait, renouant avec la tradition ancienne d'un Michel Noir. En 1987, ce dernier, alors au RPR, avait écrit dans les colonnes du Monde cette formule devenue célèbre depuis : « Il vaut mieux perdre les élections que perdre son âme. » L'ancien maire RPR de Lyon protestait alors contre les alliances et autres concessions électoralistes de la droite en faveur de l'extrême-droite. « A l’occasion des élections cantonales, il faut avoir des principes très clairs, a affirmé la maire de Lonjgumeau. Par exemple, s'il y a un second tour Front national/Parti socialiste dans un canton, ce que je ne souhaite pas, on ne considère pas que la politique est un continuum et que tout se vaut. Moi, dans ce cas-là je dis clairement : on vote PS. » Puis, comme si elle avait parlé trop vite, NKM se ravise, ou plutôt précise : « C’est ma position à moi, l’UMP n’a pas encore pris de position officielle. »
Tandis que le secrétaire général n’a de cesse de fustiger le PS, parti « gauchiste et archaïque » selon lui, la prise de position de Kosciusko-Morizet met le doigt sur un vrai casse-tête auquel va devoir répondre l’UMP dans moins de deux semaines. Et le choix est cornélien. Appeler à voter PS semblerait logique de la part d’un parti qui a toujours affirmé que le Front national ne faisait pas partie de l’arc républicain. Mais cela mettrait en lumière l’échec cuisant du sarkozysme et annoncerait le scénario tant redouté par la droite pour 2012 : un 21 avril à l’envers.
A l'inverse, ne pas appeler à voter PS reviendrait à courir le risque de laisser au FN la chance de prouver que la montée de Marine Le Pen dans les sondages se traduit déjà dans les urnes.
Pour l’instant donc, mieux vaut faire comme si de rien n’était. Depuis la déclaration de NKM, silence dans les rangs. Copé et les parlementaires UMP se sont bien gardés de commenter la phrase de leur collègue.
Laureline Dupont - Marianne
Juppé, piètre stratège contre la montée du FN ?
09/03/2011 09:29 par rgrs
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Juppé, piètre stratège contre la montée du FN ?
09/03/2011 09:29 par rgrs
Pour Alain Juppé, il existe un remède simple pour contrer la montée du Front national : concentrer les attaques sur la « folle » sortie de l'euro que promet Marine Le Pen. Selon David Desgouilles en revanche, ramener le débat sur l'euro est le dernier des choix tactiques à faire pour l'UMP face au FN.
L'autre matin, j’entendais la star des médias de la semaine dernière, Alain Juppé, qui venait de se faire piquer, par Marine Le Pen, ce statut si envié. L’homme dont on nous raconte depuis vingt ans, avec la régularité d’un métronome, qu’il n’est pas celui qu’on croit - notamment qu’il est en fait humble et pudique - a ainsi expliqué qu’il existait une solution simplissime pour faire baisser le Front National : expliquer son programme économique basé sur la sortie de l’euro, laquelle - on cite cet économiste si distingué, au point qu’il voulut vendre un jour Thomson pour un franc symbolique - serait atterrante et folle.
L’homme qui se tenait si droit dans ses bottes, au point de gêner dans le décor, n’imagine pas une seconde qu’une grande partie de ceux qui répondent aux sondeurs qu’ils ont l’intention de voter Marine Le Pen, savent déjà qu’elle souhaite revenir à la monnaie nationale. De même, peu lui chaut que la nouvelle présidente du Front national soit loin d’être la seule à promouvoir ce projet ; que des économistes aussi différents que Jean-Luc Gréau, Paul Krugman, Jacques Sapir ou feu notre prix Nobel d’économie Maurice Allais ne donnent - ou ne donnait - pas cher du devenir de la monnaie unique. Il tient aussi - comme les sondeurs, du reste - la candidature de Nicolas Dupont-Aignan, ce fou dangereux adversaire et déchireur d’euro, comme quantité négligeable.
Pourtant le plus probable, c’est que si davantage d’électeurs savaient que Marine Le Pen voulait sortir de l’euro, elle ne serait pas entre 17 et 24 selon les instituts mais plus proche des 30 %, à moins que certains d’entre eux ne soient dérangés, comme votre serviteur, par d’autres aspects du projet frontiste. N’oublions pas que des sondages évaluaient au printemps dernier à 37 % des Français ceux qui souhaitent un retour à la monnaie nationale. Cela, Nicolas Sarkozy, qui n’est certes pas dans une forme optimale en matière de choix stratégiques, arrive tout de même à le concevoir. Il faut dire qu’en matière de stratégie politique, même un Sarko aux fraises demeurera toujours infiniment supérieur à un type capable de penser qu’une dissolution de confort pouvait le reconduire tranquillou à Matignon. C’est pourquoi, vraisemblablement, ni le gouvernement ni l’UMP n’organiseront un débat sur l’euro dans les prochains jours.
David Desgouilles - Blogueur associé
Photo : (Flickr - MEDEF - cc)
http://www.marianne2.fr/Juppe-pietre-stratege-contre-la-montee-du-FN_a203640.html
JDD : le scoop Khadafi était-il criticable ?
09/03/2011 09:22 par rgrs
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JDD : le scoop Khadafi était-il criticable ?
09/03/2011 09:22 par rgrs
L'arrestation puis la garde à vue de Ziad Takkiedine au Bourget samedi 5 mai, alors que deux journalistes du JDD étaient présents dans son avion, suscite une polémique dans les médias et au sein même de la rédaction du Journal du Dimanche.
Ce devait être le scoop du siècle : Khadafi disant à la face du monde : « C’est moi ou Al-Qaida ! ». Le voyage avait, bien sûr, été organisé dans le plus grand secret. Et la parution de l’interview « au canon » devait coïncider avec une nouvelle nouvelle formule de l’hebdomadaire, deux ans après le relancement de mars 2009, qui avait vu le journal du groupe Lagardère paraître le samedi et le dimanche. Or, le jour-dit, dimanche 6 mars, catastrophe : le sondage du Parisien révélant que Marine Le Pen était en pôle position relègue la « bombe Khadafi » au second plan dans les radios et les télévisions. Au point que certains y ont imaginé une malice du Parisien-Dimanche, seul concurrent du JDD. Peu probable : les gens du Parisien ignoraient le coup du JDD et le sondage avait été négocié dès vendredi avec Harris puisque, rappelons-le, ce n'est pas le journal qui avait commandé le sondage mais l'institut qui l'a apporté au quotidien.
Mais revenons au JDD. Lundi 7 mars, on apprenait que, pour interviewer Khadafi, les journalistes du JDD avaient été embarqués dans le Falcon de Takkiedine, un intermédiaire spécialisé dans les ventes d’armes mis en cause dans le dossier Karachi. Et comme notre homme s’est fait coincer à son retour par la douane avec 1,5 millions d’euros dans sa valise, le scoop du JDD n'a guère été apprécié par certains journalistes de la rédaction, tandis que Libération annonçait - un peu vite ? - que cette affaire risquait d'être fatale à Laurent Valdiguié, l'auteur de l'article, et à Olivier Jay, le directeur de la rédaction. Mardi 8 mars, Le Monde en ajoutait une louche avec un article titré L'étrange voyage de journalistes du JDD en Libye, rappelant deux interviews du même Takieddine par le même Laurent Valdiguié, à propos d'Alexandre Djouri, puis de Rafic Hariri, publiés respectivement en mai puis en décembre 2010.
Mardi 8 mars est donc organisé une Assemblée générale de la société des rédacteurs après que quelques questions, pertinentes et impertinentes, aient été posées lors de la conférence de rédaction. Résultat des courses ? La direction du groupe Lagardère défend les auteurs de l'interview, Olivier Jay ajoutant même qu'il était fier de l'interview. Priorité à l'info, et tant pis pour les jaloux, dit-on en substance dans le staff Lagardère. « Les journalistes de l'Obs, se moque Bruno Jeudy, rédacteur en chef du JDD, reprochent à Valdiguié de ne pas avoir posé de questions sur Patrick Ollier. Mais qui croit que Khadafi connait cet homme politique français ? » Si nos ancêtres en journalisme s'autorisaient à interviewer Hitler pourquoi refuser un entretien avec Khadafi, ce qui implique de passer par un intermédiaire qui n'a pas son diplôme de vertu de troisième cycle ? C'est à cette question digne du diplôme d'entrée dans une école de journalisme que devaient répondre cet après-midi les journalistes du Journal du Dimanche. A suivre...
Philippe Cohen - Marianne
Photo : ABove of chaos (Flickr - cc)
http://www.marianne2.fr/JDD-le-scoop-Khadafi-etait-il-criticable_a203646.html
Daniel Garrigue donne une leçon d'arithmétique électorale à Jean-François Copé
09/03/2011 09:16 par rgrs
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Daniel Garrigue donne une leçon d'arithmétique électorale à Jean-François Copé
09/03/2011 09:16 par rgrs
Le porte-parole de République solidaire, Daniel Garrigue, a qualifié mardi de "doublement spécieuse" la prétention du secrétaire général de l’UMP, Jean-François Copé, "d’additionner les intentions de vote de Nicolas Sarkozy et celle de Dominique de Villepin".
M. Copé a souligné mardi que si on cumulait les scores de Nicolas Sarkozy et Dominique de Villepin dans les récents sondages Harris Interactive sur la présidentielle, la droite relèguerait dans tous les scénarios le PS en 3e position.
"Les déclarations de M. Copé, prétendant additionner les intentions de vote de Nicolas Sarkozy et celles de Dominique de Villepin sont doublement spécieuses", dénonce M. Garrigue dans un communiqué.
Dominique de Villepin, une "alternative républicaine" pour un "sursaut national"
"Spécieuses parce que toute la démarche engagée par Dominique de Villepin est celle d’une alternative républicaine qui s’oppose, en particulier, aux entreprises de stigmatisation qui ont favorisé la progression du Front national dans l’opinion", fait-il valoir.
"Spécieuses également, parce que la montée du Front national ne peut justifier que ceux qui ont toujours mis en garde contre ce danger soient aujourd’hui appelés à s’effacer. On ne peut pas faire de la peur le levier répété de toute action politique", a-t-il ajouté.
"Dans un pays où les vrais problèmes sont le chômage, la montée de la précarité et l’accumulation de déficits qui compromettent l’avenir, l’échéance de 2012 doit être l’occasion d’un sursaut national et républicain.
C’est dans cette perspective que Dominique de Villepin et République Solidaire situent leur action et leur projet", a-t-il conclu.
Source: Agence France Presse
http://2villepin.free.fr/index.php/2011/03/09/1825-daniel-garrigue-donne-une-lecon-d-arithmetique-electorale-a-jean-francois-cope
Marine Le Pen, ses vrais amis et ses faux ennemis
08/03/2011 18:43 par rgrs
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Marine Le Pen, ses vrais amis et ses faux ennemis
08/03/2011 18:43 par rgrs
Pour Jack Dion, le sondage Harris plaçant Marine Le Pen en tête du second tour reste un sondage, avec toutes les réserves que cela comporte. Pourtant, selon lui, il est significatif de la débâcle du Sarkozysme, et de l'incapacité de la gauche à bénéficier de cette situation.
Qu’il faille prendre avec des pincettes le dernier sondage plaçant Marine Le Pen en tête du premier tour de la présidentielle, c’est une évidence. Si l’on devait jauger de la validité des sondages en fonction de leurs avoinées passées, il y a longtemps que ce mode d’évaluation de l’opinion serait considéré pour ce qu’il est souvent : une machine à manipuler les citoyens.
Tel qu’il est réalisé aujourd’hui, le sondage politique permet d’instrumentaliser les électeurs, au point que l’on se demande pourquoi on n’a pas encore proposé de remplacer le droit de vote par le droit de sonder, ce qui ferait gagner du temps et de l’argent. Passons. On en reparlera durant les quatorze mois qui nous séparent d’un événement qui s’appelle l’élection présidentielle, et qui semble se rejouer tous les matins.
Cela dit, il n’y avait pas besoin de nouveau sondage pour mesurer la percée de la fille Le Pen dans l’opinion. Son ancrage dans l’opinion est d’autant plus spectaculaire que le Sarkozysme est un phénomène politique en voie de décomposition et que la gauche n’en profite pas – même en cas de candidature DSK, présenté par certains comme un sauveur suprême contraint de réviser ses fondamentaux au Fonds Monétaire International. En vérité, le directeur du FMI fait à peine mieux (ou plus mal) que Martine Aubry ou François Hollande.
Reste donc ce double constat d’un Waterloo politique des deux partis dominants l’arène institutionnelle, et rien ne permet de dire que la donne changera à court terme.
La déroute du Sarkozysme est patente. L’homme qui théorisait la « rupture » a échoué sur les thématiques principales qui lui avaient permis de siphonner une partie des voix de l’extrême droite : l’immigration (pas plus contrôlée aujourd’hui qu’elle ne l’était hier), la sécurité (réussite zéro) et le volontarisme d’Etat (devenu démission publique). En s’aventurant sur les terres idéologiques du FN, Sarkozy ne fait que valider le message de la cheftaine du FN, et faciliter une fuite d’un électorat qui préfèrera toujours, sur ce terrain, l’original à la copie.
L’autre réalité de l’heure, c’est que la gauche ne profite aucunement de cette situation. Cela vaut tant pour sa frange consensuelle (le PS) que pour les spécialistes de l’agit-prop (Mélenchon et Besancenot).
Le PS pâtit de son passage aux affaires, de sa mollesse sur le terrain social, de son assimilation aux élites honnies, de son incapacité à esquisser une alternative crédible au néolibéralisme, de son refus durable à aborder les questions qui fâchent (immigration, sécurité, laïcité), de ses scandales internes (l’affaire marseillaise) et de sa course à l’échalote interne – les fameuses primaires. Certes, une grande partie de l’appareil socialiste espère se rallier au panache rose de DSK, mais ce dernier est aussi crédible comme homme de gauche que Benoît XVI comme icône gay.
Quant à la gauche de la gauche, elle continue à se faire peur en dénonçant Marine Le Pen comme « fasciste » alors que cette dernière pose en pasionaria de l’antimondialisme et du pouvoir des banquiers, avec des arguments souvent contestables mais toujours efficaces.
Avec le doute vis-à-vis des partis dominants, la crise, la faillite de l’Europe, le climat anxiogène, l’absence du moindre message alternatif, il y a là tous les ingrédients d’un choc politique qui se manifeste aussi bien à travers le vote FN que par l’abstention. C’est un phénomène qui remonte loin, et qui peut porter loin. On ne l’évitera pas en sortant de son chapeau des combinaisons politiciennes incertaines ou des formules incantatoires.
Face à un problème politique de cette ampleur il faut une réponse politique cohérente permettant de donner un second souffle au modèle Républicain. Pour le moment, on n’en perçoit même pas les prémisses. Rien n’interdit de croire à un sursaut. Il reste quatorze mois. C’est long et court à la fois. Comme disait Julien Green : « C’est quand règne le noir total que l’aube peut poindre ».
Jack Dion - Marianne
http://www.marianne2.fr/Marine-Le-Pen-ses-vrais-amis-et-ses-faux-ennemis_a203636.html