Allemagne : modèle ou contre-modèle ?
17/02/2011 15:14 par rgrs
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Allemagne : modèle ou contre-modèle ?
17/02/2011 15:14 par rgrs
Le modèle Allemand
L’Allemagne est depuis longtemps un pays tourné vers l’exportation de produits industriels. Au début des années 1980, environ 45% de son PIB était encore réalisé par l’industrie, contre 30% en France ou en Grande-Bretagne. En trente ans, cette part a baissé de 15 points dans les trois pays. Ceux qui regardent le verre à moitié plein voient un même niveau de désindustrialisation. Le pays s’appuie sur une spécialisation dans les machines outils et un fort tissu d’entreprises moyennes.
Pour être honnête, l’Allemagne réalise des performances assez exceptionnelles. The Economist y a consacré un dossier récemment qui montre que si les exportations Allemandes en Chine ont atteint 51 milliards de dollars en 2009, ce chiffre atteint à peine 11 milliards pour la France, 9 pour l’Italie et 8 pour la Grande-Bretagne. Aujourd’hui, le pays accumule 150 milliards d’euros d’excédents commerciaux en une année, plus de 5% de son PIB.
Le rôle de l’euro et de l’Union Européenne
L’arrivée de l’euro et l’intégration des pays d’Europe de l’Est a considérablement modifié la donne. En effet, aux parités d’entrée dans l’euro, l’Allemagne s’est retrouvée avec des coûts salariaux supérieurs de 25% à la moyenne. En outre, la réunification a considérablement réduit l’excédent commercial, comme le montre Eric Verhaeghe dans un récent papier. Mais l’intégration des pays de l’Est lui a permis de disposer d’une base de production à bas coût à proximité.
Du coup, les industriels Allemands ont pu délocaliser une partie de la production de leurs composants dans des pays où le coût du travail du travail est beaucoup plus faible (le SMIC Roumain représente 10% du SMIC Français) pour être plus compétitif. Il faut noter qu’un euro cher devient un avantage puisqu’il baisse le coût d’achat de ces composants. Enfin, la maîtrise des coûts de production a permis au pays de restaurer sa compétitivité et de dégager ses excédents essentiellement dans la zone euro.
Le côté obscur du modèle Allemand
Mais ce modèle n’est pas dépourvu de faiblesses. Comme le Monde le souligne, il s’appuie sur un appauvrissement de la population depuis une dizaine d’années. La fondation Terra Nova explique que « La logique politique implicite est insoutenable : appauvrir les salariés allemands pour qu'ils soient compétitifs sur le marché mondial. Cet appauvrissement est réel : le revenu par habitant allemand était supérieur de 15 % à la France en 2000 ; il est aujourd'hui inférieur de 10 % ».
De même, si les excédents commerciaux Allemands sont impressionnants, c’est moins le cas de la croissance. Dans les années 2000, le PIB y a progressé en moyenne de 0.8% par an contre 1.4% pour la zone euro et 1.5% pour la France. Seule l’Italie a fait moins bien (0.5%). De même, le fort rebond de 2010 (+3.6%) est compensé par la chute de 2009 (-4.6%). Sur deux ans, la performance de l’Allemagne n’est pas meilleure que celle de la France…
Au final, l’Allemagne a cherché à protéger son industrie dans le cadre de l’euro et de l’intégration de l’Europe de l’Est. Mais son « modèle » n’en est pas vraiment un car il n’est pas tenable si tout le monde le suit et il promeut une véritable régression sociale qui ne saurait être l’horizon de nos sociétés.
Laurent Pinsolle
Faut-il quitter l’Europe pour sauver le goût de la France ?
17/02/2011 15:09 par rgrs
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Faut-il quitter l’Europe pour sauver le goût de la France ?
17/02/2011 15:09 par rgrs
Faut-il quitter l’Europe ? C’est le cœur déchiré que l’on pose ce genre de question, comme lorsque l’on s’apprête à se séparer d’une mère ou d’un père à qui l’on ne cesse de tendre les bras et qui continue à vous taper dessus. Je suis de ceux qui placent l’idéal européen au-dessus de tous les autres, pour qui la construction de l’Europe justifie que l’on sacrifiât les orgueils dépassés et les fiertés futiles sur l’autel des nations en édifiant la grande cité continentale dont Jean Monnet et Robert Schumann avaient projeté les codes de civilisations. Déjà bien abîmée par l’arrogance des tenants du oui au Traité Constitutionnel Européen de 2005 et par le crachat au visage des Français que suppose l’adoption du traité de Lisbonne par la voie parlementaire, cette chimère est chaque jour un peu plus foulée aux pieds par l’hystérie libéralo-atlantiste du système Barroso et de ses amis de l’UMPS.
Sur quels nouveaux éléments repose notre colère ? La France négocie en permanence la redéfinition du principe de ses appellations d’origine avec les institutions européennes, apportant à l’Europe son cortège de savoirs et de savoir-faire pour que l’Union s’en saisisse dans le but de les consolider et de mieux en partager les valeurs avec les autres partenaires européens. Le trésor d’un vieux pays aux richesses façonnées par les âges à disposition des peuples du continent. « Prenez et mangez en tous »… Tu parles !
Nos négociateurs reviennent à chaque fois plus effondrés de Bruxelles où leurs joutes dialectiques avec les représentants de la Commission relèvent parfois d’un accord d’armistice entre vainqueurs et vaincus. « C’est à croire que l’on vient de perdre la guerre, confie le délégué d’une interprofession alimentaire française, et que nous avons à plier devant les oukases de nos adversaires ». Le ridicule de certaines situations prêterait à rire si l’on ne basculait vite dans l’exaspération, puis dans l’angoisse de voir disparaître un pan de notre patrimoine gastronomique sous les coups d’une réglementation tout simplement barbare. Rentrons dans le lard du débat. Les représentants de différents organismes publics et professionnels régionaux sont actuellement en discussion à Bruxelles sur le contenu et le sens de certaines appellations, ces fameuses AOP (appellations d’origine protégée) qui sont le pendant européen de nos AOC (appellation d’origine contrôlée) auxquelles elles sont désormais substituées.
Le discours de la Commission est simple : « Il vous faudra un jour abandonner le concept d’origine. Seule compte la qualité du produit. Peu importe d’où il vient s’il est conforme aux normes commerciales en vigueur. Votre obsession à identifier un aliment à partir de critères territoriaux dépassés n’a aucun sens. Si votre saucisson est bon, on se moque bien de savoir son origine. Son image de marque suffit à le qualifier. Laissez nous tranquilles avec vos terroirs et tenez vous en au respect des règles sanitaires ». Tels sont, verbatim, les propos qu’un fonctionnaire « bruxellois », certain d’avoir le dernier mot, a tenu à un professionnel français de la charcuterie. Une autre fois, la discussion portait sur la définition de la rosette de Lyon, pour laquelle une demande d’IGP (Indication géographique protégée, nos anciens « labels rouges » transposés à l’Europe) a été déposée. Les délégués français expliquaient aux technocrates de Bruxelles que la viande de porc, servant à l’élaboration de la célèbre salaison, devait provenir de cochons élevés sur une aire géographique déterminée pour justifier du label « Rosette de Lyon », telle que l’établissent depuis la nuit des temps les normes de productions garantes de l’origine d’une denrée.
Sentir l’animosité récurrente ou l’agacement systématique, chaque fois qu’un Français se voit obliger d’expliquer à son vis à vis qu’en France le paramètre géographique et environnemental est fondamental dans l’identification d’un produit, donne trop souvent l’envie de claquer la porte de cette machine à écraser nos exceptions culturelles.
Il faut se battre pour démontrer que le concept d’origine préexiste à celui de la qualité et que le plus déterminant, dans la dimension sensorielle d’un aliment, est d’abord son authenticité. Le patrimoine alimentaire français est fondé sur la notion du « vrai » puis sur celle de « bon ». Le bon est une valeur subjective individuelle que la publicité peut faire évoluer selon les besoins du marché. La qualité en soi est un argument commercial et financier, amendable en fonction de l’offre et de la demande, que n’importe quel communicant adroit peut manier à sa guise. Pour valoriser un produit donné, sur des paramètres fiables et vérifiables, il faut d’abord savoir d’où il vient. C’est sur la conformité de l’origine territoriale, et celle des usages loyaux et constants en vigueur sur ledit territoire, facteurs du goût et des saveurs spécifiques du produit de l’endroit, que repose le postulat gastronomique français.
Au même titre que les Droits de l’homme participent des fondements de la République, la provenance certifiée détermine la légitimité de nos appellations. Ce ne sont pas des opinions, mais des valeurs. La qualité, c’est le droit du sang. L’authenticité, c’est le droit du sol.
Ainsi risquons nous de voir disparaître ce qui constitue une partie sensible de « l’âme française » telle que la définit le philosophe Régis Debray. L’Europe démonte petit à petit les piliers de cette expression de notre identité nationale que sont nos appellations d’origine. Tel un rouleau compresseur, la technocratie communautaire aux ordres d’une Commission bureaucratique acquise aux critères et aux objectifs anglo saxons, eux mêmes souvent dictés par les lobbies agro alimentaires, écrase tout ce qui se distingue ou s’émancipe du mercantilisme néolibéral. Le terroir, c’est un rempart antitrust dont le système ne veut plus, une citadelle contre le profit financier facile que le marché mondialisé souhaite voir s’effondrer. Ces pieuvres téléguidées depuis les grandes places financières comptent sur l’appareil bruxellois aux mains d’une clique de satrapes pour finir le travail en toute légalité.
Le plus douloureux est que cette offensive orchestrée par des instances où la France a son mot à dire se déroule sans que Paris n’ose vraiment s’opposer. Parfois un ministre, parfois un commissaire, parfois un haut fonctionnaire de la République risquent une réserve, formulent un doute, boudent une conférence, mais pour bien vite revenir dans le giron de notre sainte mère la Commission. La plus mauvaise nouvelle de ce remaniement gouvernemental a été la reconduction de Bruno Le Maire au ministère de l’Alimentation et de l’Agriculture. Passé maître dans l’art de Sarkozyfier son action, à savoir annoncer le contraire de ce que l’on va faire et promettre, par de grandes incantations, que l’on va tout mettre en œuvre pour protéger l’agriculture paysanne et préserver le patrimoine alimentaire français, celui qui fut un instant pressenti dans les outsiders pour Matignon laisse tranquillement la sinistre mécanique ravager nos campagnes.
On fait mine de rassurer le monde agricole en difficulté par des garanties payées en monnaie de singe et l’on confie à la FNSEA, bras rural de l’UMP, la mission d’en finir au plus vite avec la résistance. Dernier épisode en date, la sortie de Christian Jacob à propos de l’enracinement territorial peu français de Dominique Strauss-Kahn. De la part d’un satrape du lobby céréalier aux ordres de la FNSEA, militant pro OGM et adversaire fanatique de tout ce qui peut favoriser le retour à une agriculture paysanne, cela ne manque pas de fumier. Jacob est l’un des principaux fossoyeurs de la ruralité et il vient nous parler de terroirs. Avec Bruno Le Maire, les deux font la paire…
Comme nos vrais paysans ne sont plus guère très nombreux puisqu’on les a remplacés par des « ouvriers agricoles », il suffira de les étouffer tout doucement avec l’aide du boa bruxellois pour mettre un terme à cette France boueuse et crottée qui s’accroche à ses fromages au lait cru. Le message du rapport Attali sur la façon dont il convient de réorganiser notre société, confortée par les thèses déclinistes de Nicolas Baverez, est sans appel. Il faut en finir avec la petite exploitation pour renaître sous le règne de la grande distribution. La rosette de Lyon ? Qu’elle aille au diable. La partie Lyon n’a qu’à être jetée aux porcheries industrielles. Quant à la partie rosette, nous aurons l’honneur de l’épingler au plastron de Monsieur Barroso.
Alors, quitter l’Europe pour sauver le goût de la France ? Bien sûr que non. Pour l’instant il s’entend. Mais en penser une autre, oui, et de toute urgence. Il convient d’arracher l’idéal européen à ses fossoyeurs et de lui redonner vie pour envisager enfin un projet confédéraliste.
Même si cela n’est pas à leur ordre du jour, espérons que les Français prendront cela en compte au moment de choisir leur avenir en 2012.
Par Périco Légasse
Ce blog prétend défendre une certaine idée du goût de la France. Notre patrimoine gastronomique, qu’il soit agricole, maritime, viticole ou culinaire, n’est en aucun cas la propriété exclusive des Français, mais celui de l’humanité toute entière. Encore faut-il pour cela que l’ensemble des producteurs et, surtout, des consommateurs, admette ce principe.
MAM, une défense en lambeaux
17/02/2011 09:59 par rgrs
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MAM, une défense en lambeaux
17/02/2011 09:59 par rgrs
Le Canard enchaîné révèle ce mercredi que les parents de Michèle Alliot-Marie ont profité des vacances de Noël en Tunisie, dans l’hôtel d’Aziz Miled, pour acquérir une société appartenant à cet homme d’affaires proche du régime de Ben Ali, dont la famille de la ministre des affaires étrangères a emprunté le jet à quatre reprises entre le 25 décembre et le 4 février.
Mediapart expliquait dès mardi que la ministre a bel et bien téléphoné au président Ben Ali lors de ce séjour en Tunisie, alors que la révolte grondait. Que se sont-ils dit? Mystère. La ministre va devoir s’expliquer.
Reste que, depuis un mois, la ministre a multiplié affirmations erronées, mensonges par omission ou caractérisés pour se défendre. Aujourd’hui, sa défense est en lambeaux. Mercredi midi, le porte-parole du gouvernement François Baroin a pourtant affirmé que la ministre a «tout le soutien de l’équipe gouvernementale». Pour combien de temps?
«Je n’ai jamais dit que je souhaitais envoyer en Tunisie des policiers ou des gendarmes français pour aider le régime à maintenir l’ordre» (Le Parisien, 30 janvier)
Le 11 janvier, alors que le régime de Ben Ali réprime les manifestations, la ministre des affaires étrangères a pourtant clairement proposé l’aide de la France: «Nous proposons, dit-elle alors, que le savoir-faire qui est reconnu dans le monde entier de nos forces de sécurité permette de régler des situations sécuritaires de ce type. C’est la raison pour laquelle nous proposons effectivement aux deux pays (…) d’agir en ce sens pour que le droit de manifester puisse se faire en même temps que l’assurance de la sécurité.»
Dans Le Parisien du 30 janvier puis sur France-2 quelques jours plus tard, la ministre explique (à chaque fois dans les mêmes termes) qu’elle a été mal comprise. La ministre paraît très embarrassée, son explication est très alambiquée.
Reste une interrogation; pourquoi la ministre a-t-elle jugé bon de faire une telle proposition d’aide policière, qu’elle considérera finalement fin janvier «impossible juridiquement, impossible moralement et tout simplement aberrant(e)?». Au Quai d’Orsay, des diplomates qui connaissent bien la Tunisie expliquent que l’idée semble avoir germé dans la tête du ministre ou de ses conseillers, car la coopération policière entre les deux pays est notoirement mauvaise. Aurait-elle eu lors de son séjour des contacts avec des officiels du régime demandant une telle aide ? Mardi, Mediapart révélait que la ministre a bien eu Ben Ali au téléphone lors de son séjour en Tunisie. Que se sont-ils dit? Mystère. Mais tôt ou tard, la ministre va devoir s’expliquer.
«Le suicide qui a été à l’origine des événements s’est produit à la fin de mon séjour» (France-2, 2 février)
Selon nos informations, Michèle Alliot-Marie est arrivée à Tabarka le 25 décembre et est repartie le 2 janvier. Or l’immolation de Mohamed Bouazizi, ce jeune chômeur de Sidi Bouzid dont le geste a déclenché la révolution tunisienne, a eu lieu le 17 décembre, avant de succomber à ses blessures le 4 janvier.
Du reste, l’exemple de Sidi Bouzid a été très vite imité par d’autres étudiants sans emploi dans l’intérieur du pays, totalement en marge du développement économique prôné par Ben Ali, et a conduit à de nombreuses manifestations. Et ce, y compris durant le séjour de MAM. «Il n’y avait pas de problème. Il n’y avait aucune répression», a même osé affirmer la ministre sur France-2. C’est complètement faux: le 24 décembre, deux jeunes hommes de la région de Sidi Bouzid sont mortellement blessés par les tirs à balles réelles de la police. Le 27 et le 29 décembre, alors qu’elle est en vacances, ses services sont d’ailleurs officiellement interpellés par des journalistes sur la situation en Tunisie. Et le 28, Ben Ali promet dans un discours télévisé les foudres du régime aux manifestants, qu’il qualifie d’«extrémistes et d’agitateurs».
«Je n’avais aucun contact privilégié avec [Ben Ali]» (Le Parisien, 30 janvier)
«La dernière fois que j’ai vu l’ancien président, en tête à tête, c’était en 2006, dans mes fonctions de ministre de la défense», ajoutait-elle dans ce long entretien. Peut-être. Mais en vacances à Tabarka, au nord-ouest du pays et donc très loin des événements qui ensanglantent alors le sud du pays, Michèle Alliot-Marie a bel et bien téléphoné au dictateur, sans que l’on sache ce qu’ils se sont dit. Il a fallu que Mediapart pose, mardi 15 février, la question au cabinet de la ministre pour que cet entretien soit rendu public.
«Quand je suis en vacances, je ne suis pas ministre» (France Info, 5 février)
La ministre ajoutait: «Je suis Michèle Alliot-Marie, qui a des amis de longue date, qu’elle a l’habitude de recevoir en France, qui sont heureux de me faire découvrir leur pays. Je pensais qu’un ministre avait le droit d’avoir des amis…
Deux jours plus tard, consciente de l’énormité de ses déclarations, la ministre se rétractait sur Europe 1. D’ailleurs, aujourd’hui, son cabinet soutient au contraire que si la ministre a parlé à Ben Ali pendant ses vacances en Tunisie, c’est précisément parce qu’un ministre des Affaires étrangères est toujours opérationnel, et téléphone en permanence à toutes sortes de chefs d’Etat et de ministres. La preuve que le cabinet de la ministre adapte sans cesse sa stratégie de communication au gré des évènements, quitte à se contredire totalement…
Aziz Miled est «plutôt une victime [de Ben Ali] qu’autre chose» (France-2, 2 février 2011)
Une fois son voyage vers Tabarka dans le jet de l’homme d’affaires Aziz Miled révélé, Michèle Alliot-Marie a martelé une ligne de défense: Miled, hôtelier puissant, a été spolié par le régime de Ben Ali. Un argument martelé par ses services, mais aussi par son compagnon, Patrick Ollier, également présent à Tabarka.
Le problème, c’est que le portrait de M. Miled esquissé par la ministre ne correspond pas franchement à la réalité. Comme Mediapart l’a révélé, le chef d’entreprise a en réalité été un pion central du système économique du régime déchu. «La cheville ouvrière de la prédation en Tunisie», selon un avocat spécialiste de la corruption.
Même s’il s’est lancé dans le business avant l’arrivée au pouvoir de Ben Ali, Miled est un des rares entrepreneurs tunisiens à avoir été en affaires, dans la finance, le tourisme ou l’aviation, avec à peu près toutes les composantes du “clan Ben Ali”. Que ce soit les familles Materi, Trabelsi, Chiboub ou Mabrouk.
Selon les informations recueillies par Mediapart, il a baptisé sa compagnie aérienne Nouvelair pour faire plaisir au président. Il est membre du comité de réélection du président depuis au moins 1999, a été décoré par Ben Ali du plus haut insigne du régime et désigné sénateur. Bailleur de fonds des campagnes électorales depuis 1989, il aurait versé 500.000 dinars tunisiens (258.645 euros) pour la campagne de Ben Ali en 2009, a appelé à sa réélection, et aurait même financé à hauteur de 500.000 euros le feu d’artifice fêtant la victoire du dictateur…
Enfin, le jet d’Aziz Miled dans lequel est montée la ministre était en réalité utilisé la plupart du temps par le frère de Leila Ben Ali, Belhassen Trabelsi (ses initiales figuraient même dans l’immatriculation de l’appareil, TS-IBT). Le 14 janvier, l’avion a d’ailleurs été une pièce maîtresse dans le dispositif mis en place pour la fuite des membres les plus éminents du clan à l’étranger…
Aziz Miled «n’a aucun moment mis son avion à disposition» (Assemblée nationale, 2 février)
Devant les députés ce 2 février, la ministre est formelle. «En ce qui concerne enfin le problème de l’avion que vous soulevez, je veux simplement dire une chose: arrivant après Noël à Tunis un ami qui allait à Tabarka, lieu final de destination de son avion, m’a effectivement proposé de voyager avec lui plutôt que de faire les deux heures de voiture. Il n’a à aucun moment mis son avion à disposition, je l’ai accompagné pendant 20 minutes de trajet seulement.»
Le soir, la ministre sert la même histoire de la rencontre fortuite sur le plateau de France-2.
«Il m’a dit, puisque je devais de Tunis aller à Tabarka où il n’y a pas de liaison aérienne pendant l’hiver, il m’a dit »je dois aller à Tabarka dans mon hôtel, j’ai un avion, son avion privé qui a 12 places ». Il dit: « je suis tout seul, est-ce que vous voulez m’accompagner plutôt que de faire deux heures de voiture »?»
Problème: la ministre ne s’est pas contentée d’un trajet de 20 minutes. Quelques jours plus tard, elle admet avoir fait l’aller-retour Tunis-Tabarka. Puis, à la suite d’un article du site nouvelobs.com, son cabinet admet que la ministre a de nouveau emprunté le jet pour se rendre en «excursion» à Tozeur, dans le sud du pays, le 29 décembre. En réalité, comme elle le reconnaît finalement dans un nouvel entretien au Parisien le 7 février, la ministre a également pris l’avion pour rentrer à Tunis le 3 janvier. Selon nos informations, Aziz Miled a bel et bien mis son avion à disposition de la ministre: le 2 janvier, l’avion part à vide de Tunis, et revient chargé de six passagers: la ministre et toute sa famille.
«Une relation désintéressée et amicale» (Europe 1, 6 février)
Avec Aziz Miled, tout ne serait qu’une affaire d’amitié, rien de plus. Telle est la ligne de défense qu’a longtemps adoptée la ministre en faisant son mea culpa sur Europe 1: «J’étais claquée (…) je me suis détendue et j’ai vu uniquement les relations amicales oui, d’accord c’est possible et je le regrette profondément.»
Là encore, l’argument est un peu court. Ce mercredi, le Canard enchaîné révèle que dans l’hôtel Tabarka Beach où Michèle Alliot-Marie séjournait avec ses parents, ceux-ci ont racheté les parts d’Ikram, une société civile immobilière appartenant à Aziz Miled, pour un montant inconnu. Le voyage amical était donc aussi un voyage d’affaires…
«Si je prends mes vacances parfois en Tunisie, c’est à mes frais, voyage et hôtel» (Assemblée nationale, 2 février)
La ministre a-t-elle vraiment payé sa chambre, une suite présidentielle construite pour le président Ben Ali, à l’hôtel Sentido Tabarka Beach, comme elle le jure devant les députés le 2 février? Aujourd’hui, rien ne permet de l’affirmer.

Michèle Alliot-Marie répète qu’elle a payé les billets d’avion, et que ses parents ont payé l’hébergement. Problème: la facture est introuvable. Se protégeant derrière le grand âge des parents de la ministre (ils ont 92 et 94 ans), le cabinet de la ministre refuse de donner le montant de la note. Impossible donc de savoir si la ministre a payé sa chambre au prix normal, si elle a bénéficié d’une forte ristourne, ou si Aziz Miled l’a invitée.
Sur place, des consignes ont été données au personnel de l’hôtel. Le groupe Miled se tait. Mais à Tabarka, personne ne croit que la ministre se soit vu établir une facture. Ou alors, dit un homme d’affaires tunisien qui veut garder l’anonymat, «à un tarif qui fait rire, comme quand on achète un Gucci à 30 dinars avenue Montaigne».
Par Mathieu Magnaudeix - 16 février 2011
http://www.gaullisme.fr/?p=12602
Les déclarations de Dominique de Villepin dans Dimanche +
17/02/2011 09:49 par rgrs
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Les déclarations de Dominique de Villepin dans Dimanche +
17/02/2011 09:49 par rgrs
Sur la révolution égyptienne
« Ce sont des images étonnantes et émouvantes d’une révolution, même s’il n’y a pas de changement de régime. Une révolution pacifique, il faut le souligner encore et encore. C’est une véritable leçon, un véritable exemple que nous donne aujourd’hui, après la Tunisie, l’Egypte et qui aura une incidence dans l’ensemble du monde arabe, et je pense aussi au-delà, y compris dans nos propres pays. »
Sur une possible contagion à d’autres pays arabes
« Je pense que l’inquiétude, elle est aujourd’hui générale dans l’ensemble du monde arabe. On le voit au Yemen, on le voit en Jordanie, on le voit même en Arabie Saoudite et en Algérie. Et c’est une course de vitesse qui est engagée, entre la capacité de ces régimes (ceux qui ont notamment de très gros moyens financiers, et c’est le cas de l’Algérie avec la rente pétrolière), capacité à répondre aux aspirations de la population et à ouvrir à plus de liberté. Donc il y a à la fois des blocages économiques, sociaux qu’il faut lever et en même temps des blocages politiques. S’ils ne parviennent pas à redonner espoir à leurs populations et en particulier à la jeunesse qui joue un rôle de fer de lance dans l’ensemble de ces mouvements, eh bien oui, de tels mouvements se répéteront dans ces pays. »
Sur les avoirs cachés de l’ancien président tunisien Ben Ali
« On voit bien à quel point les instruments dont disposent ceux qui veulent agir (associations, les pays concernés, …) sont maigres. De maigres outils. Il faut donc faire davantage et beaucoup plus tôt. Pourquoi attendre qu’un dictateur tombe pour agir? Il faut agir par anticipation et ne pas rendre possible la constitution de telles fortunes illicites. Il faut donc une réglementation au niveau international. Voilà une initiative que nous pourrions prendre, puisque nous avons la tête du G20, dans le cadre du G20, d’une réglementation internationale qui permettrait justement de prévoir des règles extrêmement strictes de contrôle de la fortune des dirigeants de la planète. Malheureusement, ce ne sont pas des cas isolés. Il y a donc un très gros travail à faire. »
Sur la lenteur de la réaction française face aux révolutions tunisiennes et égyptiennes
« C’est toujours difficile de porter un jugement dans ce domaine. Ce qui m’a frappé, c’est la difficulté pour la France et pour la politique française de comprendre ce qui était en train de se passer, compte tenu d’un regard empreint d’une vision marquée par la peur de l’islam, marqué par la peur du terrorisme, marqué par une préférence pour le statu quo. Alors même que derrière ces mouvements, il y a les idéaux-mêmes que nous défendons.
Nous devrions être les premiers à nous réjouir, parce que ces événements donnent raison à la vision de la France et donnent raisons aux principes que nous n’avons cessé de défendre. La vision du Général de Gaulle face aux deux blocs pendant toute la période de la guerre froide, la vision de Jacques Chirac et que j’ai défendue moi-même face au monde unipolaire des Etats-Unis, eh bien, c’est cette vision-même qui est à l’oeuvre aujourd’hui, celle des peuples, celle des grands principes de justice, de paix, donc oui, nous devrions être aux avant-postes et malheureusement, nous sommes un peu réticents et en arrière de la main, parce que la peur l’emporte et parce qu’il y a un manque de confiance en nous et dans le monde. »
Sur le Président Moubarak
« C’est vrai que sur le plan des relations avec l’ensemble des pays de la région, l’engagement pour la défense de la paix (même si les résultats ont été minces), son engagement ne s’est pas démenti. »
Sur les vacances égyptiennes de François Fillon
« Je n’aime pas beaucoup commenter ces questions, parce que je crois qu’il est préférable de rechercher des solutions. A la vérité, et contrairement à ce que j’ai entendu, je ne crois pas que ce soient des affaires banales.
Je n’ai pas été invité, pendant les deux années où j’ai été Premier Ministre, par quelconque pays étranger et je crois qu’il vaut mieux, en tout état de cause, éviter parce que la France est un pays souverain, c’est un pays indépendant et que chacun a les moyens de payer ses vacances. Mais la réponse, à mon sens, elle devrait être beaucoup plus stricte que celle que j’ai entendue. (…)
A l’évidence, un représentant français, un ministre français, un premier ministre français, un Président de la République n’a pas à se faire payer des vacances par un pays étranger, et il vaudrait mieux que la règle soit aussi simple que cela. »
Sur sa rencontre avec Nicolas Sarkozy le 24 février au sujet du G20
« Je sais ce que j’espère pouvoir lui dire sur, à la fois les initiatives que la France pourrait prendre dans le domaine financier, et peut-être au-delà en matière diplomatique, parce que ce qui m’inquiète le plus aujourd’hui, c’est de voir, dans notre relation avec le monde, à quel point un trouble s’est instauré, une sorte d’effacement de la diplomatie française. Et ça m’inquiète, à la fois dans les crises qui peuvent paraître lointaines, comme l’Afghanistan à la fois au Moyen-Orient, et j’aimerais que la France retrouve la place qui est la sienne dans le monde et retrouve la voix qui doit aller avec. (…)
Je me garderais bien de sonder aujourd’hui l’esprit du Président. En tout cas ce que je sais, c’est que c’est un entretien pour parler du G20 et à cette occasion, je ne manquerai pas de faire passer quelques-uns des messages auxquels j’attache de l’importance en matière internationale. »
Sur l’existence de points communs avec Nicolas Sarkozy
« Quand je regarde la politique qui est menée, peu ou pas. C’est la vérité: peu ou pas. Parce que l’autre sujet d’inquiétude pour moi, c’est cette défiance qui monte dans la relation du pouvoir avec les Français. Quand on voit les magistrats pointés du doigt, les enseignants, les chercheurs, les fonctionnaires en général, c’est un climat qui me paraît dangereux pour notre pays. Il y a un pacte républicain qui s’effrite et nous devons veiller à faire en sorte que nous dépassions cette tentation des boucs-émissaires. La peur de l’Islam: on voit aujourd’hui que nous devons nous obliger collectivement à sortir de ces logiques de peur, ces logiques sécuritaires. La politique, c’est de résoudre les problèmes, ce n’est pas d’utiliser tels et tels arguments, telle et telle peur. »
Sur le « Face aux Français » de Nicolas Sarkozy
Dominique de Villepin a jugé la prestation de Nicolas Sarkozy « avec inquiétude. Avec inquiétude, parce qu’il y avait deux images qui se télescopaient. Ce formidable mouvement, cet enthousiasme qui s’exprimait au Maghreb et en Egypte, et en même temps une France frileuse, repliée sur elle-même, un peu égoïste, qui n’arrive pas à dépasser ses difficultés, tout simplement parce qu’elle ne regarde pas devant, parce qu’elle a peur de l’avenir, parce qu’elle ne fait pas confiance à sa jeunesse, parce qu’elle ne fait pas confiance aux autres.
Quand j’entends cet arbitrage, cette comptabilité entre d’un côté les chômeurs qui n’auraient pas de statut et de l’autre côté les magistrats, on se trompe dans la façon de poser les problèmes. Remettons le respect, remettons le dialogue au sein de notre communauté nationale et je pense que nous trouverons alors plus facilement les solutions. »
Sur le recours aux emplois aidés
« C’est une partie de la solution. J’ai mené la bataille de l’emploi entre 2005 et 2007 et nous avions fait reculer le chômage de 600.000. C’est une partie de la solution, mais j’avais mis au point le Contrat Nouvelle Embauche pour les petites et moyennes entreprises, qui était un contrat qui ne coûtait pas un sou à l’Etat. Cette bataille pour l’emploi, nous avons réussi à marquer des points. Je regrette que pendant les trois années et demi qui se sont passées, eh bien, cette bataille pour l’emploi n’ait pas été menée avec la même ténacité. (…)
(Les emplois aidés), c’est une façon d’anticiper un nécessaire retour de la croissance. Il faut agir sur tous les leviers: en même temps que j’ai mis en place cette politique, une fois de plus j’ai eu recours à la stimulation des emplois privés par un contrat, j’ai fait en sorte de mener la bataille de la compétitivité avec les pôles de compétitivité, l’agence de l’innovation industrielle. Donc c’est une politique globale qu’il faut mener, en espérant que la croissance se fortifiera. C’est ce qui s’est passé avant la crise de 2008. Donc aujourd’hui, il faut utiliser tous les instruments. Il y a fort à parier aujourd’hui, à quelques mois d’une échéance électorale, que tout ça soit un peu court et difficile à mettre en oeuvre, et donc les résultats ne seront pas forcément au rendez-vous, mais enfin, espérons que au moins, quelques-uns pourront en profiter. »
Sur les jurés populaires
« C’est pas la solution, et ça, nous le savons tous ! Il y a des jurés dans les Cours d’Assises. Le nombre des décisions qui sont prises chaque année (plus de 500.000) en correctionnelle fait que vouloir l’instaurer à ce niveau, c’est totalement irréaliste, et en plus, ce n’est pas tenir compte de la complexité d’un certain nombre des sujets qui sont traités. Donc je crois que c’est une mesure qui n’est pas adaptée aux besoins de la justice.
Par contre, donner l’indépendance aux magistrats. Par contre, retrouver la sérénité dans les prétoires, faire en sorte qu’il y ait un égal accès de l’ensemble des citoyens devant le service public de la justice, oui ! Voilà des nécessités. Et puis, régler ce problème de moyens quand nous savons que nous dépensons moitié moins que dans les pays voisins, européens, à travers nos dépenses de justice. Il y a évidemment des distorsions, un mauvais fonctionnement qui s’explique parce que nous ne mettons pas le nécessaire dans la défense de ce service de justice. »
Sur la situation des Roms
« Il faut éviter de déplacer le problème sans trouver de solutions. Il y a des solutions. Créer dans les mairies, tel que la loi le prévoit, des aires adaptées, aménagées, permettant cet accueil. Faire en sorte de se servir des expérimentations qui marchent. C’est le cas des villages d’insertion qui existent en Seine-Saint-Denis, à Aubervilliers. Suivre les très nombreuses associations qui se mobilisent pour favoriser l’éducation, l’alphabétisation de ces enfants.
C’est une véritable politique qui est nécessaire, mais quand l’Etat se perd en promesses, en annonces tonitruantes, en stigmatisation, eh bien on voit que cela demande beaucoup d’énergie. Et que se passe-t-il quelques mois plus tard? Rien ! Le problème a été déplacé ailleurs.
Vous savez, ça c’est la façon la plus odieuse, c’est le visage le plus détestable de la politique. C’est ce qui donne parfois envie, je vous le dis franchement, de baisser les bras. On a le sentiment de participer à une sorte de show où les problèmes ne sont pas traités. Or, si on accepte de ne pas tomber dans la surenchère, si on accepte de traiter les problèmes avec sérénité et avec sérieux, loin du spectacle, loin des caméras, loin des effets d’annonces, alors c’est un autre visage que l’on donnera aux Français de la politique. Les Français ont une responsabilité: à eux de ne pas céder aux peurs, à eux de ne pas céder aux vaines promesses, à eux de mettre en avant une autre façon de faire de la politique, et les hommes politiques changeront ! Ils seront sans doute les derniers à changer, mais ils changeront. »
Sur la Tribune de Dominique de Villepin publiée cet été dans Le Monde (« Une tache de honte sur notre drapeau »)
« Je n’en changerais pas un mot ! (…)
Moi, je n’ai stigmatisé personne. Je n’ai pas fait des moulinets et des grands discours pour annoncer que j’allais stigmatiser une communauté et une ethnie. Agir, c’est ce qu’on attend de nous, faire respecter la loi. Il y a une règle en France: quand il y a un squat illégal, on saisit la justice, la justice prend une décision et on l’exécute. Il n’y a rien à redire à ça. C’est cette mise en scène qui est insupportable. C’est cette façon d’utiliser de tels sujets pour jouer sur les peurs des Français en montrant du doigt des communautés. C’est cela qui a été dénoncé par les Européens, par la Commission. C’est cela qui a été dénoncé par l’ONU. C’est cela qui nous a mis en difficulté par rapport à l’ensemble des pays du monde. Parce que ce n’est pas l’esprit français, ce n’est pas la vocation de la France. Alors une fois de plus, cette idée-là de la politique, celle qui montre du doigt, celle qui stigmatise, celle qui joue sur les peurs, elle est odieuse et il faut l’écarter. Par contre, appliquer les lois, oui, c’est indispensable ! »
Sur le prétendu « échec du multiculturalisme »
« C’est un faux débat ! Le seul à avoir plaidé pour le multiculturalisme et à avoir tâtonné, enfin avancé vers des expériences du type communautariste, c’est Nicolas Sarkozy lui-même: la discrimination positive et autres entorses, laïcité positive et autres entorses à notre pacte républicain… Mais, la France, elle est fondée sur les principes de la République. Nous ne sommes pas comme les Anglais. Nous ne sommes pas comme les Allemands. De ce point de vue là, nous reconnaissons des citoyens avec des droits universels. Donc il n’y a pas de ce point de vue là d’erreur ni de faute. (…) Nous n’avons pas le même système multiculturel que les Anglais ou que les Allemands. Nous ne participons pas de la même expérience, parce que nous sommes Républicains. »
Sur les primaires au Parti Socialiste
Dominique de Villepin porte « un regard empreint de curiosité et d’inquiétude, parce que j’espère que nous n’allons pas vivre à l’heure des petites phrases comme on le voit ici, et des divisions. Il y a des grands enjeux pour notre pays, il y a des choix importants. Tout ce que je souhaite, c’est que l’accent soit mis sur les projets, beaucoup plus que sur les rivalités de personnes. (…) Il faut souhaiter que la mécanique des primaires ne soit pas justement une petite moulinette où les ego et les intérêts personnels passent devant les grands débats et les vrais débats. »
Sur le silence de Dominique Strauss-Kahn
« Il y a un impératif quand on dirige une grande institution internationale, c’est qu’on n’interfère pas dans la politique intérieure, à aucun moment. Donc il n’a pas le choix. Le jour où il aura pris sa décision, je pense qu’il le dira. »
Sur la nécessité d’un rassemblement national après 2012
Dominique de Villepin croit « de moins en moins » à l’homme providentiel. « Il y a aujourd’hui, quand on regarde l’échiquier politique, une incapacité pour un homme ou une femme seule à porter les problèmes de notre pays, tant les défis sont grands. Et plus j’avance, plus j’ai la conviction ou l’espoir qu’en 2012, ce soit un gouvernement de rassemblement national (je ne dis pas d’union nationale, parce qu’ils ont le plus souvent échoué), mais en tout cas de très large rassemblement. Il faut que nous sortions de nos querelles, de nos chapelles. Il n’y a ni à droite aujourd’hui, ni à gauche les idées et les solutions qui sont à la hauteur des défis qui sont les nôtres. Comment chasser les peurs? Comment regarder le monde? Comment nous réconcilier avec nous-mêmes? Tout ceci dépasse de très très loin la droite et la gauche. »
Sur sa candidature à l’élection présidentielle de 2012
Dominique de Villepin prendra sa décision « quand le débat commencera véritablement à être au coeur et dans la tête des Français. (…) Les Français, ils sont aujourd’hui préoccupés par toutes les difficultés qui sont les leurs. Ce sera dans le temps de l’automne ou même peut-être un peu plus tard. Je pense que nous aurons une élection qui deviendra sérieuse tardivement. »
Sur l’obtention des 500 signatures
« Ecoutez, je le souhaite. Mais on peut espérer que dans une démocratie comme la nôtre, il n’y ait pas d’à priori. Il y a suffisamment d’élus pour qu’ils puissent encourager des candidatures sérieuses. »
http://www.gaullisme.fr/?p=12593
Les mauvaises fréquentations de José Bové
17/02/2011 09:38 par rgrs
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Les mauvaises fréquentations de José Bové
17/02/2011 09:38 par rgrs
L’eurodéputé écologiste se retrouve coauteur d’un texte avec un ultranationaliste bulgare pour le moins sulfureux : Dimitar Stoyanov du parti Ataka, une formation au discours anti-Juifs, anti-Turcs et anti-Roms. Ou comment la tradition du «compromis» qui a cours au Parlement européen conduit un progressiste à s'allier à un extrémiste...
Demander une « répartition équitable des subventions agricoles entre les nouveaux et les anciens Etats membres » de l’Union européenne, voilà une très noble initiative. Mais faut-il, pour parvenir à ses fins, accepter de s’associer à un des personnages les plus controversés siégeant au Parlement européen ? À l’évidence, pour José Bové, la réponse est oui.
Le 13 décembre dernier, une « déclaration écrite » affirmant la nécessité de « garantir un traitement équitable de tous les agriculteurs de l’Union » est déposée. Les déclarations écrites, comme le stipule le règlement du Parlement européen, peuvent compter jusqu’à cinq coauteurs et permettent d'ouvrir un débat devant le Parlement si le texte reçoit suffisamment de signatures. Sans sectarisme donc, le faucheur d’OGM français apparaît aux côtés de quatre parlementaires non-écologistes originaires d’Europe centrale et de l’Est. Il y a là deux membres du groupe PPE au Parlement : Mariya Nedelcheva, député bulgare du Gerb, parti de centre-droit et Rareº-Lucian Niculescu, député élu sous les couleurs du Parti démocrate libéral roumain. À ceux-là vient s’ajouter Janusz Wojciechowski de Droit et justice, la formation conservatrice polonaise des frères Kaczyñski. Enfin, le texte comporte le nom d’un « humaniste parmi les humanistes », Dimitar Stoyanov, du parti bulgare Ataka.
« Faire du savon » avec les Roms...
En 2006 par exemple, alors qu’il n’est encore qu’observateur au Parlement, Stoyanov en apporte la preuve en envoyant un courrier électronique à l'ensemble des députés européens. Comme Livia Jaroka, eurodéputée hongroise d'origine tzigane vient d’être honoré du titre de « meilleur parlementaire » de l’année, il leur écrit avoir « dans [son] pays, (…) des dizaines de milliers de filles tziganes bien plus belles que cette honorable-là ». Et de leur préciser qu’il est même possible de « s’acheter une femme aimante de 12 ou 13 ans », sachant que « les meilleures d'entre elles sont très chères : jusqu'à 5 000 euros pièce » ! Un an plus tard, enfin élu, il brille à nouveau lorsqu'il est reçu avec les autres nouveaux députés roumains et bulgares par Josep Borrel, le président du Parlement. Avant de lui serrer la main, Dimitar Stoyanov, qui semble apprécier par-dessus tout les démonstrations d’amour, embrasse le drapeau bulgare et se signe à la manière des orthodoxes…
« En France, une telle configuration paraîtrait singulière » !
Alors que Daniel Cohn-Bendit s’était farouchement opposé à l’idée de laisser Jean-Marie Le Pen, en tant que doyen du Parlement, présider la séance inaugurale, José Bové, lui, ne verrait donc aucun mal à cosigner un texte avec le très sulfureux Stoyanov ? « Il faut remettre ça dans le contexte du Parlement européen, explique-t-il, En France, une telle configuration paraîtrait singulière. Mais pas à Strasbourg où il m’arrive de travailler avec des gens du PPE, de l’UMP. » Il est vrai que la « tradition » du compromis qui a cours à Strasbourg veut qu’un parlementaire auteur d’une déclaration écrite n’hésite pas à s’associer à des députés prêchant dans des chapelles politiques différentes de la sienne. Mais faut-il le faire avec n’importe quelle chapelle ? « Ce texte a été proposé à des pays de l’Est et ce sont ces pays qui ont proposé en retour leur représentant », se défausse José Bové. Un argument un peu léger d’autant que la Bulgarie, en la personne de l’eurodéputée Mariya Nedelcheva, possédait déjà un émissaire parmi les co-auteurs de la déclaration écrite. Nul besoin donc d’accepter Stoyanov.
Mais José Bové a de la ressource et finit par décocher un argument qui fait mouche : « Ce texte prône une répartition plus juste des subventions entre les nouveaux et les anciens membres de l’UE. Ne pas le soutenir aurait contribué à renforcer le repli identitaire. » Qu’on se le dise : le « repli identitaire » façon Ataka et Stoyanov ne passera pas par José Bové !
Gérald Andrieu - Marianne
Photo : Dimitar Stoyanov du parti Ataka
http://www.marianne2.fr/Les-mauvaises-frequentations-de-Jose-Bove_a202905.html
Quand les révoltes arabes révèlent l'inconsistance de nos diplomaties
17/02/2011 09:31 par rgrs
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Quand les révoltes arabes révèlent l'inconsistance de nos diplomaties
17/02/2011 09:31 par rgrs
Entre opportunisme et ingérence mal placée, les diplomaties européennes, et en particulier celle de la France, se sont illustrées par leur amateurisme, comme l'explique le chroniqueur associé Roland Hureaux. Au mépris des grandes traditions diplomatiques.
Qui connait encore la grande tradition diplomatique sur laquelle a si longtemps reposé le « concert des nations », en Europe et ailleurs ?
A entendre les principaux responsables de l’Etat ou de la diplomatie en Europe occidentale, on est confondu par l’amateurisme, la naïveté, l’immaturité avec lesquels sont traitées les crises qui parcourent le monde arabe : Tunisie, Égypte et peut-être Syrie, Yémen, Algérie etc.
Les ministres interviennent à contretemps, tantôt semblant protéger le régime en place (Mme Alliot-Marie en Tunisie), tantôt demandant à la légère le départ d’un chef d’Etat (Mme Bougrab en Égypte). Les hommes politiques sont interpellés pour n’avoir pas anticipé les événements. La Commission européenne fait son mea culpa pour n’avoir pas prévu ce qui s’est passé. Les oppositions reprochent aux gouvernements leur passivité, ceux–ci prennent position contre les gouvernements arabes en place dès que la tournure des événements limite leur risque d’erreur, les uns et les autres semblent courir derrière les foules arabes pour n’avoir pas l’air dépassés.
Le président d’un petit parti se réclamant du gaullisme a appelé bruyamment le gouvernement français à prendre parti pour les révoltés égyptiens et la démocratisation de l'Égypte, oubliant – ou sans doute n’ayant jamais su – combien le général de Gaulle était particulièrement à cheval sur le principe de non-ingérence. On lui a même fait grief de l’appliquer trop strictement à l’Algérie nouvellement indépendante au point de ne pas y être intervenu pour protéger les harkis. En reconnaissant la Chine populaire en 1964, il précisa bien que la France ne connaissait que des gouvernements de fait sans se prononcer, ce faisant, sur leur légitimité. Le gaullisme que certains prêchent aujourd’hui, c’est du gaullisme kouchnérisé.
Ces attitudes sans précédent dans l’histoire diplomatique classique forment un concert bruyant et désolant. Elles reposent d’abord sur la présomption. Les chancelleries devraient prévoir ce qui va se passer partout et toujours. On sait certes que les tyrannies ont toujours une fin. Le problème est de savoir quand. En fait, on reproche aux gouvernements européens de ne pas avoir lâché les régimes en perdition à J-15 au lieu de J-1. De fait, tous ceux qui exaltent la démocratisation et voudraient en pousser les feux s’intéressent à des régimes déjà chancelants. Ils ne courront pas le risque d’appeler la démocratisation de régimes encore plus tyranniques mais qui semblent pour le moment solides comme l’Arabie saoudite, la Libye ou la Chine.
Présomption de tout prévoir, présomption aussi de pouvoir influer sur les événements, ou plutôt naïveté. Est-il nécessaire de dire que les déclarations de nos ministres ou les communiqués de la commission européenne ne sauraient avoir qu’une influence à la marge sur des événements qui sont d’abord de politique intérieure ? Il se raconte que les États-Unis, dont les moyens d’intervention sont beaucoup plus puissants que les nôtres auraient « suscité » la révolution égyptienne. Cela reste à prouver.
Non seulement, notre influence n’est pas grande, mais l’hostilité des opinions publiques des pays arabes envers l’Occident est telle qu’il y a de fortes chances que ces interventions soient contre-productives, qu’en soutenant un homme ou un parti, nous le décrédibilisions. Cette attitude est d’ailleurs de tous les temps et de tous les peuples : souvenons-nous de l’impact contraire aux intentions de son auteur qu’eut le manifeste de Brunswick au moment de la Révolution française ! Sans changer de registre, on peut se demander si l’emballement démagogique de l’affaire Cassez, tout aussi marqué d’amateurisme et qui a pris une tournure offensante pour un grand pays comme le Mexique, ne va pas retarder de plusieurs années la libération de la jeune femme.
Cet activisme verbal tout azimut est aussi un signe d’immaturité. Cette règle ancestrale de sagesse selon laquelle on ne saurait se mêler des affaires de son voisin que dans les cas extrêmes, et qui vaut autant dans les affaires familiales que dans les affaires internationales, semble perdue de vue depuis longtemps. C’est le retour aux illusions de l’adolescence !
Enfin, l’interventionnisme en faveur de la démocratie est, on ne saurait l’oublier, devenu depuis vingt ans l’un des masques de l’hégémonie américaine, laquelle au Kosovo, en Irak, en Afghanistan s’est toujours drapée dans les oripeaux de la démocratisation pour exercer une politique de puissance, avec les résultats que l’on sait. Les idéologies universelles sont toujours la marque des empires. Le rôle de l’Europe, si elle veut encore en jouer un, n’est sûrement pas de mettre un peu plus d’huile sur le feu ou de céder à l’emportement général, mais au contraire de défendre le classicisme et donc le principe de non-ingérence.
La langue diplomatique, qui sera bientôt aussi oubliée que le grec et le latin, ne manquait pourtant pas de formules pour « gérer » le genre de situations que nous venons de connaître. Il n’était pas difficile de dire que « le destin de l'Égypte est d’abord l’affaire du peuple égyptien », que « même si la France souhaite partout la démocratie et les libertés, elle n’a pas à s’ingérer dans une affaire qui est d’abord une affaire interne », que « les États reconnaissent des États, que la reconnaissance ses régimes de Ben Ali et Moubarak n’emportait aucune forme d’approbation », etc.
C’est enfin, faut-il le rappeler, une illusion idéologique, que de croire que tout changement va vers plus de démocratie, que la fin de l’histoire, telle la Parousie, est proche. Même si le renversement de dictateurs depuis longtemps en place ne peut que réjouir les Français, ne nous faisons pas trop d’illusions sur ce qui va suivre de peur d’être vite déçus. Les mêmes qui célébrèrent la chute du régime du shah d’Iran durent déchanter. Même sans céder au fantasme du risque islamiste, sachons regarder ce qui se passe au sud de la Méditerranée - et ailleurs - avec sang froid.
Roland Hureaux - Chroniqueur associé
Multiculturalisme: Sarkozy 2011 s'attaque à Sarkozy 2007
17/02/2011 09:25 par rgrs
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Multiculturalisme: Sarkozy 2011 s'attaque à Sarkozy 2007
17/02/2011 09:25 par rgrs
Le débat sur le multiculturalisme cher à Nicolas Sarkozy ressemble à une machine à enfumer selon le collectif « Le Vrai Débat », le chef de l'État ayant toujours été un ardent promoteur du communautarisme. Selon « Le Vrai Débat », la dénonciation du multiculturalisme par le président de la République sonne faux, à moins de deux ans de la présidentielle.
La machine à enfumer va bientôt reprendre du service : en mars, à l'occasion d'un énième « débat » que Nicolas Sarkozy souhaite lancer, cette fois sur le multiculturalisme.
Inutile de décrypter l'énorme ficelle électoraliste qui se cache une nouvelle fois derrière cette opération de pure communication.
Comme d'habitude ce « débat » organisé sous les caméras permettra au chef de l'Etat et à ses sbires de l'UMP de multiplier les discours musclés, aux accents patriotiques et gaulliens.
Comme toujours, il en sortira une ou deux mesurettes destinées à faire croire aux Français que le gouvernement s'est saisi du problème (ainsi, on nous annonce une interdiction des prières dans la rue, pourtant normalement déjà proscrites par les simples règles relatives à l'occupation de l'espace public).
Ce « débat » sur le multiculturalisme ne sera bien sûr que du flan électoraliste.
Le chef de l'État serait même bien inspiré de réfléchir à deux fois avant de se lancer dans pareille aventure, parce qu'il se pourrait bien qu'elle lui revienne à la figure tel un boomerang non maîtrisé. A cette occasion, les Français pourraient en effet prendre conscience de deux choses qui disqualifient totalement la majorité actuelle dans sa dénonciation du multiculturalisme :
1. D'abord, sous la présidence Sarkozy, les chiffres de l'immigration n'ont jamais été aussi élevés. Nombre de Français, et d'électeurs UMP en particulier, l'ignorent sans doute encore, tant la communication gouvernementale s'est évertuée depuis des années à leur faire croire l'inverse. Et pourtant, selon les propres chiffres du ministère de l'Intérieur, le nombre de titres de séjour est plus élevé que jamais (200 000 environ l'an dernier, soit 25% de plus que du temps de Lionel Jospin). Même chose pour les naturalisations, dont Éric Besson alors ministre de l'immigration disait dans son livre « Pour la Nation » qu'elles étaient en France plus nombreuses que partout ailleurs en Europe (plus de 100 000 par an).
2. Ensuite, les Français finiront de se convaincre que le chantre du multiculturalisme en France n'est autre que... Nicolas Sarkozy. Pétri de culture anglo-saxonne, le président n'a jamais caché son affection pour le modèle communautariste, dont témoignent la présence ostentatoire de tout son gouvernement au dîner du CRIF, ses relations avec le CFCM, et plus généralement sa façon très américaine d'aborder les campagnes électorales et d'appréhender l'opinion publique, par segments.
Rappelons aussi que Nicolas Sarkozy est l'importateur le plus zélé de la discrimination positive, qui consiste à accorder des passe-droits et à créer des passerelles en fonction de la couleur de la peau, à rebours de la méritocratie républicaine qui vise la diversité sociale. C'est bien son gouvernement qui a créé les PACTE, qui permettent d'entrer dans la fonction publique sans concours. C'est bien son ministre en charge de l'immigration qui récompense régulièrement d'un « label diversité » les entreprises les plus en pointe dans le respect de « la charte de la diversité » (dont l'article 3 précise qu'elle vise à la diversité « culturelle et ethnique » dans l'entreprise).
Enfin, c'est Nicolas Sarkozy qui a nommé au poste de commissaire « à la diversité et à l'égalité des chances » son ami Yazid Sabeg, fervent défenseur de la discrimination positive ethnique.
Les revirements électoralistes un an avant l'élection présidentielle ne tromperont donc plus grand monde. La dénonciation du multiculturalisme par Nicolas Sarkozy, et l'UMP (ne parlons pas du PS qui en est au même point) sonne déjà terriblement faux.
Les pommes ne sont pas des poires : le chef de l'État aura bien du mal à cacher aux Français qu'il est sans doute le président le plus en pointe dans l'immigration massive (parce que plus que tous les autres soumis au grand patronat), et de façon certaine le plus imprégné de culture anglo-saxonne, et de culture Benetton !
Qu'il fasse donc très attention : au final, les Français qui l'ignorent encore risquent de s'en rendre compte...
Et si l’affaire Tapie était une affaire d’Etat ?
16/02/2011 19:11 par rgrs
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Et si l’affaire Tapie était une affaire d’Etat ?
16/02/2011 19:11 par rgrs
Vendredi, Marianne a publié de nouveaux éléments donnant un éclairage peu flatteur à l’affaire Bernard Tapie et au versement par l’Etat de sommes probablement inconsidérées suite à la vente d’Adidas par le Crédit Lyonnais. Retour sur ce qui est peut-être une affaire d’Etat.
De nouvelles failles dans le dossier
Les magistrats de la Cour des Comptes soulignent qu’il y a un « défaut d’autorisation législative », à savoir que la procédure aurait du passer devant les députés. Ils soulignent également que ce n’était pas à l’Etat et au CDR de payer cette somme mais au Crédit Lyonnais. La Cour des Comptes va jusqu’à estimer que la décision pourrait bien être cassée juridiquement, contrairement à ce qui avait été répliqué aux députés qui souhaitaient la remettre en question.
Charles de Courson, député Nouveau Centre et Jérôme Cahuzac, président socialiste de la Commission des Finances semblent vouloir en découdre. Le premier a affirmé que « dans cette affaire, le gouvernement a tort juridiquement et politiquement » et le second a mis en cause la responsabilité du gouvernement et de l’Elysée. Bref, les députés pourraient porter l’affaire devant le Conseil d’Etat qui devrait casser la décision au regard des conclusions sans appel de la Cour des Comptes.
Des conflits d’intérêt majeurs
Ensuite, rien n’indique qu’Adidas valait davantage en février 1993. Pourquoi Bernard Tapie devrait-il tirer profit du redressement de l’entreprise, qui a plus que doublé sa valeur à fin 1994 ? Un actionnaire vendant ses actions aujourd’hui devrait-il pouvoir demander une part des profits que son acheteur pourrait empocher fin 2012 ? Bref, la demande de Bernard Tapie est abracadabrantesque. Et le conflit d’intérêt reste entre le président et son soutien pour la présidentielle de 2007…
On ne saura sans doute jamais le fin mot de l’histoire, mais ce dossier présente de multiples zones d’ombre et de conflits d’intérêt qui font peser de sérieux doutes sur l’honnêteté des décisions prises par l’Etat. Si la Cour des Comptes attaque la forme, le fond ne semble pas plus net…
Laurent Pinsolle
Cassez: la diplomatie française piétine la souveraineté mexicaine
16/02/2011 19:06 par rgrs
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Cassez: la diplomatie française piétine la souveraineté mexicaine
16/02/2011 19:06 par rgrs
L'arrogance de la diplomatie française dans l'affaire Florence Cassez place le pays dans une situation délicate selon le blogueur David Desgouilles. Pour lui, au-delà du fond de l'affaire, la France se rend coupable d'un grand mépris en faisant fi de la justice et de la souveraineté mexicaine.
Il se trouve que mes amis politiques et moi sont la plupart du temps désignés comme souverainistes. Certains d’entre nous revendiquent ce terme, d’autres le rejettent mais l’essentiel n’est pas là : dans la bouche de ceux qui nous désignent, il ne s’agit pas d’un compliment. La plupart du temps, il est accolé à d’autres substantifs encore moins aimables comme nationalistes, xénophobes, néo-pétainistes et des qualificatifs tout aussi gratifiants : anachroniques, moisis, nauséabonds et d’autres encore.
Non seulement, il n’est guère agréable de se voir ainsi montrés du doigt - je n’ose emprunter le mot « stigmatisés », mais les derniers développements de l’affaire Cassez peuvent légitimement nous mettre en colère. On voit ainsi le ban et l’arrière ban de nos contempteurs, Nicolas Sarkozy pour les politiques et Alain Duhamel pour les médiacrates, se comporter comme des franchouillards de la pire espèce, décrétant que la justice mexicaine n’est pas digne de juger une de nos concitoyennes, condamnée pour un des crimes les plus graves dans ce pays. Certes, soixante années de prison peuvent nous apparaître disproportionnées si on compare à la peine qu’elle aurait encouru sous nos latitudes pour le même chef d’accusation. Mais on a du mal à imaginer que le Gouvernement français aurait la même attitude par rapport à un Français condamné à une peine équivalente de l’autre côté du Rio Grande, là où on se fait aussi une grande spécialité de séjour très-longue-durée au pénitencier.
Ce que nous disent Sarko, Duhamel mais aussi l’ineffable Romero, c’est que les Mexicains sont des sauvages dont les juges sont tous des incapables au mieux, des corrompus au pire. Nous ne nions pas que, dans le cas de Florence Cassez, une erreur judiciaire ait pu être commise. Mais l’état de notre institution judiciaire nous donne t-il la légitimité de critiquer les Mexicains ? Imaginons une seconde qu’un ressortissant de Guadelajaja ou de Mexico, boulanger, prêtre ou huissier, soit condamné en première instance pour crime pédophile par le tribunal de Boulogne sur Mer. Que le président mexicain reçoive les parents du « présumé coupable », pour reprendre le lexique présidentiel, et annonce que chaque personnalité mexicaine devra évoquer son cas lors de toute manifestation dans le cadre d’une année française au Mexique.
On me dira qu’il ne faut pas généraliser, qu’en l’espèce les institutions judiciaires ont bel et bien fauté. Et on aura tort. D’autres exemples ? On en a tout plein en magasin !
Lors de l’affaire Bertrand Cantat-Marie Trintignant, on a vu tout le tout-Paris demander d’urgence que le procès n’ait pas lieu en Lituanie, ce pays d’arriérés, mais en France ;
A propos de Cesare Battisti, on a entendu des zélateurs de l’Union européenne, des personnalités souhaitant même une justice européenne unique, se battre de toutes leurs forces pour que cet ancien des Brigades Rouges ne soit pas rendu à l’Italie, ce pays aux institutions à ce point totalitaires, qu’il a fondé avec nous et quatre autres l’Europe communautaire ;
Lorsqu’il s’agissait de libérer Ingrid Betancourt, notre gouvernement pesa de tout son poids pour que son homologue de Bogota n’intervienne point, craignant que l’incompétence des autorités colombiennes n’aboutisse au découpage en rondelles de l’otage. C’est pourtant l’armée de Colombie qui finit par délivrer Ingrid Betancourt des FARC ;
En République dominicaine, enfin, on a vu encore deux demoiselles, convaincues de trafic de drogue, ramenées par le ministre Joyandet, grâce à l’influence de Madame Bruni-Sarkozy. Le procès dominicain ne souffrait là d’aucune suspicion. Quant aux prisons de la Dominique, leur confort vaut bien celui de la Maison d’arrêt de Besançon. On était pourtant guère loin, là encore, d’afficher le portrait des héroïnes (1) aux frontons de nos mairies. Alain Joyandet, candidat à la présidence de Région de Franche-Comté, a pu mesurer que ce rapatriement ne lui avait pas apporté une voix supplémentaire. Il est même possible qu’il en ait perdu quelques unes, comme le prévoyait Gil Mihaely, en particulier parmi ceux qui connaissaient les activités et fréquentations des jeunes filles en question.
Le mépris affiché par nos gouvernants, une grande partie de notre presse et autres belles âmes du show-business à l’endroit de démocraties comme la Lituanie, le Mexique, la République dominicaine ou l’Italie, confine à la xénophobie. Cette même xénophobie dont ces élites autoproclamées n’hésitent pas à taxer leur peuple quand il ne vote pas comme il faut, parfois influencé par de méchants souverainistes.
On me dira que si Florence Cassez était ma sœur, ou ma cousine, je ne réagirais pas de la même manière. Sans aucun doute. Mais comment réagirait-on si le Président d’une puissance plus importante que la nôtre, Obama ou Hu Jintao, réclamait la libération du kidnappeur de sa femme ou de son père ? D’autre part, un chef d’Etat doit-il prendre la responsabilité de mettre en péril les relations diplomatiques avec un pays de 112 millions d’habitants sur le cas Florence Cassez ?
Responsabilité. Que ne l’a t-il à la bouche, Nicolas Sarkozy, ce beau mot. A propos des policiers, des magistrats et bien d’autres. Il serait temps qu’il commence par en mesurer lui-même toute la dimension. Les relations franco-mexicaines fragilisées par cette surréaliste conférence de presse où les parents de Florence Cassez se tenaient debout derrière lui, comme s’il était lui-même otage, ne plaident pas en sa faveur. Quelques heures plus tard, c’est le Mexique qui a annulé l’année mexicaine en France.
David Desgouilles - Blogueur associé
1. Je vous assure qu’il ne s’agit pas d’un jeu de mot.
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Europe : la souveraineté économique des Etats bientôt enterrée?
16/02/2011 19:02 par rgrs
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Europe : la souveraineté économique des Etats bientôt enterrée?
16/02/2011 19:02 par rgrs
La gouvernance européenne fait son bonhomme de chemin. Ici, le Nouveau BRN pointe du doigt le travail néfaste de la Commission Européenne qui oeuvre toujours davantage à un nivellement par le bas des Etats-membres, entre convergence salariale et alignement budgétaire.
Les chefs d’Etat et de gouvernement de l’UE devraient tenir un Conseil européen extraordinaire le 11 mars, avant le sommet prévu pour les 24 et 25 du même mois. Une fébrilité provoquée par la volonté allemande (soutenue par l’Elysée) d’imposer une « convergence » drastique des normes sociales et fiscales nationales (comme par exemple l’âge de la retraite ) – ce qui ne va pas sans quelques remous. Parallèlement, la Commission européenne n’entend pas se faire marginaliser. Elle travaille sur l’alignement budgétaire.
Le 12 janvier, elle présentait ainsi des mesures qu’elle n’a pas hésité à qualifier de « révolutionnaires ». Pour l’occasion, c’est un trio qui est monté sur les barricades : outre le président José-Manuel Barroso étaient présents le Commissaire chargé des Affaires économiques, le Finlandais Olli Rehn, et celui chargé de l’emploi, le Hongrois Laszlo Andor. Détail calculé : le premier appartient au PPE (droite/démocratie-chrétienne), le deuxième au parti libéral (ADLE), et le dernier au Parti socialiste européen.
M. Barroso n’a pas caché son enthousiasme : « Avec l’examen annuel de la croissance, la construction européenne franchit une nouvelle étape. Nous entendons innover et améliorer de manière significative la gestion et la coordination des économies interdépendantes de l’Union européenne. Il s’agit là de l'essence même de l'Union ».
En clair, plus question, pour les États-membres, d’opérer des choix économiques nationaux. Cette nouvelle « gouvernance » a pour outil essentiel le « semestre européen » qui connaît donc son baptême du feu en 2011. Concrètement, la première étape en était, le 12 janvier, cet « examen annuel de croissance ». Un exercice de prospective qui consiste en un cadrage, par la Commission, des décisions à prendre par les différents gouvernements. Cette feuille de route devrait être validée par le Conseil européen de mars. Puis, « une fois approuvé(e) par le Conseil européen, les États membres traduiront ses recommandations à la fois dans leurs politiques et dans leurs budgets nationaux », selon les termes mêmes du rappel bruxellois.
Les gouvernements soumettront ensuite leurs projets de budget – ainsi que de réformes structurelles – à Bruxelles. Début juillet, la Commission rend les copies. Au second semestre, les parlementaires nationaux seront priés d’avaliser les projets ainsi élaborés. « Alertes précoces », puis sanctions financières (0,2% du PIB, voire 0,5% en cas de récidive) sont prévues pour les pays de la zone euro qui sortiraient des clous.
Pour cette année donc, le cadre est balisé. Au nombre des actions « révolutionnaires » citées, on trouve notamment la nécessité de « réformer les systèmes de pension », de « concilier sécurité et flexibilité », d’« exploiter le potentiel du marché unique », d’« attirer les capitaux privés pour financer la croissance »…
Bruxelles insiste sur les coupes à opérer dans les budgets sociaux, ainsi que sur de nouveaux reculs de l’âge de la retraite (en suggérant d’indexer ce dernier sur l’espérance de vie). La « modération salariale » est évidemment exigée. Sur le plan fiscal, il conviendra d’alléger les cotisations assises sur les salaires versés, et de renforcer les taxes sur la consommation. Pour la France, c’est très précisément ce pour quoi milite un récent rapport de l’institut économique Rexecode, très proche du Medef. Il s’agit notamment de baisser les cotisations sociales « qui pèsent sur la compétitivité », baisse financée par une hausse de la CSG et de la TVA. Le gouvernement allemand avait déjà décidé en 2007 d’une augmentation de trois points de la TVA outre-Rhin. Du coup, le patron de Rexecode insiste pour « mettre fin à la divergence de compétitivité avec l’Allemagne ».
L’alignement économique et social sur l’Allemagne (à qui l’ex-chancelier Schröder avait imposé, dans les années 2000, un recul brutal de la rémunération du travail) est un thème qu’affectionne particulièrement Nicolas Sarkozy. Le 6 janvier, le Premier ministre François Fillon avait élargi le propos : « On ne peut imaginer à long terme une zone euro dans laquelle le temps de travail, l’âge de la retraite, le coût du travail soient complètement divergents ». Dans les colonnes du Monde, son ministre des Affaires européennes moquait pour sa part « cette situation absurde où chaque pays fait son petit budget avec ses œillères nationales sans prendre en compte le cadre européen ».
Pensez donc : chaque pays qui décide lui-même de son « petit budget » ! Un grotesque et lamentable anachronisme qu’il convient d’éliminer au plus tôt.
Le Nouveau Bastille République Nations - Blogueur associé
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Photo : (José Manuel Barroso - Wikimedia Commons - MEDEF - cc)
http://www.marianne2.fr/Europe-la-souverainete-economique-des-Etats-bientot-enterree_a202892.html