35 h et heures sup, deux cagnotes potentielles
05/07/2011 16:11 par rgrs
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35 h et heures sup, deux cagnotes potentielles
05/07/2011 16:11 par rgrs
Le rapport parlementaire bipartisan sur les heures sup dresse un réquisitoire contre ce second volet du Tepa. Mis en place pour contourner l’obstacle des 35 h, ce dispositif n’est qu’un simple effet d’aubaine pour un coût de 4,5 milliards d’euros. Pour Jean Mallot (PS), le coauteur du rapport, les 13 milliards d’euros que coûtent les RTT ne sont pas plus justifiés.
ême sans faire appel au sens banlieusard du terme, la double peine ca peut faire mal. C’est le cas des 35 heures pour les finances publiques. Après avoir puisé dans la poche gauche de l’Etat via les mesures RTT d’Aubry,
55% des 21,1 milliards d’euros que totalise le programme de baisse de charges, les entreprises ont ensuite tapé dans la poche droite. Seconde partie de la fameuse loi Tepa de Nicolas Sarkozy, après le bouclier fiscal, la mise en place des «
heures supplémentaires » a défiscalisé d’impôts sur le revenu et exonéré de cotisations patronales et salariales ces heures réalisée au delà de la durée légale de 35h. Coût : 4,5 milliards d’euros en plus. Bref l’hémorragie totale avoisine 17 milliards d’euros. «
Un point de PIB, 5,5 % du budget de l’etat, pour deux mesures inefficaces en terme de croissance et de compétitivités pour le pays. Et qui sont financées par de la dette», s’énerve Jean Mallot. Le député PS de l’Allier est consignataire avec Jean-Pierre Gorges (UMP)
d’un rapport assassin sur le dispositif « heures supplémentaires » remis jeudi 30 juin dernier.
Incapable de prendre le contrepied de la politique pourtant vilipendée toute la campagne durant, le chef de l’Etat n’a pas abrogé les 35h. De même que le bouclier contourne l’ISF, il a esquivé la question de la fin des RTT en ajoutant à une politique publique de baisse du temps de travail, une politique de hausse de ce même temps de travail. Bref l’Etat paye deux fois….pour rien ou pas grand chose. La Cour des comptes a largement critiqué l’efficacité des baisses de charges. Les magistrats pointent ainsi son champ considéré comme trop large. Il s’applique de 1 à 1,6 SMIC, quand placer la borne supérieure à 1,3 redonnerait au dispositif sa vocation : aider les métiers à faible valeur ajouté, et économiserait au passage 7 milliards. Autre proposition : limiter l’exonération aux entreprises de moins de 20 salariés. Surtout comme le rappelle Jean Mallot « Depuis 1998, la progression de la productivité a largement compensé le cout du passage aux 35 heures. Les aides aux entreprises, justifiées alors, n’ont plus de raison d’être. ». Traduction: entre la rigueur salariale, la réorganisation imposée, et le progrès technique, cela fait belle lurette que les entreprises ont digéré le choc du passage aux 35h. Quant au dispositif « heures sup », le rapport montre que ce n’et que « pure effet d’aubaine ». « Tous nos interlocuteurs, y compris le Medef, ont reconnu que la mesure n'avait pas produit d'heures supplémentaires "supplémentaires"», poursuit le député, qui se dit en parfait accord avec son coauteur.
La poche droite, comme la poche gauche financent donc à raison de 17 milliards par an des politiques dont l‘efficacité économique, comme l’opportunité politiques sont proches de zéro. Si le prochain gouvernement cherche des sous pour se donner des marges d'action, « par exemple les 300 000 emplois d’avenir que propose le PS », suggère Jean Mallot, il sait désormais où les trouver.
Emmanuel Lévy - Marianne
Démondialisation: Le Monde vous laisse choisir: absurde ou réac ?
05/07/2011 16:05 par rgrs
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Démondialisation: Le Monde vous laisse choisir: absurde ou réac ?
05/07/2011 16:05 par rgrs
Deux jours de suite Le Monde consacre deux articles à la démondialisation.
- "Absurde démondialisation" est paru le jeudi 30 juin dans les pages Débats du quotidien du soir.
- Et "La démondialisation est un concept réactionnaire" était dans les kiosques le lendemain, le 1er juillet.
Quel honneur pour un concept qui ne représente que 4 % à 7 % des intentions de vote au primaire socialiste. Pourquoi ?
Le mieux pour comprendre est encore l’analyse de texte. En ces temps de baccalauréat une méthode s’impose celle du commentaire composé. Elle servira de plan à cette petite dissertation.
1 Un auteur ou des auteurs ?
Qui sont ces auteurs ? Sont-ils deux, comme nous le fait croire le quotidien du soir, ou simplement le bégaiement d’un même milieu ? La biographie du signataire du premier article induit une certaine proximité entre les deux auteurs. Zaki Laïdi a été le conseiller spécial de Pascal Lamy, l’interviewé du second article. Ceci explique sûrement la similitude des deux textes.
2 Les suites du « Non » à l’Europe
Pourquoi deux articles alors ? Un seul aurait largement suffit.
On peut penser qu’il s’agit d’un manque de coordination entre les différentes rubriques du Monde… ce qui serait regrettable pour notre quotidien de référence. Mais Le Monde vit des moments difficiles, la clause de cession ; 14 % des 250 journalistes ont décidé de quitter le quotidien.
Mais l’explication est plus sûrement historique. L’époque est ingrate pour les élites médiatiques françaises et les lobbyistes qui ont le sentiment de perdre leur pouvoir d’influence. Il leur faut doubler les discours pour se rassurer d’être bien compris par les lecteurs. L’échec de la ratification du traité européen les a marqués.
3 Un genre inventé par Serge July
Ce type d’article doit beaucoup à cette situation. Le plus remarquable, et peut être le premier du genre est celui de Serge July le lendemain de la victoire du « non ». A partir de cette date la méfiance, voir la haine, à l’encontre du peuple s’exprime librement. A partir de cette date le populisme devient une insulte. « Un désastre général et une épidémie de populisme qui emportent tout sur leur passage, la construction européenne, l’élargissement, les élites, la régulation du libéralisme, le réformisme, l’internationalisme, même la générosité ».
4 «La pédagogie râpeuse»
Cet éditorial a créé un nouveau genre littéraire : la pédagogie râpeuse, l’injonction doublée d’anathèmes. Elle emprunte plus aux enfants de troupe qu’à la méthode Montessori. Le lecteur infantilisé doit suivre une démonstration cul de sac. Le rythme est ternaire : « une, deux, trois ».
- Le premier temps est invariant. Il apaise, incite le lecteur à continuer. Zaki Laïdi dans Absurde démondialisation, compatit : « L’ouverture des marchés n’est pas socialement neutre... Les perdants sont souvent les travailleurs non qualifiés des secteurs à faible valeur ajoutée faisant appel à une forte main-d’œuvre substituable ». C’est un sédatif.
- La suite est plus musclée. Il n’y a pas d’alternative, est un vieux concept efficace. Depuis Thatcher il a fait ses preuves. « Cette réalité rend de plus en plus difficiles, voire quasiment impossibles, des mesures de protection dans un secteur ».
- La conclusion agrège mépris et insulte. Le débat sur la mondialisation est « très franco-français » dédaigne l’ignorant patron de l’OMC (heureusement son clone, un peu plus au fait de la réalité, nous rappelle que 60 % des Américains sont favorables à des restrictions commerciales). Les deux textes utilisent également l’invective : « la démondialisation est un concept réactionnaire », l’autre plus subtile fait référence au Front National : « refusons la préférence nationale économique ».
5 Pédagogie ou émotion (comment séduire la plèbe).
Les deux auteurs jouent sur des registres différents. Cela explique peut-être ces deux textes. Zaki Laïdi la joue pédagogue. Plan équilibré, progression didactique assumée jusqu’à la comparaison finale : démondialisation = FN. Le « moine » de l’OMC joue sur un autre registre. Il tente de faire vibrer l’émotion. Il tente de nous faire croire qu’il défend la concorde entre les nations. La posture est très confortable, mais évidemment fausse.
6 Drôle d’oubli ?
Le patron de l’Organisation Mondiale du Commerce ne peut pas ignorer qu’en dehors de quelques milliardaires de Shanghai, les premiers bénéficiaires de cette mondialisation sont les multinationales. Ce sont les premières à profiter des paradis fiscaux et de l’exploitation des ouvriers chinois.
Tiens ! Aucun de nos auteurs ne parlent des paradis fiscaux. Incompétence ou oubli volontaire ?
Bertrand Rothé
dessin : Louison
DSK : ça sature, revenons à la politique !
05/07/2011 15:57 par rgrs
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DSK : ça sature, revenons à la politique !
05/07/2011 15:57 par rgrs
Pendant qu'on disserte sur un avenir improbable de Dominique Strauss-Kahn, le débat politique français tombe sous le niveau de la mer. Aucune des vraies questions qui se posent au pays, si importantes soit-elle, ne trouve place dans les médias. Pour Hervé Nathan, il est urgent de refaire de la politique.
Ce billet est une bouteille à la mer. Depuis près de 50 jours, la France ne semble plus avoir qu'un problème: Dominique Strauss-Kahn. Non que le sort de celui-ci ne nous importe pas, ou plus. Au contraire, les péripéties judiciaires, policières, médiatiques de DSK méritent l'attention des médias. Mais pas au point de subjuguer tout débat politique en France.
Car c'est une triste évidence, la politique a déserté notre pays. Que des journalistes rencontrent des hommes politiques, qu'ils les invitent sur leurs plateaux de télévision ou dans leurs studios de radio, ils ne le questionnent plus que sur DSK. Martine Aubry diamnche sur France 2 et François Hollande lundi sur RTL, pourtant candidats à la magistrature suprême, doivent répondre une fois, deux fois, trois fois de suite à la même antienne: va-IL revenir? LUI laisserez vous la place? LUI avez-vous parlé? Ne parlons même plus des « petits » candidats. Disparu Montebourg. Aspiré, Mélanchon! Tout, absolument tout semble tourner autour des mésaventures de l'accusé de New York.
Pendant ce temps on ignore les débats de fond: Nicolas Sarkozy accuse la gauche de vouloir creuser la dette du pays, déjà considérable? Le chômage est reparti à la hausse le mois dernier, la croissance mondiale s'enlise, la crise grecque est loin d'être résolue, un film à succès -Pater- ose évoquer l'établissement d'un salaire maximum pour les patrons et les traders ? La place du nucléaire est à nouveau posée par la perspective de voir la centrale de Fessenheim autorisée à fonctionner dix ans de plus ? Circulez, il n'y a rien à voir. Tous ces sujets, et j'en oublie bien évidemment, ne passent pas les feux de la rampe dans les médias de masse. DSK fait vendre, parce que cela intéresse les Français, on ne va pas le nier. Mais à votre avis, qui prospère traditionnellement sur l'absence de débat public?
Dans dix mois, les Français devront faire des choix, car les élections présidentielle puis législatives trancheront presque tous les sujets. Il est grand temps que les médias les affichent à leur place: la première.
Hervé Nathan - Marianne
http://www.marianne2.fr/DSK-ca-sature-revenons-a-la-politique-_a208164.html
Les terres sont rares...
05/07/2011 09:19 par rgrs
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Les terres sont rares...
05/07/2011 09:19 par rgrs
Exactement comme l'intelligence dans la cervelle des élites.
Je rappelerais un axiome qui existait en gestion des très grandes entreprises. Quand on ne fabriquait pas soi-même, on se démerdait toujours pour avoir :
- deux producteurs nationaux principaux,
- des fournisseurs secondaires comparses.
Les uns et les autres devant se dissuader de se gaver.
Comme les intelligents qui dirigent le monde et préchaient la mondialisation ont oublié cet axiome, les chinois contrôlent désormais 97 % des terres rares, et oubliant qu'ils n'étaient que des niakoués, censé faire le sale boulot à prix bradé, voilà t'y pas qu'ils se sont mis en tête d'augmenter les prix et de réduire les quantités.
on nous sort que les sédiments à certains endroits du pacifique sont plein de ces métaux constituants les "terres rares". En réalité, les dites ne sont pas si rares que ça - il y en a sur tous les continents-, mais nécessitent surtout une -très- grosse infrastructure, très salissante et très polluante, idéale pour les bridés (d'abord un bridé, c'est déjà sale et pas beau par nature).
Manque de bol, censés avoir un QI d'huitre, les dits se sont montrés beaucoup plus intelligents que ceux qui leur confiaient le travail.
Je peux maintenant vous livrer la pensée profonde des responsables niakoués : " Qu'est ce qu'ils sont bêtes ces dirigeants blancons, de vrais truffes, faut dire, laids et sales comme ils sont, ils peuvent certainement pas être intelligents, ils ont été défavorisés par les lois de l'évolution et ne vont pas tarder à remonter dans l'arbre d'où ils n'auraient jamais du descendre..."
Effectivement, il faut bien constater et répéter, qu'à l'heure actuelle, il est une vraie grande rareté : la pensée dans la classe dirigeante occidentale...
Par Patrick REYMOND
UMP 2012 : Travailler plus, gagner moins et payer plus d'impôts ?
05/07/2011 09:11 par rgrs
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UMP 2012 : Travailler plus, gagner moins et payer plus d'impôts ?
05/07/2011 09:11 par rgrs
L'UMP veut enterrer définitivement le « travailler plus pour gagner plus ». Ainsi l'UMP propose, en cas de réélection de supprimer l'exonération de charges des heures supplémentaires et d'offrir au Medef, la fin de la durée légale du travail !
Après la « présidence du pouvoir d'achat», l'UMP veut faire disparaître le fameux « travailler plus pour gagner plus » créé par la loi Tepa.
Problème : Les organisations d'employeurs ont manifesté un grand intérêt pour cette mesure. D'ailleurs, y quelques mois, Laurence Parisot ne déclarait-elle pas : « (...) Ce serait très, très dommage de revenir en arrière sur les mécanismes d'encouragement aux heures supplémentaires (...) »
Oui, mais pour tenir les objectifs de réduction du déficit, il faut trouver 22 milliards d'euros d'économies en 2012. Or, l'exonération des charges pour les heures supplémentaires ne suffiraient pas, d'où l'idée de supprimer les exonérations de charges directement liées aux 35 heures.
Alors, afin de ne pas faire hurler à la mort les organisations patronales, pourquoi ne pas leur offrir en échange ce qu'elles demandent depuis des années : La suppression de la durée légale du travail !
Que proposent Copé et Novelli ?
« (...) La loi ne fixerait plus qu'un cadre, la durée du travail étant définie branche par branche, ou entreprise par entreprise (la loi pourrait acter « un plancher et un plafond », note Jean-François Copé). Objectif : le relèvement de la durée travaillée, jugé essentiel par l'UMP (...) »
Ce que réclamait effectivement, Laurence Parisot le 19/01/2011 : « (...) Remplacer la durée légale du travail par une durée conventionnelle négociée dans chaque branche. Et abandonner toute référence à une durée hebdomadaire pour se focaliser sur une temporalité plus longue (mensuelle, trimestrielle ou annuelle) permettant aux entreprises d'adapter « leur temps de travail à la réalité de leur carnet de commande (...) »
En clair, permettre aux employeurs d'obtenir des négociations beaucoup plus favorables que ne le sont, celles de branches ou interprofessonnelles ! Et qui aurait pour effet de liquider la notion d'égalité entre salariés, définie par le code du travail.
Que dit-il à ce sujet ?
« (...) Le code du travail fixe des durées maximales quotidienne et hebdomadaire qui, sauf dérogation, s’appliquent à toutes les formes d’organisation du temps de travail. L’amplitude journalière est réglementée par le biais des dispositions sur le repos quotidien. S’agissant de mesures pour préserver la santé des personnels les dérogations sont très restrictives (...) » - Prud'hommes Isère
Quelles sont les durées maximales de travail ?
« (...) il existe des durées maximales au-delà desquelles aucun travail effectif ne peut être demandé. Ces durées maximales de travail s’imposent également au salarié qui cumule plusieurs emplois. Sauf dérogation, les durées maximales sont fixées à :
10 heures par jour ;
48 heures par semaine ;
44 heures en moyenne sur une période de 12 semaines consécutives.
En outre, les salariés doivent bénéficier d’un repos quotidien de 11 heures au minimum et d’un repos hebdomadaire de 24 heures auquel s’ajoutent les heures de repos quotidien » - Gouvernement
Outre le fait que la suppression de l'horaire légal du travail déplacerait le curseur des heures supplémentaires. Elle aurait aussi pour effet de faire ressurgir « l’opt-out individuel » actuellement appliqué en Grande Bretagne et contestée par la Confédération européenne des syndicats, qui permet aux employeurs de : « (...) contourner la semaine de 48 heures maximum sous certaines conditions : les travailleurs doivent signer des accords individuels d’opt-out et ils ne peuvent subir aucune pénalisation s’ils refusent de le faire (...) » Théoriquement !
En effet, nous apprennent Les Clés du Social : « (...) Les enquêtes menées par le TUC (la confédération des syndicats britanniques) indiquent que 4 millions de travailleurs britanniques travaillent plus de 48h par semaine (...) Ces enquêtes révèlent que près de 2/3 des salariés qui disent travailler régulièrement plus de 48h par semaine affirment qu'on ne leur a pas demandé s'ils voulaient déroger à la durée maximale de 48h (...) »
Mais celà suffirait-il à faire le bonheur du Medef ?
Il semble bien que non. C'est pourquoi, l'UMP se propose de satisfaire une autre revendication des organisations patronales : le transfert du financement de la protection sociale vers le contribuable, comme le laissait entendre Laurence Parisot : « (...) Est-ce qu'on peut passer une partie de ce financement du travail sur la consommation ou pas ? Est-ce qu'il faut fiscaliser beaucoup plus largement et recourir à la CSG ? C'est tout ceci qu'il faut mettre en débat avec toutes les parties prenantes (...) »
Donc, l'UMP propose : « (...) la suppression de 12 milliards de charges patronales finançant la branche famille (...) » financée par : « (...) un transfert équivalent, (...) sur trois ans, de recettes de TVA supplémentaires (1,5 point) ou de CSG (1,1 point) - Novelli. Jean-François Copé insiste, lui, sur l'intérêt d'une hausse de TVA « anti-délocalisation », en tentant de faire oublier l'appellation « TVA sociale » - Le Figaro
Et Le Figaro de conclure : « (...) Au final, cette équation pourrait changer la donne sur le temps de travail (même si l'idée de forcer les partenaires sociaux à négocier reste ambiguë), mais elle conduirait aussi à une hausse des prélèvements obligatoires de plus de 15 milliards (...) »
En résumé : Travailler plus, plus longtemps, gagner moins, payer plus de taxes et voir le chômage continuer d'augmenter. Belles perspectives !
SLOVAR
Tribune de Dominique de Villepin dans La Croix: "Quelle vision pour la société française ?"
05/07/2011 09:05 par rgrs
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Tribune de Dominique de Villepin dans La Croix: "Quelle vision pour la société française ?"
05/07/2011 09:05 par rgrs
"Toxicomanie, homosexualité, euthanasie, bioéthique : notre vie politique a beaucoup de mal à prendre en compte les questions de société. Elle y touche du bout des doigts, avec des ruses de Sioux, de peur de s’aliéner une part de son électorat. Pourquoi ? Tout simplement parce que les clivages sur les questions de société ne sont pas les clivages partisans classiques. Tout le monde y est perdant et au premier chef la société qui doit attendre et encore attendre pour voir émerger dans la sphère publique une vision de ce qu’est cette société à l’aube du XXIe siècle.
Aux prémisses d’une campagne présidentielle qui doit mettre en avant le travail des idées sur la bataille des personnes, j’ai le souci de bâtir une approche cohérente, complète et franche de la société française d’aujourd’hui. C’est mon devoir et ma responsabilité, en raison de mon expérience de l’Etat et de mes convictions. Nous devons tous nous engager dans la voie de la crédibilité du projet politique. Je préfère déplaire puis avoir une chance de convaincre plutôt que de plaire en endormant les consciences.
Quels sont les réflexes de la classe politique sur ces sujets de société : d’abord, se cacher les réalités, c’est-à-dire le fait qu’il y a aujourd’hui 4 millions de consommateurs de cannabis en France, qu’il y a aujourd’hui des dizaines de milliers d’enfants qui grandissent dans des foyers homoparentaux, qu’il y a des millions de Français qui sont ou seront confrontés à des décisions difficiles concernant leurs parents, face à la dépendance et la fin de vie digne.
L’autre réflexe, c’est de cloisonner les questions. Il n’y a plus de société, il y a seulement des problèmes mis bout à bout. Rien de surprenant dès lors que tout apparaisse insoluble et que l’impression dominante soit que « tout fout le camp ».
Pourtant, ces questions préoccupent, la preuve, elles fusent dès qu’on va directement à la rencontre des Français. Il y a là un appel pour chacun d’entre nous aujourd’hui : ouvrons les yeux !
Quelles sont les exigences qui guident mes choix ?
Première exigence l’action, car les sujets de société ne sont pas des sujets d’après-dîner, sans conséquences comme la fumée d’un cigare. Ce sont des sujets qui engagent la souffrance de nombreux concitoyens. La souffrance de jeunes garçons poussés au suicide par l’homophobie, la souffrance d’enfants de foyers homoparentaux dont le parent meurt, mais qui ensuite sont privés de tout lien social avec le beau-parent survivant, la souffrance de jeunes gens emportés par la consommation de cannabis vers des drogues plus dures, la souffrance des familles confrontées à la demande de mort d’un proche atteint d’un mal incurable. De toute évidence camper sur les positions actuelles ne saurait satisfaire personne parce que c’est faire le choix de la souffrance. C’est à ce titre que je plaide pour une meilleure lutte contre les drogues en passant d’une sanction pénale à une sanction contravention, tout en renforçant la prévention, la sensibilisation et la lutte contre les trafics.
Deuxième exigence, le respect de la personne. C’est synonyme de liberté et de responsabilité, car je crois en la capacité dans une société mûre et instruite d’assumer ses propres choix et pour chacun de vivre conformément à ses convictions. Il y a bien par exemple un droit à la dignité face à la mort qui doit tenir compte des évolutions médicales, mais cela ne signifie pas un droit à la mort, à l’euthanasie, cela signifie un meilleur accès aux soins palliatifs et un dialogue thérapeutique pour éviter l’acharnement thérapeutique. C’est au nom de l’égalité devant la loi que je plaide pour une ouverture du mariage civil aux couples de même sexe, en dehors de toute considération religieuse.
Troisième exigence, la prudence. La loi, c’est avant tout une protection et un garde-fou, la plus haute expression d’une responsabilité à protéger. Notre société est faite d’équilibres complexes qui ne se bousculent pas sans danger. Elle est faite d’héritages, notamment chrétiens, qui méritent une attention particulière parce qu’ils font partie des gages de la continuité de notre nation. Nous avons une responsabilité dans la durée. En outre, cette société est traversée d’inégalités qui imposent à la loi de défendre les plus faibles lorsqu’ils ne sont pas en mesure de choisir librement, et tout particulièrement les enfants. C’est pourquoi je reste réservé sur l’ouverture simple de l’adoption aux couples homosexuels. C’est pourquoi je suis réservé aussi sur le droit à mourir ou euthanasie.
Je ne prétends pas être seul aujourd’hui à travailler à la vision d’une nouvelle société et sur bien des points, ma réflexion rejoint celle de Nicolas Sarkozy, lorsqu’il plaidait en 2003 pour le passage de la sanction pénale à la sanction contravention face à la consommation de cannabis ou lorsqu’il défendait en 2007 le vote d’un statut du beau-parent facilitant, entre autres, la vie des foyers homoparentaux. Il n’y a pas l’épaisseur d’une feuille de papier à cigarettes entre nous sur ces sujets je crois. Il n’y a pas loin non plus sur bien des points avec l’aile la plus responsable du parti socialiste. La société ne doit pas être un enjeu partisan. Mais je constate que depuis cinq ans l’aggiornamento français a cédé à la crispation identitaire de tous côtés. L’urgence, c’est de refaire société, c’est de retisser les liens autour de principes communs.
Cette vision, c’est en somme celle d’une nouvelle société de liberté et d’égalité. Elle se traduit dans l’application concrète de nos principes républicains, une laïcité, étendue à l’ensemble des choix de société, garantissant l’égalité des citoyens devant la loi et leur protection par la loi. La République ne reconnaît aucun culte, ni aucune communauté et n’accepte aucune discrimination de sexe, de race, de condition. Il s’agit de permettre à tous les choix de s’exprimer librement, en garantissant en même temps la capacité à faire des choix libres, qui n’est pas donnée d’avance, en confortant l’intégrité de chacun contre les excès, les dérives sectaires et les intolérances, d’où qu’elles viennent. Cette vision, c’est celle d’une société rassemblant tout le monde, ouverte sur son passé comme sur son avenir et respectueuse de chacun."
Source: Dominique de Villepin dans La Croix (27 juin 2011)
http://2villepin.free.fr/index.php/2011/07/04/1957-tribune-de-dominique-de-villepin-dans-la-croix-quelle-vision-pour-la-societe-francaise
Sénateur et questeur : la vie de château
05/07/2011 08:58 par rgrs
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Sénateur et questeur : la vie de château
05/07/2011 08:58 par rgrs
Au Sénat, selon certains fonctionnaires, ils se comportent en «demi-dieux». Ils se sentent ici chez eux. Les questeurs (deux sénateurs UMP, un PS), inconnus du grand public, jouent un rôle clef en coulisse: ils gèrent les 346 millions d’euros de budget du Sénat, sans que le pouvoir exécutif puisse y mettre le nez. En grands argentiers, ils valident les dépenses, ont autorité sur les services, distribuent les bureaux, attribuent les marchés publics.
Désignés par leurs pairs, ils sont en théorie choisis pour leur moralité, souvent pour leur capacité à garder petits et grand secrets. En contrepartie de leurs responsabilités, ces dignitaires jouissent de privilèges que tout parlementaire de base leur envie. Lesquels? La maison entretient savamment le mystère: dans les documents budgétaires accessibles aux citoyens, aucun détail ne transparait.
Après une longue enquête, freinée par de hauts fonctionnaires et des élus soucieux d’entretenir l’opacité, Mediapart lève le voile sur le train de vie de ces questeurs, et sur les abus que l’institution tolère.
Pour commencer, ces trois dignitaires – René Garrec (UMP), Jean-Marc Pastor (PS) et Gérard Dériot (rattaché à l’UMP) – bénéficient d’un complément de revenus. En plus de leur traitement de base de sénateur (7.100 euros brut par mois + 6.240 euros net d’«indemnité représentative de frais de mandat»), ils touchent une «indemnité de questeur» qui atteignait, fin 2010, 5.170 euros brut par mois. Ce «bonus» n’est pas vraiment secret: le président du Sénat, Gérard Larcher (UMP), s’est récemment vanté de l’avoir diminué.
Mediapart a cependant fait une découverte: les questeurs bénéficient d’une autre rallonge, annuelle celle-ci, pour «frais de représentation». Son montant? Le service communication du Sénat refuse d’en confirmer ne serait-ce que l’existence. Ces crédits s’élèvent pourtant, d’après nos informations, à 11.600 euros par questeur en 2011. Cet argent n’est pas versé sur leur compte, mais il suffit de présenter des factures au service de la trésorerie.
Peut-on savoir comment les différents questeurs usent de cette enveloppe? En diners, en costumes, en voyages? La réponse est non. Sur ce sujet, le Sénat se ferme comme une huître, personne ne se risque à répondre: ni les questeurs actuels, ni les anciens, ni les hauts fonctionnaires qui valident les notes de frais, ni la présidence. Ne parlons pas du service de presse. Impossible, de même, de savoir quels moyens le Sénat met en œuvre pour surveiller ces dépenses, prévenir d’éventuelles fausses factures notamment.
En récupérant des documents internes, Mediapart a tout de même pu creuser un exemple, qui illustre l’inconsistance des contrôles: fin 2010, le Sénat s’est retrouvé à régler de multiples repas pris par le socialiste Jean-Marc Pastor dans le restaurant de sa fille, au fin fond du Tarn, sans le moindre rapport avec sa fonction de questeur, et sans que les services aient songé à vérifier la réalité de ces agapes. Les détails de l’histoire méritent le détour.
Ainsi, le 9 décembre 2010, alors qu’il n’avait pas épuisé son bonus annuel de 11.600 euros et risquait d’en perdre le bénéfice, le socialiste Jean-Marc Pastor a présenté d’un coup trois factures au Sénat, dont deux pour des repas à l’Hostellerie Saint-Jacques de Monestiés, dans son département du Tarn.
La première, datée du 19 novembre, correspond à un banquet de 51 convives et s’élève à 1.428 euros; la seconde, du 3 décembre, s’établit à 1.064 euros pour 38 couverts. «Je vous propose de régler directement à partir de mon compte Réception Questeur», écrit Jean-Marc Pastor à la Trésorerie du Sénat, dans un petit mot à la main que s’est procuré Mediapart. Illico, 2.492 euros sont versés sur le compte bancaire du restaurant.


«Ah, là, j’avoue que vous m’interpellez…»
A l’époque, certains tiquent au Sénat. D’abord, on ne voit pas le rapport entre la fonction de questeur et ces tablées dans le Tarn. Ensuite, le restaurant est géré par Magali Pastor, la propre fille du sénateur – Mediapart a aussi découvert que l’élu en détenait lui-même des parts. Enfin, les numéros des deux factures de l’Hostellerie se suivent, de manière pour le moins bizarre: N° 0642540 pour la première; N° 0642541 pour la seconde. Comme si aucun reçu n’avait été délivré par l’établissement entre le 19 novembre et le 3 décembre, comme si aucun client n’y avait mangé.
Alors ces repas ont-ils vraiment eu lieu? Le parlementaire a-t-il pu bidouiller ces notes de frais pour aider l’entreprise de sa fille, aux dépens du contribuable? En tout cas, les factures sont validées.
Mais le doute planant, Mediapart s’est démené pour tenter d’apporter une réponse définitive à ces questions. Après un saut dans le Tarn, où Magali Pastor n’a pu trouver trace des repas aux dates indiquées, Mediapart a entamé un fastidieux dialogue avec le sénateur, sur plusieurs semaines. En trois interviews téléphoniques avec lui, complétées par trois échanges avec son assistant parlementaire, le socialiste a livré moult versions contradictoires, adaptant son scénario aux faits que nous lui opposions:
→ Première version: confronté aux déclarations de sa fille, Jean-Marc Pastor explique que les deux repas en question se sont en réalité déroulés les 12 et 28 novembre (dans la même conversation, il parlera ensuite des 12 et 26 novembre). N’ayant pas demandé les factures sur le coup, il serait repassé le 3 décembre chez sa fille, qui aurait indiqué deux dates aléatoires sur les reçus, pour la forme. «Elle ne voulait me faire qu’une seule facture, j’ai tenu à ce qu’elle en fasse deux distinctes, puisqu’il y avait eu deux repas», insiste l’élu, qui refuse de communiquer les noms des invités, pour «ne pas polémiquer».
→ Deuxième version: après que Mediapart a multiplié les coups de fil aux élus locaux, journalistes, syndicats et associations en tout genre pour trouver trace d’invitations, sans résultat, l’assistant parlementaire de Jean-Marc Pastor rappelle pour fournir une autre explication. Il n’est plus question de deux gros repas, mais d’une série de petits, compilés sur deux factures. La note de frais du 3 décembre correspondrait ainsi à trois prestations: «un repas le 26 novembre et deux le 3 décembre, midi et soir». Celle du 19 novembre ramasserait «un repas du 12 novembre, un du 19 novembre, et sept autres prestations en tête-à-tête ou à trois». Toujours pas de noms.
→ Troisième version: plusieurs jours après, comme on fait remarquer à Jean-Marc Pastor qu’il ne peut avoir dîner à Monestiés le 3 décembre alors qu’il débattait de l’avenir de l’agriculture au Sénat, à moins qu’il possède un don d’ubiquité, il lâche: «Ah, là, j’avoue que vous m’interpellez…» Le soir même, il ajuste encore: la facture du 3 décembre concerne désormais «un repas le 26 novembre et deux le 29 novembre». Ulcéré, le questeur assure qu’il a envoyé «la ventilation» précise aux services du Sénat, sans nous fournir le document.
→ Dernière version: après réflexion, des repas auraient bien été offerts le 3 décembre, en l’absence de Jean-Marc Pastor, à un «chercheur» qui intervenait le lendemain dans une réunion locale sur la biodiversité. Enfin, l’élu consent à donner quatre noms – tous des proches: le premier, maire-adjoint de Monestiés, déclare n’avoir «pas payé son repas, une fois, fin 2010»; le second, à qui Jean-Marc Pastor a laissé son siège de maire du Ségur en 2008, confirme sa participation à un dîner; Jacqueline Alquier, l’autre sénatrice socialiste du Tarn, également; le maire de Monestiés, qui n’avait aucun souvenir de pareils repas quand nous l’avions interrogé une première fois en mai, se souvient désormais de deux repas. Au total, quatre confirmations (certaines hésitantes) pour des dizaines d’invitations…
Au Sénat, le service de presse refuse d’apporter le moindre éclaircissement supplémentaire, le groupe PS de commenter. Pour que les langues se délient, un peu, il faut aller voir du côté de l’Assemblée nationale: «Ici, un questeur ne dépense pas l’enveloppe dans sa circonscription!», cingle le député Richard Mallié, premier questeur du Palais-Bourbon (UMP).
Chauffeurs et «garçons questeurs»
Mais les faveurs accordées aux dignitaires du palais du Luxembourg ne s’arrêtent pas là. Les questeurs jouissent d’énormes avantages matériels, en plus des aides «classiques» accordées à n’importe quel sénateur (l’enveloppe de 7.548 euros brut pour l’embauche d’assistants, la «dotation informatique», le forfait «Télécommunications», l’accès gratuit au réseau SNCF en 1re classe, etc.).

(Photo : Le conseil de questure en 2010 avec Philippe Richert (UMP), Jean-Marc Pastor (PS) et René Garrec (UMP)© Sénat)
Les questeurs disposent ainsi d’un appartement de fonction chacun, cossu, à deux pas du Sénat, en plein Quartier latin (qu’ils prêtent parfois aux membres de leur groupe politique). Dans ces logements, des «garçons questeurs», fonctionnaires du palais du Luxembourg, sont placés à leur service, mobilisables pour les courses, les réceptions, etc. Et en livrée s’il vous plaît!
En mai 2009, 1.820 euros ont par exemple été dépensés en «tenues de cuisine pour les deux agents affectés au service du questeur Richert» (devenu ministre des Collectivités en novembre 2010).
Si besoin, pour des pinces-fesses dans ces logements, le Sénat envoie des renforts. A ces agents s’ajoutent enfin des domestiques contractuels: d’après des chiffres obtenus par Mediapart, ces derniers ont coûté, dans les «maisons des dignitaires», plus de 60.000 euros l’an passé.
Bien sûr, le Sénat leur fournit aussi voiture et chauffeur. Jean-Marc Pastor en a ainsi fait profiter sa famille en mars dernier, pour un saut au parc Eurodisney. «Ça fait partie de la fonction, nous répond l’élu, ancien agriculteur. Même si ça ne fait pas partie de ma culture de vie.»
De «menus» services peuvent enfin être rendus: à sa demande, Philippe Richert (UMP), sans doute à court de liquidités, a bénéficié début 2010 d’une avance de 10.000 euros sur son indemnité, accordée par la Direction des affaires financières, remboursable des mois plus tard. Un prêt sans intérêts, en clair.

Le travail exécuté derrière les tentures par ces illustres inconnus (à l’exception du mitterrandien Michel Charasse et de Lucien Neuwirth, auteur de la loi sur la contraception de 1967) mérite-t-il ces faveurs de la République ? Leur tâche s’accomplit au rythme d’une réunion du Conseil de questure par semaine.
S’ils ont récemment engagé, sous la houlette du président Gérard Larcher, plusieurs réformes internes (régimes spéciaux de retraites, rationalisation des services…) qui leur valent nombre d’inimitiés dans la maison, les questeurs se reposent au quotidien sur un secrétaire général de la questure et un bataillon de hauts fonctionnaires, qui abattent le plus gros du travail.
Mathilde Mathieu et Michaël Hajdenberg
http://www.gaullisme.fr/2011/07/04/senat-questeur/
Cannabis, et si on parlait de l’essentiel ?
05/07/2011 08:50 par rgrs
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Cannabis, et si on parlait de l’essentiel ?
05/07/2011 08:50 par rgrs
AA la veille d’une campagne électorale majeure, les serpents de mers sociétaux pointent à nouveau leurs têtes, comme autant de marqueurs des segments de marchés que se disputent les partis…
Socialistes et écologistes rivalisent toujours d’initiatives pour attirer l’électorat des classes moyennes post-modernes des centres villes, dont certains (pseudos ?) think-tank ont théorisé l’hyper valeur marginale, pour remporter l’élection au centre, en partant du postulat que les « masses populaires » d’antan s’étaient détournées de la gauche, voire des urnes tout court.
UMP et FN poussent des cris d’Orfraie surjoués, dénonçant quasiment les mœurs barbares – à leurs yeux – de leurs adversaires, pour mobiliser a contrario l’électorat bourgeois et âgé.
C’est à l’aune de cette triste loi du marketing politique qu’il faut analyser, si non l’initiative originelle, du moins les dernières passes d’armes médiatiques, sur la légalisation du cannabis (comme d’ailleurs sur le mariage homosexuel).
Libertaires contre conservateurs, chacun croit avoir bien ciblé ses électeurs.
Certes, au départ, sur la cannabis, c’est M. Vaillant qui, au PS, a rouvert le débat : peu suspect d’inclinaison bohême, il affiche pour priorité non pas le droit à la fumette, mais la lutte contre le trafic dans les cités, un angle nouveau, intéressant. A droite, M. de Villepin se prononce, sur ce sujet, à rebours de son camp, pour la dépénalisation, ou plus exactement la dé-délictualisation, si l’on ose dire.
« Triangulation » électorale ou sincérité ? Il faut en tous cas tenter de répondre à ces positions avec honnêteté intellectuelle, et en ne noyant pas l’essentiel dans le jeu des « positionnements » convenus.
Donnons d’abord acte à M. Vaillant et aux parlementaires socialistes qui portent avec lui cette proposition de légalisation, qu’ils ne visent évidemment pas à encourager la consommation de cannabis. En effet, tout le monde ou presque s’accorde aujourd’hui sur la dangerosité avérée du cannabis, notamment au plan neurologique, et a fortiori des mélanges douteux avec lesquels le cannabis est le plus souvent « coupé ». M. Vaillant et ses collègues affirment donc vouloir faire diminuer la consommation, en la légalisant. En conséquence de quoi, les accusations venant de la droite selon lesquelles les socialistes, que Jean-Louis Debré qualifiait jadis avec démagogie de « gauche pétard », voudraient encourager la fumette, relèvent largement de la mauvaise foi.
Pour autant, rien ne démontre que la légalisation diminuerait la consommation. Ni même qu’elle substituerait pleinement la consommation d’une substance « pure » à celle de mélanges détonants vendus sous le manteau. Gageons au contraire que les trafiquants sauront jouer la carte de la concurrence déloyale, avec des produits coupés et des prix attractifs, par rapport au cannabis légalisé ! Du reste, le trafic de cigarettes, le cas échéant frelatées, se porte à merveille…
Quant au trafic, M. Vaillant a parfaitement raison d’expliquer que c’est le cœur du problème. Et l’on comprend bien pourquoi M. Guéant feint de ne pas saisir l’argumentation de son lointain prédécesseur : il préfère caricaturer les socialistes, plutôt que d’admettre que le problème du trafic de drogues, sur lequel « on allait voir ce qu’on allait voir », reste pendant, après une décennie de politiques de sécurité estampillées Sarkozy.
Les trafiquants tiennent encore la République en échec. Mais en quoi la légalisation règlerait-elle ce problème ? Comment croire que les trafiquants renonceront à trafiquer parce que le cannabis sera légalisé ? Outre le trafic de cannabis coupé à prix cassé, ils trouveront bien d’autres produits à vendre ! Des produits dont l’offre crée la demande, ce qui est un peu le principe de la drogue : on n’en a pas besoin avant d’avoir commencé à en consommer… Alors, ils « dealeront » de la cocaïne, de l’héroïne, de l’extasie, et sauront convaincre les clients d’essayer, et d’entrer dans le cercle vicieux de la dépendance…
On peut être sceptique quant à l’argument de la surenchère selon lequel, si l’on a demain le droit de fumer du cannabis, les consommateurs, attirés par le plaisir de braver licencieusement une interdiction, tomberont dès lors dans d’autres formes de drogues. En revanche, on peut être sûr que les trafiquants, eux, ne renonceront pas aux BMW faciles, ni à quelque avantage du caïdat, parce que le cannabis aura été légalisé ! Ils sauront parfaitement créer la demande, même là où elle n’existe pas, de toutes formes de produits dangereux…
Pénalisée ou légalisée, dépénalisée hypocritement comme aujourd’hui, ou officiellement, la consommation de cannabis est un échec. Et c’est à la source de cet échec qu’il faudrait tenter de revenir, plutôt que de se battre à coups de posture en aval des problèmes.
A la source des trafics, d’abord. Tant qu’on gagnera mieux sa vie en « dealant » qu’en travaillant honnêtement, les itinéraires de nos gamins, notamment dans les cités où le chômage des jeunes atteint 60 ou 70%, ne seront pas ce qu’ils devraient être ! Et tant que les frontières des pays de l’Union Européenne et de l’Union elle-même seront, au nom de la sacro-sainte liberté du commerce, de véritables passoires, ces trafiquants trouveront toutes les substances possibles à écouler, en quantité industrielle… A cet égard, François Hollande a raison de poser le problème à l’échelle européenne, non pas tant parce que l’Union pourrait être une solution en la matière, que parce qu’elle est, comme souvent, un morceau du problème.
A la source de la consommation, aussi. D’abord en luttant contre les trafics, contre cette offre qui génère sa demande, avec des moyens policiers, mais aussi et surtout judiciaires, suffisants et appropriés (police de proximité, sanctions judiciaires rapides et graduées, centres éducatifs fermés…). Ensuite en luttant contre la grande dépression, le « no futur », de générations désemparées : si la France compte au moins 1,2 million de consommateurs réguliers de cannabis, quatre fois plus qu’il y a 20 ans, c’est peut-être parce que sa jeunesse ne sait plus vers où vogue sa galère, que nous avons perdu l’espoir d’une vie meilleure, le sens d’une vie collective, dans une Nation désunie, et déboussolée ! Vanité des vanités, si tout est vanité, alors autant se shooter !
C’est sur ces enjeux que nous attendons l’alternative politique en 2012. Quel futur à la France ? A sa jeunesse ? Quel « autre avenir que la drogue », pour paraphraser Georges Marchais ? Avenir économique, social, civique…
Voilà un enjeu, un vrai enjeu politique, bien plus fort que les artifices sociétaux.
Patrick TRANNOY (MRC)
http://www.gaullisme.fr/2011/07/04/cannabis-ump-ps/
L'école refusée : reflet de la société
05/07/2011 08:41 par rgrs
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L'école refusée : reflet de la société
05/07/2011 08:41 par rgrs
A l’occasion du décès d’une collégienne causée par l'agression très violente d'un de ses petits camarades, et des commentaires du ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Muglioni n’a pu retenir sa plume tant la situation lui a paru illustrer ses derniers propos sur l’état de l’école. Si quelque lecteur trouvait qu’il exagère, comme on dit, ou qu’il est pessimiste, ou même ringard, il l’envie : il y a de certaines choses auxquelles on se demande en effet s’il ne vaut pas mieux être aveugle.
Commentaire ministériel d’un fait divers
Un fait divers et son commentaire par un ministre s’accordent trop avec les réflexions qui ont été publiées sur ce blog (1) pour qu’elles n’y soient pas rappelées.
Une enfant de 13 ans est massacrée par le frère d’une de ses camarades de classe qui aurait été sa rivale en amour. Le ministre de l’éducation nationale prononce ces mots : « l’école reflète la violence de la société ». Je ne fais ici que répéter ce que j’ai cru entendre à la radio [Europe 1, 21 juin, intervieview de 7h40], et j’ignore tout de cette affaire. Ce ministre n’est donc plus ministre. Il n’est plus ministre puisqu’il avoue que son gouvernement est incapable de limiter la violence de la société ; il n’est plus ministre de l’Education nationale puisqu’il avoue que l’école n’est plus l’école mais le reflet de la société.
La pensée ministérielle
Il arrive en effet que l’aveu soit instructif. Alain a toujours insisté sur ceci qu’il ne faut pas prêter aux politiques trop d’intelligence. On s’imagine qu’ils mentent, c’est-à-dire qu’ils affirment sciemment le contraire de la vérité : or en réalité ils croient ce qu’ils disent, et il est vrai qu’ils n’auraient pas cette force de persuasion qui les fait élire si leurs sottises étaient volontaires. Ainsi la doctrine officielle du ministère de l’Education nationale est depuis fort longtemps que l’école reflète et même doit refléter la société : il a fallu ouvrir l’école sur le monde, donc sur la violence ; il a fallu mettre fin à ce qu’on méprisait sous le nom de sanctuarisation de l’école ; l’architecture scolaire elle-même en a été bouleversée, et l’on s’est moqué des lycées fermés comme des cloîtres. Notre ministre est un pur soixante-huitard pédagogique. Une illusion d’abord produite par des hommes qui voulaient transformer la société sert maintenant de principe à la conservation de ce que cette société peut avoir de pire.
La contestation de l’école
Dans les années soixante, l’école que jusque là les gauches avaient profondément respectée, parce que seule elle permet d’éveiller les hommes et de les préparer ainsi à transformer la société, a été soupçonnée de reproduire le modèle social, non pas parce qu’elle n’était pas l’école, mais parce que par nature l’institution scolaire serait faite pour les héritiers. Des écrivains célébrés ont condamné la volonté d’apprendre et d’abord d’apprendre la langue. Alliant (contradictoirement) à cette critique sociale une sorte de nietzschéisme, ils ont soutenu que la volonté de vérité est l’expression d’une volonté de puissance. S’étonnera-t-on des effets de cette nouvelle trahison des clercs ? L’école, de la maternelle à l’université, s’effondre.
Socialisme et sociologisme ou la fin de la politique
Le socialisme est devenu un sociologisme et pour cette raison ne peut plus proposer de politique. Comment, en effet, transformer la société, si l’homme n’en est que le produit ? La volonté républicaine s’est brisée contre la croyance au déterminisme social. On ne le rappellera jamais assez, Durkheim définit la société par la pression qu’elle exerce sur les individus, principe aujourd’hui généralement admis. La sociologie critique allait dans le même sens lorsqu’elle soutenait que l’école est par nature faite pour reproduire les inégalités. Plus subtilement peut-être, on croit que les temps ayant changé, il est devenu impossible d’enseigner comme autrefois. Il serait conforme à la nature des choses que les enfants des « quartiers » ou des « cités » n’étant pas élevés ni ne vivant comme les autres, ils ne puissent apprendre la même chose à l’école et en sortir avec la même langue et la même instruction. Selon Maurras, il faut être bourgeois pour apprécier Racine : attitude maurrassienne donc, celle qui consiste, sous couleur de liberté, à interdire l’accès à la littérature française à des enfants dont des ancêtres ne sont pas français : il arrive même qu’on prétexte pour les laisser dans l’inculture qu’il ne faut pas les arracher de force à « leur culture », comme si les enfants étaient cultivés avant d’entrer à l’école ! Comme si ce qu’on appelle alors une culture, et qu’ils ont reçu du seul fait de vivre dans tel ou tel groupe social, les dispensait d’apprendre. On veut seulement que les hommes soient réductibles à ce qu’un groupe social fait d’eux, croyance qui justifie toutes les renonciations : l’école doit socialiser ! Il faut donc qu’elle reflète la société. Tel est le socle idéologique de la politique officielle, quel qu’en soit le ministre, le parti, admis le plus souvent par les syndicats, partout dans le monde. C’est pourquoi les changements électoraux n’apportent sur ce point aucun changement de politique scolaire. C’est pourquoi un ministre de droite peut tenir le même langage que les politiques et la plupart des penseurs de la gauche depuis plus de quarante ans.
L’impossibilité d’instruire
Les thèses d’une droite maurassienne, ennemie de l’école publique et de la République, sont donc devenues le fonds commun des discours sur l’école. Tout le monde accordera en effet qu’il est conforme à la nature des choses ou de la société que les jeunes gens des « quartiers » ne puissent pas sortir de l’école avec les mêmes façons de parler et de vivre que ceux d’ailleurs. Cette croyance n’est pas seulement partagée par les habitués de la vie parisienne qui ne savent pas que souvent les plus « français » des élèves ont même langage et même allure que leurs contemporains des banlieues. Elle ne vient pas de ce qu’on ignore ce qui se passe dans de nombreuses classes ou plutôt de ce qui ne s’y passe plus, je veux dire un enseignement qui suppose qu’on fasse silence une heure de suite. Cette croyance ne suppose même pas ce qu’on pourrait appeler un racisme social. Non, on croit en la société et non en l’école : la théologie sociologique domine les esprits.
Il été possible de lutter contre les superstitions des campagnes d’autrefois, il faut aujourd’hui que la télévision et les médias l’emportent : on dit que les élèves disposent d’une infinité d’informations, qu’ils savent avant d’entrer à l’école plus de choses qu’on en savait naguère en en sortant, etc. On conclut qu’il est devenu impossible d’instruire comme on l’a fait pendant des millénaires, on interdit toute forme de discipline. Les tribunaux vont dans le même sens. A quand la mutation qui justifiera qu’on interdise aux enfants d’apprendre à marcher et qu’on condamne pour maltraitance les parents qui les y incitent ? Ce n’est pas une caricature : trois jours après mon arrivée dans mon premier poste en 1969, dans un lycée « normal », des collègues sont venus me dire qu’imposer à mes élèves de terminale littéraire de prendre des notes montrait que je n’étais pas conscient de l’écart qu’il y avait entre la préparation à l’agrégation d’où je sortais, et notre commune classe. Les élèves surent au bout d’une dizaine de jours prendre des notes sans difficulté : il suffisait de le leur imposer au commencement pour que cela devienne un automatisme comme la marche.
On ne sait pas ce qu’on n’a pas appris
L’émission Cinq colonnes à la Une du 4 mars 1960 montre les enfants du bidonville de Gennevilliers, qui vivaient dans la boue et dont les pères algériens sont harcelés par la police : or ils parlent un français correct. J’en conclus que dans les pires conditions politiques et sociales, une école peut instruire, et libérer. Cet exemple ne convaincra pas. Cette induction paraîtra insuffisamment fondée. N’est-ce pas une exception ? Pourtant ce seul cas suffit à montrer qu’il est devenu impossible d’apprendre le français à certains enfants simplement parce qu’on a renoncé à le leur apprendre. Cela non pas par manque de patriotisme, mais par idéologie sociologiste. D’une même voix gauche et droite objecteront, je le répète, qu’aujourd’hui la société a changé et que c’est devenu impossible. Y avait-il alors moins de violence, pendant la guerre d’Algérie ? Si vous avez le malheur de dire que les jeunes gens qui ne parlent pas et ne savent pas écrire le français ne sont pas réellement scolarisés, alors on commencera par ne pas comprendre, car statistiquement ils le sont, et si vous dites que vous entendez par « scolarisés » « réellement pris en main et instruits dans une école digne de ce nom », on objectera que le corps enseignant fait un travail remarquable. Il n’est plus admis aujourd’hui que, lorsque les enfants ne savent pas quelque chose, on ne le leur a pas appris. Vous aurez beau ajouter que le peu d’enseignement qui subsiste et qui fait tenir encore un peu l’institution est dû à la vertu de quelques maîtres qui n’obéissent pas aux directives ministérielles, vous passerez toujours pour un contempteur de vos collègues. Votre propos sera même incompris par d’excellents enseignants dont par bonheur la pratique est contraire au discours idéologique qu’ils tiennent. Au demeurant cette idéologie du refus de l’école et de l’instruction n’empêche pas chacun de faire tout ce qui est en son pouvoir pour trouver pour ses enfants ou ses amis un établissement alors inévitablement choisi sur critères sociaux. Je dis « sociaux » parce que si l’ordre y règne plus que dans les établissements fuis, il n’est pas sûr que le savoir y fructifie.
L’école refusée
La thèse généralement admise est donc la suivante : ce n’est pas l’école qui a changé, ni la volonté d’instruire qui s’est exténuée, mais la société ! Si l’on voulait seulement dire que cette nouvelle société méprise l’école et préfère enfermer les hommes dès leur enfance dans un système de représentations imposé par la publicité, les médias et la communication politique, j’applaudirais. Que le développement économique du monde soit d’une telle nature qu’il conduit à une société sans école, parce que l’école forme des esprits et non des consommateurs, c’est une thèse soutenable. Mais croire que l’école, si c’est une école, ne peut pas changer la société, c’est la même chose que vouloir qu’elle disparaisse parce qu’on craint qu’elle la change. Voilà pourquoi il n’y a plus ni gauche ni politique possible. Voilà pourquoi un gouvernement qui s’en prend tous les jours à l’école ne rencontre aucune opposition sérieuse. Regardez par exemple les programmes du Modem ou du PS et vous y trouverez toujours la même idéologie.
La morale de l’histoire
Il est hypocrite aussi bien de la part d’un ministre que de ses administrés et de leurs syndicats de s’étonner de la violence qui règne dans les établissements scolaires et qu’on cherche à tout prix à camoufler partout où elle a lieu, c’est-à-dire partout : ce n’est pas une affaire de quartiers mais de renonciation générale. L’autre jour, lors d’une réunion d’association, j’ai pratiqué avec un collègue, qui était proviseur il y a plus de vingt ans, les toilettes des élèves, dans un des plus célèbres établissements de France. Matériel cassé, odeurs et crasse, papiers par terre, etc. J’ai dit à mon ami que cela suffisait pour juger un proviseur. L’endroit ne permet pas d’accuser les monstres des quartiers à moins d’entendre par là ce qu’on appelait autrefois les beaux quartiers. Quand j’étais en fonction, me raconta mon ami, j’ai été appelé un matin à 7h15 par le concierge : il n’avait pu empêcher d’entrer un homme assez grand qui n’avait pas voulu se présenter. Je descends et je demande à cet homme ce qu’il fait là : c’était un inspecteur général, qui voulait se faire une impression sur le lycée avant de me rencontrer. Quelle est-elle, demandai-je ? Mauvaise, dit-il, car j’ai constaté que dans les toilettes, il n’y a aucune inscription ; cet établissement ne laisse pas de liberté d’expression aux élèves. La situation de l’école se comprend assez bien par là : il n’y a plus rien à ajouter ni à espérer.
Jean-Michel Muglioni et Mezetulle, 2011
(1) Voir notamment l'article Ecole et société ; lire les autres articles de Jean-Michel Muglioni sur ce blog.
http://www.mezetulle.net/article-l-ecole-reflet-de-la-societe-par-j-m-muglioni-77562095.html
Europe Ecologie - les Verts : une stratégie bien rodée
05/07/2011 08:23 par rgrs
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Europe Ecologie - les Verts : une stratégie bien rodée
05/07/2011 08:23 par rgrs
Après l'élimination de Cohn-Bendit - répondant plus ou moins, aux dernières volontés du défunt -, Eva Joly est arrivée largement en tête, au 1er tour, de la primaire. Nicolas Hulot a été sérieusement distancé, assurant pour ainsi dire, Mme Joly de la victoire au second tour. C'est aussi une surprise, au sein du groupe Europe Ecologie - les verts. Nicolas Hulot a été laminé, la vedette médiatique a été éliminée. C'était leur objectif stratégique prioritaire, leur principale motivation, et la tactique a fonctionné. Le scénario était implacable, du calendrier de primaire resserré à la campagne beaucoup trop courte, écartant le public de TF1. Et leur succès est total.
Mais c'est surtout le travail de la garde rapprochée de Noël Mamère, en 2002, quator d'apparatchicks d'extrême-gauche… A leurs yeux, Hulot était un mauvais symbôle. C'était TF1, l'audiovisuel, l'argent, les médias, Bouygues, les sponsors, que sais-je encore, bref le diable… Et ces-derniers sont parvenus à imposer la magistrate franco-norvégienne, parvenant à faire croire aux militants, qu'elle incarnait la tradition verte, en France, alors qu'elle avait pourtant été ramenée dans ses bagages par Daniel Cohn-Bendit, qui l'avait dérobé à Bayrou, en 2009. Il est vrai, la greffe a mis du temps à prendre, avec les militants. Elle ne plaisait pas, au début. C'était l'ancienne juge d'instruction de l'affaire Elf, et qui ne parlait que de justice et de paradis fiscaux, et guère de nucléaire, d'éoliennes, de sans-papiers. Son image d'ancienne magistrate, sa personnalité n'allait guère de pair, avec les traditions révolutionnaires de l'extrême-gauche française. Du point de vue l'image, la magistrate franco-norvégienne incarnait surtout ce dépassement des nations, chère à cette tendance de l'extrême-gauche, parfaitement assumée chez les verts, mieux dissimulée au PS.
Il est vrai, qu'outre son image sympathique d'ex-présentateur reconverti dans la lutte environnementale, Hulot était le plus emblématique de ce qu'il rejetait. Notamment par ses compromissions politiciennes avec l'UMP, au travers de son premier engagement associatif d'après 2007, ayant abouti aux accords du fameux “Grenelle de l'environnement”, et par ses amitiés avouées avec Sarkozy et Borloo, alors ministre de l'écologie et du développement durable. Une frange du mouvement écologiste en a bien vite fait, un épouvantail de circonstance, pour une part importante des militants. En revanche, Hulot partageait avec Joly, une semblable détestation des puissants. Mais Eva Joly a habilement joué le jeu, jusqu'au bout, en arborant fièrement sa double nationalité, et y allant de tous les poncifs chers à nos verts, de la dépénalisation du cannabis à la régularisation des sans-papiers, en passant par le mariage homosexuel. Il est vrai qu'en France, aussi étonnant que cela puisse paraître, les questions sociétales à contre-courant les intéressent beaucoup plus que l'environnement. C'est ce qui les relie historiquement à l'extrême-gauche soixante-huitarde, et c'est également, ce qui les coupe irrésistiblement de l'électorat populaire, les confinant dans une petite base électorale urbaine et diplômée. Ce sont les bobos et surtout pas les prolos.
Leurs confrères allemands progressent dans la société allemande, à l'image de cette récente victoire électorale dans le Bade-Wurtemberg (fief industriel de Daimler et de Porsche), en renouant avec la tradition plus conservatrice du courant écologiste des origines, plutôt située au centre-droit, renouant avec les valeurs de la démocratie chrétienne, se rapprochant des conservateurs et traitant avec l'industrie automobile, pour inventer la “nouvelle donne verte” outre-Rhin. Mais les verts français se refusent à toute évolution, à l'heure actuelle, s'assurant des raclées magistrales à chaque présidentielle, des 5 % de Noël Mamère en 2002, aux 1,57 % de Dominique Voynet en 2007. De quoi rassurer Borloo et le potentiel candidat PS, ravit de voir les verts se saborder eux-mêmes, au mieux une petite force d'appoint, guère apte à disperser leur électorat au 1er tour…
J. D.
http://llanterne.unblog.fr/