Les cantonales ? Quelles cantonales ?
11/02/2011 18:51 par rgrs
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Les cantonales ? Quelles cantonales ?
11/02/2011 18:51 par rgrs
Je ne sais pas si vous êtes au courant, mais les 20 et 27 mars prochain, il va y avoir des élections. Des élections cantonales. On n’en parle pas tellement, des élections cantonales, je trouve…
On est beaucoup plus préoccupé par les aventures aéronautiques et maghrébines de nos excellences. Ou par les oracles d’Anne Sinclair sur les envies de son banquier mondial de mari de ne pas remettre le couvert au FMI pour se présenter aux élections présidentielles, les vraies, les sérieuses, celles de 2012, histoire de continuer à faire perdre la gauche en courant après le centre, voire le centre-droit.
Les cantonales, on n’en parle pas parce que si on daignait en parler, on dirait des choses désagréables à entendre.
On dirait qu’elles sont, à un peu plus d’un an des présidentielles, l’occasion de battre une quatrième fois Sarkozy et l’UMP qui, rappelons-le, ont été rigoureusement incapables de gagner les trois précédentes élections intermédiaires et ont même essuyé des Fort Chabrol électoraux : les municipales de 2008, les européennes de 2009 et les régionales de 2010. Tout cela sans en tirer la moindre conséquence dans l’orientation de leur politique, ce qui dans une démocratie théoriquement moderne est assez unique en son genre. Mais enfin, voir une quatrième fois Frédéric Lefèvre expliquer sur les plateaux de télévision du dimanche 27 mars au soir que s’il n’a pas gagné, il n’a pas perdu non plus, le tout avec la syntaxe d’un télémarketeur et un vocabulaire de cinquante mots, cela fait partie des plaisirs qui ne se refusent pas.
Les cantonales, si on daignait en parler, on dirait peut-être aussi que c’est la dernière fois qu’elles auront lieu. La réforme territoriale qui a finalement été votée par le Sénat a prévu un conseiller unique, qui, dès mars 2014, siègera à la fois au Conseil général et au conseil régional.
Les cantonales, si on daignait en parler, rappelleraient que le département est visiblement l’échelon qui gêne. Seule la Région trouve grâce aux yeux de l’Union Européenne. Elle se sentirait bien plus à l’aise, l’UE, pour gouverner et imposer sa politique économique avec une kyrielle de grosses principautés plutôt qu’avec les vieux Etats-nations beaucoup moins maniables, surtout la France qui a encore, malgré tout, quelques beaux restes jacobins qui font cauchemarder du côté de Bruxelles. Les cantonales rappelleraient aussi que la réforme territoriale, c’est la mort programmée du département, accompagnée de petites infamies anodines comme le changement des plaques d’immatriculation. Le diable européiste sait bien se nicher dans ce genre de détails, comme dans les règlements hygiénistes sur le fromage et l’andouillette.
Si on parlait des cantonales, on se rappellerait sans doute que le département fait partie de l’ADN de la République, qu’il fut créé dès la fin 1789, pour en finir avec les féodalités provinciales et surtout pour rapprocher la décision administrative et politique du citoyen, puisque selon la belle définition qu’en donna le décret de l’Assemblée Constituante, il était taillé géographiquement de manière à ce qu’aucun Français ne se trouve à plus d’une journée de voyage du chef-lieu.
Cela remettrait quelques petites vérités gênantes sur la décentralisation au goût du jour qui, pour l’essentiel, consiste désormais à appeler des transferts de déficits transferts de compétences vers les collectivités locales. Les riches ont un bouclier fiscal; le département, lui, c’est le bouclier social des pauvres : le RSA, les handicapés, les personnes âgées, l’aide au logement, l’insertion professionnelle font partie de sa compétence. Inutile de dire que ce ne sont pas franchement les soucis du pouvoir actuel qui préfère les lois de circonstance, moins onéreuses pour le budget et potentiellement rentables électoralement. Inutile de dire, également, que faire face à de telles responsabilités, c’est un peu plus compliqué dans le Nord ou la Seine Saint-Denis que dans les Yvelines ou les Alpes Maritimes. Mais, comme par hasard, on vote davantage dans les Yvelines et les Alpes Maritimes. Les pauvres ont tendance à s’auto-exclure des scrutins nationaux, alors un scrutin local dont on ne parle pas à la télé, imaginez un peu…
Si on daignait en parler, des cantonales, on saurait que des présidents de Conseils généraux de plus en plus nombreux portent plainte contre l’Etat qui n’a pas accompagné ces transferts de charges et doit par exemple la bagatelle de 900 millions d’euros au Pas de Calais, département connu pour son haut niveau de vie.
Mais on ne daignera pas parler des cantonales. D’abord Paris ne vote pas pour ce truc de pouilleux et ça ne va concerner que la moitié des circonscriptions. Une petite élection de rien du tout, on vous dit.
Ou alors, on en parlera une semaine avant. Pour dire, avec une logique imparable, que ça n’intéresse personne puisque personne n’en parle, que l’abstention va être record, et que donc, les gens n’en ont rien à faire du département, ce qui prouve bien à quel point la réforme territoriale est belle et bonne et qu’il est plus que temps d’en finir avec le « millefeuille » administratif, comme ils disent.
Pourtant, le millefeuille, c’est nourrissant. Surtout pour ceux qui sont privés de dessert.
Jérôme Leroy
Nicolas Sarkozy, candidat dans sa bulle
11/02/2011 15:39 par rgrs
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Nicolas Sarkozy, candidat dans sa bulle
11/02/2011 15:39 par rgrs
Hier soir, le président de la République est intervenu sur TF1 pendant plus de deux heures dans une émission spéciale « Face aux Français ». S’il a montré une bonne maîtrise de ses dossiers dans un contexte facile, sa coupure avec la réalité était assez impressionnante.
Une émission trop commode
Le format de la conférence de presse de début d’année n’était guère plus compliqué puisque le président de la République répond à loisir aux questions qui lui sont posées sans qu’il y ait de véritable droit de suite. Le concept de cette émission « Face aux Français » n’était pas plus difficile pour lui, hormis la question de la longueur. En effet, les neuf Français ne pouvaient lui poser que quelques questions, le laissant à de longs monologues bien préparés, sur des thèmes déjà préétablis.
Mieux, Jean-Pierre Pernault était là pour empêcher tout dérapage, comme lorsque l’agriculteur a cherché à briser ce semblant d’échange. Bref, TF1 avait organisé un grand one-man-show pour le président de la République, qui a monopolisé près de 90% du temps de parole, ne laissant que quelques miettes aux vrais Français qui n’étaient que des faire-valoir. Leur faible temps de parole était néanmoins un peu compensé par le choix de personnes peu complaisantes vis-à-vis du pouvoir.
Un président en campagne
Le plus frappant dans le discours de Nicolas Sarkozy était son aspect très professionnel et bien préparé. Après avoir un peu trop improvisé en début de mandat, désormais, le président s’en tient à ses fiches, bourrées de chiffres, qu’il maîtrise bien, dégageant une impression de bonne connaissance des dossiers, de sérieux et de compétence. Il est difficile de ne pas y voir déjà le candidat à sa réélection qui sait qu’il doit absolument se présidentialiser, surtout s’il affronte DSK.
Sur le fond, pas beaucoup de surprises. Nicolas Sarkozy est resté figé sur ses arguments habituels, attribuant aux 35 heures les raisons des délocalisations, un argument un peu étrange alors qu’elles ont été assouplies. Bien conscient de la nature de son électorat, il est apparu comme le candidat des personnes âgées, ayant « sauvé » les retraites et préparant le grand chantier de la dépendance, affirmant qu’une société se juge à la façon dont les enfants traitent leurs parents.
Mais, au global, son discours était trop préparé. Il ne répondait pas aux questions qui lui étaient posées, les prenant comme des lancements thématiques sur lesquels il calait son discours de candidat sortant, quitte à répondre à côté, comme plusieurs participants lui ont fait remarquer. M.Poillon, l’agriculteur, a fait ce qu’il a pu, avec beaucoup de bon sens, mais le format de l’émission protégeait le président de toute véritable contradiction. Bref, il est resté dans sa bulle.
Comment avoir le moindre doute aujourd’hui que Nicolas Sarkozy prépare sa réélection ? Plus que jamais, il communique. Mais à trop négliger la réalité, à refuser d’écouter et à éviter la moindre contradiction, il prend le chemin de Valéry Giscard d’Estaing et pourrait bien partager son destin.
Laurent Pinsolle
Tunisie : la révolution des Œillères
11/02/2011 15:30 par rgrs
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Tunisie : la révolution des Œillères
11/02/2011 15:30 par rgrs
MAM n’a pas tout compris, mais elle n’est pas la seule…
Que se passe-t-il en Tunisie ? Nos commentateurs, unanimes ou presque, ont tous la réponse : c’est la révolution ! Exactement comme chez nous, en 1789, et aussi comme au Portugal en 1975, avec la révolution des Œillets. C’est sur ce modèle qu’on lui a tout de suite trouvé un gentil nom, à cette révolution tunisienne, pour être bien sûr que les gentils vont gagner, comme chez nous : la révolution du Jasmin. Notre époque situe la morale (et l’analyse) au niveau de l’odorat : on reconnaît la néo-réaction à la sempiternelle odeur nauséabonde qui la précède, et on reconnaît le nouveau Bien au parfum qu’il dégage : celui du jasmin.
photo : Ignacio Munguia
Le bras d’honneur de Moubarak à Obama
11/02/2011 15:26 par rgrs
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Le bras d’honneur de Moubarak à Obama
11/02/2011 15:26 par rgrs
Difficile d’y voir autre chose : l’étrange discours de Hosni Moubarak ce jeudi soir était avant tout adressé aux Américains. Et plus spécialement au premier d’entre eux qui quelques heures avant, avait déclaré, depuis la maison Blanche : « J’ai indiqué au président Moubarak, c’est que la transition politique doit être profonde, qu’elle doit être pacifique et qu’elle doit commencer maintenant. » De fait, le (faux ?) départ du vieux président a été complètement noyé par l’annonce du transfert graduel de pouvoir à Omar Suleyman et l’accent mis sur le cadre légal et la continuité.
Entre l’énumération des articles de la constitution et la dénonciation de l’intervention étrangère, l’ancien chef de l’armée de l’air égyptienne a une fois de plus habilement manœuvré jetant le trouble parmi les centaines de milliers de manifestants place Tahrir.
Contrairement à ce qu’on a affirmé sur beaucoup de plateaux télé – et pas seulement sur Al Jazeera – les Egyptiens semblaient plus perplexes qu’en colère. En tout cas, le Raïs négocie âprement son départ et exige de son peuple de pouvoir quitter le champ de bataille avec les honneurs de la guerre, tête haute, battu mais pas humilié, comme l’a été son collègue Ben Ali.
Le général MacArthur disait « les vieux soldats ne meurent pas, ils disparaissent dans le brouillard ». Ce soir c’était un brouillard de mots.
Gil Mihaely
Photo : Hosni Moubarak et Barack Obama à la Maison Blanche, le 1er septembre 2010. REUTERS/J.REED
Le bug de Sarkozy au dîner du Crif
11/02/2011 15:20 par rgrs
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Le bug de Sarkozy au dîner du Crif
11/02/2011 15:20 par rgrs
Le dîner annuel du Crif, avait cette fois Nicolas Sarkozy comme invité surprise. Le chef de l'État a voulu narrer la longue histoire des Juifs de France. Mais il a buté sur la prononciation. Récit de Guy Konopnicki
Sur la scène, l’acteur se perd dans un texte qu’il semble découvrir. Il ne comprend manifestement pas certains passages ponctués de références dont il n’est guère familier. Il me semble que j’assiste à une audition, dans un théâtre ou dans une école de comédie. Un jeu, peut-être, un concours de diction, avec une épreuve perverse qui oblige le candidat à lire une histoire qu’il ne connaît pas en évoquant des personnages dont il n’a jamais entendu parler.
En vérité, je me trouve au dîner annuel du CRIF. Les notables de la communauté juive se pressent autour des ministres, des parlementaires de tous bords ou presque, ceux qui sont à droite sans excès, ceux qui se situent à gauche mais proprement. Tous ceux-là et beaucoup d’autres, comme dans le fameux dîner de têtes de Jacques Prévert, se pressaient et s’empressaient pour ne pas manquer l’événement. Le président de la République en personne parlait aux juifs de France.
Sur scène, l’acteur incertain n’est autre que Nicolas Sarkozy. Il montre une certaine maîtrise des premiers éléments du discours. C’est qu’il s’agit de politique, et donc de l’art d’énoncer des pensées assez plates pour être consensuelles. L’assistance est heureuse d’apprendre que les responsables de l’État se préoccupent de la sécurité des citoyens de toutes confessions et s’attachent à l’application des lois de la République interdisant les agressions antisémites. Le conseiller en politique étrangère, chargé de la délicate question du Proche-Orient, a glissé une belle phrases, évoquant tout à la fois le printemps des peuples arabes aspirant à la démocratie et le risque représenté par une éventuelle récupération extrémistes des foules d’Égypte.
Las ! Devant un public juif, la sortie d’Égypte se révèle périlleuse. Nicolas Sarkozy revient en France, mais dans l’histoire de France.
Il déchiffre un premier verset évoquant les premières traces juives sur le sol gallo-romain. Il articule avec peine, mais les juifs présents regardent avec indulgence, en souvenir du jour de leur Bar Mitzvah, lorsqu’il faut, à l’âge de 13 ans, lire en public quelques lignes d’hébreu. Le texte lu par Nicolas Sarkozy est écrit en Français, de gauche à droite, et, cependant, il lui faut dire que dans les temps anciens, il y avait des juifs en France, du moins en Gaule romaine, en précisant ces juifs étaient contemporains des premiers chrétiens. Retrouvant un instant sa superbe, le président assène que la France a tout à la fois une racine juive et une racine chrétienne. Il guette les applaudissements, mais rien ne vient. Un ange passe, ce qui est inévitable lorsque l’on évoque tout à la fois l’Évangile et la Tora. L’ange qui parla à Jacob et celui qui fit l’annonce à Marie mère de Dieu planent ensemble sur la salle muette.
Nicolas Sarkozy poursuit, évoquant les ombres et les lumières de l’histoire, la République émancipatrice, le bagne de Dreyfus, la police de Vichy, les Justes, et même Proust, qui vient justement de passer à la télé.
Le président saute un passage, qui figure sur feuillets remis à la presse, où il est question de Léon Blum, Georges Mandel et Mendès tout court, si bien que l’on sait s’il s’agit de Catulle ou de Pierre Mendès-France.
Et le voici remontant de nouveau le temps et le cours de la Seine pour s’arrêter à Troyes, où vécut, de 1040 à 1105, un grand penseur du judaïsme, Rabbi Salomon ben Itzhak Sarfati, autrement dit le rabbin Salomon, fils d’Isaac le Français, connu sous le nom de Rachi.
Nicolas Sarkozy évoque Salomon de Troyes, dont il précise aussitôt le nom universellement connu… RAKI ! Le feuillet saisi sur ordinateur, pourtant ne comporte pas de faute, RACHI, avec CH, ce qui en Français se prononce CHE. Mais il dit RAKI.
Un frémissement parcourt aussitôt l’assistance. A la table d’honneur, Gilles Bernheim, grand rabbin de France et François Baroin, maire de Troyes, semblent consternés. Confondre Rachi, qui était aussi viticulteur, avec une anisette ! Raki, pourquoi pas Ouzo ou Phénix…
Non seulement tout juif connaît d’une manière ou d’une autre les commentaires de Rachi, mais tout étudiant en lettres même modernes, sait que lesdits commentaires, écrits en ancien français, attestent de l’avènement de la langue française au onzième siècle. Salomon de Troyes utilise la même langue que Chrétien de Troyes, premier écrivain français.
Le personnage de Salomon de Troyes avait été glissé dans le texte par un conseiller soucieux de démontrer l’apport d’un philosophe juif à l’élaboration de la langue française. Nicolas Sarkozy a imaginé que le CH de Rachi appelait une prononciation orientale.
Après quoi, Nicolas Sarkozy a conclu que les juifs pouvaient être fiers d’être français, ce qui lui a valu d’être applaudi avec autant de politesse que de modération.
Guy Konopnicki - Marianne
NPA: quand le rouge tourne au blues
11/02/2011 15:14 par rgrs
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NPA: quand le rouge tourne au blues
11/02/2011 15:14 par rgrs
Hémorragie continue de militants, multiplication des échecs électoraux, ligne peu claire en matière de laïcité... Après deux ans d’existence, le NPA va mal. Son congrès, qui prendra peut-être des accents de psychothérapie de groupe, débute aujourd’hui à Montreuil.
Le NPA apprend en marchant », répète Olivier Besancenot. Mais apprend-il en tombant ? Réponse lors de son congrès qui s’ouvre aujourd’hui et se tiendra jusqu’à dimanche à Montreuil. Car le parti anticapitaliste né sur les cendres de la Ligue communiste révolutionnaire, en février 2009, ne cesse de désespérer ses militants. Plus de 9 000 au lancement, ils seraient désormais 6 000 d’après la direction. Du moins, officiellement… « C’est surévalué. On est plus certainement aux alentours de 4 000 », modèrent les opposants à la direction actuelle qui pressentent de nouveaux départs si rien ne change. 4 000 ? C’est à peine plus qu’à la LCR…
Une partie des déserteurs n’ont pas apprécié le refus systématique de la direction du NPA de prendre part au Front de gauche. Ce qu’explique Leila Chaibi, membre de L’Appel et la pioche (ce collectif qui organise des pique-niques protestataires dans les supermarchés), qui avait rejoint les rangs du NPA : « Au début, nous étions dans l’euphorie. On voulait être de l’aventure, participer à la transformation de la société. Mais très vite, on s’est rendu compte qu’il y avait deux projets contradictoires derrière le NPA. D’un côté, un parti révolutionnaire. De l’autre, un parti qui voulait participer aux élections. Mais tout était déjà tranché. Le NPA s’est toujours présenté seul aux élections... » Et la jeune femme ne sait pas de quoi son avenir sera fait : « Je vais aller jusqu’au bout, jusqu’à dimanche. Mais après… On est pas mal à se demander si nous allons rester. Beaucoup sont déjà partis. Le plus triste, c’est qu’il y a pas mal de jeunes qui ont été blasés par l’expérience et se retrouvent aujourd’hui dans la nature… »
«Le NPA ne peut pas se contenter de crier “Vive la révolution”»Même constat désabusé du côté de Yann Cochin, un des membres de la tendance dite « unitaire » favorable à un rapprochement avec le Front de gauche : « Evidemment, beaucoup de gens se posent des questions. Notamment chez nous, les minoritaires, qui n’étaient pas nécessairement à la LCR. On se rend bien compte qu’il y a une perte d’influence réelle du NPA. Et le refus de discuter avec les autres formations ne passe plus. On a eu droit par exemple lors d’une réunion du Conseil politique national à un Alain Krivine nous expliquant qu’il avait fait 0,36% lors de l’élection présidentielle de 1974 et qu’il n’en était pas mort ! Mais le NPA ne peut pas se contenter de crier “Vive la révolution”. Evidemment, il faut soutenir la lutte sociale, mais nous n’avons pas besoin d’un “super syndicat”. Il faut aussi peser dans le débat politique… »
Mais les griefs à l’égard de la direction ne se limitent aux rangs des « unitaires ». D’autres, y compris des anciens de la Ligue, ont peu goûté son incapacité à tracer une ligne claire en matière de laïcité après la polémique autour de leur candidate voilée aux régionales : « Des militantes féministes historiques de la LCR ont été outrées », assure Yann Cochin.
Mais au coup de blues des militants répond aussi un coup de mou du premier d’entre eux, Olivier Besancenot. Il souhaite céder, depuis de longs mois maintenant, le porte-parolat du NPA. Des noms circulent : ceux de Myriam Martin, tête de liste aux européennes dans le Sud-Ouest, et d’Omar Slaouti, son homologue en Île-de-France. La première incarnant la ligne « identitaire », le second la ligne « unitaire ». Un duo qui pourrait réconcilier les militants entre eux, mais qui ne permettra pas d’y voir beaucoup plus clair sur la stratégie du NPA. Reste enfin l’écueil de 2012 : si Besancenot se décide à y aller, c’est à l’évidence à reculons qu’il le fera…
Gérald Andrieu - Marianne
Représentation politique : il y a mieux que les quotas
11/02/2011 15:09 par rgrs
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Représentation politique : il y a mieux que les quotas
11/02/2011 15:09 par rgrs
Constater l'homogénéité de nos élites politiques est une chose. Mais pour le blogueur Romain Pigenel, y répondre par des politiques de quotas est une réponse facile mais qui ne traite pas les problèmes à la source. Une solution républicaine consisterait à analyser pourquoi les catégories non ou mal représentées sont absentes des institutions et des partis politiques.
Comment améliorer la représentation de la société « réelle » dans la classe politique ? Reprenant les chiffres d’études sur l’origine sociale des élus publiés par l’Observatoire des Inégalités, le blogueur Gabale s’interroge sur la différence de structuration flagrante, en termes de classes sociales d’origine, entre population active et différentes catégories d’élus, le fossé tendant à s’élargir à mesure que l’on s’élève dans la hiérarchie des mandats. Le cas des ouvriers est remarquable : loin d’avoir disparu en France comme on l’imagine ou l’entend parfois (ils représentent en réalité 28% de la population active), ils seraient pour le coup quasiment invisibles parmi les élus, représentant 4% des conseillers municipaux, 1% des maires et… 0% des députés. On pourrait bien entendu étendre le constat à d’autres critères (ethniques …). D’où la question : que faire ?
Remarque liminaire : le constat et l’alerte ici émis sont désormais bien entrés dans le discours politique ambiant, du côté des commentateurs comme des acteurs. A gauche mais même à droite, la promotion de la diversité, ethnique beaucoup, sociale également (« Et le handicap, et la jeunesse » ajoute l’écho), est aujourd’hui un classique des déclarations d’intention et des beaux idéaux qui mettent tout le monde d’accord. C’est d’autant plus remarquable que c’est une idée dont on pourrait pourtant discuter : après tout, pourquoi les élus devaient-ils nécessairement être à l’image de leurs électeurs, puisqu’ils sont issus du choix de ceux-ci ?
C’est une chose de constater l’absence totale et donc anormale de certaines catégories de population dans la représentation locale ou nationale, et de vouloir y remédier ; c’est autre chose de pencher, comme on l’entend parfois, vers une logique de quotas, où tout ensemble ou liste de candidatures devrait être jugé à l’aune du respect d’une liste de critères mécaniques et donc quelque peu absurdes, visant surtout le politiquement correct (y a-t-on bien mis le Noir, le banlieusard, le paysan, l’handicapé, l’ouvrier de service ?). Au fond, tout repose sur l’ambigüité du concept de représentation politique.
Mon représentant doit-il me ressembler ou porter mes idées ? Si on ne peut évidemment distinguer complètement les deux aspects, il est clair que leur confusion systématique, à l’inverse, sert toutes les démagogies et manipulations. Et c’est ainsi que l’on arrive à des polémiques stériles comme celles consistant à interroger le degré de « gauchitude » d’untel ou d’untel en fonction de sa richesse personnelle (faut-il être pauvre pour être de gauche ?).
A côté de cette dérive qui conduit d’éminents élus à proclamer urbi et orbi leur amour des carottes râpées pour défendre leur street credibility et faire peuple, je n’épiloguerai pas sur les tentations communautaristes et les défenses ambigües de la statistique ethnique, autres manifestations de la revendication d’une symétrie « parfaite » entre population et élus. Disons qu’à un moment il faut faire un choix : considérer la République comme une recherche partagée d’un bien commun, ou comme une mosaïque de revendications et d’affirmations catégorielles et identitaires (au sens le plus large du terme).
Bien entendu, cette deuxième voie, que je réprouve pour ma part, sera d’autant plus tentante et défendue qu’il y aura une coupure flagrante entre population et élus. Qu’il y ait 15% d’ouvriers parmi les maires contre 28% dans la population ne choquerait (ou ne devrait choquer) personne ; c’est le 1% actuel qui est questionnant. Les revendications excessives dans le domaine des quotas sont la réponse directe, et logique, à l’homogénéité (voire endogamie) ressentie elle aussi comme excessive du côté des élus. Il faut agir pour réduire les écarts aberrants entre composition de la population et profil des élus, afin d’éviter de nourrir des demandes absurdes.
Dans cette perspective, renonçons à penser le problème comme une équation {tant de classes sociales et/ou minorités = tant de représentants}, et repérons plutôt quelles sont les populations « empêchées » d’accéder à un mandat d’élu, cherchons à comprendre la nature des obstacles auxquels elles sont confrontées, et travaillons à les réduire ou à les annuler. Ces obstacles sont autant imputables aux populations en question qu’aux partis qui restent, jusqu’à preuve du contraire, la principale voie d’accès à l’élection.
On peut en citer quelques uns assez évidents : le manque d’entraînement à (ou de pratique de) la prise de parole en public ; le déficit de formation scolaire rendant inabordable la vie de parti, souvent très intellectualisée (à défaut d’être intellectuelle) ; le blocage psychologique (si je ne vois aucun ouvrier député, pourquoi moi, ouvrier, pourrais-je aspirer à cette fonction ?) ; le manque de temps à consacrer à l’activité au sein d’un parti, et l’incompatibilité horaire avec celle-ci ; l’éloignement ou la faible accessibilité des sections des partis politiques ; sans oublier le manque de lien avec les élus en place, puisqu’ils jouent encore un rôle déterminant dans la désignation (cooptation ?) des nouveaux élus.
Les partis politiques, s’ils entendent vraiment jouer un rôle d’organisateur de la vie démocratique, devraient chercher à amoindrir ces obstacles. Ce qui ne signifie ni lancer des opérations de communication démagogiques et d’affichage envers telle ou telle population, ni mettre en place des quotas réservés sur les listes de candidats – l’expérience montre que les quotas, quelle que soit la forme qu’ils prennent, finissent souvent par servir à placer des affidés des élus en place, en prétextant de leur appartenance à telle ou telle minorité quand cela peut servir.
C’est sur un travail structurel de long terme qu’il faut investir. Quelques pistes : reconstruire de vraies politiques de formation au sein des partis, ne se limitant pas à quelques conférences pour se donner bonne conscience et pouvant même, pourquoi pas, être qualifiantes ; s’implanter dans les déserts politiques (à commencer par l’entreprise et le monde du travail – les statuts du Parti socialiste, par exemple, permettent la constitution de « sections d’entreprise » de plein droit, quasiment inexistantes pourtant dans le faits) ; penser de nouveaux espaces-temps de militantisme (autres que la sacro-sainte réunion à 20H00) ; ouvrir et rendre transparentes les conditions et les procédures de candidature à la candidature pour les différentes élections.
Comme par hasard, c’est souvent l’échelon le plus opaque et le plus verrouillé des partis ; un échelon où l’on constate une vraie déperdition de « diversité » (sociale et professionnelle) entre la base militante et les candidats finalement désignés. Les partis politiques, à gauche du moins, sont souvent plus divers et moins homogènes qu’on le pense, quand on considère leurs militants ; ils accouchent cependant de générations d’élus confirmant les statistiques rappelés plus haut. C’est donc qu’une partie importante du problème réside dans la capacité et la volonté (ou non) des partis à organiser l’ouverture de leurs candidatures à l’ensemble de leurs propres militants.
Il existe des mécanismes simples pour améliorer cela, sans recourir au fait du prince ni aux quotas. Pour les élections à scrutin de liste (régionales, européennes notamment), qui représentent souvent un bon moyen de mettre le pied à l’étrier à de nouveaux élus, je suis favorable à ce que les partis introduisent, pour constituer lesdites listes, le principe du
vote classant en leur sein.
Différentes méthodes existent dans ce domaine,
celle de Borda est intéressante : elle consiste à laisser les militants sélectionner, parmi les candidats à la candidature, leurs favoris, puis les classer sur les places disponibles. Par exemple si 30 candidats se présentent pour une liste de 20 places, on choisit 20 candidats par ordre décroissant de préférence. La liste finale est ensuite forgée à partir de la moyenne des votes. Pour que cette opération se déroule sérieusement, elle nécessite un temps de campagne interne pour permettre aux différents candidats de se présenter et de se faire connaître - ce qui est une très bonne chose. Il y a toutes les raisons de penser que ce type de procédure accoucherait de listes de candidats plus diverses (au sens fort, et non cosmétique, du terme) et plus renouvelées, que celles constituées par des processus descendants ou très marginalement démocratiques.
On ne décrétera pas la diversification et la dés-homogénéisation du personnel politique, sauf à se satisfaire de mesures d’affichage dissimulant la continuation du même système, un peu maquillé pour faire taire les critiques. Les partis doivent entreprendre un travail en profondeur non pas simplement d’ouverture (ce qui veut tout et rien dire), mais de ré-ancrage sur le terrain et de « ré-armement » politique des
populations dont ils se sont parfois coupés. Les élites politiques actuelles regagneraient ainsi en intrication avec le pays ce qu’elles perdraient, ou craindraient de perdre, en pouvoir.
Lire d'autres articles de Romain Pigenel sur
son blog.
Aubry en campagne à Dakar contre Sarkozy, Royal et un peu DSK
11/02/2011 15:03 par rgrs
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Aubry en campagne à Dakar contre Sarkozy, Royal et un peu DSK
11/02/2011 15:03 par rgrs
Martine Aubry en campagne ? Présente au Forum social mondial (FSM) de Dakar, la Première secrétaire du PS aime se présenter comme Martine l'Africaine... à l'instar de Ségolène Royal qui rappelle souvent sa naissance et son enfance au Sénégal. Et Aubry de se montrer comme une alter-mondialiste s'il s'agit de rêver d'un « autre monde »... Rien à voir, promis, avec DSK, directeur du FMI peut-être ou peut-être pas candidat à la candidature PS...
Martine Aubry aime l’Afrique. « C’est une de ses destinations préférées » confie un des conseillers qui l’ont accompagné au Forum social mondial (FSM) qui se tient jusqu’au 11 février à Dakar. Pas de raison d’en douter. Ségolène Royal, elle, adore rappeler qu’elle est née au Sénégal. En quatre jours de présence au FSM, et un discours de quelques minutes, sa meilleure ennemie est devenue Martine l’Africaine, la championne d’une « nouvelle alliance » entre l’Occident et le continent noir.
Pour ce qui est de la conception qu’en a longtemps eu le PS, on en était resté aux tribulations de Papa m’a dit (surnom de Jean-Christophe Mitterrand) entre quelques régimes très corrompus et aux réseaux parallèles de la Françafrique socialiste censés concurrencer ceux du vieux parti gaulliste. Martine Aubry qui ne se sent visiblement pas concernée par le fameux « droit d’inventaire » cher à son ancien chef de gouvernement, Lionel Jospin, n’a rien dit des turpitudes passées de son parti dans cette partie du monde. Après le fameux discours de Dakar de Nicolas Sarkozy ( « l’homme africain n’est pas encore suffisamment entré dans l’ histoire... ») et la nullité crasse de la diplomatie française lors des récentes crises arabes, un boulevard s’offrait à elle, emprunté sans réserve aucune, quitte à enfoncer des portes ouvertes. Morceaux choisis.
1) Martine Aubry trouve que la Françafrique, c’est moche et que l’Europe doit reconnaître « les crimes de l’esclavage et les drames de la colonisation ». Le parti de la repentance tient là un adhérent de haut rang… juste un poil en retard par rapport aux exigences des meilleurs historiens africains, surtout soucieux aujourd’hui de re-situer les périodes de la traite et du colonialisme dans une histoire globale autrement plus complexe que ne la décrivent certains procureurs bien pensants.
Rendre hommage aux « combattants africains de l’indépendance » et à ceux qui se sont battus pour la France est d’ailleurs en passe de devenir l’antienne obligée de tout politicien français en déplacement sur le continent. Et cela ne mange pas beaucoup de pain vu que le nombre des intéressés diminue chaque année.
2) Martine Aubry reproche à Nicolas Sarkozy de ne pas comprendre l’importance stratégique de l’Afrique, contrairement aux Indiens et aux Chinois. Fort bien. Mais faudrait-il alors s’inspirer des méthodes chinoises, ce mirage de l’aide au développement, sous forme d’un flot continu de prêts à % dont les contreparties se révèlent dévastatrices: pillage des ressources, obligation d’acheter les produits chinois, chantiers ouverts exclusivement à une main d’œuvre importée des régions pauvres de l’Empire du Milieu, corruption des dirigeants locaux à des niveaux jamais égalés dans le passé ? La Première secrétaire du PS veut évidemment un autre type de partenariat mais sans dire comment il se construit face au bull-dozer chinois.
Elle a de « vraies convictions », répètent ses proches.
a) La production agricole n’ est pas un bien comme les autres et doit logiquement être protégée contre la spéculation propre au marché. Un bon point pour elle selon la vulgate alter en la matière.
b) L’Afrique doit accroître considérablement sa production agricole, il est absurde que certains pays producteurs soient devenus importateurs, subissant ainsi des cours mondiaux sur lesquels ils n’ont aucune prise. Bien vu, Martine : la souveraineté alimentaire du continent aura été une des thématiques majeures du FSM de Dakar.
c) L’Afrique doit protéger son agriculture comme le font les États-Unis et l’Europe. Qui, à l’exception de quelques survivants ultra-libéraux, ne souscrirait à une telle profession de foi ?
C’est donc entendu : Martine est alter-mondialiste. Elle n’a d’ailleurs pas hésité à s’assumer comme tel, « si altermondialiste signifie qu’on veut un autre monde ». Un monde sans FMI, sans l’OMC ? Martine a des convictions mais n’a jamais été gauchiste, a-t-elle souligné. Elle a aussi des contraintes : celle d’une campagne présidentielle à venir qui l’oblige à un savant jeu du chat et de la souris avec un certain Dominique Straus-Khan dont l’épouse souhaiterait précisément qu’il ne rempile pas à la tête du FMI. Une sortie d'Anne Sinclair dans Le Point qui a eu l'art d'agacer Aubry...
Compliqué tout cela. L’altermondialisme c’est chouette, participer à une table ronde sur l’eau rajeunit et fait fonctionner les méninges. Mais il y a une élection à gagner. Alors Martine a expliqué que le FMI façon DSK avait tout de même un peu changé. Pas une révolution, certes, mais du mieux. On ne sait pas trop si elle a aussi tenté aussi d’en convaincre les représentants de plusieurs ONG françaises, invités à une rencontre à huis clos. Selon la formule consacrée, l’échange fût franc et cordial. Pour résumer, les alter préfèrent Martine à Dominique. Mais ne sont pas dupes et demandent à voir. Pour revenir au FMI, en fait le demi satisfecit que lui accorde la Première secrétaire du PS relève plus de la campagne interne au PS que de la réalité des interventions de l’institution internationale. Eu égard au pacte de non agression passé avec DSK- si, si vous ne le croyez pas mais c’est vrai - Martine ménage son rival et retient ses coups, les réservant probablement pour un moment plus décisif. La maire de Lille s’est agacée de l’insistance des journalistes politiques « embedded » à ses côtés à obtenir « la petite phrase » sur l’officialisation, ou pas, de sa candidature. Elle voulait parler « fond », « nouvelles coopérations », « société civile ».
Et promis, juré, il ne s’agissait pas de « gauchir » artificiellement son image, en pensant par exemple à la menace que constitue une candidature de Jean-Luc Mélenchon dont plusieurs membres du Parti de Gauche sont au cœur du FSM. C’était la première fois qu’un Premier secrétaire du PS participait physiquement au FSM. Cela ressemble à une bonne nouvelle mais pour qui au juste ?
Alain Léauthier - Marianne |
http://www.marianne2.fr/Aubry-en-campagne-a-Dakar-contre-Sarkozy-Royal-et-un-peu-DSK_a202666.html
Martine Aubry - capture d'écran - Dailymotion - Rue89
Nicolas Sarkozy a définitivement cessé de prendre le temps de penser avant d’agir
11/02/2011 14:56 par rgrs
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Nicolas Sarkozy a définitivement cessé de prendre le temps de penser avant d’agir
11/02/2011 14:56 par rgrs
Hier soir, le Président de la République était :
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Court, sur les délocalisations industrielles qu’il impute aux 35 heures et à la taxe professionnelle, comme si la surévaluation de l’euro et l’ouverture à tous les vents de notre économie, y compris aux concurrences les plus déloyales, n’en étaient pas les causes principales.
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Insuffisant, sur l’identité nationale, jamais corrélée aux valeurs de la République, sauf dans une incidence sur la laïcité.
A force de développer un activisme brouillon qui l’amène à paraitre en « Spiderman » sur tous les fronts, il manifeste qu’il a définitivement cessé de prendre le temps de penser avant d’agir.
Après avoir écouté « paroles, paroles aux Français », on termine épuisé, et vaguement peiné de la vanité de l’exercice du pouvoir.
Jean Pierre Chevenement
http://www.chevenement.fr/
Photo capturée sur : http://www.lepost.fr/article/2008/05/14/1192842_nicolas-sarkozy-un-cas-d-ecole.html
L’Union Européenne, c’est l’Europe des raisins de la colère
11/02/2011 10:33 par rgrs
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L’Union Européenne, c’est l’Europe des raisins de la colère
11/02/2011 10:33 par rgrs
On nous disait que l’Europe, c’était la paix, la prospérité, l’emploi. Depuis trois ans, il devient tous les jours plus évidents que ces belles promesses n’étaient que du vent. Le projet européen tel qu’il est aujourd’hui, c’est une politique suicidaire de rigueur et un encadrement bien peu démocratique des Etats.
L’austérité jusqu’à l’absurde
140% du PIB : voici le niveau de la dette Grecque aujourd’hui. Ce chiffre devrait atteindre 165% en 2014 (on annonçait vingt points de moins il y a seulement six mois). Bien sûr, la Grèce porte une très forte part de responsabilité, mais la cure d’austérité sans restructuration de la dette, en ayant fait baisser le PIB de 10% en trois ans, en a encore alourdi son poids. Bref, les politiques suivies à Athènes, Lisbonne, Dublin, et sans doute demain à Madrid sont intenables en l’état.
Anne Dastakian, de Marianne, est revenu dans un papier passionnant sur le cas de la Lettonie, qui préfigure peut-être l’avenir des PIIGS… Ce pays a connu une très forte croissance jusqu’en 2007 avant que la bulle n’explose de manière très violente en 2008. Le PIB a reculé de 22% en deux ans, le taux de chômage a atteint 18%, le salaire minimum a baissé de 20%, celui des fonctionnaires de 30%, de même que les dépenses de santé, suite au plan du FMI.
Mais la Lettonie montre bien l’absurdité de ces plans puisqu’après cette cure d’austérité sauvage, la situation n’est toujours pas assainie. En effet, le chef de mission du FMI prévoit un nouvel ajustement équivalent à 7% du PIB pour 2011-2012. Bref, comme le souligne la journaliste, la crise est plus violente que la Grande Dépression des années 1930 aux Etats-Unis. Pourtant, l’Islande nous montre bien qu’il y a une autre voie que les politiques à la Hoover pour s’en sortir.
L’institutionnalisation de politiques absurdes
Mais le pire semble encore à venir avec cette Europe, qui, pour reprendre un bon mot d’Emmanuel Todd, « utilise sa propre puissance économique pour se torturer ». C’est exactement ce que semble proposer le nouveau plan franco-allemand. S’il y a des idées intéressantes (plancher d’imposition, plan de gestion de crise des banques), le fond du plan risque d’enfermer notre continent dans une stagnation économique prolongée et empêcher toute croissance.
L’Allemagne souhaite mettre fin à l’indexation des salaires sur l’inflation : organisant en clair une baisse du pouvoir d’achat des travailleurs ! Cette Europe n’a pas compris que la quête sans fin de la compétitivité est totalement illusoire sachant que le salaire minimum au Bangladesh est de trente euros. De combien faudra-t-il baisser les salaires pour que le vieux continent soit à nouveau compétitif à l’échelle mondiale ? Ne faudrait-il pas chercher à éviter une telle course au moins-disant salarial ?
Enfin, le fait de constitutionnaliser des règles budgétaires poursuit la même logique anti-démocratique de cette Europe qui veut absolument limiter le choix réel des citoyens et entraver la marge de manœuvre des gouvernements nationaux. Après la suppression des politiques monétaires nationales avec l’euro, voici que l’encadrement des politiques budgétaires (soumises à la Commission puis encadrées constitutionnelles) promet de ligoter plus encore les capacités d’actions des Etats.
Le seul point positif de ces derniers mois est de montrer le vrai visage de cette Europe, soucieuse d’augmenter son pouvoir et son contrôle des Etats, et qui mène une véritable politique antisociale au service de la finance et des multinationales. Les masques sont tombés : aux peuples de réagir !
Laurent Pinsolle
http://gaulliste-villepiniste.hautetfort.com/
Photo : http://www.cinemovies.fr/photog-58836-1.html