La gauche et l'Europe

15/06/2011 14:49 par rgrs

  • La gauche et l'Europe

    La gauche et l'Europe

    15/06/2011 14:49 par rgrs

logo-mpep1.pngVisiblement, le dernier texte critiquant la démondialisation, qui avait été posté sur le site de médiapart par une partie de dirigeants scientifiques d'ATTAC, et que j'avais moi-même critiqué ici, n'est pas passé inaperçu. Il semble avoir réveillé la fracture qui traverse aujourd'hui la gauche sur la question des solutions pratiques à mettre en œuvre face à la crise de l'euro et de la mondialisation néolibérale. Le texte en question a d'ailleurs provoqué la réponse virulente de deux de nos économistes préférés Frédéric Lordon et surtout Jacques Sapir qui, probablement à cause du titre de son dernier livre, s'est justement senti visé par le texte d'ATTAC. Il semble d'ailleurs que cette question ait fait débat pendant la réunion organisée par le M'PEP. Elle s'est déroulée ce Week-end. Celle-ci avait comme invités notamment Jacques Sapir, Frédéric Lordon, Emmanuel Todd ou encore Jacques Nikonoff le fondateur du M'PEP et ex-dirigeant d'ATTAC. Je vous invite à écouter les discussions qui ont eu lieu, c'est très instructif et la séance des questions dans la deuxième partie entame quelques sujets très corrosifs. De la position qu'il faut avoir vis-à-vis du FN à la question justement de la stratégie de sortie de l'Union européenne.

 

Partie 1: Chaque intervenant parle 10mn sur "Que faire de l'Union européenne?"

Partie 2: Séance de question-réponse

 

La droite, la gauche et le libéralisme

      Cette affaire montre toute la tension qui existe au sein de la gauche sur cette question européenne. Les gens de gauche étant tiraillés par leur envie de résoudre les problèmes sociaux du pays, leur envie de réduire la fameuse fracture sociale qui est aujourd'hui une fracture béante. Et leur besoin d'idéalisme,et d'internationalisme qui produit chez une grande partie d'entre eux une peur de la nation, de la frontière et  de la limite. Or il est clair que sans les nations et les frontières il est en pratique impossible de résoudre les problèmes actuels. Je ne dis pas bien évidemment qu'il n'existe des problèmes sur ces sujets qu'à gauche. La droite elle aussi est divisée entre sa partie libérale postnationale et sa partie plus traditionnelle et  attachée aux restes de colbertisme qui ont fait la France. Je crois cependant que la droite a moins de problèmes existentiels avec la notion de frontière ce qui me pousse à penser que le déblocage sur la question du protectionnisme viendra en premier de la droite plutôt que de la gauche. En effet, si le discours libéral s'est imposé à droite et notamment dans la partie de la population de la droite qui croit en la nation, c'est avant tout parce que le libéralisme économique se présentait comme efficace pour l'économie du pays. Le libéralisme triomphant des années 70-80 était un libéralisme nationaliste si je puis dire, qui disait en quelque sorte que les nations les plus ouvertes étaient celles qui allaient croitre le plus vite. Le libéralisme de l'époque n'était pas, ou ne se présentait pas uniquement comme un moyen d'écraser les pauvres ou d'accroitre les inégalités. Il y avait derrière lui l'idée d'un plus grand dynamisme. Ce n'est pas un hasard si le FN a été regeanomaniac même si ce parti semble avoir étrangement oublié cette période de sa pensée économique. 

  Si le libéralisme économique a plu à la droite des affaires parce qu'il permettait d'accroitre les dividendes des actionnaires, il ne faut jamais oublier que même à droite les riches sont très minoritaires. Ceux qui vivent de leur rente ne peuvent pas vous faire gagner une élection présidentielle même en dominant tous les médias. Donc si le libéralisme a plu à l'époque à droite c'est aussi, voir même surtout, parce qu'il se présentait comme un moyen d'améliorer encore l'économie française. Il était vu comme une bonne chose pour la nation. Donc on peut dire que l'imposition du libéralisme à droite fut en quelque sorte le résultat d'une erreur. Les patriotes de droite se faisant en quelque sorte flouer par les promesses de la droite d'affaires et de son libéralisme triomphant. Avec comme apothéose l'élection de Nicolas Sarkozy élu comme quelqu'un qui allait redresser la France et son industrie et qui a finalement pour bilan la plus grande destruction d'emploi industriel que la France ait connu dans son histoire récente.  Le libéralisme a affaibli la nation et quand on aime son pays on rejette les politiques qui peuvent nuire à son intérêt. Le virage actuel du Front National peut-être aussi analysé dans ce sens d'ailleurs et pas uniquement dans le sens d'une pure stratégie électorale. Encore une fois, une grande partie des gens de droite ne sont pas libéraux par nature, leur rejet de l'immigration de masse par exemple en est une preuve assez flagrante. Un vrai libéral ne peut pas être opposé à la libre circulation des personnes puisqu'il ne croit pas à l'action collective, mais uniquement à l'addition de comportements et de choix individuels qui compose le marché. La confusion de la droite et du libéralisme est donc quelque chose d'historiquement circonstanciel. La droite n'aura aucun problème moral à rejeter une politique qui n'a en fait tenu aucune de ses promesses. 

À gauche c'est plus compliqué. D'abord parce qu'il faut le rappeler le libéralisme économique vient de gauche. Il s'est construit contre la société traditionnelle et s'est même fait l'ennemie à ses débuts de la rente. Adam Smith critiquait les rentiers de son époque. Ensuite, il y a une forte confusion entre le libéralisme économique et le libéralisme politique qui conduit souvent à penser que l'on ne peut pas avoir l'un sans l'autre. La liberté individuelle s'est construite contre le conservatisme et la droite. Le libéralisme fait donc partie intégrante du logiciel intellectuel de la gauche. Il y a d'ailleurs une certaine contradiction entre le fait de mettre l'individu au dessous de tout sur les questions sociétales, les mœurs, et en même temps s'offusquer des mêmes libertés lorsqu'elles sont dans le champ économique. Il y a là une vraie contradiction entre la gauche qui rêve d'un ordre économique non individualiste, ou socialiste et la même gauche qui porte son attachement aux choix purement individuels sur le plan sociétale. On s'inquiète des choix individuels lorsqu'ils mettent en péril l'organisation économique, mais l'on se fiche des actions individuelles lorsqu'elles mettent en danger les structures familiales ou l'éducation des enfants. Au final si la gauche s'est fait dévorer par le libéralisme c'est peut-être aussi parce qu'il ne pouvait pas en être autrement. Le libéralisme des mœurs de gauche ne pouvant in fine que se traduire sur le plan économique que par un libéralisme débridé. Enfin, la gauche est naturellement portée à l'universalisme tout comme l'est le libéralisme. Si la gauche a facilement accepté le libéralisme, c'était avant tout pour ses promesses d'un monde sans frontière qu'il partage avec son cousin communiste. Vouloir rompre à gauche avec cette notion d'universalisme sera autrement plus difficile que d'imposer l'idée à droite que le libéralisme est économiquement néfaste pour la nation. D'ailleurs à gauche lorsque vous dites que le libre-échange est mauvais pour les salariés français on vous rétorque systématiquement que c'est quand même bon pour les Chinois. Un certain François Hollande peut être futur remplaçant de DSK répétant à satiété ce message. Comme si cela compensait le malheur des ouvriers français.  

 

Et l'Europe  

  Ces problèmes se retrouvent sur la question de l'Europe qui ne fait que reprendre les problématiques que j'ai énoncé précédemment. Dire à gauche qu'il faut sortir de l'Europe pour protéger les salariés français s'oppose à l'idée universaliste que les gens de gauche dans leur majorité croient être une défense plus efficace à l'échelle du monde. Alors il s'agit probablement d'un universalisme mal compris en ce sens que défendre le salarié français par exemple en mettant des protections face à la Chine pourrait obliger cette dernière à augmenter ses salaires chez elle. Ce qui au final serait bon pour le travailleur chinois. Mais la majorité des gens de gauche ne le voit pas ainsi, du moins pas encore. Ce qui compte c'est le réflexe pavlovien qui dit que frontière, égal nationalisme, égal rejet de l'autre. Il sera bien difficile et bien long de faire changer ces idées reçues. Donc quand on dit on va sortir de l'euro ou de l'Europe, l'homme de gauche moyen entend, on va faire du nationalisme, on va exporter nos problèmes chez les autres, alors que c'est en fait l'inverse. À droite par contre on peut s'appuyer justement sur le réflexe nationaliste pour rejeter l'Europe dans l'intérêt de la nation, même si notre but n'est pas uniquement national. C'est paradoxal en fait, la population de droite est plus à même d'améliorer par ses réflexes pavloviens le sort des plus faibles que la gauche dont c'est pourtant la justification existentielle.

YANN 

http://lebondosage.over-blog.fr/article-la-gauche-et-l-europe-76717230.html

Le smic trop élevé?

15/06/2011 14:39 par rgrs

  • Le smic trop élevé?

    Le smic trop élevé?

    15/06/2011 14:39 par rgrs

L'Europe ne perd jamais de temps à révéler ses vraies intentions. Vous pensez que la construction européenne cherche sérieusement un moyen de sortir les peuples d'Europe de la crise? Et bien vous vous trompiez. En réalité, l'Europe, et l'idéologie qui la mène ne cherche qu'une seule chose. Utiliser au maximum la crise pour justifier de plus en plus la démolition du niveau de vie de la population la plus pauvre. Car il faut être complètement demeuré pour croire que dans une crise de surproduction et de demande neurasthénique la baisse des salaires soit une solution appropriée. Vouloir étendre les politiques allemandes suicidaires en matière de demande intérieure ne pourra en définitive que produire un effondrement général de la solvabilité des ménages et donc un effondrement de la demande. C'est pourtant bien ce que réclame aujourd'hui l'Europe. Partout elle veut la saignée quitte à provoquer une hémorragie fatale au patient qu'elle est censée soigner.  

C'est à se demander ce que cherchent à provoquer les "élites" qui dirigent aujourd'hui le continent. Il est vrai que leurs croyances sont en règle générale fondées de telle sorte que leurs politiques ne puissent nuire à leur propre milieu économique. L'atmosphère idéologique de nos élites étant essentiellement mue par l'intérêt de leur propre classe sociale. La crise ne saurait résulter de leurs choix politiques ou de leurs orientations macroéconomiques. Mais uniquement des choix des classes sociales qui pourtant sont dominées et ne choisissent pas les politiques en vigueur. On parle souvent de bouc émissaire lorsque l'on traite des sujets de l'immigration et des problèmes que cela soulève dans nos sociétés. Les problèmes que provoque l'immigration sont pourtant souvent bien réels. L'idée que cette question serve d'échappatoire aux autres questions est  donc partiellement fausse. Par contre, l'acharnement sur les classes pauvres et les soi-disant assistés qui ne représentent en réalité qu'un pourcentage ridicule du PIB, voilà bien un phénomène de bouc émissaire qui vise à dédouaner les élites économiques de leur choix.  

Si l'euro n'est pas viable, ce n'est pas la faute aux Smicards français, ou aux chômeurs grecs. Ils n'y sont pour rien eux si leurs dirigeants ont organisé une monnaie unique totalement en contradiction avec le bon sens élémentaire. Quant au coût présumé des salaires, c'est oublier bien vite le prix que représente le système financier actuel sur les entreprises. Parce qu'il ne faudrait tout de même pas oublier qu'aujourd'hui ce sont bien les entreprises qui financent la bourse et non l'inverse. De sorte que la finance et ses prétentions de rémunération pèsent de plus en plus lourd sur les épaules de nos entreprises. Ce sont des coûts qui sont d'autant plus dommageables que contrairement aux salariées les rentiers et les actionnaires n'ont aucune utilité pratique pour faire fonctionner les entreprises qu'ils ponctionnent. S'il existe une définition du parasitisme c'est bien la finance qui y correspond le mieux, elle prend sans rendre. Il est donc étrange que pour améliorer la sacro-sainte compétitivité ce soit toujours les salariés qui soient mis à contribution alors que leur part n'a cessé de décroitre ces trente dernières années dans la richesse. C'est bien la finance qui a accru son poids de façon délirante. Limité les rendements d’investissement serait par exemple une bien meilleure politique pour améliorer les comptes d’entreprises que de baisser les salaires comme le souhaite la commission européenne sans oser le dire.

C'est d'autant plus vrai que la baisse des salaires va comprimer un peu plus la demande donc in fine la profitabilité des entreprises. Alors que la baisse des rendements des actions ou des gains financiers n'aura aucun impact sur la consommation. En effet, ces catégories de la population étant, soit pingre, soit largement repues, toute augmentation de leur revenu se traduit juste par une augmentation de leur épargne. On en conclut fort logiquement que la baisse de leur rendement actionnariale n'aura que peu d'effet sur la consommation globale du pays. Plus on est riche et moins la propension à consommer est forte, donc plus on a tendance à épargner le revenu supplémentaire. À l'inverse les pauvres consacrent une plus grande part de leur revenu à l'augmentation de leur pouvoir d'achat. C'est ce qui explique qu'un plan de relance, pour être efficace, doit avant tous se centrer sur les revenus les plus faibles. Car c'est la partie de la population qui remet la plus forte proportion de son revenu dans l'échange économique plutôt que de le stériliser dans l'épargne. J'espère avoir bien expliqué ainsi en quoi la proposition de la commission européenne est particulièrement idiote.

 

La France la mauvaise élève de l'inégalité occidentale 

Mais cette fixation sur les salaires français a peut-être aussi une explication différente liée à l'évolution économique de l'occident de ces trente dernières années. En effet, la France a curieusement assez bien résisté à la montée des inégalités qui ont traversé l'occident depuis le début des années 80. C'est probablement pour cette raison qu'il y a un tel acharnement en France à vouloir impérativement adapter notre société aux critères de la supermondialisation. La France est effectivement un cas à part sur la question de l'inégalité salariale. On peut avoir une idée de l'évolution inégalitaire en se rendant sur ce très bon site qui montre les niveaux de vie de chaque pays par tranche de la population. C'est de ce site que je tire les graphiques suivants :

 

inegalite-des-1--les-plus-riche-en-europe.png

Inégalité en Europe évolution de la part des 1% des plus riches dans le PIB national

 

inegalite-pays-riches.png

 

  Evolution de la part des 1% les plus riches dans les PIB des principaux pays riches  

 

inegalite-en-France.png

  Evolution de la part de la population française la plus riche en % du PIB (les premiers10%, 5%, 1% etc jusqu'au 0.1% les plus riches)

   

Comme on le voit sur ces différents graphiques, la France fait figure d'exception surtout chez les grands pays. Le niveau d'inégalité des revenus ayant relativement stagné ces trente dernières années. Il y a eu une légère augmentation chez nous, mais elle n'est en aucun cas comparable avec l'évolution de nos voisins ou pire des états anglo-saxons qui sont sur une autre planète en terme d'inégalité. Évidemment en France une bonne part des inégalités se fait sur le patrimoine et n'entre donc pas dans le cadre de ces mesures. Il se pourrait que notre pays rattrape ses voisins si l'on prenait en compte les inégalités de patrimoine. Cependant, nous nous intéressions dans ce texte au SMIC et donc aux revenus du travail. Et l'on constate que les mesures comme le SMIC ont participé à éviter une évolution trop inégalitaire sur le plan de la rémunération du travail. Et cela malgré l'énorme pression produite par la mondialisation. Il est vrai en même temps que la France a produit aussi un énorme chômage, mais un pays comme l'Allemagne par exemple qui est nettement plus inégalitaire et avec une démographie nettement plus dépressive n'a pas non plus évité le chômage de masse.  

Nos voisins allemands qui n'ont pas de SMIC, mais des salaires qui sont fixés par branche, sont en fait nettement plus inégalitaires que l'économie française. Et cela en ayant un chômage tout à fait comparable au notre sur les deux dernières décennies. Cependant, les derniers chiffres concernant l'Allemagne datant de 1998, il est difficile donc de conclure sur l'évolution récente. Mais si l'on se fit à l'évolution générale il est probable que l'Allemagne a encore accentué ses inégalités. D'autant que la politique allemande a consisté essentiellement à maintenir ses salaires ces 15 dernières années pour accumuler son excédent commercial. On voit également que les pays anglo-saxons largement plus inégalitaires que la France n'ont pas pour autant moins de chômeurs non plus. L'idée que le chômage français serait le fruit de la trop grande égalité ou le fruit du SMIC montre ici tout son caractère idéologique. En fait, il semble que chômage et inégalité ne soient pas forcement lié. Tout dépend en réalité des politiques macroéconomiques maintenues par les dirigeants.  

 D'autre part, il faut rappeler que si le SMIC est trop fort c'est parce que l'on a choisi de mettre en concurrence les salariés français avec d'autres régions du monde où, à productivité égale, les salaires sont ridicules. Il s'agit là encore d'un choix politique, et non d'une évolution naturelle qui nous tomberait subitement sur la tête. Comme aimeraient le faire croire les défenseurs des rentiers et des actionnaires. Que le libre-échange soit remis en cause et la question du SMIC devient une non-question. À vrai dire si l'on regarde la part des salariés dans la richesse nationale il s'avère que les salaires n'ont pas assez augmenté ces vingt dernières années. Donc que le SMIC n'est en fait pas assez élevé au contraire de ce qu'affirme la commission européenne. La vraie question à se poser ici est donc de savoir quel est le but de l'économie. Est-ce que c'est d'augmenter indéfiniment la rente de parasites qui gagnent de l'argent en dormant sur leur capital? Ou bien. Est-ce que c'est de faire en sorte d'avoir le chômage le plus bas possible et des revenus convenables pour ceux qui font fonctionner l'économie? On sait déjà quelle est la réponse de la commission européenne à cette question.

YANN

http://lebondosage.over-blog.fr/article-le-smic-trop-eleve-76584438.html

 

La divergence des BRIC partie1: L'Inde

15/06/2011 14:34 par rgrs

  • La divergence des BRIC partie1: L'Inde

    La divergence des BRIC partie1: L'Inde

    15/06/2011 14:34 par rgrs

L'idée m'est venue de faire un topo sur la situation économique des futures grandes puissances économique que sont les BRIC. À vrai dire c'est l'interview de Jacques Sapir qui m'a inspiré. Il est vrai que l'on parle souvent de ces nations émergentes comme si en définitive elles en étaient au même point de développement. Ou si leur évolution était en tout point similaire. La réalité crue c'est que la seule chose qui unit les Bric est leur volonté d'indépendance nationale vis-à-vis de l'extérieur et surtout vis-à-vis de l'occident. En quelque sorte, les Bric sont les vrais représentants de l'esprit gaulliste des années 60, celui promulguant un monde multipolaire dans lequel chaque nation défend jalousement son indépendance nationale. Ces états ont des stratégies industrielles politiques et commerciales visant à leur indépendance et à leur progrès économique, et en cela elles sont des exemples. Je commence aujourd'hui par attaquer un gros morceau, l'Inde. Je commence par elle notamment parce qu'un article récent de l'INED vient de décrire la situation actuelle de la démographie. Et ceux qui lisent régulièrement ce blog savent à quel point la démographie est un point important dans l'évolution économique d'un pays. L'Inde est une très grande nation et son rôle dans l'avenir de la planète est évidemment central. Nous allons donc nous évertuer à voir où cette nation en est, et où son évolution démographique et économique la mène à plus ou moins long terme. Nous verrons d'ailleurs dans la partie économique que les relations entre l'Inde et l'autre géant des Bric la Chine ne sont pas aussi splendides que çà. Et que cette alliance  que représentent les Bric n'est en fait que circonstancielle.

 

La démographie indienne 

Nous commençons donc par la démographie de cet immense pays. L'Inde fait déjà 1,2 milliard d'habitants, elle a gagné en dix ans 182 millions d'habitants. Et la croissance démographique va continuer encore quelques années malgré la baisse progressive de la natalité du pays. Essentiellement à cause de l'effet d'inertie démographique, la croissance démographique annuelle est encore à 1.64% par an ce qui reste relativement élevé. On est certain aujourd'hui que l'Inde finira par devenir le pays le plus peuplé du monde devant la Chine. Ce qui est une première historique, puisque la Chine a toujours été le pays le plus peuplé du monde, depuis l'invention de l'écriture et le commencement de l'histoire humaine. De plus, la divergence entre l'évolution démographique des deux pays, va fortement se faire sentir à long terme. En effet, la Chine a connu une transition démographique plus précoce alors que l'Inde a eu une politique de contrôle des naissances bien avant l'Empire du Milieu. Cette situation pourrait tendre à faire croire que les politiques de planning familiales ne servent pas à grand-chose. En réalité, c'est surtout la limite liée au régime politique qui explique ces différences. L'Inde est une démocratie malgré ses restes de sociétés de caste, elle a contrôlé sa natalité par des moyens que l'on dira humainement raisonnables. La politique de l'enfant unique en Chine ne pouvait s'imaginer que dans un pays où l'autorité centrale était suffisamment puissante pour être pratiqué avec toute sa violence et sa cruauté parfois. Même s'il faut reconnaître son efficacité à court terme la Chine connaissant un ralentissement démographique largement plus rapide.  

 

evolution-fecondite-inde.png

 Source: bureau des statistiques Indiennes 

  

Cependant, si la méthode chinoise de contrôle démographique a eu des effets plus rapidement et a permis le décollage du niveau de vie chinois, c'est au prix d'un déséquilibre à long terme que l'Inde semble en passe d'éviter.  En effet comme vous le voyez sur le tableau précédent le TFR( Total fertility rate) baisse continument, mais de façon relativement lente et progressive. L'Inde n'a pas connu un effondrement de la natalité comme les pays d'Europe latine, les pays arabes récemment ou la Chine avec son enfant unique. Le résultat c'est que cette évolution progressive va permettre à l'Inde un atterrissage en douceur aux alentours du seuil de reproduction. Car comme nous l'a appris Pierre Chaunu dans ses oeuvres plus une fécondité descend vite, brutalement, et plus elle risque de tomber bas une fois la transition passée. Ce qui produit des effets secondaires extrêmement néfastes comme en Allemagne ou au Japon. Il semble donc qu’à très long terme le choix de l'Inde soit un choix plus équilibrer que celui de la Chine qui va faire face dans les vingt prochaines années aux conséquences de son vieillissement massif. Cependant, il est vrai que l'Inde à cause de cette lenteur de la baisse de la fécondité connait en contrepartie une hausse de la population trop importante. Il suffit de regarder la densité moyenne de la population dans certains états pour imaginer les problèmes agricoles et les problèmes de ressources en eau potable.

  Densite-pop-Inde.png

  

Une telle carte relativise les discours sur une France surpeuplée. Franchement il y a des états indiens comme le  Bengale occidental qui ont une densité de plus de 1000 habitants au km². L'Inde en moyenne c'est 382 habitants au km², la France elle ne fait que 105 habitants au km². Nous avons de la marge avant d'être aussi surpeuplés qu'eux. Il faudrait presque multiplier notre population par quatre pour atteindre de tels niveaux. Quoi qu'il en soit comme je le disais précédemment l'Inde va encore connaitre une croissance démographique importante dans les années qui viennent le temps que la baisse de la natalité fasse sentir son effet. La croissance ralentit, comme le montre le graphique suivant, mais reste importante.

 

croissance-demographique-indienne-par-decade.png

 Source: bureau des statistiques Indiennes 

   

Autre problème il existe un rythme très inégal dans la croissance démographique indienne suivant les états. Entre le Nagaland dont la population a baissé de 5% sur les dix dernières années, et l'état du Meghalaya qui a augmenté de 27% sa population en 10 ans il y a un gouffre. L'Inde mérite ainsi vraiment sa définition de nation continent la variété culturelle locale se reflétant dans la variété de l'évolution démographique. Il reste à espérer que la mobilité de la population permettra à terme d'éviter des densités insupportables pour certains états.

   

Inegalite-de-la-croissance-demographique-indienne.png

 Source: bureau des statistiques Indiennes 

   

  Au cas où certains seraient en train de se demander si les régions les plus fécondes sont musulmanes, la réponse est, cela dépend. En fait, en regardant l'évolution démographique de l'Inde on ne peut que constater qu'il n'y a pas de lien entre la religion et le taux de fécondité. Certaines régions musulmanes ont effectivement une forte croissance démographique d'autre non. L'état du Meghalaya que j'ai cité précédemment pour sa forte croissance démographique a ainsi une majorité  chrétienne qui représente 65% de la population.   Tout ceci ne fait que confirmer les travaux de notre démographe préféré Emmanuel Todd pour qui religion et démographie n'ont pas vraiment de liens de causes à effet. En tout cas, cela ne se voit pas dans les données.

 

Religon-en-Inde.jpg

Source Herodote

  

  Après ce petit exposé sur la situation indienne en matière démographique nous comprenons bien que le pays n'est pas encore dans la phase développement. En effet, l'Inde a quelques décennies de retard sur la Chine. Ce pays n'en est qu'au début des effets positifs du ralentissement démographique, dans quelque temps les actifs vont augmenter beaucoup plus rapidement que les inactifs à cause de la baisse du nombre de jeunes à éduquer. La fenêtre de développement s'ouvre à peine pour ce pays. La croissance économique devrait donc s'accélérer dans les années qui viennent sous cet effet classique de la transition démographique. En effet au cours du passage de la transition démographique il y a un moment où le nombre d'actifs augmente très rapidement pour nous ce fut la période des trente glorieuses. Plus d'actif en proportion cela signifie moins de charges par tête et donc une plus grande capacité à produire et à consommer. Évidemment cela n'a qu'un temps puisqu'après le pays vieillit. C'est un moment particulièrement opportun pour industrialiser facilement une nation. Tout du moins si l'Inde ne fait pas trop d'erreurs dans ses politiques macroéconomiques.  À très long terme il est probable que l'Inde dépassera la Chine en terme de dynamisme non seulement à cause de sa population plus grande, mais surtout parce que l'Inde est partie pour avoir une fécondité d'équilibre une fois la transition passée. Je me demande quel effet ses écarts d'évolution démographique vont produire sur les relations entre l'Inde et la Chine. La Chine richissime vers 2030 se voyant dépassée petit à petit par un pays beaucoup plus jeune et dynamique à ses frontières. On a connu en Europe de telles évolutions et l'on sait par expérience que les tensions montent dans ce genre de cas. Il en ira probablement de même entre la Chine et l'Inde qui se disputeront alors la première place du podium économique mondial.

 

L'évolution économique de l'Inde

  

Venons en maintenant au sujet favori de ce blog l'économie. La situation économique indienne réelle est assez éloignée des  quelques idées reçues trop répandues sur ce pays. Tout d'abord, le pays n'est pas si dynamique si on la compare à ce qui est comparable. Ensuite, la situation commerciale de l'Inde est en réalité assez difficile notamment face à la Chine qui lui fait économiquement mal. Comme je l'ai dit juste avant l'Inde n'a pas encore décollé à cause de son retard démographique, il est certain par contre que dans une dizaine d'années elle sera probablement le pays le plus dynamique du monde sauf accident. Comme vous pouvez le voir ci-dessous la croissance indienne très forte par rapport à nos critères de pays en décadence. Elle est en faite faible si on la compare à la croissance chinoise. Et surtout il faut prendre en compte la croissance démographique de la population. La Chine connait une croissance plus forte avec une croissance démographique largement inférieure ce qui signifie que le PIB par tête y augmente largement plus vite. La croissance indienne est donc plus une croissance quantitative pour l'instant qu'une croissance qualitative, mais c'est normal puisque ce pays n'est encore qu'au début des effets de la transition démographique.  Avec le ralentissement de l'augmentation des jeunes et l'accélération du nombre d'actifs l'Inde devrait rapidement voir son niveau de vie augmenter. Pour l'instant, la croissance par tête reste relativement lente et le pays n'est pas prés à ce rythme à rattraper les niveaux de vie occidentaux ou même chinois. Il faut savoir distinguer qualité et quantité. La simple croissance démographique créant une croissance économique par nature. Cependant ce développement de l'Inde que j'annonce c'est sans compter sur les effets de la mondialisation néolibérale à laquelle malheureusement l'Inde s'est jointe. Ce pays qui reste encore protectionniste sur nombre de secteurs comme l'automobile a quand même entamé une orientation libre-échangiste palpable depuis le début des années 2000. Bangalore, la fameuse ville qui fait office de Silicon Valley indienne est un peu le symbole de cette ouverture qui est censée être positive pour l'économie indienne. De nombreuses entreprises occidentales ont ainsi délocalisé leurs activités informatiques et de service en Inde. Ce pays jouissant de salaires faibles, de programmeurs bien formés et en très grand nombre. Mais l'ouverture aux échanges a eu aussi des effets sur les importations indiennes et pas seulement sur ses exportations de services. En effet si l'Inde écrase la concurrence européenne ou américaine par ses coûts extrêmement faibles dans les services informatiques, elle est par contre mal armée pour résister à l'ogre géant de l'Asie montante la Chine dans d'autres domaines. Qui plus est, cette dépendance à l'exportation a couplé la croissance indienne à la situation du reste du monde. L'Inde se rendant ainsi très sensible aux variations de l'économie mondiale.

Le tableau précédant est assez clair. L'Inde souffre aujourd'hui de la concurrence chinoise avec un déséquilibre impressionnant, les exportations chinoises vers l'Inde étant deux fois plus importantes que les exportations indiennes vers la Chine. Des tensions se font d'ailleurs sentir entre les deux pays l'Inde souffrant de la concurrence chinoise comme le rapporte cet article de Reuters. Là comme ailleurs la Chine joue un jeu de cavalier solitaire poussant son concurrent à la faillite. Heureusement l'Inde ne commerce pas qu'avec la Chine et rééquilibre en partie son commerce extérieur en siphonnant comme tout le monde l'occident et les USA en particulier.  Mais c'est globalement insuffisant pour rééquilibrer le tout. Ainsi la balance commerciale indienne est déficitaire comme on peut le voir sur le graphique suivant. Ce déficit oblige le pays à emprunter sur les marchés financiers pour financer sa dette, vous connaissez la musique. La libéralisation du commerce indien s'il a donc développé les services informatiques locaux a surtout desservit l'économie indienne dans son ensemble. Le déficit commercial en est la preuve.  Et dans un pays fortement inégalitaire à la base cela ne peut qu'amplifier encore un peu plus la lutte des classes locale. Avec tout ce que cela signifie en terme de tension sociale, ethnique ou religieuse pour un pays extrêmement diversifié sur le plan ethnoreligieux.

 

Balance-commerciale-Inde.png

  

 

Comme le disait Jacques Sapir dans son dernier interview, la croissance économique est avant tout un phénomène endogène aux sociétés. Le cas de certains pays fortement exportateurs ne doit pas cacher d'une part les dégâts que cela cause dans d'autres régions du monde, y compris les nôtres. Mais cela cache aussi le fait que ces déséquilibres sont par nature intenables à long terme. Ensuite les spécialisations induites par la mondialisation des échanges produisent localement des amplifications d'inégalité. Si les ingénieurs indiens sont surement contents de pouvoir piquer des emplois aux Français ou aux Américains, on peut se demander en revanche ce que les producteurs de textiles ou d'électronique indiens pensent de la libération du commerce avec la Chine. En plus, l'Inde n'avait pas besoin de développer ses exportations pour développer son économie. Grâce au potentiel de son immense marché intérieur, il lui suffisait de s'ouvrir aux investissements extérieurs tout en restant barricadé dans ses frontières, comme l'a fait la Chine dans les années 80-90 avant son entrée dans l'OMC, pour avoir une forte croissance et un développement technique. L'ouverture aux échanges de l'Inde est à double tranchant pour son économie surtout qu'elle se produit à un moment où le seul moteur de la consommation mondiale, l'Occident, cale. L'Inde nous montre également que la mondialisation n'est pas un bénéfice pour tous les pays en voie de développement. Comme le rappelait récemment Sapir c'est surtout la Chine qui a bénéficié de la mondialisation. L’Inde, si elle participe à la destruction des économies occidentales, est aussi victime de l'excédent chinois.

YANN 

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Le droit du peuple grec à disposer de lui-même

15/06/2011 14:25 par rgrs

  • Le droit du peuple grec à disposer de lui-même

    Le droit du peuple grec à disposer de lui-même

    15/06/2011 14:25 par rgrs

Je pars en Grèce demain pour soutenir les manifestations contre le plan d’austérité car aujourd’hui, dans ce pays d’Europe berceau de notre civilisation, c’est tout simplement le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes qui est bafoué.

Ceux qui ont en permanence à la bouche l’expression droit de l’homme ou le mot démocratie restent pourtant bien silencieux face à cette situation sans précédent sur notre continent.

Des organisations supranationales sans aucune légitimité démocratique sont en train de ruiner et de spolier un membre de l’Union européenne… et tout cela serait normal !

Il est vrai que la classe politique grecque habitée plus encore que chez nous par une fausse alternance leur facilite le travail. Pour autant, il est indispensable, au moment où ce peuple se sent abandonné de tous, culpabilisé, vidé de sa substance sur le plan économique, social et surtout moral, d’aller lui dire : vous n’êtes pas seuls, vous devez résister, vous pouvez agir autrement.

L’enjeu n’est pas pour moi simplement de partager l’indignation si légitime soit-elle du peuple grec, mais bien de lui proposer une voie raisonnable et solide de sortie de crise.

Aider la Grèce à retrouver sa souveraineté pour mener une politique conforme à ses intérêts, c’est bien sûr aussi servir l’Europe toute entière. Car, n’en doutons pas, non seulement le plan d’austérité est choquant, mais il est totalement inefficace.

En asphyxiant l’économie grecque, l’Union européenne et le FMI scient la branche sur laquelle ils sont assis. Dans les faits, ils sont les idiots utiles d’un système financier mondial qui sait très bien que la Grèce devra sortir de l’euro et ne pourra pas rembourser toutes ses dettes, mais qui profite des plans de soutien pour refiler ses créances douteuses sur le contribuable corvéable à merci.

La Banque Centrale européenne a déjà racheté 45 milliards de dette grecque, les Etats 100 milliards ; et maintenant, ils veulent aller encore plus loin pour plus de 60 milliards supplémentaires. Au terme de ce tour de passe-passe extravagant, les deux tiers de la dette grecque ne seront plus détenus par les banques mais par les Etats. Des Etats qui ne se privent pas de demander toujours plus de sacrifices à leur population au nom de la soi-disant bonne gestion.

Ce sont donc les peuples qui sont les premières victimes de ce piège de l’endettement mis en œuvre et soutenu par les dirigeants européens au profit d’une petite oligarchie qui s’exonère de toute responsabilité.

A Athènes demain, je proposerai la sortie de l’euro, une restructuration en douceur de la dette, une relance de la croissance et de l’emploi, une nouvelle coopération entre les Etats européens.

Dans ces périodes troublées où le monde craque sous le réveil des peuples, il est vital que des consciences, d’où qu’elles viennent, s’élèvent et proposent un autre destin. La tâche est bien sûr périlleuse car ce sont toujours dans ces mêmes périodes que les récupérations excessives peuvent abuser des colères populaires.

Raison de plus pour se relever les manches !

Nicolas Dupont Aignan

Dessin : http://www.wikio.fr/article/grece-union-europeenne-bce-fmi-grec-247480322
http://blog.nicolasdupontaignan.fr/post/Le-droit-du-peuple-grec-%C3%A0-disposer-de-lui-m%C3%AAme

Interview de Nicolas Dupont-Aignan dans le Figaro

15/06/2011 14:19 par rgrs

  • Interview de Nicolas Dupont-Aignan dans le Figaro

    Interview de Nicolas Dupont-Aignan dans le Figaro

    15/06/2011 14:19 par rgrs

INTERVIEW - Le président de Debout la République refuse le « pansement bleu » de l’UMP comme le « pansement rose » des socialistes.

Candidat à la présidentielle de 2012, Nicolas Dupont-Aignan, président de Debout la République et député (non inscrit) de l’Essonne, sera demain à Athènes pour soutenir la grève générale contre le plan de rigueur adopté par la Grèce. En 2007, il n’avait pu aller au bout de sa candidature faute d’avoir obtenu les 500 parrainages. Il vient de publier L’Arnaque du siècle, l’euro, les banquiers et la mondialisation (Éditions du Rocher, 13 €).

LE FIGARO. - Pourquoi manifester aux côtés des Grecs ?

Nicolas DUPONT-AIGNAN. - Parce que le plan dit « d’aide » européen est en train de tuer l’économie grecque, qui ne pourra pas rembourser sa dette et va donc ruiner les contribuables européens : 17 milliards pour les Français, soit le gain de la réforme des retraites. Et la fuite en avant continue puisque l’Union européenne veut encore ajouter 60 milliards aux 100 milliards d’aide de mai dernier. Le seul objectif, retarder l’inévitable sortie de l’euro de la Grèce et la restructuration de la dette pour permettre aux banques de récupérer une partie de leur mise en la transférant sur les contribuables. La dette grecque sera les nouveaux emprunts russes ! (Au début du XXe siècle, un million et demi de Français avaient investi dans des emprunts lancés par la toute jeune Union soviétique, mais ils n’ont jamais été remboursés, NDLR). Les dirigeants européens font penser aux médecins de Molière qui imposaient à des malades épuisés de nouvelles saignées. La vraie folie, c’est de continuer cette politique au service des banques et contre les peuples. Être raisonnable, c’est au contraire préparer dans le calme la sortie de l’euro de la Grèce, seul moyen de relancer la croissance et l’emploi dans ce pays exsangue et révolté.

N’êtes-vous pas manichéen ?

Regardez comment les peuples d’Europe se parlent par presse interposée : « Ils n’ont qu’à vendre leurs îles ! » lancent les Allemands en parlant des Grecs. « Faut-il obéir au IVe Reich ? » répondent les Grecs… Quel gâchis ! L’euro, censé consacrer l’union, n’a fait qu’exacerber les différences, intensifier les exaspérations. L’Europe supranationale s’effondre devant nous. Seule une Europe respectueuse des démocraties peut réussir.

Quels enseignements tirez-vous de votre précampagne présidentielle, commencée voilà six mois ?

La colère des Français est là, sourde et froide. Notre pays épuisé par l’euro trop cher, les charges trop lourdes et le libre-échange déloyal, est en train de perdre ses forces économiques alors que ce n’est pas une fatalité. Le PS propose un pansement rose, l’UMP un pansement bleu. C’est une fausse alternance. Les Français ont très bien compris que le pouvoir n’avait plus le pouvoir et faisait semblant d’agir. Moi, je propose un antibiotique en faveur de l’économie réelle pour relancer notre compétitivité, seul moyen de conserver notre niveau de vie. Mais pour cela, bien sûr, la France doit retrouver sa capacité d’agir, sa souveraineté. Si l’on veut relocaliser l’emploi, il faut sortir de l’euro, favoriser l’investissement productif, libérer les initiatives. C’est le sens de ma candidature, ramener la droite à la raison. Remettre le pouvoir, confisqué par une caste mondialiste, au service des Français.

Marine Le Pen a été créditée de plus de 20% d’intentions de vote par certains instituts de sondage : n’est-ce pas décourageant pour vous ?

Si l’on ramène ce chiffre à son exposition médiatique, je réalise un bien meilleur score qu’elle ! Marine Le Pen reprend certains des thèmes que je défends, mais elle reste prisonnière d’un parti qui divise les Français. Notre pays ne se redressera que par le rassemblement des Français derrière le drapeau, l’effort et les valeurs de la République.

 

Article Le Figaro

http://www.debout-la-republique.fr/Interview-de-Nicolas-Dupont-Aignan,1397.html

Lagarde au FMI: pour un débat au Parlement!

15/06/2011 14:09 par rgrs

  •  Lagarde au FMI: pour un débat au Parlement!

    Lagarde au FMI: pour un débat au Parlement!

    15/06/2011 14:09 par rgrs

 

 
Alors que les jeunesses d’Europe se mobilisent pour réclamer un changement profond d’orientation politique, le petit « train-train » néolibéral poursuit son « bonhomme » de chemin. Pays après pays, les sociétés sont confrontées à des difficultés sociales croissantes : augmentation considérable de la précarité, baisse du pouvoir d’achat, augmentation des produits de premières nécessités – surtout alimentaires – scandaleuse stigmatisation des pauvres et de la pauvreté...

Et, Christine Lagarde va quitter Bercy pour prendre le chemin de Washington comme si tout cela allait de soi. La normalité de la mondialisation financière règne et impose sa force tranquille. Ce qu’approuvent certains à gauche. Certes, Madame Lagarde est une femme respectable mais le FMI, l’est-il et respecte-t-il les peuples ?

Quel modèle social soutient-elle ? Quelle politique souhaite-t-elle mettre en place ? Pense-t-elle que seule la rigueur imposée au peuple peut venir à bout de la crise économique et financière ? Pense-t-elle encore -comme le 27 juillet 2009 sur le 20 heures de France 2- que la taxe carbone sera la taxe « qui va sauver la planète ?», pense-t-elle encore que la « crise est finie et qu’elle est derrière nous » comme elle l’annonçait dès août 2007? … Oui souvenons-nous de cette annonce incroyable.

Si, tel est le cas, est-elle franchement la mieux placée pour occuper une telle responsabilité ? Que pense-t-elle du fonctionnement de l’euro, de la surévaluation du yuan, de notre absence de politique de change ? Que pense-t-elle du déséquilibre entre les revenus du capital et ceux du travail ? Que pense-t-elle de l’obligation faite aux Etats européens de soumettre leur budget à la commission de Bruxelles avant que nous puissions les voter ?

Des questions, il y en a encore beaucoup à adresser à Madame Lagarde. Ce sont, je pense, des questions dignes d’intérêts. Pourquoi ne peut-on avoir un débat au Parlement ? Sommes-nous déjà à ce point dans l’au-delà de la démocratie –et en ce qui nous concerne- de la République ? Après tout, le FMI ne se targue-t-il pas de « gouvernance mondiale » ?

Mais la gouvernance, n’est-ce pas le pouvoir sans les responsabilités qui devraient l'accompagner ?


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Consulter le blog de Christian Hutin.

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Source : Marianne2.fr

Un quinquennat pour quoi ?

15/06/2011 14:05 par rgrs

  • Un quinquennat pour quoi ?

    Un quinquennat pour quoi ?

    15/06/2011 14:05 par rgrs

Par Marie-Françoise Bechtel, vice-présidente de la Fondation Res Publica. Dans le manque de sens de ce quinquennat, les circonstances, sans doute, ont eu leur place. Mais savoir les intégrer, savoir dépasser son projet initial comme la plupart de ses prédécesseurs ont su le faire, voilà ce qui aura manqué à Nicolas Sarkozy.

L'Internaute a demandé à une série d'experts et de think-tanks de faire un premier bilan du quinquennat qui s'achève et de dresser les priorités de la campagne de 2012. La tribune de Marie-Françoise Bechtel, vice-présidente de la Fondation Res Publica.

Résumer le quinquennat de Nicolas Sarkozy en termes de bilan est une tâche peu aisée. Ce quinquennat, contrairement aux mandats précédents, même le mandat interrompu de Georges Pompidou, laisse le sentiment d'une oeuvre mal définie : de Gaulle a exercé ses mandats en vue du projet de redresser la France, Pompidou pour faire la transition vers un conservatisme plus classique, VGE pour moderniser en surface, Mitterrand pour changer la donne en profondeur, Chirac pour maintenir cahin-caha une France fragilisée dans un monde qui lui échappait. Une série de contradictions obscurcissent au contraire non pas l'action, ce qui est normal, mais le fond même du projet de Nicolas Sarkozy.

Que voulait Nicolas Sarkozy ?

Avant tout faire la "rupture" celle que la presse économique appelait de ses voeux depuis une bonne vingtaine d'années. Revoir la protection sociale, limiter le rôle de l'Etat, en bref, mettre la France aux normes libérales. Outre une résistance mal évaluée de la société française, survient la crise financière puis économique qui va le conduire à un discours volontariste parfois même étatiste jusqu'au sein de l'Union européenne. Ainsi éclate en morceaux le projet même qui devait donner son axe au quinquennat. On a donc des morceaux de « rupture » comme la réforme des retraites ou le choix fiscaux sans aucune cohérence d'ensemble. Faute d'avoir cette croissance économique que le candidat était prêt à aller chercher "avec les dents", il eût fallu revoir les priorités de la "réforme", retombée dans la banalité du libéralisme économique le plus classique.

Un quinquennat sécuritaire ? Outre qu'on aurait du mal à voir là un projet en soi, ni le redressement de la délinquance ni surtout la course de rattrapage des fait divers sanglants à coups d'annonces législatives rarement actées n'ont pu donner une cohérence à un discours dont la réactivité et l'agitation même ont été comme un écho aux actes isolés auxquels Nicolas Sarkozy prétendait donner un caractère emblématique.

Une société moins laïque et plus chrétienne (discours au Vatican en 2008, débat sur l'identité nationale) était l'accompagnement en termes de valeurs du projet présidentiel. N. Sarkozy a renoncé à réviser en ce sens la loi de 1905 et, si l'on ne peut que s'en féliciter, on voit bien que c'est plus résignation aux fondamentaux de la société française que compréhension de ses valeurs profondes.

L'atlantisme, projet majeur et traduction en politique étrangère de la "rupture". Nicolas Sarkozy choisit de se prosterner devant Bush, président dévalué et de toute façon sortant en battant froid à son successeur qui était pourtant à l'évidence le bon partenaire. Quant au retour au sein du commandement intégré de l'Otan, il consiste à mettre fin à notre indépendance sans aucune compensation, faisant perdre à la France le rôle qu'elle pouvait encore jouer vis-à-vis de l'Est et, bien sûr, du Sud.

Quid de la réforme des institutions ? En ce qui concerne l'exécutif, elles ont finalement résisté : le partage des rôles entre le président et le Premier ministre est en train de revenir vers la normale, avec pour seul effet collatéral d'avoir désorienté et démotivé l'administration. Quant au Parlement, nouvelle contradiction cette fois, entre les pouvoirs nouveaux censés accroître le rôle des assemblées et une réforme comme la "question prioritaire de constitutionnalité" qui bride au contraire le pouvoir souverain du Parlement de faire la loi. On ne saurait oublier, au titre des contradictions, l'adoption contre le choix référendaire du peuple souverain du traité de Lisbonne.

Trop de vide et trop de plein, ainsi a-t-on envie de résumer le quinquennat qui s'achève : vide des annonces non suivies d'effet, spécialement en matière pénale et policière ; vide d'un message de « rupture » qui n'est que la reprise de la vulgate libérale mise au point au XIXe siècle et qui revient à intervalles réguliers depuis lors. Trop plein de gestes, multiplication de discours volontaristes non suivis d'effet, de symboles inutilement provocateurs (le curé contre l'instituteur)...

Dans le manque de sens de ce quinquennat, les circonstances, sans doute, ont eu leur place. Mais savoir les intégrer, savoir dépasser son projet initial comme la plupart de ses prédécesseurs ont su le faire, voilà ce qui aura manqué à Nicolas Sarkozy.

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Source : L'Internaute
 

Prime aux salariés : « Nul ne saura qui a reçu quoi, quand et combien » ?

15/06/2011 13:59 par rgrs

  • Prime aux salariés : « Nul ne saura qui a reçu quoi, quand et combien » ?

    Prime aux salariés : « Nul ne saura qui a reçu quoi, quand et combien » ?

    15/06/2011 13:59 par rgrs

Sans surprise, on apprend que, suite au lobbying des organisations d'employeurs contre le projet de prime aux salariés : Celle-ci, rencontre, avant sa discussion, ce soir à l'Assemblée : « beaucoup de réticences des élus de l'UMP »


Le 5 février 2009, Nicolas Sarkozy le « monsieur plus » du pouvoir d'achat et de la répartition des bénéfices déclarait, avec une fougue quasi marxiste : « Le compte n'y est pas pour les salariés », et de dénoncer « le siphonage des profits par les actionnaires »

Or, ce soir, commencent à l'Assemblée Nationale, les discussions sur : « le versement d'une prime aux salariés des entreprises de plus de 50 salariés dont le dividende par action augmente par rapport à la moyenne des deux exercices précédents » Voulue par notre Président
nous rappelle Le Monde

Cette discussion, risque bien de mettre fin aux grands discours de l'exécutif, et laisser un goût amer à l'ensemble des salariés français. Ces mêmes salariés qui vont constater que, si l'état peut modifier le code du travail à la demande des employeurs, il ne peut les contraindre à augmenter les salaires ou
accéder à : « (...) la demande des salariés d'être associés aux bénéfices des entreprises dont ils ont contribué à créer la richesse (...) »

Car, comme nous vous l'expliquions sur Slovar le
31 mai dernier dans : « Prime aux salariés : Députés et Sénateurs vont-ils donner satisfaction au Medef ? »

Laurence Parisot avait définit la stratégie de son organisation de la façon suivante : « On va expliquer aux députés, aux sénateurs » (...) Plus simplement, l'organisation patronale va effectuer, une vaste opération de lobbying auprès des parlementaires (...) »

Hier, à 24H00 du début de la discussion à l'Assemblée Nationale, le Medef a publié sur son site Web, un
texte cosigné avec la CGPME et l'UPA : « La CGPME, le Medef, et l’UPA rappellent leur opposition à une prime liée aux dividendes »

Si celui-ci, rapelle l"hostilité des organisations patronales à la prime, pour des raisons plus ou moins idéologiques, comme : la non ingérence de l'état dans la vie des entreprises ou la méconnaissance des pouvoirs publics de la situation des entreprises, versant des dividendes. On notera le message ( volontairement surligné en gras sur le site), adressé aux députés

Extrait : « (...) nous appelons les parlementaires à bien peser les conséquences de leur décision. Laisser l'Etat s'immiscer dans la gestion des entreprises, c'est ouvrir la porte à une forme de dirigisme préjudiciable au fonctionnement normal de l'économie de marché. De plus, créer de faux espoirs par une mesure dogmatique contribuera à dégrader le climat social à l'intérieur comme à l'extérieur des entreprises (...) »

On pourra, au passage, faire remarquer à Jean-François Roubaud, président de la CGPME et auteur de cette phrase, qu'il a moins de scrupules à
recevoir des aides de l'état ou en réclamer. Mais, obtenir le beurre et l'argent du beurre, est une statégie patronale de longue date !

Néanmoins, les députés de l'UMP semblent avoir compris le message, puisque, selon les mots du député UMP Yves Bur : « rapporteur du projet de loi rectificatif de la Sécurité sociale qui inclut le dispositif : il y a au sein du groupe UMP beaucoup de réticences à accepter ce mécanisme. On peut s'interroger sur le principe d'un telle prime (...) »

Ce qui fait dire à Alain Vidalies (PS) : « (...) A l'inverse de ce que les Français avaient compris, cette prime n'aura rien d'obligatoire : il s'agit simplement d'une obligation de négocier qui pourrait à la limite n'aboutir qu'au versement d'un euro (...) »

D'où, une issue que chacun conçoit, et parfaitement
résumée à l'AFP, par un parlementaire : « Au final, on aura du mal à savoir comment cela s'est passé, et à savoir qui a reçu quoi, quand et combien »

En contrepartie, les parlementaires UMP savent parfaitement que :

le bouclier fiscal supprimé
ne le sera : « (...) qu'à compter des impôts directs payés en 2011 et 2012 au titre des revenus réalisés en 2011 ». Ce qui représentera encore un coût pour les caisses de l'Etat de 550 millions d'euros en 2012 et de 200 millions d'euros en 2013, selon le président PS de la commission des Finances de l'Assemblée, Jérôme Cahuzac »

Les oeuvres d'art
continueront d'être exclues de l'assiette de l'ISF et que les artistes et producteurs (producteurs de disques et aux artistes-interprètes les plus fortunés) garderont leurs exonérations d'ISF

Oui, mais : « un chef d'entreprise, un rentier, un artiste, un collectionneur, contrairement à une caissière ou un employé de bureau, ça peut quitter la France et faire diminuer le rayonnement et le pouvoir d'attraction international de notre beau pays ! » expliqueront probablement, les députés UMP et les organisations d'employeurs, au salariés, en enterrant joyeusement, une des innombrables promesses ... non tenues de notre Président !

SLOVAR

Crédit image : Plantu

Après la perte de la souveraineté monétaire, la perte de la souveraineté budgétaire

15/06/2011 13:53 par rgrs

  • Après la perte de la souveraineté monétaire, la perte de la souveraineté budgétaire

    Après la perte de la souveraineté monétaire, la perte de la souveraineté budgétaire

    15/06/2011 13:53 par rgrs

Projet d’intervention de Jean-Pierre Chevènement au Sénat sur le projet de loi constitutionnel sur l’équilibre des finances publiques, mardi 14 juin 2011.

Après la perte de la souveraineté monétaire, la perte de la souveraineté budgétaire
Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? Cette vingt-cinquième révision de la Constitution, la troisième de la législature, va exactement à l’inverse du but proclamé par celle de 2008 de « revaloriser, nous a-t-on dit, les droits du Parlement ».

Depuis toujours le Parlement vote le budget et autorise l’impôt. C’est pour cela qu’il a été fait. Le présent projet de loi constitutionnel vise à soumettre la loi de finances et la foi de financement de la Sécurité sociale à une loi-cadre d’équilibre, nouvel instrument juridique supérieur, dans la hiérarchie des normes, aux lois financières et à la loi ordinaire. Le Conseil Constitutionnel sera systématiquement saisi de la conformité des lois de finances et des lois de financement de la Sécurité Sociale à la loi-cadre (article 9).

Première observation : c’est transformer le Conseil Constitutionnel en gardien de la bonne gestion des finances publiques. Vision surréaliste : comment le Conseil Constitutionnel pourrait-il apprécier, à l’horizon de trois ans, la fiabilité des prévisions économiques et budgétaires nécessairement fragiles ?

Ces neuf pages, qui n’ont pas la science économique infuse, à supposer qu’elle existe, pourraient déclarer les lois financières inconstitutionnelles si elles ne sont pas conformes aux lois-cadres d’équilibre ! On croît rêver !

Je fais observer, au passage, que ce projet de loi constitutionnel qui prétend figer pour au moins trois ans les équilibres budgétaires est profondément attentatoire aux droits de l’opposition et à l’idée même d’alternance. Nous avons des élections générales en 2012. Si la gauche devait l’emporter, prétendez-vous lui interdire d’appliquer le programme qu’elle aura défini ? Je ne parle pas du programme du parti socialiste, mais de celui, sûrement différent, qu’aura défendu le candidat qu’elle soutiendra devant les électeurs. Le projet de loi constitutionnel est non seulement une atteinte à la démocratie mais aussi au bon sens : si ce projet de loi constitutionnel avait été adopté en 2007, eussiez-vous pu faire voter, en 2008 un projet de loi pour venir au secours des banques, en 2009 un plan de relance pour lutter contre la récession, et en 2010 le lancement d’un grand emprunt pour impulser – insuffisamment d’ailleurs – les secteurs d’avenir ? On vous demande de voter ce projet « quia absurdum ». Parce qu’il est absurde !

En second lieu, le projet de loi constitutionnel vise à créer un monopole pour les fois financières, assorti de procédures d’irrecevabilité pour tout amendement à une loi ordinaire ou toute proposition de loi ayant une incidence fiscale. C’est une atteinte si grave au droit d’initiative parlementaire, aux prérogatives des Commission et à la loi elle-même que votre Commission des Lois propose d’y substituer « une compétence exclusive des lois financières pour déterminer l’entrée en vigueur des mesures relatives aux prélèvements obligatoires » (article 1er du projet de loi issu des travaux de la Commission).

Je ne discerne pas clairement en quoi ce dispositif, sûrement ingénieux, rendrait aux parlementaires et aux Commissions leur droit d’initiative dans la discussion d’une loi ordinaire, dès lors que sa validation resterait suspendue à l’adoption d’une loi de finance ultérieure. C’est vider de leur substance l’essentiel des travaux parlementaires, puisque le gouvernement disposera toujours d’une séance de rattrapage - si je puis dire – pour couper court aux mesures qui lui déplairaient, d’une loi préalablement votée par le Parlement. Le projet de loi constitutionnel n’attente pas seulement aux prérogatives du Parlement. Il attente aussi, paradoxalement, à celles du gouvernement puisque désormais celui-ci ne pourra plus agir par la voie des ordonnances de l’article 38, dès lors que celles-ci pourraient entrer dans le champ infiniment vaste des lois-cadres d’équilibre qui – je cite – « fixent des règles, des principes, des orientations, des normes, des plafonds de dépenses et des planchers de recettes, etc. » Bonne chance pour quiconque – Parlement, gouvernement, Conseil Constitutionnel – pour se retrouver dans le galimatias de cette usine à gaz !

En troisième lieu enfin, et suprême hypocrisie, le projet de loi constitutionnel prétend introduire dans notre Constitution un article 88-8 censé « associer le Parlement aux engagements européens ». C’est tout le contraire qui est vrai ! Nous sommes au cœur du processus de dessaisissement du Parlement.

Le projet prétend soumettre au Parlement quinze jours avant sa transmission à la Commission européenne, en avril de chaque année, le « projet de programme de stabilité ». En réalité, celui-ci définit des normes concertées, entre les cabinets ministériels français et les institutions européennes. Le Parlement qui vote le budget vers le 20 décembre est entièrement dessaisi, dès le mois d’avril, de sa compétence budgétaire fondamentale. Pour organiser ce « semestre européen », cinq propositions de règlements européens et une proposition de directive sont en cours d’élaboration.

En vertu du « pacte de compétitivité » Merkel-Sarkozy, encore appelé « pacte pour l’euro », adopté par le Conseil européen des 24 et 25 mars 2011, les volets préventifs et correctifs du pacte de stabilité et de croissance seraient renforcés : le volet préventif comporterait un principe de limitation de la croissance annuelle des dépenses par rapport à la croissance du PIB et l’obligation de constituer un dépôt portant intérêt, en cas d’écart important par rapport à la trajectoire. Volet correctif : en cas de déficit excessif, des mécanismes de sanction interviendraient, non plus de manière automatique, mais sur décision du Conseil selon, toutefois, des règles de majorité inversée véritablement extravagantes : la sanction s’appliquerait s’il n’y avait pas trois cinquièmes des Etats pour s’y opposer !

Une proposition de directive enfin prévoit « la mise en place d’une planification budgétaire pluriannuelle s’appliquant à l’ensemble des administrations publiques » et « des règles budgétaires chiffrées faisant l’objet d’un contrôle effectif ».

Pouvez-vous nous en dire plus sur ces novations institutionnelles qui me paraissent nécessiter, en toute logique, la révision du traité de Lisbonne ?

Le projet de loi constitutionnel qui nous est soumis ne peut se comprendre en dehors de la proposition de directive dont il reprend, selon nos informations la plupart des termes, dans ses articles 7, 8 et 9. On a là par avance un exemple instructif de la manière dont s’articuleront les décisions budgétaires nationales et les orientations de la programmation européenne. On n’attend même pas que les institutions de Bruxelles aient statué pour se conformer aux dispositions qu’elles sont déjà réputées avoir prises !

Nous sommes en plein fédéralisme budgétaire, selon la novlangue inventée par MM. Trichet et Strauss-Kahn, même si nous n’avons pas encore un « ministère des finances européen », selon le vœu du Président de la Banque centrale. Curieusement, ce ministère de fait ne se préoccupe que de la mise sous contrôle des budgets publics et néglige complètement l’endettement privé dont on sait qu’il est à l’origine de la crise financière. [Ainsi l’Espagne répondait pleinement aux critères de Maastricht et du pacte de stabilité, mais elle est en passe de devenir le vrai maillon faible de la zone euro, en raison de l’endettement des ménages et des banques et des taux prohibitifs auxquels elle est contrainte d’emprunter sur les marchés financiers (plus de 5 % en dix ans).]

Le Parlement sera ainsi mis devant le fait accompli dans l’élaboration des lois financières. Le « semestre européen » instaure dès le début du printemps un véritable « cycle de surveillance ». Dès juillet, les institutions communautaires adressent leurs observations aux Etats-membres. Votre rapporteur, M. Hyest, parle de « chaînage vertueux » (p. 69 de son rapport). Le mot enchaînement ne serait-il pas plus pertinent ?

Le projet de programme de stabilité, selon un amendement arraché par l’Assemblée Nationale, pourrait donner lieu à un débat public à l’initiative du gouvernement ou d’un groupe parlementaire. Débat en trompe l’œil, encore une fois ! On l’a déjà vu. La technostructure européiste, de Bruxelles et de Paris, sera seule maitresse de la recette de la sauce à laquelle nous serons mangés. Le projet de loi constitutionnalise à l’avance, à travers la création de lois-cadres d’équilibre, la soumission de notre budget et de notre protection sociale à la programmation de l’austérité par Bruxelles.

Cette machinerie compliquée échappe totalement à l’opinion publique et à la majorité des parlementaires. Elle n’a qu’un but : dessaisir le Parlement de ses compétences et de son rôle, ruiner ce qui reste de démocratie dans notre pays.

C’est un coup d’Etat permanent dont nous serons l’objet à travers ces lois-cadres d’équilibre. Hier le Traité de Maastricht nous a privés de notre souveraineté monétaire. Aujourd’hui c’est de la souveraineté budgétaire qu’on veut nous dessaisir. L’enchaînement est parfaitement logique !

Dès le départ, la monnaie unique a été conçue comme une monnaie politique, comme le levier d’un fédéralisme européen. En vain le Peuple, consulté par référendum le 29 mai 2005, a-t-il exprimé son rejet. On lui a imposé à travers le traité de Lisbonne, la « substance de la Constitution européenne ». Ce déni de souveraineté n’a pu empêcher la réalité de se faire jour : on nous avait promis hier que l’euro nous sauverait. Aujourd’hui, il faut sauver l’euro à travers des plans d’austérité renforcés.

Le ver, en réalité, était dans le fruit dès l’origine. On a toujours voulu faire l ‘Europe en ignorant la réalité des nations. C’est le vice initial de Maastricht : on a transféré le pouvoir monétaire à une Banque Centrale indépendante, sorte de Buba-bis n’ayant d’autre mission que de lutter contre l’inflation, et cela dans une zone économique et monétaire composée de dix-sept pays loin d’être homogènes : [les différents pays de la zone euro ont des structures économiques différentes. Leurs politiques divergent et la déflation salariale pratiquée en Allemagne depuis dix ans n’a pas peu contribué aux déséquilibres internes survenus depuis lors. Les repères culturels ne sont pas les mêmes. Dans chaque pays vit à son rythme une démocratie particulière].

Aujourd’hui la réalité se venge. Les marchés financiers creusent entre les différents pays des écarts de taux insoutenables. Le fonds européen de stabilité financière n’est pas suffisamment doté pour faire face aux demandes d’aide des pays en difficulté. Et l’Allemagne est fortement réticente pour prêter à des pays qu’elle considère comme impécunieux. Elle n’est pas prête à faire pour le Péloponnèse l’effort qu’elle a fait pour le Brandebourg, tant il est vrai – et cela se comprend - que la solidarité européenne n’a pas la même force que la solidarité nationale !

L’Allemagne, plutôt que d’assouplir sa politique, entend donc durcir, avec la caution de la France, les plans d’ajustement au sein de la zone euro. C’est de cela qu’il est question à travers ce projet de loi de réforme constitutionnelle.

En fait, les marchés financiers dictent leur loi : M. Sarkozy explique la nécessité de la RGPP, et de différentes « réformes » qui tendent toutes à l’abaissement du coût du travail par le souci de conserver le triple A que les agences de notation accordent à la France.

Comment mieux avouer que « Standard and Poors » pèse désormais plus lourd que la souveraineté populaire ? Or, les peuples européens refusent cette perspective d’austérité à perpétuité s’appliquant aux salaires, aux retraites, aux services publics et aux moyens de l’Etat lui-même. On le voit à chaque élection. Les peuples refusent d’être mis en coupe réglée par le capitalisme financier. Ils ne veulent pas d’une Europe qui s’identifie à la régression et au déclin. Il faut donc leur en offrir une autre, qui signifie, à l’inverse, croissance et progrès social.

M. Sarkozy nous parle de la dette qu’il a contribué à creuser. Mais pour résorber la dette, la croissance est plus efficace que la récession ! Je n’ai pas été partisan de Maastricht. L’euro, monnaie à la fois branlante et surévaluée asphyxie notre économie et accélère notre désindustrialisation. Mais l’euro existe. Mieux vaudrait le réformer en changeant ses règles du jeu : mission de la BCE étendue au soutien de la croissance et de l ‘emploi - l’inverse de ce qu’elle s’apprête à faire en relevant ses taux d’intérêt ! -, politique de change visant à rapprocher le cours de l’euro de son cours de lancement : 1$16 centimes au lieu de 1$45 aujourd’hui, rachat des titres de dette publique sur les marchés pour casser la spéculation. En deuxième lieu, modification des traités européens pour autoriser le lancement d’un grand emprunt destiné à financer les infrastructures et les programmes de recherche. Enfin et surtout, initiative européenne de croissance concertée, à travers un plan de relance salariale décliné par pays. Le moins qu’on puisse dire est qu’on ne prend pas aujourd’hui le chemin de cette réforme qui mettrait l’Europe au service du progrès.

Ou bien donc les pays de la zone euro seront capables, ensemble, d’inverser leur politique : des élections générales auront lieu en 2012-2013 dans les principaux d’entre eux. Ou bien ils seront rattrapés par la crise de l’euro. Le système de l’euro ne survivrait pas à la cure d’austérité généralisée à laquelle on vous demande par avance de vous résigner.

On n’évitera sans doute pas de faire évoluer le système de l’euro vers des formules praticables en revenant par exemple à l’idée de monnaie commune, soutenue jadis par les Britanniques et en France par MM. Bérégovoy et Balladur, monnaie commune utilisable dans les paiements extérieurs et permettant des ajustement négociés à l’intérieur d’un SME bis, entre des déclinaisons monétaires nationales. On éviterait ainsi les dévaluations sauvages, dites « compétitives ». Un tel système maintiendrait un « toit européen commun » et permettrait l’extension de cette monnaie commune au continent tout entier. Car contrairement à ce qu’a dit M. Sarkozy, « l’euro n’est pas l’Europe » : la Grande Bretagne, les pays scandinaves, les PECOs, sans parler de la Russie et des pays de l’Euroméditerranée se tiennent au dehors.

Un tel système euro réformé éviterait les dévaluations internes par la baisse des salaires dont chacun voit bien, en Grèce et ailleurs, qu’elles sont à la fois insupportables et inefficaces. Encore faudrait-il préparer cette mutation ordonnée du système de l’euro pour le mettre au service d’un nouveau dessein de progrès pour l’Europe. C’est une tout autre voie que le chemin de coercition budgétaire et sociale où on veut entrainer subrepticement notre pays en commençant par le Parlement, à travers cette nouvelle réforme de la Constitution, coup d’Etat silencieux, ourdi dans le dos du peuple.

Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? vous demandais-je en commençant mon intervention. Il vaudrait mieux renvoyer les Chambres dans le néant, comme le 10 juillet 1940, à Vichy, tant il est vrai comme le disait Pierre Mendès-France, dans son discours du 18 janvier 1957 à l’Assemblée Nationale, sur le projet du traité de Rome, que « l’abdication d’une démocratie peut prendre deux formes : soit le recours à une dictature interne par la remise de tous les pouvoirs à un homme providentiel, soit la délégation de ces pouvoirs à une autorité extérieure, laquelle, au nom de la technique, exercera en réalité la puissance politique. »

Vision prémonitoire d’un des derniers grands républicains !

On a envie de dire : « Mendès-France, De Gaulle, réveillez-vous ! ils sont devenus fous ! »

Heureusement votre projet de révision constitutionnelle n’a pas la moindre chance d’aboutir. Il n’y aura pas dans un Congrès, à Versailles, une majorité des trois cinquièmes pour autoriser cette nouvelle abdication avant 2012.
Jean Pierre Chevènement

"Humour corrézien" : "Chirac est taquin", selon Dominique de Villepin

15/06/2011 13:49 par rgrs

  • "Humour corrézien" : "Chirac est taquin", selon Dominique de Villepin

    15/06/2011 13:49 par rgrs

Les propos de Jacques Chirac affirmant, samedi, qu'il voterait François Hollande en 2012 continuent à faire des vagues.

"Jacques Chirac est un homme à la fois taquin, provocateur et surtout plein d'humour", a déclaré sur France Inter M. Villepin qui fut premier ministre de l'ancien chef d'Etat et un de ses plus proches conseillers comme secrétaire général de l'Elysée.

"Ce qui est sûr, c'est qu'il y avait quelque chose de pince-sans-rire" dans ses propos, a-t-il ajouté.

Selon lui, Jacques Chirac n'avait sans doute "aucune idée qu'il y avait une perche de micro au-dessus de lui qui guettait le moindre de ses mots".

Et s'il les a répétés plusieurs fois, "c'est parce qu'il n'entend pas forcément bien, donc il répète, pour être sûr que ses interlocuteurs comprennent le message". "Mais je crois qu'il y avait tout dans cette affaire d'une vraie fausse boutade", a-t-il dit.

Le président de République solidaire revendique "trois droits pour Jacques Chirac : premièrement le droit à la liberté, Chirac est comme il est, il s'exprime avec une très grande liberté ; deuxièmement, le droit à l'humour, il a le droit d'avoir sa forme d'humour spécifique et enfin le droit au repos".

Jacques Chirac "a beaucoup servi notre pays et il a le droit qu'on le laisse aller dans des expositions ici et là sans être poursuivi par toutes sortes de caméras", a affirmé M. de Villepin.

Sources: Le Monde, AFP

http://2villepin.free.fr/index.php/2011/06/13/1934-humour-correzien-chirac-est-taquin-selon-dominique-de-villepin