Chevènement: "entre Ségolène (Royal) et moi, le courant passe!"
09/06/2011 17:44 par rgrs
Les socialistes ont-ils perdu «la bataille de la morale»?
L’affaire DSK n’en finit plus de secouer le PS. Certes, l’élimination du favori ouvre des perspectives inattendues aux autres candidats, mais tous subissent la dégradation de l’image de leur parti. Le scandale est devenu une métaphore des clivages ethniques et sociaux qui pourrait bien coûter une quatrième défaite présidentielle consécutive au PS. Celui-ci apparaît désormais comme le parti de l’homme blanc, riche, d’âge mûr, face accusé de crimes sexuels à l’encontre d’une mère célibataire, africaine d’immigration récente et musulmane de surcroît. La totale.
Haro sur la gauche caviar-Marrakech-Berluti
Dans un célèbre épisode du roman de Charles Dickens Le conte de deux cités, le carrosse du marquis de Saint-Evremond – caricature de l’aristocrate d’Ancien régime qui ne mérite de meilleur sort que la lanterne – écrase un fils d’un paysan – incarnation du « bon peuple ». Sans même s’excuser, le noble jette une pièce de monnaie au père endeuillé. Alors que la tradition dont ils font un usage rhétorique immodéré fait des socialistes les défenseurs naturels du paysan Gaspard, les voilà affublés des habits du marquis.

Si la réalité ressemblait au conte de fées raconté par « Terra Nova » – think-tank ex-strauss-kahnien – la gauche aurait pu faire oublier qu’elle avait enterré la lutte des classes sous les causes sociétales et mobiliser toutes ses réserves d’indignation et de bons sentiments droits-de-l’hommistes en soutenant Nafissatou Diallo.
Il aurait suffit que le coupable présumé fût Brice Hortefeux, Jean-Marie Le Pen ou Vincent Bolloré. On entend d’ici les accents de colère mal contenue qu’auraient eu les hiérarques socialistes si le grand méchant blanc de la suite 2805/2806 du Sofitel Manhattan avait été l’un de ceux-là. Ils auraient chanté l’air de « on vous l’avait bien dit », établissant un lien direct allant de la fortune à la prédation sexuelle en passant par le racisme d’Etat ordinaire, la politique sécuritaire et le mépris pour la victime. Mais rien n’avait préparé les chantres de la vertu anti-sarkozyste à cette situation dans laquelle le « méchant » présumé est l’un des leurs.
Quelques heures à peine après l’annonce de l’arrestation de DSK, Nicolas Sarkozy, président médiocre mais animal politique inimitable, confiait à ses proches que le PS venait de perdre la bataille de la morale. Au début, les socialistes ont pu se rassurer avec des sondages indiquant que leurs sympathisants n’avaient pas changé d’intentions de vote. Mais depuis, le débat s’est mué en empoignade morale sur laquelle planent l’ombre de la gauche caviar-Marrakech et le souvenir de chaussures Berluti à 11.000 balles.
Le candidat devra être une femme ou « divers »
C’est que le scandale pose des questions embarrassantes à un parti qui, de Paris à Toulouse en passant par Lyon, a réussi à conquérir les villes les plus bourgeoises de France sans qu’on remette en cause sa légitimité à représenter les faibles contre les forts. Comment peut-on être riche et socialiste ? L’appartenance à la gauche suppose-t-elle une éthique personnelle supérieure ? Ces questions vont surplomber une campagne présidentielle qui risque de se jouer « affaires contre affaires », sauf que les mœurs auront, sinon remplacé, au moins surpassé l’argent au palmarès des turpitudes.
Le cas du maire-sénateur PS de Neuilly-sur-Marne complique encore les choses. Il aura fallu deux ans après la confirmation par la Cour d’Appel de sa condamnation pour agressions sexuelles d’une employée municipale pour que le PS déclenche une procédure disciplinaire interne. Ce geste tardif risque de se révéler franchement insuffisant. De plus, il va falloir compter avec le nouvel avocat de Nafissatou Diallo, maître Kenneth Thompson, qui entend bien faire du procès une production à grand spectacle sur la lutte de classes, des races et des sexes. Pour déminer ce terrain mouvant, le PS doit apparaître non pas comme le porte-parole de la Victime mais comme sa seule personnification.
Dans ces conditions, le candidat idéal est une candidate ou un représentant de la « diversité » – la vraie, ce qui exclut les Juifs et, dans une moindre mesure, les Asiatiques – ou encore mieux, les deux à la fois. John Lennon ne disait-il pas que « la femme est le nègre du monde » ? Au PS, les « vieux-mâles-blancs » ont mangé leur pain de la même couleur.
photo : zak mc (Flickr)
"...La laïcité dans l'éducation consistera donc à former les enfants, non plus en fonction d'un ordre social déterminé, mais pour eux-mêmes, Elle se connaîtra au souci constant exprimé par l'éducateur de se libérer de tous les dogmes nés de besoins sociaux non permanents. Par exemple, le respect des engagements contractés de plein gré, la sincérité, la droiture, la probité sous toutes ses formes sont naturellement des exigences permanentes de la vie en société. Quelles que soient les perturbations sociales passées ou à venir, on n'imagine pas des relations entre les hommes qui ne seraient pas basées sur ce minimum de sécurité. Mais les prétendus devoirs envers une prétendue divinité ont des origines trop transparentes dans la lutte des classes pour qu'un éducateur laïque consente à les enseigner. Sans doute, les croyants habitués à faire le bien sous la menace d'une punition ou en vue d'une récompense ne peuvent imaginer que la morale laïque se suffise à elle-même. Du moment que leur Dieu législateur et rémunérateur disparaît de l'horizon, la morale s'écroule avec lui, la vie animale reprend ses droits. Faut-il invoquer pour leur répondre le martyrologe des innombrables victimes de l'intolérance religieuse, inventeurs, savants, ou simples travailleurs aux prises avec la matière et affranchis par le jeu de leur propre expérience, des fantasmagories intéressées? Faut-il rappeler que leur désir de savoir, leur besoin de comprendre, leur courage, leur moralité en un mot, ont su porter jusqu'au sacrifice de leur vie la lutte héroïque pour la défense de leurs idées ? La conscience de participer à un immense effort collectif, pour libérer l'humanité de ses servitudes, pour maîtriser peu à peu les forces de la nature ne suffit-elle pas à des milliers et des milliers de militants pour marcher allègrement à travers un monde hostile ? La preuve est faite qu'un homme sans croyances religieuses peut vivre honnêtement de même que la preuve est faite que des fripons authentiques, pillards des deniers publics, faussaires et criminels de tous calibres s'abritent volontiers derrière le paravent de la religion, Il n'y a pas nécessairement relation entre la morale d'un individu, c'est-à-dire sa conduite dans la vie de tous les jours et ses affirmations métaphysiques ou théologiques. Cette simple observation nous suffit pour justifier notre conception de la laïcité dans l'éducation. Celle-ci consistera avant tout à faire des hommes, c'est-à-dire des êtres pensant par eux-mêmes, armés des principaux enseignements qui résultent de l'expérience humaine : langage, raisonnement, science, histoire, connaissance du milieu et du temps, mais armés aussi contre les déterminismes déformants de la vie en société. Des hommes à l'esprit mobile, et non des vieillards fossilisés, pensant par ordre ou incapables de sortir du cycle de leurs idées routinières. Des hommes d'action, ayant l'amour de l'action, et décidés à pétrir, dans la mesure de leurs forces, la société et le monde où ils sont jetés. Et pour commencer, des hommes habitués à regarder en face toute la réalité sociale : non pas celle qu'on se complaît à décrire dans les livres; non pas celle qu'une imagination fertile aurait tendance à dessiner mais celle qui existe vraiment, faite de la chair et de la misère de millions d'hommes travaillant, s'épuisant, mourant pour que d'autres jouissent et se reposent.
Ah ! comme la « neutralité » dans laquelle certains voudraient enfermer le concept « laïcité » hurle et vibre sous la bourrasque de ces vérités sociales pudiquement dissimulées..."
L'Eglise et l'Ecole - Marceau Pivert - instituteur, syndicaliste et militant socialiste français, principal fondateur du courant révolutionnaire de la SFIO dans les années 1930
Les classes moyennes ont initié les révolutions qui ont construit la France moderne. ¾ des Français estiment aujourd'hui y appartenir ou y aspirent. Ils partagent aussi le sentiment de s'appauvrir, de perdre leur influence et leurs droits.
En 1996, dans La grande peur des classes moyennes (Éd. de la Table Ronde) je décrivais leur rôle structurant, leurs valeurs, leurs aspirations, mais aussi leur peur du déclassement.
De la peur on est passé à l'exaspération devant un pouvoir d'achat estimé insuffisant, la mise en cause de leur système de valeurs, un ascenseur social grippé, un système technocratique jugé lent, arrogant et autiste.
Leur pouvoir d'achat, malgré son augmentation incontestable, leur paraît insuffisant devant la hausse des prix des biens indispensables. Même un emploi ne garantit plus de pouvoir faire face.
Leurs valeurs d'effort, de justice sont, à leurs yeux, bafouées par les salaires extravagants de traders ou de patrons qui utilisent les capitaux des autres sans prendre eux-mêmes de risques, et inversement par les fraudes de certains qui abusent des systèmes de protection.
L'ascenseur social leur semble en panne. Les avancements à l'ancienneté, les statuts de la fonction publique, figent les espoirs de promotion professionnelle et sociale.
Ils jugent les pouvoirs publics autistes, inconséquents, arrogants. Ils ne supportent plus d’être promené de service en service, parfois d'un département à l'autre, pour récupérer un papier, d’être menacé de saisie pour des contraventions déjà payées, de voir une entreprise mise en péril par l'application absurde d'un règlement ou la lenteur d'un service public.
Sous-estimer le fossé qui se creuse entre les classes moyennes et l’Etat serait ignorer les risques économiques et politiques d'une véritable révolte.
La France a de meilleurs résultats que la plupart de ses voisins, en matière de croissance, de baisse du chômage, d'augmentation des investissements... Elle a de nombreux atouts. Pour les valoriser, elle doit replacer les classes moyennes au cœur du dynamisme économique en leur offrant la perspective d'améliorer leur sort par leurs efforts et leurs initiatives.
Améliorer leur pouvoir d'achat implique d'abord de l'emploi. Un parent ou un enfant au chômage, ce sont des revenus en moins et des dépenses en plus.
L'emploi exige croissance et compétitivité, notamment des PME. L'une et l'autre dépendent largement de la motivation des salariés des classes moyennes, cadres ou ouvriers spécialisés. La valorisation de leur rôle, la participation, l'intéressement aux résultats doivent mis au coeur du fonctionnement de l'entreprise.
Recréer un sentiment de justice implique d'inventer la méritocratie républicaine du XXIème siècle. La promotion sociale, comme le montrent les armées, se construit par la formation permanente recentrée sur le métier, sur des statuts du secteur public garantissant réellement la possibilité de progresser de la base au sommet.
Refonder la confiance en l'Etat suppose de réconcilier les classes moyennes et la politique.
Le monde politique est essentiellement issu des classes moyennes. Paradoxalement, le divorce est aujourd'hui profond.
Dire la vérité sur la nécessité des réformes, éviter les effets d'annonce, privilégier l'intérêt général au court terme électoral, renvoyer l'ascenseur sont les bases de la crédibilité politique.
Les classes moyennes jugent qu’on leur demande toujours plus sans jamais rien en retour. L'effort est accepté s'il est récompensé. Là, tout est à inventer.
Quand l'Etat a aidé les banques lors de la crise, il a prêté l'argent et en a perçu les intérêts. Inventons un tel retour pour le contribuable soumis à taxe exceptionnelle lorsque le bénéficiaire refait des profits, pour l'assuré quand le nombre de vols diminue, pour le client de banques qui s'enrichissent avec l'argent de son compte courant.
L'Etat c'est aussi la technostructure. Les classes moyennes en attendent compétence, écoute, respect.
Moins de textes, plus clairs, mieux appliqués et contrôlés sur le terrain par leurs rapporteurs parlementaires : c'est une exigence de crédibilité et de confiance. Trop souvent des administrations convaincues d'incarner l'intérêt général, des organismes plus préoccupés d'eux-mêmes que des citoyens, bloquent l'application des lois.
Chaque membre des classes moyennes entend être respecté. Il refuse que d'autres décident pour lui, qu'ils soient élites économiques internationalisées ou technocrates imbus de schémas théoriques. Il attend, en retour de ses impôts, la qualité du service rendu.
Loin d'ignorer ou d'étouffer l'expression des classes moyennes, il faut comprendre ce qui les révolte, écouter leurs aspirations, leur donner l'oxygène qu'elles espèrent pour être le poumon d'une France qui avance.
Michèle Alliot-Marie
Présidente du Chêne
Sous le titre apparemment protestataire, "Réforme du code électoral: à bas le rajeunissement !", paru sur Marianne2 en ligne, portant sur les conditions d'inéligibilité d'une certaine catégorie de citoyens, M. Timour Veyri et Maître Bluteau posent un cas qui ne pourrait appeler que protestations et, allons y puisque Stéphane Hessel a mis le mot à la mode, indignation.
C'est sous le prisme haro contre le rajeunissement des assemblées que l'un des auteurs, 47 ans quand même, a choisi son plaidoyer pro domo. Il est strictement véridique que notre parlement n'est que têtes chenues, n'en déplaise à Olivier Dussopt (33 ans, benjamin de l'Assemblée Nationale qui en deviendra certainement un jour le doyen), et qu'une transformation s'impose. Pierre Méhaignerie en est l'un des exemples les plus frappants(1).
La solution quant à cet aspect particulier des choses est autre: il suffirait d'interdire le cumul des mandats, maladie propre à la France, sur la position 1 élu = 1 mandat. Secondo il faut limiter dans le temps ceux des élus qui se complaisent dans un carriérisme ravageur pour un renouvellement souhaité par tous et non un rajeunissement, la jeunesse n'étant pas un statut mais un marqueur sur une fiche d'Etat civil.
La lecture de cet article m'interpelle surtout quant aux plus grands absents, frappés d'inéligibilité depuis des décennies au sein des deux assemblées; je veux parler des classes populaires et classes moyennes(2). A cet égard, l'article dont il est question prend une toute autre tournure quant à la défense des élites de la nation, fussent-elles républicaines.
Le plus étrange, toutes choses égales par ailleurs, est que ces mêmes défenseurs tribuniciens des droits du citoyen lésé, se targuent d'être les contempteurs de la reproduction consanguine des élites libérales et énarchiques. Je ne vise pas ici les auteurs de l'article dont il est question, puisque j'assiste encore à mon grand âge à des colloques, universités d'été et autres forums de la vie de la Cité, quand bien même mon mandat unique de maire-adjoint est loin derrière moi.
La conclusion de l'article me laisse pantois:
"Or, aujourd’hui, concrètement, les cabinets locaux sont le lieu privilégié qu’ont choisi nombre de jeunes femmes et hommes pour parfaire leur apprentissage de la vie politique. Cette réforme verrouille leur envol. A qui profite le crime ? "
Il fut un temps, si peu éloigné de nous, où l'apprentissage se faisait dans les sections, seaux de colle à la main, actes militans sur les marchés, tracts à la main, dans les cages d'escaliers. Le syndicalisme, vous savez ce lieu où s'exerce la démocratie sociale et où se formait une élite ouvrière dans les Ecoles Normales éponymes?, et le milieu associatif, autre vivier, servaient à forger un futur 1er ministre, un président de l'Assemblée Nationale ou un président du Sénat. Il arrivait même, mais c'était ailleurs, sur une autre planète, qu'un peuple élût un syndicaliste électricien comme président.
Pauvre France qui verra un jour des égoïsmes remplacer ceux d'aujourd'hui! Oui à qui profite le crime?
Simon ARCHIPENKO
Président de Voltaire République
Maurice Lévy, le préfet Lambert, Jean-Claude Trichet... Depuis quelques semaines, chez nos chères élites, les tours de passe-passe se multiplient avec toujours le même objectif : conserver leurs jolis postes bien au-delà des limites d’âge pourtant fixées…
Surchauffe du cortex. Bouillonnement du cervelet. Et bientôt évaporation du liquide céphalo-rachidien. La grogne monte, mais « ils » ne se rendent pas compte. « Ils » s’en foutent après tout. « Ils » ont déjà largement fait leur temps, mais veulent quand même le prolonger. Et qu’importe le message qu’« ils » envoient à cet être étrange qu’est « LE jeune ». « Ils » en ont été de cette espèce-là, mais c’était il y a une éternité et « ils » ont oublié. « Ils », ce sont ceux qui depuis quelques semaines mettent tout en œuvre pour conserver leur joli poste bien au-delà de la limite d’âge pourtant fixée. Chez « ces gens-là », il ne s’agit pas de grappiller les deux-trois annuités manquantes pour décrocher enfin une retraite décente. Ça fait belle lurette qu’« ils » auraient pu arrêter de travailler sans avoir à se serrer la ceinture Hermès. La preuve par trois exemples :
Gérald Andrieu - Marianne
Photo : L'ascenseur social est bloqué au 3e (ét)âge (Photo : Jepoirrier - Flickr - cc)
http://www.marianne2.fr/Au-secours-les-vieux-ne-veulent-pas-lacher-l-affaire_a207112.html
La Une de certains quotidiens et magazines, ces derniers jours, avait quelque chose de consternant. Comme ces innombrables débats pour savoir ce qu’allait changer l’« affaire DSK ». On vit fleurir les poncifs sur la « parole qui se libère », et la « peur » de tous ces mâles qui avait trop longtemps cru en une divine impunité.
J’aimerais vous reparler cette semaine du Bilderberg, cette conférence qui réunit chaque année dans un lieu tenu secret - et à chaque fois différent - l’élite transatlantique des affaires, de la Politique et des media. Je vous en parle parce que la prochaine édition devrait avoir lieu de jeudi à samedi au Grand Hotel Kempiski de Saint Moritz en Suisse. Devrait car l’information n’est pas publique, le Bilderberg entretenant depuis son origine en 1954 le plus grand secret sur ce qui se dit, se passe ou se décide durant ces 3 jours de discussion à huis clos.
PDG, ministres en fonction, têtes couronnées, banquiers centraux, patrons de presse et militaires débattent dans un palace interdit au public et verrouillé par un service d’ordre impressionnant. Terrorisme, monnaie, climat, épidémie, conflits, tout y passe. Pourtant rien ne filtre. Malgré l’importance des personnalités impliquées (de Rockefeller à Angela Merckel, de Llyod Blankfein, le patron de Goldman Sachs à Tim Geithner, de Jean-Claude Trichet à Tony Blair qui y ont toutes participé, à des années souvent différentes*) malgré l’importance des personnalités donc et des sujets débattus, à ce jour, aucun des invités – même journaliste - n’a raconté son expérience ni permis d’évaluer l’influence réelle de ce groupe.
La blogosphère fourmille de rumeurs sur le sujet : création de l’Euro, ascension au pouvoir de Bill Clinton ou de Tony Blair, le Bilderberg tirerait les ficelles d’un jeu politique qui ne serait plus que mascarade. J’utilise le conditionnel à dessin Marc car le Bilderberg n’a pas fait l’objet d’enquête digne de ce nom dans la presse traditionnelle. Mais pourquoi ce black out médiatique au juste ? S’agit-il de collusion, de censure ? Le Bilderberg est-il un non sujet ou alors avons-nous peur ? Parler du Bilderberg c’est un peu comme jouer avec des allumettes.
Pour comprendre un peu mieux, je me suis rendue l’an dernier à Sitges près de Barcelone, là où se tenait l’édition 2010 du Bilderberg. Et je n’ai rien vu d’autre qu’un hôtel bunker, protégé des regards et des quelques manifestants par un golf, des hélicoptères et des agents déguisés en altermondialistes. Je suis repartie bredouille, frustrée de n’avoir rien vu et peut être encore plus de n’avoir trouvé qu’une poignée de personnes devant les barricades de la police espagnole. Un peu bêtement, la faiblesse de l’opposition m’avait alors presque convaincue qu’effectivement, il n’y avait peut être rien à voir.
Il y a quelques jours j’ai rencontré dans son bureau, à Bruxelles, le Président du Bilderberg. La facilité à décrocher l’interview m’a paru suspecte et de fait, Etienne Davignon, vieux briscard de la politique et des affaires belges, ne m’a rien dit. Pour mémoire, Etienne Davignon, pardon le Vicomte Etienne Davignon a été très impliqué dans la construction de l’Union Européenne mais aussi la politique économique et les affaires étrangères de son pays, la Belgique. Passé à l’entreprise (il a été fondateur de Brussels Airlines, Président de la société générale de Belgique, puis de Suez Tractebel), c’est un as de l’influence, notamment au sein de la Table ronde des industriels européens, l’un des lobbies les plus influents sur l’Europe. Et d’ailleurs, j’ai eu en face de moi un homme gonflé de sa puissance. Une heure durant, il m’a servi la soupe d’une organisation boyscout, oeuvrant pour, je cite « la paix, la justice dans le monde, la meilleure entente entre les peuples ». J’ai ressenti toute cette culture du « too big to fail », du « trop gros pour sombrer », à l’œuvre chez une bonne partie de ce qu’il est encore convenu mais franchement, je ne sais plus pourquoi, l’élite.
J’étais rentrée de Sitges déçue de n’avoir rien vu. Je suis rentrée de Bruxelles furieuse de n’avoir rien entendu. L’édition 2011 du Bilderberg démarre donc ce jeudi. Au programme sans aucun doute, la Grèce, de l’Euro, de la Libye à « sauver », le cours des matières premières et de l’Internet à contrôler, et le FMI. D’après Etienne Davignon lui-même, Christine Lagarde, en campagne pour sa nomination, ferait un saut à Saint Moritz. Pour prendre le thé probablement.
Liens :
- Les thèmes et les participants de l’édition 2011 seront annoncés via le site officiel du Bilderberg (sur lequel figurent également les thèmes et participants des trois éditions précédentes).
- Retour sur l'édition 2010 : Bilan de ma "visite" à Bilderberg...
- Chronique audio sur France Culture
- Blog de Flore Vasseur
Les participants importants de la campagne 2007 sont tous confrontés actuellement à un défi commun : comment faire neuf en 2012 ? De façon surprenante, ils peinent actuellement à trouver de nouveaux ressorts. C'est le cas pour Ségolène Royal mais pas exclusivement.
L'année 2012 sera d'autant plus intéressante que deux élections présidentielles vont intervenir à six mois de distance, en France puis aux Etats-Unis.
Dans les deux cas, les sortants seront candidats. A ce jour, tout différencie la stratégie de Nicolas Sarkozy face à celle de Barack Obama pour préparer 2012.
Nicolas Sarkozy semble vouloir revenir sur les bases de 2007 : sécurité, énergie, choc frontal avec la gauche.
Cette logique de "droite décomplexée" qui avait remarquablement réussi en 2007 peut-elle fonctionner de nouveau pour 2012 ? Il y a matière à en douter non seulement par l'impact d'un bilan mais surtout par l'impact de la crise économique de fin 2008.
La France de 2011 ressemble peu à celle de 2006 notamment dans son rapport à la réforme. L'actuel débat sur "l'assistanat" en est une illustration. En 2006, la mode était "à la France qui se lève tôt et au travailler plus pour gagner plus". En 2011, le climat est au "travail sécurisé" avant même de penser à "gagner plus". C'est de protection et de justice (donc d'une forme d'égalité) face à la crise dont l'opinion a besoin. "La chasse aux assistés" inquiète maintenant parce que qui peut désormais dire qu'il n'aura pas besoin demain d'un filet de protection ?
De même sur le calendrier d'engagement de la campagne, Nicolas Sarkozy fait campagne au pouvoir, dans l'exercice même du pouvoir. En 2006, il était le "rebelle de l'intérieur" face au pouvoir présenté comme "endormi". Le bilan était alors pour partie le sien mais l'opinion pensait que demain serait différent une fois que NS détiendrait entièrement le pouvoir. Là, il est détenteur de tout le pouvoir. Comment laisser penser que demain puisse alors être si différent d'hier ?
Du côté d'Obama, les choses sont très différentes :
1) il a déjà installé officiellement son équipe de campagne distincte de celle de la Maison Blanche pour un vote qui intervient pourtant six mois plus tard qu'en France,
2) tout est préparé, construit, assumé autour d'un thème explicite : 2012 ne sera pas 2008 !
3) sur le plan de la logistique, de nombreuses approches changent dans sa préparation :
- en 2008, c'était Internet pour accélérer le message entre un émetteur et un très grand nombre de récepteurs. En 2012, c'est Internet pour une foultitude de campagnes quasi-individuelles partagées dans une logique de one-to-one,
- c'est un recours permanent à Twitter pour faire partager l'info en live et non plus pour signaler un contenu sur un site,
- c'est le recours à de nouvelles techniques pour accélérer la géo-localisation,
- ...
Sans le moindre parti pris partisan, le constat technique dégage deux approches très différentes pour une même question : comment garder un temps d'avance pour deux campagnes qui avaient été remarquablement réussies lors de la première conquête du pouvoir ?
Cette différenciation est-elle provisoire ou demeurera-t-elle ?
Cette même course au neuf est le point de passage pour d'autres prétendants.
Ségolène Royal semble toujours scotchée à la démocratie participative mais pour quel contenu en 2011 ?
François Bayrou est pour le moment réfugié dans le silence. Mais que fera-t-il de différent quand il quittera cette posture ?
C'est surprenant de constater que la course à l'avance et au changement qui avait été le socle des révélations 2007 n'a pas de comparable à ce jour. Pendant longtemps encore ?
http://exprimeo.fr/article/6898/segolene-royal-et-le-defi-du-neuf.htm