Qu'est-ce qu'une nation ? Ernest Renan (5/5)
26/04/2011 09:34 par rgrs
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Qu'est-ce qu'une nation ? Ernest Renan (5/5)
26/04/2011 09:34 par rgrs
CHAPITRE 3
Une nation est une âme, un principe spirituel. Deux choses qui, à vrai dire, n'en font qu'une, constituent cette âme, ce principe spirituel. L'une est dans le passé, l'autre dans le présent. L'une est la possession en commun d'un riche legs de souvenirs ; l'autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l'héritage qu'on a reçu indivis. L'homme, Messieurs, ne s'improvise pas. La nation, comme l'individu, est l'aboutissant d'un long passé d'efforts, de sacrifices et de dévouements. Le culte des ancêtres est de tous le plus légitime ; les ancêtres nous ont faits ce que nous sommes. Un passé héroïque, des grands hommes, de la gloire (j'entends de la véritable), voilà le capital social sur lequel on assied une idée nationale. Avoir des gloires communes dans la passé, une volonté commune dans le présent ; avoir fait de grandes choses ensemble, vouloir en faire encore, voilà les conditions essentielles pour être un peuple. On aime en proportion des sacrifices qu'on a consentis, des maux qu'on a soufferts. On aime la maison qu'on a bâtie et qu'on transmet. Le chant spartiate : «Nous sommes ce que vous fûtes ; nous serons ce que vous êtes» est dans sa simplicité l'hymne abrégé de toute patrie.
Dans le passé, un héritage de gloire et de regrets à partager, dans l'avenir un même programme à réaliser ; avoir souffert, joui, espéré ensemble, voilà ce qui vaut mieux que des douanes communes et des frontières conformes aux idées stratégiques ; voilà ce que l'on comprend malgré les diversités de race et de langue. Je disais tout à l'heure : «avoir souffert ensemble» ; oui, la souffrance en commun unit plus que la joie. En fait de souvenirs nationaux, les deuils valent mieux que les triomphes, car ils imposent des devoirs, ils commandent l'effort en commun.
Une nation est donc une grande solidarité, constituée par le sentiment des sacrifices qu'on a faits et de ceux qu'on est disposé à faire encore. Elle suppose un passé ; elle se résume pourtant dans le présent par un fait tangible : le consentement, le désir clairement exprimé de continuer la vie commune. L'existence d'une nation est (pardonnez-moi cette métaphore) un plébiscite de tous les jours, comme l'existence de l'individu est une affirmation perpétuelle de vie. Oh ! je le sais, cela est moins métaphysique que le droit divin, moins brutal que le droit prétendu historique. Dans l'ordre d'idées que je vous soumets, une nation n'a pas plus qu'un roi le droit de dire à une province : «Tu m'appartiens, je te prends». Une province, pour nous, ce sont ses habitants ; si quelqu'un en cette affaire a droit d'être consulté, c'est l'habitant. Une nation n'a jamais un véritable intérêt à s'annexer ou à retenir un pays malgré lui. Le vœu des nations est, en définitive, le seul critérium légitime, celui auquel il faut toujours en revenir.
Nous avons chassé de la politique les abstractions métaphysiques et théologiques. Que reste-t-il, après cela ? Il reste l'homme, ses désirs, ses besoins. La sécession, me direz-vous, et, à la longue, l'émiettement des nations sont la conséquence d'un système qui met ces vieux organismes à la merci de volontés souvent peu éclairées. Il est clair qu'en pareille matière aucun principe ne doit être poussé à l'excès. Les vérités de cet ordre ne sont applicables que dans leur ensemble et d'une façon très générale. Les volontés humaines changent ; mais qu'est-ce qui ne change pas ici-bas ? Les nations ne sont pas quelque chose d'éternel. Elles ont commencé, elles finiront. La confédération européenne, probablement, les remplacera. Mais telle n'est pas la loi du siècle où nous vivons. À l'heure présente, l'existence des nations est bonne, nécessaire même. Leur existence est la garantie de la liberté, qui serait perdue si le monde n'avait qu'une loi et qu'un maître.
Par leurs facultés diverses, souvent opposées, les nations servent à l'œuvre commune de la civilisation ; toutes apportent une note à ce grand concert de l'humanité, qui, en somme, est la plus haute réalité idéale que nous atteignions. Isolées, elles ont leurs parties faibles. Je me dis souvent qu'un individu qui aurait les défauts tenus chez les nations pour des qualités, qui se nourrirait de vaine gloire ; qui serait à ce point jaloux, égoïste, querelleur ; qui ne pourrait rien supporter sans dégainer, serait le plus insupportable des hommes. Mais toutes ces dissonances de détail disparaissent dans l'ensemble. Pauvre humanité, que tu as souffert ! que d'épreuves t'attendent encore ! Puisse l'esprit de sagesse te guider pour te préserver des innombrables dangers dont ta route est semée !
Je me résume, Messieurs. L'homme n'est esclave ni de sa race, ni de sa langue, ni de sa religion, ni du cours des fleuves, ni de la direction des chaînes de montagnes. Une grande agrégation d'hommes, saine d'esprit et chaude de cœur, crée une conscience morale qui s'appelle une nation. Tant que cette conscience morale prouve sa force par les sacrifices qu'exige l'abdication de l'individu au profit d'une communauté, elle est légitime, elle a le droit d'exister. Si des doutes s'élèvent sur ses frontières, consultez les populations disputées. Elles ont bien le droit d'avoir un avis dans la question. Voilà qui fera sourire les transcendants de la politique, ces infaillibles qui passent leur vie à se tromper et qui, du haut de leurs principes supérieurs, prennent en pitié notre terre à terre. «Consulter les populations, fi donc ! quelle naïveté ! Voilà bien ces chétives idées françaises qui prétendent remplacer la diplomatie et la guerre par des moyens d'une simplicité enfantine». - Attendons, Messieurs ; laissons passer le règne des transcendants ; sachons subir le dédain des forts. Peut-être, après bien des tâtonnements infructueux, reviendra-t-on à nos modestes solutions empiriques. Le moyen d'avoir raison dans l'avenir est, à certaines heures, de savoir se résigner à être démodé.
Ernest Renan - Qu'est-ce qu'une nation : Conférence faite en Sorbonne, le 11 mars 1882
http://blogrepublicain.hautetfort.com/
Comment situer le projet de Dominique de Villepin?
26/04/2011 09:31 par rgrs
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Comment situer le projet de Dominique de Villepin?
26/04/2011 09:31 par rgrs
En comparant les programmes de différents partis avec celui de République Solidaire, j’en suis arrivé à déterminer que Dominique de Villepin défend une position :
- gaulliste en matière de défense et de politique étrangère,
- conservatrice en matière d’éducation, d’emploi, de fonctionnement de l’Etat et d’écologie,
- centriste en matière de fiscalité,
- et progressiste en matière d’économie, d’Europe, d’immigration, de sécurité, de nucléaire, de santé et de justice.
Pour le moment, République Solidaire partage des orientations communes :
- à 20% avec le Mouvement Républicain et Citoyen
- à 20% avec le Parti Socialiste
- à 14% avec l’Union pour un Mouvement Populaire
- à 11% avec le Mouvement pour la France
- à 11% avec Debout la République
- à 10% avec le Mouvement Démocrate
- à 8% avec le Nouveau Centre
- à 6% avec le Parti Chrétien Démocrate
A partir de là, on pourrait le classer en parti néo-gaulliste de centre-gauche, segment déjà revendiqué par Jean-Pierre Chevénement (souverainiste) et Arnaud Montebourg (pro-européen) … Dès lors que ces derniers peuvent participer aux primaires du Parti Socialiste, il ne serait donc pas forcément incongru que Dominique de Villepin s’y joigne même s’il en rejette totalement l’idée. Néanmoins, l’aventure diffère du Pôle Républicain de 2002 par le fait qu’elle se révèle solitaire et d’inspiration fédéraliste …
Ainsi, en matière de défense, il se rapproche :
- du Mouvement Républicain et Citoyen à 46%
- de Debout la République à 31%
- du Mouvement Démocrate à 23%
En matière de politique étrangère, il se rapproche :
- du Mouvement pour la France à 60%
- de Debout la République à 40%
En matière d’éducation, il se rapproche :
- de l’Union pour un Mouvement Populaire à 35%
- du Mouvement Républicain et Citoyen à 15%
- de Debout la République à 13%
- du Parti Socialiste à 12%
- du Nouveau Centre à 10%
- du Mouvement Démocrate à 9%
- du Mouvement pour la France à 6%
En matière d’emploi, il se rapproche :
- de l’Union pour un Mouvement Populaire à 36%
- du Mouvement pour la France à 27%
- de Debout la République à 22%
- du Mouvement Démocrate à 15%
En matière de fonctionnement de l’Etat, il se rapproche :
- de l’Union pour un Mouvement Populaire à 31%
- du Parti Chrétien Démocrate à 21%
- du Parti Socialiste à 15%
- du Mouvement Républicain et Citoyen à 12%
- du Mouvement Démocrate à 9%
- de Debout la République à 8%
- du Mouvement pour la France à 4%
En matière d’écologie, il se rapproche :
- de l’Union pour un Mouvement Populaire à 39%
- du Parti Socialiste à 39%
- du Mouvement pour la France à 13%
- de Debout la République à 10%
En matière de fiscalité, il se rapproche :
- du Mouvement Démocrate à 23%
- du Mouvement Républicain et Citoyen à 21%
- de l’Union pour un Mouvement Populaire à 17%
- du Parti Chrétien Démocrate à 17%
- du Parti Socialiste à 17%
- de Debout la République à 5%
En matière d’économie, il se rapproche :
- du Parti Socialiste à 45%
- du Mouvement Démocrate à 23%
- de Debout la République à 12%
- du Mouvement Républicain et Citoyen à 10%
- du Mouvement pour la France à 10%
En matière d’Europe, il se rapproche :
- du Parti socialiste à 63%
- du Mouvement pour la France à 16%
- de Debout la République à 13%
- du Mouvement Démocrate à 8%
En matière d’immigration, il se rapproche :
- du Mouvement Républicain et Citoyen
En matière de sécurité, il se rapproche :
- du Mouvement Républicain et Citoyen à 55%
- du Mouvement Démocrate à 27%
- de Debout la République à 18%
En matière de nucléaire, il se rapproche :
- du Parti Socialiste à 29%
- du Mouvement Démocrate à 29%
- du Mouvement pour la France à 29%
- du Mouvement Républicain et Citoyen à 13%
En matière de santé, il se rapproche :
- du Parti Socialiste à 45%
- du Nouveau Centre à 20%
- du Mouvement Démocrate à 20%
- du Mouvement Républicain et Citoyen à 15%
En matière de justice, il se rapproche :
- du Parti Socialiste à 45%
- du Mouvement Républicain et Citoyen à 45%
- du Nouveau Centre à 10%
Il manque les dossiers de l’agriculture, de la dépendance, de la retraite et de l’égalité des droits (entre homosexuels et hétérosexuels ou reconnaissance des femmes) sur lesquels le projet de Dominique de Villepin est muet pour le moment.
Griffon
http://griffonlyonnais.wordpress.com/
La vérité vraie sur le vote des Français aux présidentielles depuis 1988
26/04/2011 09:27 par rgrs
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La vérité vraie sur le vote des Français aux présidentielles depuis 1988
26/04/2011 09:27 par rgrs
Heureusement que la Fondation Terra Nova est là! Grâce en effet à la note rédigée par Michel Balinski et Rida Laraki, les Français voient enfin mis à jour leurs désirs politiques inconscients et refoulés: en 1988, ils voulaient en réalité élire Raymond Barre à la présidence de la République; en 1995, Édouard Balladur; en 2002, Lionel Jospin; et, en 2007, François Bayrou.
Pourquoi dès lors ont-ils réélu François Mitterrand en 1988, élu puis réélu Jacques Chirac en 1995 et 2002, élu enfin Nicolas Sarkozy en 2007? Tout simplement parce que"le scrutin majoritaire empêche les électeurs de s’exprimer librement" puisque "depuis au moins l’élection présidentielle de 1988, il y a un sérieux doute que l’élu soit le candidat voulu par l’électorat" (sic!).
Ainsi, "l’écrasant score de 82,2% des voix pour Chirac contre Le Pen en 2002 ne mesure en rien l’opinion réelle des électeurs sur le candidat Chirac". Merci à Terra Nova et aux deux universitaires de nous rappeler subliminalement cet adage datant seulement de la IIIe République: "Au premier tour on choisit, au second on élimine".
Résumons le postulat de départ: les Français - quels cons ces Français! - rejettent systématiquement au premier tour le président de la République qu'ils veulent en réalité élire.
Comment les auteurs parviennent-ils à mettre à jour ce désir électoral refoulé dont les électeurs n'ont pas conscience, au point de voter dans un sens différent?
D'une part, grâce aux sondages électoraux du second tour, pourtant basés sur les intentions de vote au premier tour selon le mode de scrutin présidentiel qu'ils rejettent (en 2007, "si François Bayrou s’était qualifié au second tour, tous les sondages montrent qu’il aurait pu gagner contre n’importe quel candidat"). Dès lors, pourquoi ne pas simplifier le processus en remplaçant les élections par les sondages? ...
D'autre part, grâce à la méthode scientifique du doigt mouillé: en 1988, "il semble que Raymond Barre (...) aurait battu Mitterrand s’il avait survécu au premier tour"; en 1995, "si Philippe de Villiers ne s’était pas présenté, ses 4,7% des voix auraient pu s’ajouter au 18,6% d’Édouard Balladur" (sic!), qui aurait alors devancé Jacques Chirac (20,8%)".
En suivant ce raisonnement, on pourrait même déclarer qu'en 2007 les Français voulaient en réalité élire Dominique Voynet (1,6%) à la présidence de la République, ce qui m'a, je l'avoue, échappé, étant donné que "les Verts et leurs idées sont pourtant acceptés par une majorité des Français".
Comme le résume avec justesse David Desgouilles sur Causeur, "si ma tante en avait..."
Essayons maintenant, malgré nos fous rires, de dépasser le stade de ce postulat hallucinant. Et regardons comment Terra Nova entend "rendre les élections aux électeurs" à travers un nouveau mode de scrutin: "le jugement majoritaire". Ce dernier consiste à demander aux électeurs d'évaluer les mérites de chacun des candidats dans une échelle de mentions: "Excellent", "Très bien", "Bien", "Assez bien", "Passable", "Insuffisant", "À rejeter".
Quels sont les effets d'un tel mode de scrutin?
1) Le jugement majoritaire "diminue l’influence des extrêmes". Les auteurs estiment en effet que "depuis l'élection présidentielle de 2002, l’extrême droite – pourtant rejetée par une grande majorité des Français – prend en otage la démocratie". Encore un propos hallucinant, du même acabit que les premiers, visant à affirmer que le choix démocratique de qualifier Jean-Marie Le Pen au second tour de l'élection présidentielle de 2002 serait ...antidémocratique! Ben voyons...
2) Le jugement majoritaire "n'avantage ni désavantage les partis majeurs de droite, de gauche, ou de centre".
Michel Balinski et Rida Laraki oublient toutefois de mentionner explicitement un troisième effet: ce mode de scrutin avantage les "grands" candidats, non seulement face aux extrêmes, mais également face au "petits" candidats à droite et à gauche (et éventuellement au centre). Sans compter que, dans ce système, "si un candidat n’est pas évalué par un électeur, ce vote est considéré comme À rejeter".
Ce sont bien pourtant ces "petits" candidats - sel de la démocratie d'après moi - qui constituent la véritable obsession de la note:
- "Le jugement majoritaire protège contre le risque des candidatures multiples"
- "Le système français actuel - le scrutin majoritaire à deux tours - (...) trahit la volonté des électeurs: le gagnant d’une élection dépend du jeu des candidatures multiples et non de la seule volonté des électeurs" (sic!)
- "Le hasard des multiples candidatures décide du vainqueur plus que la volonté de l’électorat"
- "Le jugement majoritaire protège l’électorat (sic!) contre le jeu des multiples candidatures"
Cette obsession était déjà celle de la fondation Terra Nova à travers l'idée d'une "primaire élargie" afin d'aboutir à un seul candidat à gauche (ou du "camp progressiste", en incluant François Bayrou). Comme si Jean-Luc Mélenchon et Dominique Strauss-Kahn étaient des candidats interchangeables "de gauche"! Comme si la richesse du débat d'idée démocratique pouvait se résumer à une opposition entre "la droite" et "la gauche", alors que, même en écartant les extrêmes, il est bien évident que le véritable clivage de fond oppose ceux qui acceptent (le "cercle de la raison" d'Alain Minc) et ceux qui refusent la logique néolibérale à l'œuvre aussi bien dans la construction européenne que dans la globalisation.
Michel Balinski et Rida Laraki ont bien entendu en tête l'élimination de Lionel Jospin au premier tour de l'élection présidentielle de 2002, avec un Jean-Pierre Chevènement implicitement placé sur le banc des accusés. À tel point que le nom de l'ancien candidat du Pôle Républicain est inconsciemment mentionné deux fois (on a presque envie de dire: "Jospin, sors de ce corps!"): "La fragmentation s’est renforcée, dans le camp progressiste (avec potentiellement le candidat socialiste plus Bayrou, Hulot, Chevènement, Mélenchon, Besancenot, voire Chevènement et Tapie) mais aussi à droite (Sarkozy, Villepin, Borloo, Dupont-Aignan, Boutin)".
Pas une seule interrogation, en revanche, sur les raisons pour lesquelles les classes populaires se sont détournées du PS! Surtout pas, car cela risquerait peut-être de remettre en cause les dogmes et certitudes des fondateurs de Terra Nova. Mieux vaut alors délégitimer la candidature de Jean-Pierre Chevènement en 2002 ou, plus globalement et subtilement, se rattacher pour l'avenir à un mode de scrutin qui favorise le candidat majeur de droite et de gauche.
Enfin, je ne suis pas certain que le "jugement majoritaire" réponde au principe constitutionnel d'intelligibilité du mode de scrutin; il a d'ailleurs été expérimenté dans une ville universitaire et très "France d'en haut" (en termes de professions et catégories socioprofessionnelle, de revenus ou encore de vote sur le traité constitutionnel européen; je n'ai malheureusement pas pu identifier précisément les bureaux de vote concernés). Alors que le système majoritaire uninominal à deux tours est simple et démocratiquement incontestable: se qualifient au second tour les deux candidats arrivés en tête au premier, puis est élu celui qui obtient la majorité des suffrages exprimés. Même si, personnellement, j'avoue qu'avec le mode de scrutin popularisé par Terra Nova je m'amuserais comme un petit fou à analyser tous ces votes jugements...
Laurent De boissieu
Banderille n°362 : Le (Petit) prince charmeur
26/04/2011 09:17 par rgrs
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Banderille n°362 : Le (Petit) prince charmeur
26/04/2011 09:17 par rgrs
Qui ne pense pas à moi est un égoïste
Nous n'avons pas élu un Président, mais un sujet de conversation.
Le dernier opuscule de François-Olivier Giesbert – "M. le Président" – sort un an avant l'élection présidentielle de 2012, mais surtout coupe l'herbe sous les pieds au film "la Conquête". Ce long-métrage, hyper-réaliste et en même temps hyper subjectif, qui doit sortir en mai, va éclairer les Français sur la véritable nature – très complexe – du Président élu en 2007. Même si jusqu'ici toute personne disposant d'un poste de radio et/ou de télévision peut juger sur pièces à partir de la politique menée, personne ne s'était risqué à aller aussi loin que FOG dans l'explication de ses soubassements.
FOG réussit le tour de force de rentrer dans la psychologie du personnage et de la relier, à partir d'exemples tirés de sa propre expérience personnelle, à une grille d'analyse générale de la politique présidentielle. La thèse de Giesbert, c'est que Sarkozy est resté ce petit enfant abandonné par son père, humilié par sa pauvreté relative à l'égard de la bourgeoisie de Neuilly. Un enfant animé d'une soif insatiable de mouvement et de reconquête. Un gars qui fonctionne à l'affectif mais qui est continuellement attiré par l'obstacle, et qui punit par là où il pèche.
La mentalité du conquérant, c'est en effet de ne plus se préoccuper des prises de guerre passées mais de toujours penser à l'adversaire d'après. Sarkozy ne cherche pas cependant à abattre mais à séduire, un Don Juan compulsif de la Vème République. Séduire Kouchner, Amara, DSK, Villepin, Juppé… Séduire, toujours séduire, et une fois la belle au lit, l'oublier, la tyranniser, l'humilier même. Sarkozy, le petit Prince de Neuilly, demande à tout renard qui passe s'il veut être son ami, mais est ensuite un ami décevant – Devidjian ou Mariani en témoignent dans l'ouvrage – car il règle perpétuellement ses comptes avec son passé. Sarkozy n'aime que lui mais ne supporte pas qu'il subsiste des gens qui ne l'aiment pas.
Yin et Yang
L'autre thèse sous-jacente de FOG, à laquelle je souscris totalement, est que notre Président n'a pas de surmoi, c'est à dire de contrôle sur son moi énorme (lequel au passage lui permet de conserver un optimisme indestructible). Son surmoi était externalisé, il s'appelait Cécilia, elle est partie au moment où il en avait le plus besoin : son accession à l'Elysée. Pour être élu, Sarkozy avait fait un énorme effort sur lui-même. Lui, le guerrier, le conquérant, l'égoiste super-affectif, l'avatar terrestre du Yang, s'était transcendé, devenant une Mater Doloris à l'écoute des souffrances de son peuple, un Yin hyperbolisé. Grisé par la victoire, déstabilisé par le départ de Cécilia, Sarkozy a explosé en vol. La Mater est devenue un Matamore.
FOG en vient à dresser un savoureux portrait qui n'est pas tant à charge. En effet - prudence calculée ou souci d'objectivité ? – FOG montre que le petit Prince gâté et tyranneau est un personnage qui suscite la compassion, car ses travers sont autant de défauts qui le rendent humain, trop humain. Les Français veulent un Roi, pas un Roitelet. Un Guide à la manière de Gaulle, transcendant et pur, ou à la limite un pharaon mitterrandien, pas une boule de nerfs et de complexes. Sarkozy n'a pas su comprendre assez tôt qu'il fallait occuper le trône et la psyché présidentielle.
La conclusion du livre est la plus étonnante, car après un descriptif étayé qui semble assez cohérent, FOG termine par une pirouette qui montre que toute analyse de l'humain reste forcément limitée, avec la description d'un échange surréaliste entre l'auteur et sa Joconde. Dans tous les cas, je vous invite à le lire. Vous y trouverez un aperçu passionnant de la désacralisation du politique.
Toreador
"M. le Président, scènes de la vie politique, 2005-2011", Franz-Olivier Giesbert,Flammarion, 19,90 €
Terra Nova, un think tank anti républicain et dangereux pour la démocratie.
26/04/2011 09:09 par rgrs
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Terra Nova, un think tank anti républicain et dangereux pour la démocratie.
26/04/2011 09:09 par rgrs
Cette fondation a beaucoup fait parler d'elle cette semaine du 18 avril 2011. Structure « pensante » du Parti socialiste, elle est présidée par un énarque, Olivier Ferrand, haut fonctionnaire du ministère de l'économie et des finances, fédéraste européiste tendance béat. On ne Trichet pas avec la pensée jospinienne !
Européiste donc, il est rédacteur en 2004 du rapport Construire l'Europe politique que Romano Prodi a commandé à Dominique Strauss-Kahn (tien tien!). Administrateur de l'ONG EuropaNova, il rédige avec Guillaume Klossa, conseiller de Jean-Pierre Jouyet (oui celui qui devint ministre du président de l'arépublique en 2007) pendant la présidence française de l'Union européenne, le rapport Peut-on faire l'Europe sans les Européens ? remis au Conseil européen de juin 2006.
Or donc, cette fabuleuse semaine qui s'écoule, notre Napoléon aux petits pieds se propose de supprimer la rencontre du peuple, si dérangeant, avec la démocratie, tout simplement en voulant supprimer le choix républicain des électeurs lors de la prochaine élection présidentielle, lors du 1er tour. A l'instar de Jacques Delors qui voulut bien être président de la République, s'il ne passait pas par les urnes(!), le Badinguet de Terra Nova crache sa haine du suffrage universel et celle du peuple. Oui! Oui! Ce même peuple, celui qui osa un certain 29 mai 2005 renvoyer à la face des gens de son acabit un NON tonitruant à cette Europe qui tue, jour après jour, la construction républicaine, sociale, laïque et démocratique de la France.
Le triste sire se trompe lourdement, sous prétexte de faire « barrage au Front national » et à celle qui reprit le bâton de maréchal du parti de papa. La France est une création politique, c'est sa force, c'est son rayonnement. Les peuples du monde entier ont attendu et suivi la voie des Lumières; ils le font toujours. Il n'est que voir les espérances entretenues par le peuple palestinien quant à l'action de notre pays en vue de la création de leur patrie.
Notre force résidant dans nos principes, il est donc logique, c'est à dire politique que les Français puissent se retrouver dans des incarnations portant leur volonté politique. C'est aussi vrai à Gauche bien que dans les faits, avec les déclarations de ce machin si peu think et beaucoup tank, le Parti socialiste ne peut plus désormais se revendiquer de la Gauche.
Nous sommes aussi, par exemple, en total désaccord politiquement avec des formations se réclamant de la Gauche et incarnant l'esprit défaitiste, exemple Europe écologie-les verts. Nous pensons qu'elles ont la légitimité pour concourir aux élections: la chose publique doit être débattue dans la Cité et non laissée dans les mains de Tartufes, quand bien même ils se prétendent socialistes, comme Olivier Ferrand.
D'aucun crie déjà au danger d'un « 21 avril à l'endroit, à l'envers, sur le coté, de l'autre coté, à 45°... ». Mais de qui se moque-t-on? La ficelle est grosse pour imposer le candidat de l'etablishment. Le peuple, oui ce peuple tant honni par le Maréchal nous voilà Ferrand, qui ne fait que remettre sur selle les vieux chevaux de retour, les vieilles ficelles rocardo-jospiniennes, oui ce peuple n'est pas dupe. Il a besoin de se reconnaître dans ses hérauts.
Cela s'appelle la République Monsieur Ferrand! Et le seul danger du « 21 avril etc. » n'est pas dans la multiplicité des candidatures mais... chez vous, dans vos propositions archaïsantes.
Voltaire République
http://voltaire.republique.over-blog.com/.
Dominique de Villepin et le nouveau patriotisme
26/04/2011 09:00 par rgrs
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Dominique de Villepin et le nouveau patriotisme
26/04/2011 09:00 par rgrs
A l'exemple de la fédération République Solidaire du Vaucluse dirigée par Hakima Ait el Cadi ou de celle du Nord dirigée par la très dynamique Isabelle Baert, Dominique de Villepin a donné naissance à une nouvelle génération de militants qui défendent une fierté d'appartenance renouant avec les plus belles valeurs de la République.
C'est le nouveau patriotisme. Sur le terrain, ils défendent des valeurs trop souvent critiquées et considèrent que leur leader, Dominique de Villepin, est le seul pour changer l'actuelle situation.
A les écouter, 2012 ne sera pas une élection comme les autres. Ce sera l'élection qui permettra de répondre à une question simple : "quel peuple sommes-nous ?".
L'égoïsme a-t-il tout emporté sur son chemin pour installer un sauve qui peut généralisé qui se résumerait dans une formule simple "moi ça va, je me débrouille" ?
Le cynisme a-t-il gagné toutes les parties au point que réparer les dégâts devienne impossible ?
La politique se résumerait-elle désormais à la négociation d'un dégrèvement fiscal ou à l'ajout d'une nouvelle aide sectorielle ?
A l'opposé de cette approche, cette génération, souvent venue pour la première fois à un engagement public, affirme des valeurs, défend un idéal.
Ils ne comprennent pas l'indifférence, l'abattement, le recul devant le respect des promesses.
Ils ont la volonté que la France soit à nouveau fière d'elle. Ils ne désespèrent pas.
Pour toutes ces raisons, ils n'économisent ni leur temps, ni leur énergie, ni leurs dépenses personnelles pour quadriller le terrain toujours et encore.
A l'exemple de leurs équipes locales, ils savent que si le drapeau est bleu-blanc-rouge, la nation est couleur arc en ciel parce que la diversité est la plus belle des richesses comme le montrent leurs vidéos (voir ci-dessous).
Ils sont persuadés que, surtout dans les moments difficiles, chacun de nous compte.
Ils ne montrent pas du doigt mais ils serrent les mains.
Ils ne désignent pas des bouc-émissaires mais veulent comprendre pour résoudre sérieusement les problèmes.
Ils souhaitent que 2012 rende un seul service : que le pays puisse retrouver son droit à rêver la réalité qui pourrait être grâce à un nouveau sytème de valeurs.
C'est un visage de l'engagement trop souvent ignoré comme si les campagnes électorales pouvaient se réduire à un nombre d'encartés ou à un club de fortunés donateurs, désinteréssés ou pas.
C'est ce patriotisme positif là qui est probablement la meilleure réponse au climat délétère qui s'installe à 365 jours du 1er tour de la présidentielle. Dommage que les "vieux médias" s'y intéressent aussi peu.
UMP: la primaire aura-t-elle lieu?
26/04/2011 08:58 par rgrs
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UMP: la primaire aura-t-elle lieu?
26/04/2011 08:58 par rgrs
Les statuts de l'UMP sont sans ambiguïté. Il y aura bel et bien un vote des adhérents, c'est-à-dire une primaire interne, avant l'élection présidentielle de 2012:
- Article 14: "Le Congrès choisit le candidat soutenu par l'Union à l'élection à la Présidence de la République; étant entendu que pour l'élection présidentielle il n'y a pas d'investiture d'un parti politique"
- Article 49: "Le Président de la République, à nouveau candidat, et qui souhaite le soutien de l'UMP se soumet au vote du Congrès"
Il n'y aura toutefois certainement qu'un seul candidat - le président sortant Nicolas Sarkozy - vu que les éventuels autres protagonistes ne sont plus membres de l'UMP (Dominique de Villepin, Jean-Louis Borloo).
Quant à l'idée d'Alain Lamassoure d'une primaire "ouverte" à toute la majorité présidentielle, elle n'a pas davantage de chance de servir à diminuer le nombre de candidats que celle du PS "ouverte" à toute la gauche... mais à laquelle Europe Écologie - Les Verts et le Front de gauche (PCF et Parti de gauche) ont décidé de ne pas participer.
Reste une hypothèse: la non-application des statuts de l'UMP. Ce qui deviendrait une habitude, puisque la démocratie interne qu'ils prévoient n'est déjà pas appliquée...
Laurent de Boissieu
http://www.ipolitique.fr/
Niqab: sans face ni loi dans Paris Match
26/04/2011 08:54 par rgrs
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Niqab: sans face ni loi dans Paris Match
26/04/2011 08:54 par rgrs
Sous prétexte d'aller à la rencontre d'une «hors-la-loi», Match nous refait le coup, déjà vu dix fois ailleurs, du reportage photo façon «vis ma vie sous le niqab». Mieux, la journaliste nous explique aller à la rencontre de « celles qui passent outre ». Louise Angelergues propose ici sa relecture de l'article de l'hebdo, teintée d'une douce et amère ironie.
Tout commençait bien, on venait de voir sur dix pages toutes les femmes de la vie d'Alain Delon. On était encore sous le charme des yeux de Romy Schneider et des seins de Mireille Darc (à moins que ce ne soit l'inverse) . Et là, c'est le drame : on tourne une page pour se retrouver nez-à- (presque)nez avec une dame, ou du moins une forme proche d'une dame, en niqab. Plus fort encore, l'article est titré « Niqab ni soumise ». Elégante déformation du « Ni pute, ni soumise ». Donc pour Match, « ni pute » est le jumeau de « niqab ». Donc si l'on continue la démonstration jusqu'au bout, si on n'est pas en niqab, on est une...une...une...? D'accord c'est un peu tiré par les cheveux, mais les cheveux étant les grands absents de ces pages là, ils font ce qu'ils peuvent pour exister.
Tel un publireportage de téléachat, madame Niqab (qui se prénomme en fait Marie, ça ne s'invente pas) nous vend son produit ré-vo-lu-tion-naire ! :
« Avant, j'étais comme vous, je faisais la fête, je fumais du cannabis, je volais dans les magasins. » ( cochez la ou les mentions inutile(s) )
Mais grâce à son super Niqab 2000, Marie passe l'essentiel de ses journées assise sur le canapé du salon (puisqu'elle ne peut pas travailler dans cette tenue), seule (puisque son homme, trouvant l'idée du niqab bien trop radicale, l'a quittée) et attendant toute la journée le moment d'aller chercher ses moufflets à l'école en bus (puisque l'on ne peut pas passer son permis avec un cache-sexe géant). Le tout en espérant ne pas se choper 150 euros d'amende sur la voie publique pour délit de pas-de-gueule. Laissez vous tenter mesdames !
Depuis le 11 avril, Marie elle est colère. Avant, elle pouvait se promener tranquille, les cheveux -noués, voilés, revoilés- au vent. Maintenant, Marie a les pétoches quand elle va acheter ses timbres. Marie souffre. Pourtant, Marie a de la suite dans les idées et a tenté de s'adapter. Le voile intégral est interdit ? Qu'à cela ne tienne, elle peut toujours porter un masque anti-grippe A. Astucieuse la Marie. Hélas au bout de quelques jours elle a dû le retirer, car selon ses propres dires : « Je suis claustrophobe ».
Marie est une femme toute en paradoxes.
La journaliste nous l'écrit, Marie a des formes, « des yeux en amande », une « bouche vermeille et charnue ». Soit. En même temps avec une jambe de bois et du psoriasis plein les joues, est-ce que cela ferait vraiment une différence ? Donc Marie est coquette : elle nous explique qu'elle a tout un choix de couleur et de matières pour ses gants (mais oui les cuticules ça se couvre, c'est HYPER sexuel !!), mais précise qu'elle reste dans des tonalités neutres pour ne pas faire « déguisement »....
Un peu plus loin, Marie apprend que la vie n'est pas un paquet de nounours en guimauve. Depuis le 11 avril, y'a des gens qui font rien qu'à l'embêter et Marie de préciser -« déçue » nous dit la journaliste- que « la plupart [sont] des musulmans ». Bizarrement ça ne lui a pas mis la puce à l'oreille. Faut dire que l'oreille de Marie n'est pas facile d'accès.
Une citation de Marie est mise en accroche dans l'article : « Je ne supportais pas le regard pervers de certains hommes. »
Donc à cause de quelques mâles ayant un peu forcé sur la testostérone, Marie s'est emmurée vivante. Radical.
Et de continuer plus loin dans l'article : « Sans [le niqab], des hommes pourraient voir mes cheveux, mon cou... »
Plus inquiétant, le fait qu'elle pense que se voiler du lobe d'oreille à la voûte plantaire « limiterait les viols, la délinquance ». La délinquance peut être : sauter par dessus le tourniquet du métro en niqab, passez-moi l'expression, c'est coton.
Pour le reste Marie, hélas... ! Du temps où l'on portait des peaux de bêtes à peine mortes jusqu'au temps où l'on s'enroulera dans du papier d'alu, en passant par celui où il fallait l'aide de trois personnes pour s'habiller et de presque autant pour se mettre en pyjama, les femmes ont toujours été potentiellement sujettes à l'agression sexuelle. C'est bien triste, mais ce n'est pas de la faute de la jupe en lycra...
Sur quatre pages, tel un mauvais épisode des aventures de Martine on retrouve donc :
Marie et son niqab vont à la poste.
Marie et son niqab marchent dans la rue et croisent des CRS.
Marie et son niqab prennent le bus.
Marie et son niqab devant l'école.
Marie et son niqab font carnaval (au passage Marie prépare son costume depuis des mois à l'avance, y'a triche.)
Paris Match nous épargne:
Marie et son niqab vont à la plage.
Marie et son niqab font sauter des crêpes.
Et Marie et son niqab vont cueillir du muguet.
A la fin de ces pages « niqabisées », tel un appel d'air de bon sens, on peut lire dans un petit encadré l'interview de Malek Chebel, anthropologue des religions. Telle une mention « fumer nuit à la santé de votre entourage » sur un paquet de blondes, l'anthropologue (dont l'on se demande s'il a été prévenu du cadre dans laquelle son interview allait être diffusée) vient nous rappeler que non le niqab n'a rien à voir avec le Coran et que oui il est une façon de dire « 3615J'existe ! » (www.j'existe.fr pour les plus jeunes de nos lecteurs) pour celles qui le portent.
Par respect pour Marie et son fragile pouvoir d'invisibilité, nous ne publierons pas les photos de Paris Match. Marie veut disparaître aux yeux des autres ? Que sa volonté soit faite.
Louise Angelergues - Marianne
Droite ou gauche: inventaire actualisé du clivage
26/04/2011 08:44 par rgrs
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Droite ou gauche: inventaire actualisé du clivage
26/04/2011 08:44 par rgrs
Coralie Delaume s'en souvient : quand elle était adolescente, elle parvenait aisément à départager le monde entre gens de gauche et gens de droite. Elle est plus perplexe aujourd'hui, et la guerre de Libye n'a pas arrangé les choses.
Avant, il y avait le clivage gauche/droite, et tout était plus simple. En 1789, les députés favorables au maintien d’une certaine autorité du roi matérialisée par le veto royal s’étaient regroupés à droite du président de l’Assemblée. Les opposants à ce veto s’étaient placés à gauche. Depuis lors, les choses semblaient aisées : à droite, on avait l’habitude de trouver les partisans du maintien de l’ordre établi, les conservateurs. Du coup, à la « droite de la droite » se trouvaient les amateurs du rétropédalage temporel, c'est-à-dire les réactionnaires. Inversement, la gauche était le refuge des partisans du changement, les réformistes. Dès lors, à la « gauche de la gauche » se trouvaient les militants du changement en mode accéléré, c'est-à-dire les révolutionnaires.
Ainsi, depuis plus de deux siècles, les choses étaient faciles. Bien sûr, elles évoluèrent un peu. Grosso modo, il n’y a pas si longtemps, un homme de droite qui souhaitait se faire un ami cherchait à savoir si cet ami putatif avait des « valeurs » : respectait-il l’autorité, au premier chef celle de l’Etat ? Respectait-il la propriété de ceux qui l’avaient acquise à force d’épargne et de labeur ? Honorait-il le drapeau ? Et pourquoi pas (car même si on ne partage pas, c’est quand même un gage de probité), priait-il un Dieu ? En somme, la droite, ce n’était pas toujours très drôle, mais c’était du sérieux.
A l’inverse, lorsque j’avais moi-même l’âge de fumer des cigarettes roulées et de traîner ma mélancolie dégingandée en Kickers vaguement trouées, je triais mes amis de la sorte : étaient-il pour l’égalité non pas seulement des droits, mais également des chances ? Etaient-il prêts à militer pour une égalisation des conditions ? Louaient-il l’Etat non pour ses fonctions régaliennes mais pour son action redistributrice ? Et j’avoue, comme c’étaient les années 80, étaient-ils antiracistes ? En somme, la gauche, ce n’était pas toujours très réaliste, mais c’était généreux.
Bien sûr, il y eût, parfois, quelques objets politiques non identifiés : des nationaux-blocheviques, une droite socialiste, des anarchistes de droite, une gauche « souverainiste », parfois même des centristes, voire des écologistes. Cependant, à bien disséquer ces courants politiques, on parvenait toujours à les caser à droite ou à gauche, nonobstant quelques aveugles qui, soupçonnant des borgnes partout, ne facilitèrent pas la tâche.
Depuis quelques temps, pourtant, on sent que tout cela est devenu moins évident, et que de nombreuses problématiques « dépassent les clivages traditionnels ». En politique étrangère, par exemple, le clivage n’opère plus. Nombreux sont les commentateurs à observer que l’affaire libyenne a « redistribué les cartes », sans savoir toutefois si cela est conjoncturel ou durable. L’intelligentsia qui, au début des révoltes arabes, fut d’abord accusée de mutisme, apparaît désormais « divisée ». Chez les intellectuels, la ligne de fracture ne se situe pas entre les laudateurs et les détracteurs Bernard-Henri Lévy. Chez les politiques, elle ne recoupe pas les anti ou les pro-Sarkozy. Au matin de l’intervention aérienne, n’entendit-on pas Hubert Védrine saluer l’action du Président ? Ainsi, il n’y a pas les « munichois » d’un côté et les « néoconservateurs » de l’autre. Mais il n’y a plus non plus la gauche d’un côté, et la droite de l’autre.
C’est sans doute dans le domaine de l’économie que la mode du « transclivage » semble la plus persistante. Loin de se résumer au clivage gauche/droite, la question de l’Euro multiplie les subdivisions dans chaque camp, tandis qu’elle génère par ailleurs d’improbables concordances de vues. Les « Eurosceptiques » semblent également répartis des deux côtés du Rubicon, et les thuriféraires d’un retour à la monnaie nationale couvrent désormais l’ensemble du spectre politique. A droite, Marine le Pen, dont la récente passion pour l’économie confine au zèle du converti, considère que « le vrai problème, c’est l’Euro ». Avant elle, Nicolas Dupont-Aignan assénait déjà : « quitter l’Euro est une condition du plein emploi » car pour dernier, la monnaie unique est la véritable « Arnaque du siècle ». A gauche, Jean-Luc Mélenchon, vaticine et vitupère: « l'Euro des banquiers et des usuriers n'est plus viable », cependant que Jean-Pierre Chevènement propose de « substituer à une monnaie unique trop rigide une monnaie commune réservée aux transactions extérieures ».
Enfin, dans de nombreux autres domaines l’habituel clivage droite/gauche semble avoir volé en éclat. Sur la construction européenne, ce sont le « fédéralistes » et le « souverainistes » qui s’opposent, tandis que sur l’école, il y aurait d’un côté les fidèles à Condorcet et à Ferry, et de l’autre, les tenants des « sciences de l’éduction ». Bref, difficile d’ignorer que « les lignes ont bougé ». A tel point que l’on peut aujourd’hui se demander si le traditionnel clivage droite/gauche ne serait pas désormais supplanté par une ligne de fracture plus profonde, plus inconciliable encore.
A la traditionnelle logique gauche/droite, Jean-Claude Michéa [1] oppose « l’unité du libéralisme ». Il s’attache à démontrer l’étroite intrication entre le « bon libéralisme », le « degauche » , le sociétal, le libertaire, et le « mauvais libéralisme », le « dedroite », l’économique. Pour lui, « le libéralisme représente un tableau philosophique à double entrée », et le libéralisme politique n’est pas différent par nature de « son double économiste ». Ainsi, s’il y a une convergence naturelle entre les libéraux de gauche et les libéraux de droite, le véritable clivage est peut-être à rechercher entre ceux qui sont libéraux et ce qui ne le sont point, entre les « libéraux-libertaires » et les « nationaux-républicains », comme le disait Henri Gaino à l’aube des années 2000, avant d’opter pour plus rien dire, à l’aube des années 2010 ?
Voilà qui devrait faire réfléchir les innombrables phobiques d’un nouveau 21-Avril, qu’il soit à l’envers, à l’endroit, oblique, en biais ou de guingois. Car pour l’heure, nous n’avons le choix qu’entre des ultralibéraux de droite, des libertariens de gauche, et des aboyeurs d’on ne sais où fustigeant « la clique UMPS » tout en tressant d’indigestes patchworks idéologiques.
Que se passera-t-il le jour où, loin de renvoyer la gauche et la droite dos à dos comme autant d’ennemis irréductibles, quelqu’un saura trouver les mots pour unir, au-delà des clivages, toutes les bonnes volontés ? Quelqu’un qui ne serait non pas seulement « contre les partis », mais plus simplement, l’homme de la Nation[2] ?
Coralie Dechaume
[1] Jean-Claude Michéa, L’empire du moindre mal – essai sur la civilisation libérale – Climats, 2007
[2] avec « la femme », ça marche aussi.
Retrouvez les articles de Coralie Dechaume
Marine Le Pen « l'ouvrière » ...
26/04/2011 08:36 par rgrs
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Marine Le Pen « l'ouvrière » ...
26/04/2011 08:36 par rgrs
Maurice Szafran revient sur le sondage Ifop pour le JDD qui montre que 36% des ouvriers voteraient pour Marine Le Pen en 2012, loin devant le PS et l'UMP. Et de rappeler à ces deux formations, et notamment au Président Nicolas Sarkozy, leurs responsabilités dans ce fort vote FN dans les « couches populaires ».
Dans Le Nouvel Observateur, son directeur Laurent Joffrin et notre consœur Ariane Chemin (qui, depuis, a rejoint Le Monde) s'étaient raillés de nous. Marianne, selon eux, consacrait trop peu d'efforts à dénoncer Marine Le Pen, préférant s'en prendre à Nicolas Sarkozy et au parti socialiste. Nous n'avons évidemment pas manqué, ici et ailleurs, de répondre à ce mauvais procès qui ne manquait pas d'arrière-pensées notamment commerciales, mais qu'importe. Ce débat ne manquait en effet ni d'intérêt ni de hauteur.
Nous estimions en effet - et nous estimons toujours - que l'apparente irrésistible progression du Front National (confirmée de sondage en sondage) ne valait que par le symptôme affiché : la double tragédie (c'est ainsi que nous l'avions récemment encore exprimé sur la couverture de Marianne) qui frappe l'UMP et le PS : la rupture de la droite sarkozyste avec une série de valeurs républicaines faisant ainsi le jeu de la fringante Marine Le Pen; l'incapacité décidément chronique de la social-démocratie de s'adresser à ce qu'une facilité de langage baptise les « couches populaires ». Et voilà malheureusement - nous aurions préféré ô combien nous tromper, nous égarer... - qu'un sondage de l'IFOP pour Le Journal du Dimanche confirme pour l'essentiel notre analyse.
Une question et trois chiffres: pour qui voteraient les ouvriers au premier tour de l'élection présidentielle 2012 ? Marine Le Pen, 36%; Dominique Strauss-Kahn, 17%; Nicolas Sarkozy, 15%. DSK+Sarkozy = moins que la chef du Front National. Un désastre !
Alors répétons, radotons même, puisqu’il le faut...
Depuis le discours de Grenoble le 31 juillet 2010, le président de la République, son gouvernement et sa majorité ont repris à leur compte une série de thèses identitaires jusque-là défendues par le seul Front national. Nicolas Sarkozy ne s'est pas brutalement, à 56 ans, « fascisé » ; il n'est pas davantage devenu raciste ou xénophobe ; la chasse aux immigrés a tout pour lui faire, en principe et par principe, horreur. Mais, sans vergogne aucune, sans retenue morale ou idéologique, il s'est mis en posture de chasse électorale. Rattraper les électeurs frontistes ex-sarkozystes cuvée 2007, ces fameuses catégories populaires, les ouvriers notamment, désormais en fuite vers le lepénisme new-look incarné par la fille-présidente. Les rattraper à tout prix, ces électeurs, en s'imaginant les séduire par une tentative de lepénisme à peine soft. Or, ce sondage Ifop/JDD rappelle une nouvelle fois que cette tentative semble vouée à l'échec, que le simili lepénisme ne sert pour l'instant à rien, que cet électorat-là, pourchassé par le président-candidat, ne croit plus aux promesses sécuritaro-sociales de Nicolas Sarkozy. La stratégie de Grenoble ? Aujourd’hui, un échec sur toute la ligne, une nouvelle fois confirmé par cette étude d'opinion.
Mais voilà que la position de la gauche socialiste, à deux points près, n'est guère plus reluisante. Gauche bourgeoise, gauche DSK, gauche Aubry incapable elle aussi de parler au « peuple », de lui ouvrir des perspectives, de lui rendre l'espoir en une vie meilleure. C'est en cela, c'est pour cela que nous sommes sévères - certains estiment que nous le sommes trop - avec les sociaux-démocrates de la rue de Solférino, ces petits-bourgeois de gauche qui ne savent décidément s'adresser qu'à leurs pairs petits-bourgeois eux aussi. Ce sera d'ailleurs peut-être suffisant pour vaincre Nicolas Sarkozy. Mais pour gouverner et mobiliser la France ?
Ce sondage, convenons-en, est terrifiant. Non pas seulement parce qu'il dessine une inéluctable progression électorale de Marine Le Pen et du Front National; mais parce qu'il confirme qu'une France en voie de déclassement estime qu'en se retournant vers le FN, elle défie l'autre France, celle de l'UMP et du PS. On peut trouver ce comportement scandaleux, consternant, débile. Il faudra pourtant en tenir compte. Sinon...
Maurice Szafran - Marianne