Télévision, zapping et barbarie
17/07/2011 13:18 par rgrs
Quels sont donc ces enfants que nous avons engendrés, et qui sont tellement insensibles qu’ils peuvent s’entretuer, ou tellement en souffrance qu’ils peuvent se suicider ? Certains diront une fois encore qu’il ne s’agit que de faits divers, et que la société médiatique nous fait apparaître ce qui, autrefois, nous échappait. Certains diront que la violence juvénile, et même enfantine, a toujours existé, mais qu’elle nous frappait moins du temps où personne n’avait l’idée d’imaginer que les enfants étaient forcément innocents. Peut-être.
Natacha Polony
Voilà plusieurs semaines que cette note sur la question de la nationalité me démange. J'ai en effet hésité à me lancer, comme à chaque fois qu'il s'agit d'une opinion personnelle - que j'exprime en tant que citoyen - et non d'une analyse - avec une expertise journalistique et scientifique (n'étant pas diplômé d'une école de journalisme et me destinant originellement à la recherche universitaire). La polémique autour d'Eva Joly et de la suppression du défilé militaire du 14 juillet me fait finalement sauter le pas à la lecture d'échanges sur Twitter (entre @auroreberge, @Clio_Rouge et @nobr_).
1) Je répugne tout ce qui remet en cause l'égalité entre les citoyens Français (expression "Français de souche", extension des cas de déchéances de la nationalité pour crimes ou délits, etc.). Une personne ayant acquis la nationalité française par la procédure de naturalisation est en effet un Français comme tout compatriote l'ayant acquise par le "droit du sang" ou par le "droit du sol". Il serait donc antirépublicain de faire de cette origine un argument électoral au cas où ladite personne serait, par exemple, candidate à l'élection présidentielle.
2) J'estime toutefois que pour diriger un État il faut exclusivement posséder la nationalité de cet État. C'est vrai en France comme à l'étranger: cela me choque qu'une personne possédant une double nationalité (en l'occurrence Eva Joly) soit candidate à la présidence de la République si elle conserve son autre nationalité, de même que Salomé Zourabichvili aurait dû automatiquement être déchue de sa nationalité française lorsqu'elle avait été nommée ministre des Affaires étrangères d'un État étranger (la Géorgie).
3) Je ne suis pas un adversaire de la binationalité en soi lorsqu'une personne possède les deux nationalités de ses parents. Ce serait n'importe quoi (enfin, tant que cette personne n'est pas candidate à la présidence de la République ou à la députation, ou nommée à une fonction ministérielle). En revanche, lorsque la nationalité française est le fruit d'un acte volontaire (par la naturalisation ou par le mariage), cette personne devrait automatiquement perdre sa nationalité d'origine. C'est toute la différence, fondamentale dans ma philosophie personnelle, entre l'essence et l'existence.
Laurent De Boissieu
Ni bonne conscience, ni inconscience
Disons-le clairement : attaquer Marine Le Pen ne nécessite aucun courage. La critiquer ne fait pas de moi un antifasciste méritant à l’égal de Matteotti.
Mais Marine Le Pen pose tout de même problème : sa plasticité idéologique, le fait qu’elle ait préempté la contestation de l’ordre établi et que les sujets dont elle se saisit deviennent immédiatement illégitimes (libre-échange, euro etc…) soulèvent une question inquiétante sur le tour que prend « notre démocratie » – mot dont la fortune croissante coïncide avec le délitement de la chose qu’il désigne.
Examinons les choses telles qu’elles sont : le Front National réalise des scores autour de 20% (19,2% en moyenne dans les cantons où il était présent en mars dernier). Ce n’est pas rien mais c’est loin d’être tout. Marine Le Pen a au moins compris une chose : pour faire gagner l’extrême droite, elle doit se fondre dans la nouvelle géographie sociale de la France grâce à un récit national culturellement majoritaire. Par ce biais, elle adopte – consciemment ou non -les méthodes de certains conservateurs américains qui ont repris les vieilles recettes contestataires de l’extrême gauche.
L’extrême droite change : quelle découverte !
À l’image de ce qu’a toujours été l’extrême droite dans notre pays, le Front National s’appuie sur une idéologie composite. Aussi, pour consolider son virage stratégique, Marine Le Pen a demandé aux militants frontistes les plus « extrémistes » de se taire et/ou d’évoluer sans remettre en cause leur radicalité doctrinale. Toutefois, facile et prête à l’emploi, la thèse de la mutation « cosmétique » du FN écarte la possibilité d’une mutation réelle de la radicalité. En réalité, le monde change, l’extrême droite aussi : quelle découverte !
Marine Le Pen est astucieuse. Elle cherche à se légitimer. À cette fin, elle n’a pas recyclé les tactiques éculées d’un Bruno Mégret ou d’un Jean-Claude Martinez : point de « Conseil scientifique du Front National » ni de « Documents pour la France » vaguement bidonnés pour faire croire au développement d’une expertise propre au FN. Elle préfère adopter la technique du coucou en faisant couver ses œufs électoraux par les autres partis. Et ça marche !
Pour une bonne et simple raison : les partis « de gouvernement » n’absorbent que lentement les idées nouvelles alors que la candidate frontiste accompagne rapidement l’évolution de notre société. Ainsi s’approprie-t-elle les thèses économiques hétérodoxes de Jacques Sapir et Jean-Luc Gréau, tout en clamant sa proximité de vues avec Jean-Pierre Chevènement, Jean-Luc Mélenchon ou Arnaud Montebourg.
À ce sujet, certains médias contribuent à son entreprise de légitimation en observant un peu hâtivement que Marine Le Pen parle « elle aussi » de démondialisation. En fait, alors qu’Arnaud Montebourg s’est saisi du concept inventé par Walden Bello depuis de longs mois, Marine Le Pen ne l’a évoqué que fort tardivement, après la publication du livre éponyme de Jacques Sapir1. À croire que certains ont intérêt à disqualifier l’idée de démondialisation en la « lepénisant ». Mais refermons la parenthèse.
Comme tout parti politique, le Front National veut faire des voix. Historiquement, son premier électorat était une droite radicalisée née sur les décombres du vichysme et de l’Algérie Française. Vinrent ensuite des électeurs issus des classes populaires, de droite d’abord, de gauche ensuite. Aujourd’hui, Marine Le Pen s’adresse aux classes moyennes déclassées – fonctionnaires ou diplômés précarisés. Son nouveau cœur de cible est constitué de ces millions d’actifs qui, passé l’âge de vingt-cinq ans, se retrouvent confrontés à l’extrême violence du système économique. Pour continuer sa progression dans cette frange de la société, Madame Le Pen a besoin de carburant idéologique. Cherchant à conquérir des secteurs sociologiques traditionnellement réfractaires au FN, elle s’empare de tous les impensés de la gauche – le libre-échange, la domination de la finance, la laïcité – pour en faire son miel. La contestation du système étant passée à droite, la reconversion droitière de ces thématiques s’annonce riche en potentialités électorales.
L’extrême droite de gouvernement : le modèle Bossi
Reste à savoir si Marine Le Pen peut réaliser cette mutation stratégique en se « recentrant ». Ceux qui croient ou feignent de croire à sa volonté de normalisation rappellent le précédent de l’italien Gianfranco Fini, qui a transformé le mouvement néo-fasciste MSI en Alleanza Nazionale pour en faire un parti de droite libérale classique – rebaptisé Futuro e Liberta – et aspire désormais à gouverner avec le « centre-gauche » boboïsant de Francesco Rutelli.
Seulement, Marine Le Pen ne veut pas faire du FN un parti comme un autre. Elle n’y a pas intérêt. Pour garder le parallèle avec l’Italie, la présidente du Front prend plutôt modèle sur l’« extrême droite de gouvernement » qu’incarne Umberto Bossi. Le leader de la Ligue du Nord accumule les paradoxes : à la fois contestataire et gestionnaire de 400 communes de l’Italie septentrionale, co-inspirateur des lois Bossi-Fini sur l’immigration, meilleur soutien du gouvernement Berlusconi qui lui a confié le ministère de l’Intérieur, il n’a rien renié de son extrémisme. Au contraire, Bossi parvient à prendre en otage le Cavaliere par sa surenchère anti-immigrationniste qui lui a même permis de faire de la très méridionale Lampedusa la vitrine de son action municipale et nationale. Tout compte fait, se muer en « extrême droite de gouvernement » implique un pari assez peu risqué. Grâce à l’hégémonie idéologique de la droite, la Ligue du nord peut spéculer sur l’inertie de la « gauche » tout en restant aux avant-postes du pouvoir. Résultat des courses : « Dans le nord de l’Italie, plus aucun ouvrier ne vote à gauche ! », ainsi qu’Umberto Bossi le déclarait crânement en mars 2010.
Ses meilleurs alliés : la bonne conscience de gauche et l’inconscience de droite
Face aux nouvelles extrêmes droites incarnées par Bossi et Marine Le Pen, la « gauche Minc » fait une erreur d’analyse manifeste en se déportant vers le centre libéral sans fournir de réponse crédible aux questions économiques et sociales posées par la mondialisation. Mais le bruyant collectif de la Droite populaire n’est pas mieux armé pour contrer la percée du FN. Faute de critique de la mondialisation, ces députés UMP n’ont aucune chance d’enrayer la progression de la dame de Montretout. Ils répondent davantage au Le Pen de 1986 qu’à la Le Pen de 2011. Moralité : Marine et Umberto trouvent de solides renforts avec la bonne conscience de gauche et l’inconscience de droite !
Conséquence de ce choix stratégique, Madame Le Pen fuit un débat qui pourrait lui être fatal – politiquement. Elle surfe sur des impensés, ce qui la dispense de démontrer la justesse de son projet. En revanche, elle ne craint pas de passer devant le tribunal d’Inquisition antifasciste de Caroline Fourest et Laurent Joffrin. Par leurs imprécisions et une finesse d’analyse très relative, ces derniers lui rendent le service qu’elle attend : incarner l’unique opposition à l’« UMPS » !
Dans un univers fonctionnant à la posture ou à la petite phrase, Marine Le Pen n’affronte que les feux de Bengale d’un antiracisme incantatoire doublé d’un antifascisme d’opérette. Si elle refuse d’exposer ses lacunes aux regards des penseurs qu’elle cite (Todd, Sapir, Montebourg, Chevènement), c’est bien pour dissimuler l’insigne vacuité de la politicienne post-loftienne qu’elle est.
En conséquence, elle nous en dit plus sur la politique française, la gauche et la République que sur l’extrême droite.
http://www.causeur.fr/combattre-marine-le-pen-oui-mais-comment,10593
Il y a quelques temps, Coralie Delaume taquinait Nathalie Kosciusko-Morizet à la suite de son réquisitoire contre la sortie de l’euro et le retour aux monnaies nationales. Au vu des lacunes de notre ministre, par ailleurs brillante polytechnicienne, il semblerait que l’économie ne soit pas une matière obligatoire pour entrer à l’X…
Sur les plateaux de télévision, la ministre de l’Environnement s’était en effet bien imprudemment avancée en sous-entendant que le retour au franc multiplierait les prix par 6,5 et conduirait donc à une perte dramatique de pouvoir d’achat pour les Français. Dans l’émission de Laurent Ruquier, suivant l’exemple de Coralie, Eric Zemmour avait littéralement ridiculisé la bien faible argumentation économique de NKM en retournant contre elle l’exemple du prix de la baguette dont le passage d’un franc à un euro illustre l’inflation consécutive à l’abandon du franc. Sur causeur, le débat entre défenseurs acharnés de l’euro et tenants d’une autre politique a suscité une passe d’armes alimentée par la réponse de Georges Kaplan à Coralie.
Un nouveau franc pas si mini que ça…
Confirmant en cela les analyses de NKM, Georges Kaplan s’en prend aux partisans d’une sortie de la monnaie unique au profit d’une monnaie commune européenne qui combinerait un retour aux monnaies nationales à l’intérieur et une devise commune vis-à-vis du reste du monde. Pour disqualifier cette solution à la crise monétaire européenne, Kaplan affirme avec catastrophisme que le nouveau franc nous ferait perdre 25% de la valeur actuelle de l’euro.
On peut pourtant lui objecter qu’en cas de sortie de l’euro, le franc ne serait pas dévalué.
Miracle ? Tour de passe-passe médiatique ? Non, il s’agit simplement du scénario retenu par les études prospectives de la banque ING. Cette institution financière souligne que la France se trouve au centre de gravité de la monnaie unique, entre la fourmi allemande et les cigales du Sud. Et si l’euro éclatait, le mark serait réévalué tandis que les peseta, lire, escudo et drachme nouveaux s’en trouveraient dévalués. Au milieu de l’ancienne zone euro, notre nouveau franc devrait conserver sa parité avec l’ancienne monnaie unique européenne, devenue entre temps une monnaie commune extérieure composée des différentes monnaies nationales. En fin de compte, le franc ne serait dévalué que par rapport au mark et au florin…
Georges au pays des merveilles libéral
Kaplan poursuit son argumentation en nous expliquant que les déficits commerciaux, partiellement causés par la surévaluation de l’euro, sont sans aucune importance. Bizarre : lorsqu’en mai, la France achète 41,6 milliards d’euros de marchandises et en vend seulement 34,2 milliards, il faudrait en conclure que le déficit commercial de 7,4 milliards qui en résulte ne pose pas problème . Bien sûr, nous pouvons toujours nous endetter à l’extérieur ou vendre nos bijoux de famille pour combler ce trou. Autrement dit, continuer à nous appauvrir.
Après cet argument fantaisiste, Georges Kaplan rejette la proposition de révision de la loi du 3 janvier 1973 qui interdit à la Banque de France d’avancer de l’argent au Trésor Public, et donc de financer l’Etat en faisant tourner la planche à billets. Contre toute velléité de changement du statu quo, Kaplan agite le chiffon rouge de l’hyperinflation et de la spoliation des épargnants dont les économies perdraient l’essentiel de leur valeur.
Or, depuis une quinzaine d’années, c’est le système actuel qui a permis l’inflation ahurissante du prix de nombreux actifs, créant des krachs en série. En outre, une monétisation responsable- qui consiste à augmenter les liquidités mis à la disposition des banques, notamment en émettant une nouvelle monnaie en contrepartie de créances – pourra nous éviter une déflation mortifère en cas de baisse de la masse monétaire.
Pour conclure ce petit billet, je ne résiste pas à l’envie de mentionner la théorie des Zones Monétaires Optimales, régulièrement avancée par des économistes libéraux tels que Jean-Jacques Rosa, Alain Cotta ou Gérard Lafay. Selon celle-ci, il est absurde de vouloir maintenir une monnaie unique pour des pays aussi économiquement hétérogènes que ceux de la zone euro. Je serais bien curieux de savoir comment faire fonctionner l’euro compte tenu des travers de cette construction baroque et artificielle.
Au final, Kaplan a raison de dénoncer une fausse bonne idée. A la nuance près que celle-ci n’est pas le retour aux monnaies nationales mais la création de l’euro. Ceux qui nous promettaient monts et merveilles, traduisez : croissance et emploi, avec l’euro nous prédisent aujourd’hui l’apocalypse si d’aventure nous quittions la monnaie unique. Qui peut encore les croire ?
Laurent Pinsolle
http://www.causeur.fr/la-fausse-bonne-idee-c%e2%80%99etait-l%e2%80%99euro,10624
Après avoir rétrogradé au dernier degré la « note » de la dette grecque, voici que les agences de notation ont dégradé aussi celle du Portugal, au prétexte de risque de contagion du cas grec. Elles annoncent une possibilité de baisser aussi la note de l'Italie. Et menacent même cette semaine les Etats-Unis.
Note ? De quoi s'agit-il ? D'une estimation de la capacité de remboursement des emprunteurs par trois société :
Fondées au début du XXe siècle par des financiers (Henry Varnum Poor, John Moddy et John Knowles Fitch) souhaitant aider leurs concitoyens à à acheter les titres de dettes émis par les entreprises, en attribuant une note à chaque titre, ces « agences » ont prospéré et sont aujourd'hui de grandes entreprises très rentables.
Leurs notes, de la meilleure à la pire, vont du fameux AAA (triple A) à CCC pour la pire en passant par Aaa, Aa1, Baa1, B1, B3, etc. Pour l'emprunteur, qui émets les obligations, plus la note diminue, plus il doit offrir un taux élevé. Ces agences font évidemment payer aux sociétés leur « service » de notation. (Voir le graphique réalisé par les-crises.fr)

Mais aujourd'hui, elles notent aussi les titres de dette des Etats Les pays les plus « sûrs » ont le triple A et empruntent donc au taux de plus bas.
Pour des emprunts à dix ans, ils sont légèrement inférieur à 3% pour l'Allemagne, vers 3,1% pour les Etats-Unis et oscillent autour de 3,4% pour la France.
Par contre, la Grèce devrait emprunter, si elle s'y risquait, à plus de 17%, sans certitude de trouver preneur ; c'est pourquoi deux prêts européens d'Etats lui ont été consentis, qui sont censés lui permettre de ne plus réemprunter avant 2014.
L'Irlande, également bénéficiaire d'une aide, devait offrir comme le Portugal plus de 13,5% (chiffre du 12 juillet). Moins maltraitées, l'Espagne, notée Aa2, doit payer, à la même date, 6% et l'Italie, maintenant, 5,7%. (Cliquez sur le graphique préparé par les-crise.fr pour l'élargir).
Devant les dégradations des notes grecque et portugaise, la Commission européenne et de nombreux hommes politiques ont remis en cause la pertinence et la légitimité de la notation, s'agissant des Etats.
Remarquons, en premier lieu, que ces notes ne sont pas vraiment utiles aux prêteurs. Disposant d'excellentes analyses de conjoncture par le Fonds monétaire international (FMI), la Banque mondiale, l'OCDE, les grandes banques qui prêtent aux Etats ont toutes les compétences requises pour apprécier le risque qu'elles prennent en prêtant à tel ou tel Etat. Ces notations sont donc plutôt des outils marketing pour les agences. Mais des outils tout à fait discutables !
Dégrader la note d'un Etat, c'est, aujourd'hui, lui dicter en partie sa politique, le pousser, sinon le contraindre, à une politique de rigueur, comme en pratiquent aujourd'hui la Grèce, le Portugal, l'Irlande, l'Espagne, et par prudence, plus ou moins tous les autres. Ainsi un pouvoir privé est donc substitué au pouvoir du peuple souverain, qui en démocratie, devrait décider librement de sa politique.
Un pouvoir « extérieur », qui, dans le cas des Etats, ne risque aucune sanction. S'il cote mal une entreprise privée, et la gène donc dans une levée de fonds, celle-ci, qui l'aura payée, peut lui demander des comptes en justice. Si, au contraire, il renseigne mal les prêteurs en surcotant la société, ce sont les autorités des marchés nationaux, voire, dans une « action de groupe », ceux qui ont acheté les titres, qui peuvent la poursuivre. Mais les Etats, prétendument « souverains » sont totalement impuissants face à la notation de ces agences privées.
En ce moment même, c'est la crainte de la réaction des agences qui paralyse les Etats de la zone euro. Les agences ont, en effet, annoncé que tout « rééchelonnement » de la dette grecque détenue par les banques privées, équivaudrait à leurs yeux « souverains », à une faillite de l'Etat grec.
Comme l'a souligné le ministre des Finances grec, ces agences ont même une capacité de provoquer les évènements qui les ont amenées à baisser la note d'un Etat. C'est le mécanisme de la prévision auto-réalisatrice. Je décote le titre d'un Etat ! Cette décote créée la panique sur les titres de cet Etats ! Ils baissent, « démontrant », à posteriori, la justesse de ma décote !
On ne peut d'ailleurs pas complètement exclure une complicité occasionnelle entre ces agences et des opérateurs financiers qui, ayant vendu à terme des titres de dette d'un Etat, sont évidemment gagnants si une agence baisse la note de cet Etat faisant du même coup baisser le valeur de son titre.
Il y a donc aujourd'hui une véritable incompatibilité entre la notation discrétionnaire des Etats par les agences, la souveraineté des peuples et la stabilité financière, ce qui conduit, au moins, à deux suggestions.
Le FMI devrait être l'agence de notation des EtatsComme l'a préconisé le week-end dernier, le Cercle des économistes réunis à Aix-en-Provence, le FMI devrait, dans l'idéal, être seul à estimer la capacité de remboursement des Etats. D'abord parce que ses moyens d'étude sont largement supérieurs à ceux des agences privées. Ensuite parce qu'il ne peut être soupçonné de quelque « manœuvre ».
Inutile d'ailleurs de « noter » les Etats. Munies de ses informations détaillées, les prêteurs sont tout à fait aptes à estimer leurs risques. On ne peut évidemment pas empêcher les agences de notation de poursuivre leur travail discrétionnaire et déstabilisant. Mais on peut imaginer leur interdire la notation d'un Etat qui aurait reçu des fonds de soutien d'autres Etats, comme la Grèce et le Portugal, sous peine de poursuites devant tous les tribunaux des prêteurs.
Renationaliser la dette publiquePar ailleurs, tous les Etats devraient tendre à « renationaliser » partiellement, plus ou moins vite, leurs dettes, c'est-à-dire, au fur et à mesure qu'ils doivent rembourser les titres aux porteurs étrangers, se refinancer en vendant les nouveaux titres de cette dette à leurs citoyens ou aux banques qui reçoivent majoritairement des dépôts de leurs citoyens.
Face à la dette française négociable, celle qui prend la forme de titres vendus sur les marchés, de 1 294 milliards d'euros, les actifs financiers des ménages français étaient, fin 2009 de 3 831 milliards d'euros. La marge existe pour une renationalisation assez large de cette dette. Le Japon ne souffre pas du tout de sa dette publique à 200% de son PIB, parce que le plus gros de cette dette est détenue par des japonais.
Ces mesures ne doivent évidemment pas exonérer les Etats du devoir de réduire progressivement la part de leur dette publique dans le PIB. Mais à leur rythme, en faisant peu à peu admettre aux opinions publiques qu'un Etat ne peut vivre éternellement au dessus de ses moyens. Rappelons au passage que la France n'a pas présenté un budget en équilibre depuis 35 ans.
Jean Matouk
Photo : « Nous ne sommes pas des déchets. Nous sommes des personnes. » Des Portugais manifestent contre la dégradation de la note, à Lisbonne le 9 juillet 2011 (Hugo Correia/Reuters).
Alors que l'on a fêté au mois de mai les 30 ans de l'élection de François Miterrand, Gaël Brustier a compulsé « Les années Mitterrand » de Didier Motchane, co-fondateur du Centre d'études, de recherches et d'éducation socialiste (CERES). Il souligne l'incapacité de la gauche française à penser à l'avenir.
Passées les cérémonies sirupeuses du 10 mai 1981, qui évitent à la gauche française de penser l’avenir puisqu’elle se refuse à analyser le passé, et quarante ans après Epinay, passées sous silence pour cause de deuil électoral post-new-yorkais, il est plus qu’utile de s’intéresser au dernier opus de Didier Motchane, Les Années Mitterrand (Bruno Leprince, 2011). Le co-fondateur du CERES revient dans ce livre sur les deux septennats de François Mitterrand. Sans mansuétude mais sans amertume. Motchane est un nom qui évoque évidemment la puissante structuration intellectuelle du socialisme des années 1971-1983, avec, notamment « Clés pour le socialisme », petit bijou de théorisation du projet d’Union de la Gauche. Motchane incarne aussi l’animation des revues « Frontière », « Repères », « Non ! », autant de déclinaisons des « Cahiers du CERES » toujours à relire et qui peuvent susciter une légitime admiration. Motchane est enfin le critique méticuleux des années d’exercice du pouvoir par la gauche, ces « Années Mitterrand », deux septennats entrecoupés de deux cohabitations que l’on aimerait résumer à quelques images d’Epinal : Solutré, les grands travaux, la fête de la Musique et le Vieux Morvan. A lire Motchane, on s’aperçoit que rien n’est simple.
Reprendre cette histoire avec un fondateur du CERES, c’est un moyen assez efficace de faire une critique utile de l’exercice passé du pouvoir par la gauche moins d’un an avant la prochaine élection présidentielle ; une leçon d’histoire bien souvent occultée par l’historiographie officielle du PS. Petite histoire que l’on ignore souvent, c’est le CERES qui donna au PS le « Poing et la Rose », inventé par Didier Motchane , dessiné par le graphiste Yann Berriet, adopté par la Fédération de Paris en 1970 puis par le PS d’Epinay en 1971. Tiré d’une paraphrase de Marx, l’emblème du PS évoquait à la fois le sursaut de la décision et l’idéal à atteindre. Mais l’apport du CERES à l’histoire du socialisme français ne s’arrête pas là… « Union de la Gauche », transition au socialisme, autogestion, politique industrielle, articulation de l’indépendance et de l’internationalisme, front de classes etc., nombreuses sont les thématiques qui ont nourri la construction du PS et l’ont amené à gagner l’élection de 1981. C’est un des siens, Jean-Pierre Chevènement, qui a été rédacteur du programme commun de 1972 puis du programme socialiste de 1980 dont ont été tirées les 110 propositions. Renoncement à se hisser à la hauteur des enjeux, renoncement à essayer et même renoncement à penser l’avenir de la France dans le monde, voilà ce à quoi le CERES a voulu s’opposer en affirmant, à partir de 1983, la force de l’Idée républicaine pour affronter les « vents dominants » néolibéraux.
« L’Europe commence à payer le prix de l’aveuglement qui l’a conduite à couvrir d’un faux semblant démocratique la réalité des oligarchies ». Didier Motchane nous livre, dans Les Années Mitterrand son regard plus qu’aiguisé sur les deux septennats éponymes. Autant, à ses yeux, 1981 semble apparaître comme la redécouverte par la France de sa vocation historique révolutionnaire, autant la tendance à identifier Maastricht au « seul avenir possible » a abouti à condamner le projet européen aux yeux des Européens. Paradoxes des années Mitterrand qui se sont ouvertes sur l’appel à l’Histoire pour se clore avec l’idée que « la Révolution française est terminée ». Les années Mitterrand sont-elles donc celle d’un Giscardisme abouti, c'est-à-dire la victoire d’une forme de thermidorisme mal assumé mais incarné par les fêtes du Bicentenaire ?
Dans les quatre textes réunis ici, l’argumentation est implacable, jamais dans l’excès, toujours méticuleuse et par conséquence parfois cruelle. La question qui se pose est celle d’un retour critique sur cette expérience gouvernementale de gauche, non pour dénigrer mais pour comprendre comment l’espoir de 1981 a tourné court. « La mondialisation, le Mouvement des Citoyens (MDC) l’avait expliqué dans son programme, c’est la stratégie déployée aujourd’hui par le capital financier » écrit Didier Motchane qui rappelle ainsi qu’un horizon nouveau peut être dégagé en partant d’une critique du processus de globalisation financière. Finalement, quarante ans après Epinay, si le CERES n’a pas gagné, il est encore moins sûr qu’il ait définitivement perdu…
- Didier Motchane, Les Années Mitterrand (Bruno Leprince, 2011)
Gaël Brustier - Tribune
http://www.marianne2.fr/40-ans-apres-Epinay-le-CERES-n-a-pas-tout-perdu_a208401.html
Doit-on se montrer solidaire d'Eva Joly sous prétexte que Marine Le Pen l'attaque ? Philippe Bilger souligne le côté démagogique et dérisoire de la première sortie de la candidate écologiste en campagne qui demande la suppression du défilé de l'armée au moment même où celle-ci enregistre des pertes douloureuses en Afghanistan. Ce qui n'est pas la même chose, évidemment, que de remettre en question la binationalité.
La mort, le deuil et les absurdités.
J'en veux beaucoup à Nicolas Hulot, qui a fait gagner Eva Joly à force de maladresses politiques tellement ostensibles qu'elles apparaissaient délibérément suicidaires. Puisque la meilleure, Cécile Duflot - encore remarquable il y a quelques jours sur France Inter -, désirait passer son tour, on aurait préféré cet homme plutôt que cette femme, ce Français plutôt que cette Franco-Norvégienne, le maniement de notre langue plutôt par celui-là que par celle-ci, la culture et l'histoire de l'un plutôt que celles de l'autre.
Parce que Marine Le Pen s'est étonnée à plusieurs reprises de la légitimité de cette candidate - si François Bayrou avait cédé à ses exigences, elle serait aujourd'hui au MoDem ! -, je sais qu'il est interdit d'enfourcher la même monture (jdd.fr). Il n'empêche que la dernière « sortie » d'Eva Joly remet dans le débat cette question lancinante. Ne faudrait-il pas soumettre les candidats à l'élection présidentielle aux mêmes apprentissages et épreuves que ceux qu'on impose aux étrangers désirant séjourner durablement dans notre pays ?
Eva Joly a annoncé qu'elle supprimerait le défilé militaire du 14 juillet pour le remplacer par un défilé citoyen si la démocratie française tombait sur la tête et l'élisait (lefigaro.fr). Il n'y a pas de quoi s'indigner.
C'est plutôt pathétique, comme l'a souligné à juste titre Henri Guaino. Cette intention, qui se veut provocatrice, est surtout ridicule et démagogique. Elle flatte la pente facile du pays et croit jouer sur du velours alors qu'elle s'exprime sur du sang versé et un courage au quotidien dont nous ferions bien de nous inspirer dans nos missions civiles. Je ne doute pas une seconde que certains applaudiront Eva Joly, persuadés qu'on est profondément française parce qu'on a su placer en détention provisoire des puissants ou prétendus tels et qu'on a le culot, en pleine tragédie internationale, de lancer, pour voir en quelque sorte, un brûlot bête et méchant.
Je parie aussi que l'avenir nous confrontera de sa part à d'autres inepties du même type. Il est évident qu'elle ne cessera de nous menacer d'un puritanisme éthique qui est aussi éloigné de la morale publique que j'appelle de mes voeux, que la République d'une authentique liberté d'expression. Je crois également ne pas me tromper en prévoyant des médias aussi enivrés par l'autorité et le simplisme de cette personnalité atypique qu'ils l'ont été dans les portraits qu'ils lui ont consacré à foison sans que jamais ils aient osé introduire de la réserve et de la critique dans le relation d'un parcours professionnel qui les aurait justifiées.
Parce que je ne rêve pas, comme elle, d'une présidence « des accents et du sang mêlé » - quel conformisme rentable !- pas plus qu'ambiguë dans ses choix, ses fonctions ici ou là et ses inclinations, qu'on ne vienne pas m'opposer que je serais un suppôt du racisme. Je ne fantasme sur aucune pureté française ni ne m'enivre d'un quelconque « pétainisme ». Je n'ai pas le moindre goût pour les expulsions gratuites. Je ne veux pas vider la France de ceux qui l'aiment et la respectent. Les étrangers, de quelque nationalité qu'ils soient, nous honorent grâce à leur présence quand ils honorent la France et ses valeurs. Je me contente seulement d'aspirer à un président de la République qui serait français sans équivoque ni confusion et dont la première mesure ne serait pas de porter atteinte à une date, à un symbole, à l'histoire de notre pays.
Ce serait la moindre des choses, non ?
Philippe Bilger - Blogueur associé
Retrouvez les articles de Philippe Bilger sur son blog
http://www.marianne2.fr/Eva-Joly-conformiste-et-pathetique_a208460.html
La candidate écolo a proposé de supprimer le défilé militaire du 14 juillet, fustigeant la « France guerrière ». Pourtant, elle a soutenu l’intervention militaire en Libye, ouvrant même la porte à une intervention au sol.
A peine élue candidate, Eva Joly fait déjà des bourdes. Au lendemain de la mort de cinq soldats en Afghanistan, la candidate d’Europe Ecologie n’a rien trouvé de mieux que de proposer la suppression du défilé militaire du 14 juillet.« J'ai rêvé que nous puissions remplacer ce défilé par un défilé citoyen où nous verrions les enfants des écoles, où nous verrions les étudiants, où nous verrions aussi les seniors défiler dans le bonheur d'être ensemble, de fêter les valeurs qui nous réunissent », a-t-elle déclaré. Pour elle, « le temps est venu de supprimer les défilés militaires du 14 Juillet parce que ça correspond à une autre période » dénonçant la « France guerrière ».
Tefy Andriamanana - Marianne
http://www.marianne2.fr/Eva-Joly-veut-des-chars-en-Libye-pas-sur-les-Champs-Elysees_a208455.html
Cinq militaires français sont morts mercredi 13 juillet dans un attentat suicide en Afghanistan. Quatre autres ont été blessés. Il s’agit là des pertes simultanées les plus importantes depuis l’embuscade de la vallée d’Uzbin en août 2008. Le lendemain 14 juillet, un sixième militaire périssait, portant à 18 le nombre de morts déplorés depuis le début de l'année 2011. D’ores et déjà, celle-ci se révèle la plus meurtrière pour les troupes françaises déployées dans les provinces de Kapisa et de Surobi.
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J'adore Europe Ecologie - Les Verts. Enfin, surtout les militants : grâce à eux, au revoir l'épouvantail Nicolas Hulot (qui aurait pu faire électoralement un joli score), bonjour l'épouvantable Eva Joly. Qui fera probablement un score à la Parti Communiste Français, entre 1 et 2%, et ça m'ira très bien de voir les faibles revenir à des scores électoralement bas.
FalconHill