Les nouvelles propositions de Jacques Sapir
21/04/2011 08:33 par rgrs
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Les nouvelles propositions de Jacques Sapir
21/04/2011 08:33 par rgrs
Jacques Sapir vient de publier un nouveau texte sur la sortie de l'euro. Il s'agit d'un texte proposant des stratégies à adopter en pratique pour l'éventuelle sortie de la monnaie unique. Risque auquel nos dirigeants risquent d'être confrontés dans les années qui viennent. Jacques Sapir avait critiqué il n'y a pas longtemps les propositions du FN, des critiques qui se voulaient constructives et non fondées sur des assertions morales auxquels certains défenseurs de la pensée unique font appel dès qu'il s'agit du FN. Le document de Jacques Sapir est au format PDF que vous pouvez télécharger sur ce lien (merci à Malakine qui a signalé le document en question sur son blog). Je ne le mets pas en texte entier sur mon blog le texte serait trop long et il est plus agréable à lire dans son format d'origine. Nous allons tout de même voir ensemble les propositions de Jacques Sapir. Je fais quand même une critique sur sa stratégie concernant un éventuel maintien de la zone euro actuelle, les propositions qu'il fait sur cette éventualité me semblant soulever un problème à plus long terme. Je reviendrai dans d'autres textes sur les propositions que Jacques Sapir fait ici, car je n'ai pas le temps ni la place de tout traité en un seul billet. C'est en tout cas un texte et un travail formidable que vient de faire Jacques Sapir. Et même si l'on peut être en désaccord avec quelques propositions, il est tellement rare de nos jours d'avoir des propositions aussi rationnellement construites en terme de programme économique qu'on ne peut que se réjouir d'avoir de telles propositions à lire. Les partis politiques français seraient bien inspirés d'être aussi cartésiens dans leurs propositions.
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Analyse des propositions de Jacques Sapir:
Les conditions non négociables de Jacques Sapir
L'un des problèmes qui se posent dans les propositions de Jacques Sapir concerne son passage sur l'hypothèse d'un maintien de l'euro tel qu'elle est avec une stratégie de dévaluation de la monnaie unique. Car pour Jacques Sapir la sortie de l'euro n'est pas un but en elle même, on ne saurait lui donner tort sur cela. Le fait est que la sortie de l'euro n'est qu'un moyen de rendre à la politique toute sa place dans la gestion des affaires économiques.La priorité de Jacques Sapir étant la réindustrialisation du pays, seul mécanisme capable de rendre une certaine efficacité aux politiques de plein emploi keynésiennes. Il faut bien voir que l'Europe actuelle est la fille ainée de l'idéologie néolibérale, elle en est la quintessence, et sa représentation la plus aboutie à l'échelle de la planète. Les pères de l'Europe, qui étaient tous des libéraux, pensaient que supprimer l'état des affaires économiques était un bon moyen d'accroître les libertés individuelles, le résultat fut en réalité inverse. Bien loin d'accroitre les libertés individuelles ou d'améliorer le sort de la majorité de la population, le laissez-faire n'a fait que concentrer ces libertés et les richesses entre les mains d'une toute petite quantité d'individus richissimes et de multinationales. En réalité, la seule liberté que les citoyens possèdent est celle de choisir les contraintes qui s'exerceront sur eux à travers la politique. Et s'il y a une contrainte forte dans la vie de tous les jours c'est bien celles exercées par le système économique. En laissant les marchés décider des orientations économiques, on a donc vidé de sa substance la démocratie. À quoi bon voter si en définitive ceux que nous élisons n'ont aucun pouvoir? Le seul pouvoir qui reste aux Européens étant de choisir le parfum de leur pot de yaourt ou la couleur de leur voiture. Ils n'ont plus le pouvoir de choisir la répartition des richesses, ni la possibilité de choisir les grandes orientations macroéconomiques.
La rupture avec l'euro n'a donc de sens que si l'on rompt également avec les politiques néolibérales, sinon cela n'a rigoureusement aucun sens. La Grande-Bretagne est un fabuleux exemple en la matière, puisque ce pays n'est pas dans l'euro et possède encore quelques libertés économiques. Cependant il en use pour faire des choix encore plus libéraux que ceux de la construction européenne. On l'a vu avec les décisions du gouvernement Cameron consistant à taper encore sur les plus faibles par la suppression des quelques restes de l'état providence britannique. C'est à se demander pourquoi la Grande-Bretagne n'adhère pas à l'euro puisqu'elle pratique les mêmes politiques macroéconomiques que cette zone monétaire. Les propositions de Jacques Sapir visent donc en premier à rétablir cette supériorité de la logique politique sur les questions économiques. Il vise à rendre à l'état sa prérogative si irresponsablement laissée aux marchés de toute sorte. Pour Sapir la meilleure chose serait que ce soit l'UE elle-même qui mette fin à ces orientations néolibérales, mais il sait bien que cela ne se produira pas par miracle. Sa première orientation consiste donc à tenter de tordre le bras à nos partenaires comme l'avais suggérait Emmanuel Todd il y a quelque temps. Évidemment c'est le bras de la reine de l'Europe qu'il faut tordre, celui de l'Allemagne. Pour se faire, il propose des conditions non négociables pour que la France reste dans l'euro, si ces conditions ne sont pas respectées l'état français fera cavalier seul et sortira de l'euro. voici donc ces premières conditions:
A) Établissement d’un contrôle strict des capitaux aux frontières de la zone Euro afin de retrouver une marge de manœuvre sur le taux de change. La suspension des règles du « marché unique » européen peut être justifié à titre temporaire et dans l’attente d’une révision du traité qui devrait distinguer les flux de marchandises et les autres flux.
B) Baisse de ce taux jusqu'à un niveau compatible avec l’état des pays les plus faibles de la zone (sans doute 1 euro pour 1 USD).
C) Émission d’un montant de 1000 milliards d’Euros par la BCE dont une partie serait constituée par des « avances aux Trésors Publics » à se répartir entre pays ayant des besoins de financement important et une autre partie (300 milliards ?) en dotation à la Banque Européenne d’Investissement pour financer des grands projets d’infrastructures. Législation pour toutes les banques intervenant dans la zone Euro établissant un « plancher minimal d’effets publics » dans leur bilan et des règles communes dans la Banque de Détail.
D) Achats de Dollars US par la BCE (les mesures C et D ont d’ailleurs aussi pour but de faire baisser le cours de l’Euro).
E) Un plan de relance concerté et coordonné avec une hausse des salaires de 10%en Belgique, France, Italie et Espagne, de 15% aux Pays-Bas et en Finlande, et de 20% Allemagne.
F) Mise en place d’un comité chargé sous 6 mois de présenter des recommandations pour le passage du système de monnaie unique à un système de monnaie commune, avec des propositions pour la révision des Traités.
Ces propositions vont évidemment dans le bon sens et elles seraient tout à fait susceptibles de redresser la situation du continent et de la France, mais il y a quand même deux points qui me posent problème. Ce sont les points B et D. Le problème ici n'est pas tant dans les conséquences pour l'économie française et européenne en général, que sur les effets à l'extérieur de la zone euro. Il semble en effet que Jacques Sapir passe ici sous silence les conséquences extérieures à la dévaluation massive de l'euro. Dans le point B Sapir propose d'aligner le taux de l'euro sur sa valeur efficace pour les membres les plus faibles de notre zone monétaire. Or comme nous le voyons sur le graphique de Jacques Sapir ci-dessous cela nous donnerait un taux de 0.925€ pour un dollar, alors que nous sommes à l'heure actuelle à 1.42€.
Une telle dévaluation aura certainement un effet positif sur l'ensemble des PIGS qui soufrent d'un manque de compétitivité à l'heure actuelle et cela rendra la zone euro beaucoup plus vivable. En effet les pays membres les plus faibles pourront rééquilibrer ainsi leurs comptes extérieurs en ayant des excédents en dehors de la zone pour équilibrer en partie leur déficit avec l'Allemagne. Cependant il ne faut pas oublier que cette dévaluation aura comme effet de favoriser un peu trop les pays qui sont déjà en excédent à l'heure actuelle. Car quel niveau d'excédent atteindra l'Allemagne avec un euro à 0.925€/$? Pour faire survivre l'euro, Sapir nous propose là une stratégie d'exportation des contradictions de notre zone monétaire vers d'autres lieux de la planète. À n'en pas douter cela déclencherait des levées de boucliers un peu partout sur terre. Y compris aux USA d'ailleurs, car ce pays n'a pas vraiment d'excédent avec l'Europe, une telle dévaluation n'a donc pas de sens pour le commerce transatlantique surtout dans le cas de l'Allemagne. Le vrai problème, nous le savons ce sont les pays d'Asie qui collent leurs monnaies au dollar tel des moules qui s'accrochent à leur rocher. On a là l'un des problèmes majeurs de la régulation commerciale par les taux de change, une dévaluation vis-à-vis d'un pays en particulier provoquant des dégâts collatéraux chez un pays tiers qui n'avait rien demandé. Ce qui risque d'entrainer une guerre des monnaies à l'échelle internationale.
N'oublions pas que l'Europe est un poids lourd commercial qui ne peut être négligé. Une dévaluation globale aura forcement des effets de réaction en Asie surtout à cause des excédents de la zone d'exportation germanique qui sera là largement favorisée par cette situation. Cette solution est donc particulièrement dangereuse et en fait extrêmement égocentrique puisque cela consiste encore une fois à exporter nos problèmes à l'image des USA pour qui le dollar est leur monnaie, mais le problème du reste de la planète. Dévaluer aussi fortement l'euro pour en permettre la survie est donc un peu une politique de la terre brûlée. Maintenant, j'ai bien conscience que Sapir ne voit cela que comme une solution transitoire visant à terme à remplacer l'euro unique par l'euro commun, mais il arrive souvent que le provisoire se mette à durer. En parlant du dollar, la partie D des propositions n'est pas sans poser également quelques problèmes. L'euro à l'origine avait pour but non officiel de mettre fin à la domination absurde du dollar sur le système monétaire international. Or ici en préconisant l'achat par l'Europe de dollar nous allons encore une fois permettre à cette monnaie de flotter en dehors de toute considération commerciale. Le fait est que le dollar même à son niveau actuel est trop fort pour l'économie des USA. Malgré la crise de 2007-2010 le déficit commercial n'a été divisé que par deux, il est en plus encore une fois en train de se creuser avec les mesures de relance d'Obama. Les USA ont un gros problème de compétitivité et leur monnaie est encore beaucoup trop forte pour leur commerce extérieur. Alors évidemment on retombe sur la question des monnaies asiatiques, mais l'Europe n'a pas à jouer le même jeu délirant que les Asiatiques.
Les USA ont un déficit commercial avec l'Allemagne de 6.5 milliards de dollars et de 1 milliard avec la France pour les estimations de 2011. La zone euro dans son ensemble devrait enregistrer un excédent de 11 milliards de dollars cette année. Cela signifie que non seulement l'euro n'est pas trop fort, mais au contraire que le dollar devrait encore diminuer pour permettre l'équilibre des échanges entre la zone euro et les USA. (Ces chiffres proviennent de ce document de l'US census bureau). Dans les propositions non négociables, j'aurai donc personnellement préféré une mise en place d'une nouvelle forme de préférence communautaire. Les quotas et les taxes permettant de viser essentiellement les pays responsables de nos déficits commerciaux et non les pays qui manifestement n'y sont pour rien. Une vaste dévaluation de la zone euro tout entière aurait trop d'effets collatéraux dommageables pour être sincèrement acceptable. De plus, on pourrait très bien mettre en place un régime de taxe à l'intérieur de la zone euro pour permettre aux pays les plus faibles de rééquilibrer leurs comptes commerciaux. L'euro commun n'est d'ailleurs pas la seule solution théorique aux divergences internes de l'euro. Un traité obligeant à l'équilibre des balances des paiements à l'intérieur de la zone euro et permettant, le cas échéant, la mise en place de quotas ou de droits de douane par les pays déficitaires pourrait tout autant faire l'affaire. D'autant que comme nous l'avions vu dans un autre texte, la régulation par les taxes et les quotas s'avère beaucoup plus stable et rationnelle que celle des flottements monétaires chaotiques.
La monétisation de la dette publique
Dans la partie concernant la préparation pratique de l'éventuelle sortie de la zone euro. Jacques Sapir propose une émission de crédit public à hauteur de 500 milliards d'euros à titre d'avance sur le trésor public. Il propose de rayer une partie de la dette par le rachat direct d'une partie d'entre elles. Les lecteurs réguliers de ce blog savent que je suis un fervent partisan d'une monétisation de la dette publique, je suis donc content que Jacques Sapir fasse cette proposition. Une autre partie de cet "emprunt" public servira à la nouvelle politique industrielle et au rachat de certaines entreprises indispensables à ce retour à la politique de planification. Politique qui avait fait les beaux jours de la France gaulliste. On voit d'ailleurs ici que Sapir casse l'idée, qui selon la doxa habituelle, affirme qu'il n'y aurait pas assez d'argent pour entreprendre quoi que ce soit. En fait, l'état a toujours agi ainsi, les nationalisations ne s'étant jamais faites par l'usage d'une épargne publique préalablement constituée, mais bien par l'émission monétaire. Rien ici ne nous empêcherait de nationaliser les banques et de recréer un pôle public d'investissement, et par la même occasion de faire une séparation entre banque de dépôt et banque commerciale. Ce qui, au passage, aurait dû être fait au lendemain de l'effondrement bancaire.
Sapir nous prévient également de l'inéluctable retour de l'inflation ce qui en réalité n'est pas une catastrophe. Une fois la période de transition post-euro nous devrions avoir une inflation pendant quelques années qu'il estime entre 5 et 7%. Cette inflation n'est pas un drame si parallèlement on assiste à des hausses salaires. Il faut bien comprendre que l'inflation traduit en partie un phénomène de restructuration de la répartition des richesses nécessaire à la remise en route de l'économie. La mise en place d'un régime protectionniste et d'une monnaie favorable à l'industrie locale ne peut que renchérir le prix des marchandises importées. Il faudra alors payer le vrai prix des biens que nous consommons, et qui seront maintenant produits sous des conditions sociales françaises. C'est un choix de civilisation que nous faisons ici. On sent d'ailleurs que ces politiques séduiront naturellement les inégalités salariales et les inégalités entre le revenu du capital et du travail. Les travailleurs à l'échelle française seront rapidement rares à cause du déclin démographique de la population active, une relocalisation des activités entrainera rapidement un transfert des revenus vers le travail au détriment des classes sociales oisives qui vivent de la rente foncière ou capitalistique. L'inflation n'est donc pas un drame pour tout le monde.
Un vrai plan de sortie du néolibéralime
Plutôt que de parler d'un plan de sortie de l'euro on devrait parler du texte de Sapir comme étant une stratégie de rupture avec les politiques néolibérales de ces trente dernières années et dont l'euro n'est en fait qu'un des nombreux outils de coercition. Le but de Jacques Sapir n'est pas tant la sortie de l'euro, que la sortie de l'ordre néolibéral tel qu'il s'est imposé en France depuis les années 70 avec une accélération notable pendant la période 1983-84. Le texte de Jacques Sapir est extrêmement dense et je vous invite à le lire en entier. Je n'ai fait ici qu'une analyse partielle sur les effets de la dévaluation de l'euro. Nous pourrions parler longuement du traitement donné par Sapir à la question de la dette et de la stratégie de sortie pratique de l'euro. On sort ici de l'amateurisme du FN pour entrer vraiment dans les procédures pratiques et les problèmes posés par cette sortie. On voit par exemple que Jacques Sapir s'inquiète des différences sur l'endettement privé suivant que l'on parle des PME ou des grandes entreprises. Je reparlerai donc du texte de Jacques Sapir sur d'autres points dans un autre papier. Je remercie en tout cas Jacques Sapir pour cette analyse en espérant sincèrement qu'elle touche enfin les grands médias et nos responsables politiques actuels. Il est enfin temps que la France s'attèle sérieusement à son redressement et cesse les discussions de salon pleines de morale et de bons sentiments. Ce texte tord le cou à la démagogie réelle de ceux qui ne veulent rien changer au système économique actuel. Les vrais démagogues sont déjà au pouvoir, ce sont ceux pour qui l'économie actuelle fonctionne bien et pour qui l'euro est une franche réussite.
Yann
http://lebondosage.over-blog.fr/article-les-nouvelles-propositions-de-jacques-sapir-72151665.html
Des nouvelles de la démondialisation V
21/04/2011 08:26 par rgrs
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Des nouvelles de la démondialisation V
21/04/2011 08:26 par rgrs
Sortir de la mondialisation exige de sortir d'un carcan mental absolu, dont voici un excellent exemple :
" Une ferme de pomme de terre était située juste à côté d’un « Safeway » (grande chaîne de supermarchés nord-américaine). Ce dernier décida d’acheter les pommes de terre du fermier. Safeway envoya la marchandise jusqu’à Calgary, où elle fut empaquetée, et la ramena sur l’île où les pommes de terre furent vendues à un prix très élevé à cause du coût du transport."
Ces pauvres garçons n'ont absolument rien compris au film.
Le problème, ce n'est pas l'état comme disait Reagan, c'est le transport et l'emballage.
ça ne sert à rien, l'achat local, si on fait rentrer cette production dans un circuit qui l'envoit ballader dans les 4 coins du pays.
Le tout, c'est de produire local, et de consommer local, donc de faire appel de manière marginal au transport.
Mais là, on retombe sur le problème de la prison mentale, que seule une catastrophe peut modifier, involontairement et contre son gré, malgré toutes les bonnes intentions.
Il est clair, par exemple, pour moi, et pour la plupart de ceux qui me lisent, qu'une banqueroute aura lieu.
Mais les importants font tout pour retarder l'inéluctable, par simple incapacité à penser différemment.
Les "10 objectifs de long terme", sont, pour ceux qui ont connus le début des années 1970, un simple retour à ces années là :
"1. Une économie verte
2. Être leader en matière de politique climatique
3. Bâtiments écologiques
4. Réseau de transport écologique
5. Zéro déchet
6. Accès à la nature
7. Empreinte écologique plus faible
8. Eau propre
9. Air propre
10. Nourriture locale "
Prenons le zéro déchet. Je me souviens des poubelles de 1970, elles étaient réduites, mais c'est la supermarchisation de l'économie qui en est responsable.
En effet, on a basculé d'un approvisionnement local, encore largement présent dans les années 1960, pour un appel d'offre national, puis planétaire.
Le haricot ne vient plus du jardin du coin, mais du Burkina Faso.
Le déchet est la conséquence du packaging du supermarché, et de la fin de certaines "anomalies".
Je me souviens de l'époque où les verres étaient consignés, et ils ne furent plus environ vers 1973. L'industrie du verre, surcapacitaire, le voulut, la grande distribution, fut bien contente aussi de se débarrasser des consignations.
On n'allait plus nous embêté avec ces bêtises, il était plus "moderne" de tout mettre à la poubelle. En plus, la bouteille plastique se développa.
Nos poubelles aussi. Les déchets d'avant 1973 faisaient des tas modestes, ils devinrent pléthoriques et tournérent à la montagne...
Dans la foulée, on nous indiqua que l'on ne pouvait continuer ainsi pour le verre, et qu'il était nécessaire de recycler... Couteusement, avec l'aide de nos impôts.
Mais, pour le bien de l'économie, il fallait produire le verre, ne pas le consigner, parce que cela allait contre les intérêts de l'industrie du verre...
Comme on le voit, le progrès en la matière est finalement, réduit. Ce n'est pas notre bien qui a été pris en compte, mais des "intérêts économiques supérieurs", qui ne nous apporte absolument rien, sinon des gros chiffres de PIB, qui ne signifient plus rien.
Le début des années 1970 aussi, ont marqués une inflexion. Je me souviens d'une vision de la place Michelet au Puy, en 1972. Elle était couverte de cars. Pour tous les patelins, il y en avait un.
Aujourd'hui, c'est un parking à voitures, on est devenu "libre" en étant obligé d'avoir une automobile qui coûte un bras et les yeux de la tête, et nous permet d'être totalement flexible avec le boulot...
Je me rappelle aussi une époque où il existait une SNCF, ailleurs qu'en RP.
Pour ce qui est de faire construire, c'est encore plus simple. On vous propose le "choix" entre système de chauffage, alors que le "bon choix", c'est justement d'en dépendre le moins possible, tout comme le "choix" de la récupération de l'eau est très récent...
Il y a dix ans, j'étais pionnier en la matière. 1000 mêtres cubes récupérés plus tard (je n'ai pas mis de compteur, trop cher, c'est une estimation à la louche), je peux croire que ma radinerie a été récompensé (merci Saint Picsou, patron des avares).
La réalité, c'est que l'incontournable marché, censé faire notre bien, ne fais le bien que des actionnaires, en nous créant des besoins que nous n'avions pas, et qui sont discutables, et qui deviennent de plus en plus difficile à satisfaire.
Dernier avatar en date. EDF va gagner beaucoup d'argent, en vendant très cher son électricité... Pour permettre la concurrence...
Et on va nous dire que c'est grâce au nuke qu'on a une électricité bon marché, et que sans lui, elle augmenterait beaucoup...
Décidément, les bozos le clown, involontaires mais plein de ressources, sont en pleine action...
Bon, pour rire, il parait que l'URSS est morte d'une allocation inefficace des ressources...
Par Patrick REYMOND
Interview de Dominique de Villepin à l'hebdomadaire Jeune Afrique
21/04/2011 08:18 par rgrs
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Interview de Dominique de Villepin à l'hebdomadaire Jeune Afrique
21/04/2011 08:18 par rgrs
L'ancien Premier Ministre (et ancien ministre des Affaires étrangères) qui ne cache pas son ambition d'"incarner un projet" lors de l'élection présidentielle de 2012, se fait du rôle de la France dans le monde une conception très gaullienne.
L'actualité internationale lui fournit pourtant l'occasion de... ne pas être en total désaccord avec Nicolas Sarkozy.
Dominique de Villepin répond aux questions de l'hebdomadaire Jeune Afrique.
Jeune Afrique: Le rôle joué par la France dans la crise libyenne vous paraît-il légitime?
Dominique de Villepin: La France a été à l'initiative sur le plan diplomatique. Quand il est apparu que les choses se dégradaient gravement sur le terrain, que les populations civiles étaient menacées, c'était son devoir de faire voter par le Conseil de sécurité des Nations Unies la résolution 1973. Mais je souhaite que le cadre strict posé par cette résolution soit respecté. Nous ne sommes pas en guerre avec la Libye. L'objectif est d'obtenir un cessez-le-feu le plus rapidement possible pour qu'à cette intervention militaire puissent répondre des initiatives politiques et diplomatiques. En revanche, j'aurais souhaité que l'OTAN, qui est une mécanique sous domination américaine, ne soit pas directement impliquée dans l'opération.
Avec qui négocier une solution politique?
En période de crise, il faut s'efforcer de trouver les interlocuteurs les plus représentatifs. En Afghanistan, par exemple, l'Occident a commis l'erreur de s'enfermer dans un tête-à-tête avec des gens qui ne représentaient pas suffisamment les populations, qui n'avaient pas suffisamment à coeur de s'ouvrir à la diversité des idées, des ethnies et des religions. Ne commettons pas la même erreur en Libye. Dès lors qu'un dialogue s'est noué avec le Conseil national de transition, veillons à ce que celui-ci s'élargisse le plus possible.
Mohammed VI a-t-il raison de vouloir faire évoluer la monarchie marocaine?
Sans aucun doute. Il a raison de vouloir avancer vers une monarchie constitutionnelle, de vouloir mieux reconnaître les droits de l'opposition et d'avoir un Premier ministre plus représentatif. Il me paraît lucide quant aux attentes de son pays. Les chefs d'Etat qui choisissent de se replier sur eux-mêmes et prétendent tout verrouiller ne prennent pas en compte le caractère global des aspirations à la dignité, à la justice et à la liberté qui traversent le monde arabe.
La France, justement, a-t-elle encore une politique arabe?
Je suis très attaché à une politique capable de parler à l'ensemble du monde arabo-musulman. J'ai regretté que, depuis quelques années, la France ne soit plus à l'initiative dans la recherche d'un règlement du conflit israélo-palestinien; que, dans la crise iranienne, elle adopte une position plus à droite encore que celle des Etats-Unis. Sa voix se fait parfois moins entendre, son engagement perd de sa spécificité. C'est le cas, par exemple, en Afghanistan, où notre position s'est banalisée dans le concert occidental. C'est d'autant plus regrettable que les Etats-Unis sont actuellement en retrait et que l'Europe, même si elle reste le premier pourvoyeur d'aide à la Palestine est absente.
L'arrivée d'Alain Juppé au Quai d'Orsay peut-elle permettre de redresser la barre?
Alain Juppé a été ministre des Affaires étrangères entre 1993 et 1995 - j'étais d'ailleurs à l'époque son directeur de cabinet. Je crois qu'il a toute l'expérience pour pouvoir, peut-être, dans certaines circonstances, recadrer cette exigence diplomatique.
Source: Propos recueillis par Nicolas Marmié - Jeune Afrique (numéros 2623-2624 du 17 au 30 avril 2011)
http://2villepin.free.fr/index.php/2011/04/21/1877-interview-de-dominique-de-villepin-a-l-hebdomadaire-jeune-afrique
La droite morale : Où est passée la politique ?
21/04/2011 08:10 par rgrs
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La droite morale : Où est passée la politique ?
21/04/2011 08:10 par rgrs
Que fait-on quand on ne fait plus de politique ? On fait de la morale. La politique, c’est très compliqué. Ce n’est pas l’art du possible comme le chantent les résignés, c’est vouloir changer de monde, ici et maintenant. C’est trouver, disait Rimbaud, le lieu et la formule. Changer le monde n’est pas nécessairement une idée de gauche, comme on aurait tendance un peu facilement à le croire.
Un libéral conséquent peut, dans son optique, estimer à juste titre que la société française meurt de ses blocages institutionnels, sociaux, sociétaux. Que l’Etat providence est un frein, pire une tunique de Nessus, pour la libre entreprise, le marché libre, enfin pour tout ce qu’il pense éloigner de nous la route de la servitude et le danger totalitaire potentiel qui se niche dans la moindre intervention publique, la plus infime régulation des flux financiers, bref tout ce qui affirme la prééminence de la loi sur le contrat.
Un ministre authentiquement libéral, cohérent avec lui-même et plutôt brillant est arrivé une fois au gouvernement. Il s’appelait Alain Madelin et il a été ministre des finances le temps de l’été 1995 dans le premier gouvernement Juppé. Il a démissionné, préférant ses convictions à son portefeuille ou, si vous préférez, préférant faire de la politique plutôt que de gérer simplement le réel en tentant tous les 36 du mois de l’infléchir sans succès.
En plus, notre libéral conséquent va assez vite se heurter à ceux qui votent pour lui en croyant banalement voter pour un homme de droite. Parce que le libéral conséquent est pour la dépénalisation de la drogue, l’exercice totalement libre de la prostitution, la possibilité de se faire euthanasier quand on l’a décidé, bref tout ce qui hérisse profondément les convictions conservatrices des tenants, précisément, de l’Ordre Moral façon Mac Mahon.
Ce qui fait que, si un libéral veut rester au pouvoir, il cesse d’être libéral. Christine Lagarde qui se proclame libérale et sauve les banques en 2008 avec l’argent du contribuable n’est pas libérale, elle illustre juste ce dirigisme de droite, très français, qui veut bien privatiser – mais avec des noyaux durs d’investisseurs institutionnels, comme on disait du temps de Balladur – et mutualiser les pertes et seulement les pertes. De fait, elle se soumet au réel, même s’il est injuste, même s’il heurte ses convictions. Le contraire, encore une fois, de la politique.
À gauche, c’est la même chose, symétriquement. Quand le FN invente l’expression UMPS, cela ne sort pas de nulle part, mais traduit le sentiment qu’aucun de ces partis de gouvernement n’est plus capable de faire de la politique. On peut, par exemple, sans trop s’avancer, parier qu’il y aurait eu une politique rigoureusement identique, toujours en septembre 2008, de la part d’un tandem Sarkozy-Lagarde et d’un tandem Royal-DSK si Royal avait été élue en 2007 et qu’elle avait choisi, ce qui est probable, pour ministre des finances l’actuel président du FMI qui ne fait plus, lui, de politique depuis longtemps. Alors que la logique idéologique d’une Lagarde aurait voulu qu’elle laisse faire le marché et sombrer les banques trop exposées, tandis qu’un DSK ministre socialiste des Finances aurait dû, en théorie, faire le contraire : les nationaliser et réorienter d’autorité le crédit vers la relance de la consommation et l’investissement dans l’économie réelle. Mais non, dans un camp comme dans l’autre, cela aurait voulu dire faire de la politique, faire la politique pour laquelle on a été élu mais qui contrarierait l’ordre des choses, ou ce qui est cru tel.
Le dernier programme en date du PS, écrit par Guillaume Bachelay pour 2012, est très à gauche. C’est-à-dire très politique. On doit se souvenir, du côté de la rue de Solferino, de la calamiteuse entrée en campagne de Jospin en 2002 et de cette phrase qui sentait son 21 avril par anticipation : « Mon programme n’est pas essentiellement socialiste. » Ce qui voulait dire, par avance : « Je renonce à faire de la politique, je renonce au risque de vouloir changer le monde, ne comptez pas sur moi pour la semaine de quatre jours, de nouveaux emplois jeunes, la délimitation stricte d’un périmètre du marché qu’on ne laissera pas s’attaquer aux services publics et le refus d’une BCE indépendante. »
Il avouait par avance l’impuissance d’un gestionnaire qui allait s’occuper de la France comme d’une épicerie menacée par les supermarchés de la mondialisation. On peut appeler cela de l’honnêteté ou du réalisme. On peut aussi appeler cela du renoncement, voire de la lâcheté. Heureusement pour nous que Robespierre ne fut pas réaliste, ni la Commune, ni de Gaulle en 1940, ni Blum et Mitterrand (au moins au début de leur passage au pouvoir). Heureusement que tout ce petit monde en fit un peu, de la politique.
Mais on sait déjà, à propos de ce programme socialiste, qu’il est surtout là pour mobiliser un noyau dur de convaincus éternellement cocus. Et essayer de mordre sur le Front de gauche avec un Mélenchon qui ne fait que ça, lui, de la politique.
Même chose à droite. À part quelques mesures pour les plus riches, que reste-t-il du volontarisme sarkozyste ? A-t-il, par son néo-conservatisme affiché, son libéralisme en bandoulière, enrayé le chômage, la désindustrialisation, la baisse du pouvoir d’achat, l’augmentation de la dette ? Allons donc… Il suffit de regarder sa cote de popularité dans laquelle, davantage qu’un rejet de ses idées et de sa personne (qu’on ne s’illusionne pas trop chez mes amis de gauche), il faut surtout voir le reproche de promesses non tenues, le reproche de ne pas avoir fait de politique.
Quand la gauche au pouvoir arrive ou croit arriver au bout de ses forces fin 1983 et entame ce fameux tournant de la rigueur, que se passe-t-il ? Elle invente la morale. S’est-on assez gaussé, à droite, de cette « gauche morale » qui parle d’antiracisme quand elle laisse licencier massivement, qui promeut le rap, la bédé, le tag comme arts émancipateurs pendant que l’écart des salaires se creuse, qui mobilise contre le « péril fasciste » pour qu’on ne regarde pas du côté du monétarisme dur de Bérégovoy. Et que dire de Jospin discutant des mutins de 1917 pendant qu’il privatise davantage que Juppé ? Ou de la moraline Royal sur les enfants qu’il ne faut pas toucher et dont la parole prime sur celle de l’adulte (il faudra compter les profs accusés injustement de pédophilie qui se sont suicidés) ou sur les femmes policières qu’il faut raccompagner à la maison ?
Cette niaiserie dangereuse, pour masquer l’impuissance dans l’action, je suis assez heureux de la voir à son tour s’emparer du sarkozysme.
Voici venu le temps de la droite morale. Seulement, évidemment : à droite morale, morale de droite. C’est-à-dire une morale qui droitise la droite. Là où la gauche misait sur le surmoi antifasciste de son électorat de base pour faire passer sa conversion à l’économie de marché, la droite mise sur ce qu’elle croit être le surmoi conservateur et réac du sien pour faire oublier qu’elle a lourdement échoué : et de ne plus parler, ou presque, que des dangers du tabac, de la drogue, de la pornographie, du mariage homosexuel, des bébés médicaments. De refuser d’ouvrir le moindre débat sur l’euthanasie ou les salles de shoot pour les toxicomanes. De pénaliser le client des prostituées (quand bien même serait-elle suivie – étrange ruse de la raison – par quelques féministes < em>old school). De stigmatiser les sans-papiers (au grand dam du Medef, qui ne veut pas perdre son armée de réserve pour faire pression sur les salaires), quand la gauche morale voyait en eux la figure ultime du damné de la Terre.
Alors, tout le contraire de la gauche morale, la droite morale ? Même pas. Juste un reflet. Un reflet inversé comme il se doit dans un miroir, le miroir de la fin du politique. Le pire, c’est que parfois, ça réussit.
Quand Sarkozy dit qu’il y croit pour 2012, pourquoi pas ? C’est, finalement, le même pari que le Mitterrand paternaliste de 1988, qui se fait réélire par 54 % des voix sans jamais parler de politique et tout le temps de morale : « France Unie », « Génération Mitterrand » et le reste à l’avenant.
L’électorat, fragilisé par une crise interminable, aime se laisser distraire par les maîtres d’école, les pères la pudeur, les big mother infantilisantes, les dames chaisières. Je vais t’expliquer comment équilibrer tes repas puisque je ne peux pas augmenter tes salaires ou donner un emploi à tes mômes. Merci Monsieur, merci Madame. Jusqu’à la prochaine fois…
Qu'est-ce qu'une nation ? Ernest Renan (3/6)
21/04/2011 08:07 par rgrs
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Qu'est-ce qu'une nation ? Ernest Renan (3/6)
21/04/2011 08:07 par rgrs
CHAPITRE 2 Début
À entendre certains théoriciens politiques, une nation est avant tout une dynastie, représentant une ancienne conquête, conquête acceptée d'abord, puis oubliée par la masse du peuple. Selon les politiques dont je parle, le groupement de provinces effectué par une dynastie, par ses guerres, par ses mariages, par ses traités, finit avec la dynastie qui l'a formé. Il est très vrai que la plupart des nations modernes ont été faites par une famille d'origine féodale, qui a contracté mariage avec le sol et qui a été en quelque sorte un noyau de centralisation. Les limites de la France en 1789 n'avaient rien de naturel ni de nécessaire. La large zone que la maison capétienne avait ajoutée à l'étroite lisière du traité de Verdun fut bien l'acquisition personnelle de cette maison. À l'époque où furent faites les annexions, on n'avait l'idée ni des limites naturelles, ni du droit des nations, ni de la volonté des provinces. La réunion de l'Angleterre, de l'Irlande et de l'Écosse fut de même un fait dynastique. L'Italie n'a tardé si longtemps à être une nation que parce que, parmi ses nombreuses maisons régnantes, aucune, avant notre siècle, ne se fit le centre de l'unité. Chose étrange, c'est à l'obscure île de Sardaigne, terre à peine italienne, qu'elle a pris un titre royal. La Hollande, qui s'est créée elle-même, par un acte d'héroïque résolution, a néanmoins contracté un mariage intime avec la maison d'Orange, et elle courrait de vrais dangers le jour où cette union serait compromise.
Une telle loi, cependant, est-elle absolue ? Non, sans doute. La Suisse et les États-Unis, qui se sont formés comme des conglomérats d'additions successives, n'ont aucune base dynastique. Je ne discuterai pas la question en ce qui concerne la France. Il faudrait avoir le secret de l'avenir. Disons seulement que cette grande royauté française avait été si hautement nationale, que, le lendemain de sa chute, la nation a pu tenir sans elle. Et puis le XVIIIe siècle avait changé toute chose. L'homme était revenu, après des siècles d'abaissement, à l'esprit antique, au respect de lui-même, à l'idée de ses droits. Les mots de patrie et de citoyen avaient repris leur sens. Ainsi a pu s'accomplir l'opération la plus hardie qui ait été pratiquée dans l'histoire, opération que l'on peut comparer à ce que serait, en physiologie, la tentative de faire vivre en son identité première un corps à qui l'on aurait enlevé le cerveau et le cœur.
Il faut donc admettre qu'une nation peut exister sans principe dynastique, et même que des nations qui ont été formées par des dynasties peuvent se séparer de cette dynastie sans pour cela cesser d'exister. Le vieux principe qui ne tient compte que du droit des princes ne saurait plus être maintenu ; outre le droit dynastique, il y a le droit national. Ce droit national, sur quel critérium le fonder ? à quel signe le connaître ? de quel fait tangible le faire dériver ?
I. - De la race, disent plusieurs avec assurance.
Les divisions artificielles, résultant de la féodalité, des mariages princiers, des congrès de diplomates, sont caduques. Ce qui reste ferme et fixe, c'est la race des populations. Voilà ce qui constitue un droit, une légitimité. La famille germanique, par exemple, selon la théorie que j'expose, a le droit de reprendre les membres épars du germanisme, même quand ces membres ne demandent pas à se rejoindre. Le droit du germanisme sur telle province est plus fort que le droit des habitants de cette province sur eux-mêmes. On crée ainsi une sorte de droit primordial analogue à celui des rois de droit divin ; au principe des nations on substitue celui de l'ethnographie. C'est là une très grande erreur, qui, si elle devenait dominante, perdrait la civilisation européenne. Autant le principe des nations est juste et légitime, autant celui du droit primordial des races est étroit et plein de danger pour le véritable progrès.
Dans la tribu et la cité antiques, le fait de la race avait, nous le reconnaissons, une importance de premier ordre. La tribu et la cité antiques n'étaient qu'une extension de la famille. À Sparte, à Athènes, tous les citoyens étaient parents à des degrés plus ou moins rapprochés. Il en était de même chez les Beni-Israël ; il en est encore ainsi dans les tribus arabes. D'Athènes, de Sparte, de la tribu israélite, transportons-nous dans l'Empire romain. La situation est tout autre. Formée d'abord par la violence, puis maintenue par l'intérêt, cette grande agglomération de villes, de provinces absolument différentes, porte à l'idée de race le coup le plus grave. Le christianisme, avec son caractère universel et absolu, travaille plus efficacement encore dans le même sens. Il contracte avec l'Empire romain une alliance intime, et, par l'effet de ces deux incomparables agents d'unification, la raison ethnographique est écartée du gouvernement des choses humaines pour des siècles.
L'invasion des barbares fut, malgré les apparences, un pas de plus dans cette voie. Les découpures de royaumes barbares n'ont rien d'ethnographique ; elles sont réglées par la force ou le caprice des envahisseurs. La race des populations qu'ils subordonnaient était pour eux la chose la plus indifférente. Charlemagne refit à sa manière ce que Rome avait déjà fait : un empire unique composé des races les plus diverses ; les auteurs du traité de Verdun, en traçant imperturbablement leurs deux grandes lignes du nord au sud, n'eurent pas le moindre souci de la race des gens qui se trouvaient à droite ou à gauche. Les mouvements de frontière qui s'opérèrent dans la suite du Moyen Âge furent aussi en dehors de toute tendance ethnographique. Si la politique suivie de la maison capétienne est arrivée à grouper à peu près, sous le nom de France, les territoires de l'ancienne Gaule, ce n'est pas là un effet de la tendance qu'auraient eue ces pays à se rejoindre à leurs congénères. Le Dauphiné, la Bresse, la Provence, la Franche-Comté ne se souvenaient plus d'une origine commune. Toute conscience gauloise avait péri dès le IIe siècle de notre ère, et ce n'est que par une vue d'érudition que, de nos jours, on a retrouvé rétrospectivement l'individualité du caractère gaulois.
La considération ethnographique n'a donc été pour rien dans la constitution des nations modernes. La France est celtique, ibérique, germanique. L'Allemagne est germanique, celtique et slave. L'Italie est le pays où l'ethnographie est la plus embarrassée. Gaulois, Étrusques, Pélasges, Grecs, sans parler de bien d'autres éléments, s'y croisent dans un indéchiffrable mélange. Les îles Britanniques, dans leur ensemble, offrent un mélange de sang celtique et germain dont les proportions sont singulièrement difficiles à définir.
La vérité est qu'il n'y a pas de race pure et que faire reposer la politique sur l'analyse ethnographique, c'est la faire porter sur une chimère. Les plus nobles pays, l'Angleterre, la France, l'Italie, sont ceux où le sang est le plus mêlé. L'Allemagne fait-elle à cet égard une exception ? Est-elle un pays germanique pur ? Quelle illusion ! Tout le Sud a été gaulois. Tout l'Est, à partir d'Elbe, est slave. Et les parties que l'on prétend réellement pures le sont-elles en effet ? Nous touchons ici à un des problèmes sur lesquels il importe le plus de se faire des idées claires et de prévenir les malentendus.
Les discussions sur les races sont interminables, parce que le mot race est pris par les historiens philologues et par les anthropologistes physiologistes dans deux sens tout à fait différents. Pour les anthropologistes, la race a le même sens qu'en zoologie ; elle indique une descendance réelle, une parenté par le sang. Or l'étude des langues et de l'histoire ne conduit pas aux mêmes divisions que la physiologie. Les mots des brachycéphales, de dolichocéphales n'ont pas de place en histoire ni en philologie. Dans le groupe humain qui créa les langues et la discipline aryennes, il y avait déjà des brachycéphales et des dolichocéphales. Il en faut dire autant du groupe primitif qui créa les langues et l'institution dites sémitiques. En d'autres termes, les origines zoologiques de l'humanité sont énormément antérieures aux origines de la culture, de la civilisation, du langage. Les groupes aryen primitif, sémitique primitif, touranien primitif n'avaient aucune unité physiologique. Ces groupements sont des faits historiques qui ont eu lieu à une certaine époque, mettons il y a quinze ou vingt mille ans, tandis que l'origine zoologique de l'humanité se perd dans des ténèbres incalculables. Ce qu'on appelle philologiquement et historiquement la race germanique est sûrement une famille bien distincte dans l'espèce humaine. Mais est-ce là une famille au sens anthropologique ? Non, assurément. L'apparition de l'individualité germanique dans l'histoire ne se fait que très peu de siècles avant Jésus-Christ. Apparemment les Germains ne sont pas sortis de terre à cette époque. Avant cela, fondus avec les Slaves dans la grande masse indistincte des Scythes, ils n'avaient pas leur individualité à part. Un Anglais est bien un type dans l'ensemble de l'humanité. Or le type de ce qu'on appelle très improprement la race anglo-saxonne n'est ni le Breton du temps de César, ni l'Anglo-Saxon de Hengist, ni le Danois de Knut, ni le Normand de Guillaume le Conquérant ; c'est la résultante de tout cela. Le Français n'est ni un Gaulois, ni un Franc, ni un Burgonde. Il est ce qui est sorti de la grande chaudière où, sous la présidence du roi de France, ont fermenté ensemble les éléments les plus divers. Un habitant de Jersey ou de Guernesey ne diffère en rien, pour les origines, de la population normande de la côte voisine. Au XIe siècle, l'œil le plus pénétrant n'eût pas saisi des deux côtés du canal la plus légère différence. D'insignifiantes circonstances font que Philippe-Auguste ne prend pas ces îles avec le reste de la Normandie. Séparées les unes des autres depuis près de sept cents ans, les deux populations sont devenues non seulement étrangères les unes aux autres, mais tout à fait dissemblables. La race, comme nous l'entendons, nous autres, historiens, est donc quelque chose qui se fait et se défait. L'étude de la race est capitale pour le savant qui s'occupe de l'histoire de l'humanité. Elle n'a pas d'application en politique. La conscience instinctive qui a présidé à la confection de la carte d'Europe n'a tenu aucun compte de la race, et les premières nations de l'Europe sont des nations de sang essentiellement mélangé.
Le fait de la race, capital à l'origine, va donc toujours perdant de son importance. L'histoire humaine diffère essentiellement de la zoologie. La race n'y est pas tout, comme chez les rongeurs ou les félins, et on n'a pas le droit d'aller par le monde tâter le crâne des gens, puis les prendre à la gorge en leur disant : «Tu es notre sang ; tu nous appartiens !» En dehors des caractères anthropologiques, il y a la raison, la justice, le vrai, le beau, qui sont les mêmes pour tous. Tenez, cette politique ethnographique n'est pas sûre. Vous l'exploitez aujourd'hui contre les autres ; puis vous la voyez se tourner contre vous-mêmes. Est-il certain que les Allemands, qui ont élevé si haut le drapeau de l'ethnographie, ne verront pas les Slaves venir analyser, à leur tour, les noms des villages de la Saxe et de la Lusace, rechercher les traces des Wiltzes ou des Obotrites, et demander compte des massacres et des ventes en masse que les Othons firent de leurs aïeux ? Pour tous il est bon de savoir oublier.
J'aime beaucoup l'ethnographie ; c'est une science d'un rare intérêt ; mais, comme je la veux libre, je la veux sans application politique. En ethnographie, comme dans toutes les études, les systèmes changent ; c'est la condition du progrès. Les limites des États suivraient les fluctuations de la science. Le patriotisme dépendrait d'une dissertation plus ou moins paradoxale. On viendrait dire au patriote : «Vous vous trompiez ; vous versiez votre sang pour telle cause ; vous croyiez être celte ; non, vous êtes germain». Puis, dix ans après, on viendra vous dire que vous êtes slave. Pour ne pas fausser la science, dispensons-la de donner un avis dans ces problèmes, où sont engagés tant d'intérêts. Soyez sûrs que, si on la charge de fournir des éléments à la diplomatie, on la surprendra bien des fois en flagrant délit de complaisance. Elle a mieux à faire : demandons-lui tout simplement la vérité.
Ernest Renan - Qu'est-ce qu'une nation : Conférence faite en Sorbonne, le 11 mars 1882
http://blogrepublicain.hautetfort.com/
Nouvel ISF : le cadeau de Sarkozy aux gros patrimoines
21/04/2011 07:58 par rgrs
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Nouvel ISF : le cadeau de Sarkozy aux gros patrimoines
21/04/2011 07:58 par rgrs
Le projet de réforme de la fiscalité récemment présenté par François Baroin à la demande de Nicolas Sarkozy en vue de la présidentielle de 2012 comporte un très beau cadeau pour les possesseurs de gros patrimoines sous la forme d’un spectaculaire allègement de l’ISF. Zoom sur ce nouvel Impôt sur la fortune, et plus particulièrement sur le cas de ces assujettis à faibles revenus, « victimes » de la hausse des prix de l’immobilier...
Les chantres de la droite la plus libérale nous ont servi, depuis des années, la même chanson sur l’injustice de l’ISF, cet impôt scélérat qui, du fait de la hausse des prix de l’immobilier, condamnait de facto à une injuste taxation des braves gens aux revenus modestes – on a même parlé de smicards ! – dont le seul patrimoine déclaré était constitué d’une résidence principale, le plus souvent héritée. Drapés dans leur compassion pour ces malheureuses victimes, ces zélés avocats de la cause des démunis d’Auteuil ou des indigents de Saint-Martin-de-Ré s’empressaient ensuite, avec des airs de divas outragées, de citer, pour illustrer leur propos, quelques cas de Parisiens ou de Rétais enrichis à leur corps défendant. Les Français, pas aussi naïfs que le croyaient ces bons apôtres, ont pourtant bien compris que ce bel élan de générosité visait avant tout, derrière quelques cas aussi rarissimes qu’atypiques, à servir les intérêts des possesseurs de gros patrimoines en revendiquant la suppression pure et simple de l’ISF.
Avant d’aller plus loin, rappelons deux choses : d’une part, le seuil de déclaration était fixé, au 1er janvier 2011, à 800 000 euros ; d’autre part, le Code des impôts prévoyait un abattement de 30 % pour la résidence principale. L’estimation du bien au dessus de laquelle les gens « modestes » précités pouvaient être assujettis à l’ISF était par conséquent de... 1 143 000 euros (1 143 000 – 30 % d’abattement pour résidence principale = 800 000 euros). Sachant en outre que l’ISF est un impôt déclaratif et que les Français sont particulièrement enclins à la sous-estimation de la valeur de leurs biens soumis à taxation, on peut ajouter à cette somme déjà rondelette quelques dizaines de milliers d’euros de dissimulation. Et cela sans le moindre risque pour les déclarants si l’on en croit les agents du fisc et les notaires. Ces professionnels estiment en effet que dans la pratique, une sous-estimation de 10 % de la valeur réelle des biens concernés ne peut entraîner de pénalité. Et pour cause : il n’existe pas une méthode unique d’évaluation du bien, mais plusieurs méthodes (indices notariaux, synthèses immobilières, prix constatés dans le voisinage, etc.) qui débouchent très souvent sur des résultats sensiblement différents. Bref, nos « modestes » propriétaires pouvaient, pour les mieux lotis d’entre eux, vivre dans une masure de... 1 250 000 euros sans débourser un centime d’ISF ! Á cet égard, on se demande comment des gens modestes, et a fortiori des smicards, pouvaient faire face à la taxe foncière (plusieurs milliers d’euros) afférente à un bien de cette valeur, mais ne chipotons pas...
Or, voilà que le camarade Baroin, à l’instigation du très social Sarkozy, vient d’annoncer que le nouveau barème de l’ISF supprime la première tranche de l’ancien barème. Ce qui revient à porter pour tous les contribuables, y compris nos fameux résidants de Paris et de l’Ile de Ré à faibles revenus, le seuil d’imposition à 1 300 000 euros. Compte tenu de l’abattement de 30 %, le seuil réel de la valeur d’un patrimoine seulement constitué d’une résidence principale se trouve par conséquent rehaussé à 1 857 143 euros (1 857 143 – 30 % d’abattement pour résidence principale = 1 300 000 euros), voire, avec la petite sous-estimation évoquée plus haut et implicitement tolérée par l’administration fiscale, près de... 2 000 000 d’euros !
Certes, il est bien connu, et nos libéraux nous l’ont largement asséné, que l’on ne possède pas grand-chose à Paris pour ce prix. Encore que cette affirmation puisse se discuter comme en témoignent, en ligne sur le site seloger.com, ce vaste 206 m² à Trocadéro ou ce luxueux 144 m² à Auteuil. Mais force est de reconnaître que ce sont les provinciaux qui tirent le mieux leur épingle du jeu. Grâce aux « socialistes » Sarkozy et Baroin, soucieux de sauvegarder le pouvoir d’achat des nécessiteux, seront désormais exonérés d’ISF, pour peu que leur patrimoine se résume à leur résidence principale, les possesseurs de ce château renaissance de 850 m² proche de Nantes, de cette superbe maison de maître de 360 m² dans la bonne ville de Toulouse, ou de cet hôtel particulier de 600 m² près de Dijon. Rien que des propriétés occupées par de modestes concitoyens !
Au delà de la question liée à la résidence principale, et sans entrer dans le détail, il faut en outre savoir qu’il existe de multiples cas d’exonération partielle ou totale des différentes composantes du patrimoine d’un assujetti à l’ISF. Des exonérations professionnelles liées à la notion – parfois très élargie – d’outil de travail, mais aussi une longue liste d'exonérations accessibles aux particuliers. Elles concernent, entre autres, les œuvres d'art, les véhicules de collection, les revenus de rentes viagères, les stock-options non levées, les biens ruraux non professionnels, etc. Tout cela sans compter les allègements liés aux investissements dans les PME ou les organismes d’intérêt général. Bref, autant de niches qui permettent de réduire dans des proportions parfois spectaculaires la valeur des biens exposés à l'ISF. Au point que certains titulaires de gros patrimoines échappent totalement à cet impôt par le biais de ces dispositions.
Grâce à la compassion de MM. Sarkozy et Baroin envers des indigents injustement frappés, 300 000 Français, soit près de la moitié des assujettis, seront désormais dispensés d’ISF. Et, cerise sur le gâteau, le taux le plus élevé est ramené de 1,8 % à 0,5 % pour les autres. Une mesure de justice sociale heureusement compensée par le gel de l’indice des nantis de la fonction publique !
Fergus
http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/nouvel-isf-le-cadeau-de-sarkozy-92480
Pourquoi n’y a-t-il pas de « vraie » vie démocratique européenne ?
21/04/2011 07:55 par rgrs
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Pourquoi n’y a-t-il pas de « vraie » vie démocratique européenne ?
21/04/2011 07:55 par rgrs
L'aiguille d'une horloge parcourt le cadran sur lequel se succèdent les heures, et de même, la vie d'une « vraie » démocratie représentative peut être décomposée en cinq moments successifs qui se répètent indéfiniment. Dans un premier temps, les membres de la population s'engagent les uns envers les autres par un « contrat social », semblable à celui que conçoit Rousseau dans son livre du même nom. Chacun accepte de considérer comme légitimes les choix collectifs qu'ils auront fait ensemble, même si lui même n'aurait pas forcément fait ces choix si cela n'avait tenu qu'à lui, et pourvu que ces choix soient faits dans un certain esprit de fraternité. Le second temps est celui d'un débat au cours duquel tous les membres de la population se parlent et s'écoutent. Ce débat se tient bien sûr dans un espace de débat dans lequel se réunissent tous les membres de la population. Au troisième temps, les membres de la population choisissent tous ensemble leurs élus, sur la base du projet politique que ces élus proposent de mettre en œuvre lors de leur mandat. Lors du quatrième temps, les élus gouvernent, sous le contrôle de la population qui vérifie que leurs actions s'inscrivent dans le projet politique pour lequel ils ont été élus. Enfin, le cinquième temps est celui du renouvellement du cycle, garantissant aux membres de la population la possibilité de revenir régulièrement sur leurs choix antérieurs.
Cela paraît élémentaire, et pourtant de très importants pouvoirs détenus auparavant par les démocraties des pays européens, ont été transférés à l'Union Européenne, institution qui n'est animée d'aucun des cinq moments de la vie d'une « vraie » démocratie représentative, ce qui n'empêche pas à beaucoup de gens de croire qu'elle est « vraiment » démocratique, du simple fait qu'elle a à sa tête des élus (et des magistrats).
Faut-il imputer la responsabilité de cette absence de « vraie » vie démocratique, aux « citoyens européens », qui sont souvent plus sensibles à l'intérêt de leur pays qu'à un « intérêt général européen », qui s'abstiennent massivement aux « élections européennes », et qui ne participent pas à un espace de débat européen ? Est-ce de la faute des partis des pays européens, unis dans des grands « partis européens » qui ne font pas ce que font normalement des partis, c'est à dire, qui n'élaborent ni ne proposent des projets politiques européens ? Est-ce de la faute des journaux des pays européens, qui ne participent pas plus que les « citoyens européens » à un espace de débat européen, et qui informent de manière très incomplète leurs lecteurs des décisions prises par les institutions européennes ? Est-ce sinon de la faute des élus des pays européens, qui font souvent passer la volonté de leurs seuls électeurs avant une « volonté générale européenne », et qui de plus prennent souvent collectivement des décisions à l'échelle européenne, que n'aurait pas voulues la population européenne si on lui avait demandé son avis ?
Ou bien, plutôt que les individus, les partis, les journaux, et les élus, faut-il incriminer les structures institutionnelles européennes qui encadrent tous ces gens, qui ne permettraient pas, voire qui empêcheraient, l'existence d'une « vraie » vie démocratique européenne ? « Le plus dangereux ennemi du peuple est son gouvernement », disait Saint-Just, pour qui les structures institutionnelles devaient donc apporter la garantie, que les élus inscrivent leurs décisions dans un projet politique plébiscité par la population toute entière. Faut-il donc faire le constat cruel, que ce principe élémentaire rabâché par Saint-Just lors de la révolution française (notamment dans le Discours pour la défense de Robespierre qu'il prononça la veille de sa mort), a été comme oublié par les concepteurs des institutions européennes ?
Pour répondre à cette question, je rappellerai brièvement l'architecture des institutions européennes. Puis j'observerai en quoi les institutions européennes ne sont pas animées de la vie d'une « vraie » démocratie représentative, tout en essayant de voir si cela est dû à l'architecture de ces institutions elles-mêmes, ou bien à la mauvaise volonté des individus, partis, journaux et élus qu'elles encadrent.
L'architecture des institutions européennes.
Le processus de choix des dirigeants de l'UE est décrit par le schéma 1. Les membres du Conseil sont ceux des gouvernements des pays. Ils sont donc élus lors d'élections non synchronisées, chacune ayant lieu dans un pays particulier. Par exemple, lorsque les allemands élisent leur gouvernement, sur un projet politique répondant à leurs préoccupations particulières, ils élisent du même coup les membres du Conseil qui participeront en leur nom à des décisions importantes concernant tous les européens, même ceux qui n'auront pas participé à ces élections allemandes, et qui peut-être en plus ne s'y seront pas beaucoup intéressés. Puis un an après les britanniques peuvent élire de la même manière leur gouvernement qui siègera en leur nom au Conseil, etc... Les membres du Parlement sont les seuls élus, qui le sont lors d'une élection impliquant au même moment la population européenne toute entière. Le Conseil nomme les membres de la Commission, et le Parlement a un droit de véto sur cette nomination. Le Conseil nomme aussi les dirigeants de la Banque Centrale, après avoir « consulté » le Parlement. Les décisions de tous ces détenteurs de pouvoirs devront être conformes aux Traités, qui peuvent être ratifiés séparément et à des moments différents, par chaque pays, par un vote de ses parlementaires ou par un référendum. Contrairement aux décisions prises par les organismes où siègent des élus, ou des dirigeants nommés par des élus, le contenu des Traités n'est pas renouvelable régulièrement à des moments prévus pour cela. Enfin, les membres de la Cour de Justice sont des magistrats.

Schéma 1. Procédure de choix des dirigeants de l'UE.
Selon que les décisions des dirigeants de l'UE, concernent une « compétence propre de l'UE », une « compétence partagée avec les pays membres », ou la politique monétaire de la zone euro, le processus par lequel ces décisions sont prises est différent.
Le schéma 2 décrit le processus de prise de décision concernant une compétence propre de l'UE, c'est à dire les douanes, la politique commerciale, ou la réglementation de la concurrence. La Commission émet une directive ou un règlement, auquel le Parlement et le Conseil peuvent opposer un droit de véto. Cette directive ou ce règlement doit être conforme aux Traités, ce que contrôle la Cour de Justice. La Cour de Justice vérifie aussi que les pays membres se conforment aux points des Traités, directives et règlements concernant les compétences propres de l'UE. En matière de douanes, politique commerciale et réglementation de la concurrence, c'est donc la Commission qui a l'initiative des décisions.

Schéma 2. Procédure de décision concernant une compétence propre de l'UE.
Le schéma 3 décrit le processus de prise de décision concernant une compétence partagée avec les pays membres, c'est à dire le marché intérieur, et les politiques communes en matière notamment d'agriculture, d'énergie, d'industrie, d'environnement, de transport, d'éducation et de culture. Le Conseil décide des principes que devra suivre une directive ou un règlement. La Commission émet une directive ou un règlement qui suit ces principes, et le Parlement peut exercer un droit de véto. La Cour de Justice vérifie que cette directive ou ce règlement est conforme aux Traités. Elle vérifie aussi que les pays membres se conforment aux points des Traités, directives et règlements concernant les compétences partagées avec les pays membres. Pour ce qui concerne le marché intérieur et de nombreuses politiques communes, l'initiative appartient donc au Conseil.

Schéma 3. Procédure de décision concernant une compétence partagée avec les pays membres.
Enfin, le schéma 4 décrit le processus de décision concernant la politique monétaire de la zone euro. La Banque Centrale prend les décisions en prenant soin que la politique monétaire qu'elle mène soit conforme à ce que demandent les Traités. La Cour de Justice vérifie que les pays de la zone euro se conforment aux points des Traités concernant la politique monétaire de la zone euro. Pour mener la politique monétaire de la zone euro, la Banque Centrale prend donc les décisions avec une grande indépendance, conformément à un certain esprit libéral et monétariste.

Schéma 4. Procédure de décision concernant la politique monétaire de la zone euro.
L'absence de « vraie » vie démocratique au sein des institutions européennes.
Il est bien clair maintenant que les institutions européennes ont à leur tête des élus (ou des dirigeants nommés par des élus ou des magistrats). Pourtant ces institutions ne sont animées d'aucun des cinq moments de la vie d'une « vraie » démocratie représentative.
Le « contrat social » européen n'a pas une très ferme existence, ni même de très solides raisons d'exister dans tous les domaines où il devrait exister. Si la majorité des européens voulaient vivre dans une société libérale, libre-échangiste et monétariste, et si une grande majorité de français avait envie de vivre autrement, les français accepteraient-ils de vivre selon le choix de la majorité des européens ? Et si la majorité des habitants de la zone euro voulaient vivre dans une société socialiste, protectionniste et keynésienne, et si une majorité d'allemands étaient attachés à une politique monétaire d'esprit monétariste, les allemands accepteraient-ils de vivre selon le choix de la majorité des habitants de la zone euro ? Difficile d'être sûr de cela, quand on pense par exemple au comportement actuel des dirigeants allemands, qui vont jusqu'à attendre parfois qu'une élection dans une région allemande ait eu lieu, pour se montrer plus conciliants, mais peut-être à contre-cœur quand même, avec les autres pays européens, dont certains sont parfois perçus en Allemagne comme les pays du « Club Med ». Pour que des pays aient envie de vivre sous de mêmes choix, encore faut-il aussi qu'il puisse exister un choix qui soit acceptable pour tous dans le domaine où ce choix est fait. Par exemple, pour que la zone euro soit intéressante pour les pays qu'elle contient, encore faut-il qu'il existe un choix de politique monétaire qui soit intéressant pour tous ces pays à la fois.
L'espace de débat européen n'existe pas. Il existe en Europe des espaces de débat dans chaque pays européen, avec sa presse et ses citoyens parlant des problèmes de leur pays dans leur langue. Mais ces espaces sont séparés les uns des autres. A quoi ressemblerait un débat télévisé réunissant des débatteurs parlant chacun une langue différente, par exemple un socialiste finlandais, un libéral espagnol, un communiste britannique et un écologiste polonais, et parlant pourtant de problèmes qui leur sont communs, comme la politique commerciale ou la réglementation de la concurrence ?
Il n'existe pas d'élections européennes se répétant régulièrement, et qui soient comme dans toute « vraie » démocratie représentative, un moment où toute la population est amenée à plébisciter un projet politique, dans lequel devraient ensuite s'inscrire les actions des dirigeants, élus sur ce projet. Peut-être suffirait-il que les élections des gouvernements des pays européens, qui composent le Conseil, soient synchronisées, pour que s'amorce une « vraie » vie démocratique européenne ? Supposons en effet que les élections des gouvernements des pays européens aient toutes lieu à un même moment. Les partis socialistes européens, par exemple, pourraient alors élaborer un projet commun d'usage des pouvoirs de l'Union Européenne, en matière notamment de douanes, de politiques commerciale, monétaire, et de réglementation de la concurrence. Le parti socialiste allemand, présenterait à la population allemande un projet comprenant un volet proprement allemand, et un volet commun à tous les partis socialistes européens, et le parti socialiste irlandais ferait de même, etc... Mais les seules élections européennes synchronisées sont celles des membres du Parlement. Les partis européens ne peuvent bâtir un projet politique d'usage du seul droit de véto dont dispose le Parlement. Et, par exemple pour les élections françaises, le parti socialiste français est condamné à élaborer un projet dont le volet français, consiste en l'usage des marges de manœuvre dont on dispose aujourd'hui si on respecte tous les traités, directives, règlements et décisions de politique monétaire européens ; et dont le volet européen ne peut consister qu'en des propositions de négocier ceci ou cela avec les autres membres du Conseil du moment. Mais alors, qui a plébiscité le projet politique dans lequel s'inscrit actuellement l'action des dirigeants européens, si ce n'est la population européenne ?
Le contrôle qu'exerce la population européenne sur l'action des dirigeants européens, n'est pas très intense. La presse des pays européens informe de manière très incomplète ses lecteurs, de toutes les décisions prises par les dirigeants européens. On dit aussi que les lobbys ont une forte influence sur les institutions européennes. Quant aux mécanismes permettant à la population de contrôler effectivement ses dirigeants lors de leur mandat, comme le référendum d'initiative populaire, ceux-ci n'existent que rarement dans les relativement « vraies » démocraties représentatives d'aujourd'hui. Certains considèrent d'ailleurs les référendums d'initiative populaire comme de tels luxes, qu'ils qualifient la démocratie suisse où de tels référendums existent, de « semi-directe » plutôt que de « représentative ».
Il existe enfin des polémiques sur le lieu où il faudrait placer la limite entre ce sur quoi la population européenne devrait pouvoir revenir régulièrement à chaque élection, et ce qui devrait être plus stable, car inscrit dans une Constitution, ou dans les Traités. L'un des grands reproches qui a été fait au Traité de Lisbonne refusé par les français en 2005, est qu'il fixait de nombreux éléments d'une politique économique libérale, libre-échangiste et monétariste.
Si Rousseau, Saint-Just, et d'autres personnages connus pour avoir désiré la démocratie lors du siècle des Lumières, avaient pu suivre du fond de leurs tombes les évolutions du régime politique français jusqu'à aujourd'hui... Ils auraient d'abord tremblé tout au long du siècle qui a suivi la révolution française de 1789, siècle de monarchies, de républiques éphémères et d'empires, de révoltes souvent matées et de coups d'États. A partir de 1870, ils auraient enfin pu sourire paisiblement, en voyant les régimes en place en France, devenir de plus en plus propices à la vie démocratique, et en voyant cette vie démocratique s'épanouir de plus en plus au sein de ces régimes. Mais depuis les années 1970, la vie démocratique en France agonise de plus en plus sous le joug de ces institutions européennes, dont les défauts de conception, peut-être initialement difficiles à détecter, sont aujourd'hui si manifestes. Un siècle de réflexion, un siècle d'agitations, un siècle de lente maturation, et il aura suffi de deux ou trois décennies pour neutraliser ces acquis et les mettre en péril : nos grands hommes doivent maintenant se retourner dans leurs tombes.
Samuel
Ségolène Royal et la lutte contre les confiscateurs
21/04/2011 07:48 par rgrs
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Ségolène Royal et la lutte contre les confiscateurs
21/04/2011 07:48 par rgrs
La leader socialiste vient de prendre une initiative qui parle et qui pourrait lui assurer le rebond nécessaire : le blocage des prix. C'est une mesure symbole de première importance : la lutte contre les confiscateurs.
Bloquer les prix, c'est :
- affirmer l'autorité de l'Etat face aux puissances économiques,
- refuser que le pouvoir d'achat des catégories les plus modestes ne subisse une érosion permanente et désormais accélérée,
- une mesure claire, immédiate qui correspond à une vieille tradition de l'économie française, voire davantage fait référence à des années plus "heureuses".
C'est le retour à l'ancrage fondamental de Ségolène Royal : l'ordre juste.
Il lui reste à ouvrir le front de la responsabilité bancaire et la dénonciation du coût des engagements militaires et la leader socialiste ouvrirait enfin la course vers les véritables préoccupations populaires.
Ce qui est déjà sûr, c'est que tous les chiffres sur les scores internes de la primaire PS reposent sur des bases erronées techniquement : aucun d'entre eux ne concerne le collège concerné : les adhérents PS.
Selon certains échantillons de fédérations, les résultats seraient alors très éloignés des actuels sondages ...
Reste bien entendu à savoir si les échantillons en question peuvent être considérés comme représentatifs ?
Royal, Hollande et Montebourg réaliseraient des scores considérablement plus élevés que les estimations actuelles portant sur les déclarés sympathisants ce qui n'est pas le collège des adhérents. Le score de DSK serait considérablement plus faible et en fragilisation permanente dans l'actuelle ambiance qui commence à tourner sur un referendum sur le pouvoir d'achat.
http://exprimeo.fr/article/6719/segolene-royal-et-la-lutte-contre-les-confiscateurs.htm
Une photo? Pas de pot...
21/04/2011 07:44 par rgrs
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Une photo? Pas de pot...
21/04/2011 07:44 par rgrs
Considérant que le "salut à la romaine ou olympique" est un des "signes de ralliement" de l'Œuvre française.
Considérant que le 9 novembre 1996 Pierre Sidos (fondateur de l'Œuvre Française) a demandé à ses militants d'adhérer parallèlement au FN.
Considérant qu'il est de notoriété publique qu'au moins deux élus régionaux (Alexandre Gabriac, L.B.), un élu municipal (Y.B.) et un responsable local (T.M.) du FN sont issus de l'Œuvre française.
Considérant qu'Alexandre Gabriac vient d'être exclu du FN pour avoir été pris en photo en faisant le salut de l'Œuvre française.
J'en conclus que les trois autres n'ont pas été pris en photo.
Laurent de Boissieu
(cela dit, il ne s'agit pas d'un courant organisé au sein du FN: lors du dernier congrès, j'ai vu deux d'entre eux, un mariniste et un gollnischien, commencer à se mettre sur la gueule...)