Joly, Hulot ou l’avènement des candidats « in vitro »
15/04/2011 12:15 par rgrs
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Joly, Hulot ou l’avènement des candidats « in vitro »
15/04/2011 12:15 par rgrs
Les écolos ont désormais deux candidats potentiels. Mais on connaît peu de choses de leur pensée politique. D’ailleurs, ils la construisent au fur et à mesure sous le regard des Français-électeurs. Car contrairement aux responsables politiques traditionnels, ils se rêvent d’abord en candidats et ensuite, seulement ensuite, ils en viennent à se construire une ligne politique. Ce sont en définitive des candidats in vitro.
Europe écologie – Les Verts (EELV) n’en a décidément pas fini avec la stratégie du casting. Initiée lors des européennes de 2009, le rassemblement des écologistes rempile donc pour la présidentielle de 2012 avec deux recrues de choix : Eva Joly et désormais Nicolas Hulot. Deux membres de la « société civile » comme on dit aujourd’hui et comme on les aime tant à EELV. Chacun a pour lui son curriculum vitæ : Joly la magistrate opiniâtre et Hulot l’animateur télé tombé en pamoison devant le spectacle de la nature. Des concepts marketing en somme. Mais dont on ne connaît rien ou si peu sur le plan de la pensée politique.
D’ailleurs, ils effectuent leur mue de gens « normaux » issue de la fameuse « société civile » en candidat à la présidentielle sous les yeux mêmes des Français-électeurs. Ce sont des sortes de candidats in vitro. Des candidats façon Tamagotchis, ces petits animaux électroniques qui ont fait fureur dans les cours d’école à la fin des années 1990 et qu’il fallait nourrir sous peine de les voir mourir dans d’atroces souffrances numériques. Car contrairement aux responsables politiques traditionnels, ils se rêvent d’abord en candidats et ensuite, seulement ensuite, ils en viennent à se construire une pensée politique, un corpus idéologique, une ligne programmatique. Hulot vient par exemple de se déclarer candidat, mais il consulte des experts en tout genre et dans tous les domaines depuis des mois. Marianne révélait ainsi que Nicolas Hulot, parmi les nombreux spécialistes venus au chevet de sa pensée politique, avait fait appel à un sociologue spécialiste du care pour le former à la question sociale !
De quoi permettre à Eva Joly (qui, il faut le reconnaître apprend vite les règles du jeu politique, à commencer par la distribution de coups bas) de tacler son adversaire dans la primaire écologiste. Et ce, le jour-même de sa déclaration de candidature. Ainsi, Eva Joly explique dans une interview au Bondy Blog que Nicolas Hulot est « un nouveau venu sur les thèmes de la justice sociale ». Ce qui est vrai. Mais peut-être tout autant qu’elle. Car si Eva Joly se défend d’être « une nouvelle venue » sur le sujet et estime que ses « combats » pour « l’égalité devant la justice, pour plus de justice entre le Nord et le Sud depuis 15 ans » parlent pour elle, les Verts, eux-même, n’en ont pas toujours été convaincus. Outre le fait qu’Eva Joly ait eu par le passé la tentation du MoDem, il faut se souvenir que pour être accepté par l’appareil écologiste comme candidate potentielle à la présidentielle, il lui a fallu fournir une sorte de diplôme en gauchitude. C’était en août dernier seulement, lors de l’université d’été de Nantes des écolos. Elle a dû faire allégeance aux Verts ed la même façon qu'aujourd’hui, certains (à commencer par elle ) demandent à Nicolas Hulot de se positionner clairement en opposition avec l’autre Nicolas, Sarkozy. Elle aussi avait dû expliquer à qui mieux-mieux que la question sociale était indissociable de la question écologique.
Mais elle semble avoir oublié sa récente conversion. Car dans cet entretien au Bondy Blog, Eva Joly fait très fort et en vient même à moquer le choix de Nicolas Hulot de s’être déclaré en banlieue, à Sevran : « Personnellement, déclare-t-elle, j’ai vécu 22 ans en banlieue, dans le Sud de l’Essonne. J’étais une utilisatrice de la ligne C du RER, donc je connais bien les galères liées aux transports en banlieue. Pour Nicolas Hulot, c’est une façon de se positionner et de dire que l’écologie politique n’est pas uniquement environnementale, que c’est aussi du social. Je lui dis : “Très bien, bienvenu au club” ! »
Elle est décidément gonflée Eva. La banlieue, dit-elle, elle connaît. Et pourtant au tout début de sa campagne, elle était capable de déclarer dans Rue89 Le Mensuel qu’« en France, il n'y a plus de taudis ». Son entourage aura beau nous expliquer qu’elle parlait des bidonvilles comme en a connus la France des années 60, il n’empêche, il y a de quoi rester perplexe devant tant d’acuité de la part d’une candidate issue de la « société civile » et donc sensée connaître le pays, le vrai, pas comme ces foutus élites politiques… D’ailleurs, ses proches lui ont concocté dans la foulée de cette déclaration un petit tour de France pour aller à la découverte de la vraie vie des vrais gens… comme une vraie candidate in vitro qui apprend chaque jour un plus sur des sujets qu’elle devait pourtant maîtriser avant de prétendre à la magistrature suprême.
Eva Joly a beau jeu aussi de reprocher à l’ex-animateur d’Ushuaïa de ne pas avoir « dit un mot du nucléaire » lors de son discours de Sevran. Les militants d’EELV se souviennent sans doute que lors d’une de ses premières apparitions télévisuelles en tant que candidate, au Grand journal de Canal, elle avait été infoutue de dire clairement — en bonne candidate in vitro — ce qu’elle pensait du nucléaire. De quoi faire jaser sérieusement dans les rangs d’EELV quelques jours plus tard lors du grand raout écologiste de Grenoble.
En définitive, Eva Joly critique avec virulence Nicolas Hulot, mais qu’elle se rassure : il finira par prendre le même chemin qu’elle, par tenir sensiblement le même discours qu’elle, par être aussi formaté qu’elle. Elle a seulement quelques semaines d’avance sur lui (et des liens avec de grands groupes industriels en moins). Car tous deux sont bels et bien des candidats in vitro. Ils apprennent en marchant. Et souvent aussi en trébuchant. Le résultat est finalement assez déstabilisant. On aimerait voir se multiplier les candidats issus de la « société civile » et que ces derniers finissent par « dégager » (c'est à la mode) tous les vieux requins qui ont fait de la politique une profession.
Mais à regarder les errements des deux candidats écologistes, on se dit aussi qu’on ne s’improvise pas candidat à la présidentielle. Qu’un Tamagotchi façon Hulot ou Joly, c’est bien gentil, mais que ça n’a pas les épaules pour présider aux destinées du pays. Et l'on se retrouverait presque à regretter un temps pas si béni qui consistait pour les partis politiques à désigner le plus capé de ses membres comme candidat. Un processus certes pas satisfaisant (car confiscatoire), mais qui avait au moins le mérite de faire émerger des personnes dont la crédibilité politique était déjà assise. Une crédibilité politique qui, contrairement à aujourd'hui, ne se construisait pas dans un laboratoire à ciel ouvert, sous l'œil des caméras. Car si les Français doutent de l'honnêteté des vieux routards de la politique, ils doutent aussi de la crédibilité des personnes issues de la société civile. Et voir trébucher sans cesse ces candidats-là ne les aidera pas à y croire d'avantage.
Gérald Andrieu - Marianne
On aura tout vu: Nolwenn Leroy épinglée pour lepénisme
15/04/2011 12:12 par rgrs
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On aura tout vu: Nolwenn Leroy épinglée pour lepénisme
15/04/2011 12:12 par rgrs
Dans un article délirant, le journaliste du Nouvel Observateur Fabrice Pliskin a expliqué pourquoi le dernier album de la chanteuse était maurrassien et pire encore. Mais s'agit-il seulement d'un dérapage ?
La chanteuse Nolwenn Leroy est furieuse et le fait savoir. Elle est furieuse contre un article, d'une violence inouïe, de Fabrice Pliskin du Nouvel Observateur, qui a trouvé dans son dernier album une nouvelle preuve de la « lepénisation des esprits » :
« Son disque subjugue. N'est-il pas très comme il faut et propre à incarner "l'image de la France rurale, l'image de la France des terroirs et des territoires", comme dirait dans son style maurrassien le député UMP Christian Jacob? Olivier Nusse, directeur général de Mercury, compare avantageusement le succès de "Bretonne" à celui des "Ch'tis".
Avec son prénom de sainte décapitée, Nolwenn affiche un pedigree de la vieille roche. Née à Saint-Renan, son père, Jean-Luc Le Magueresse, est un ancien footballeur professionnel de Brest et de Guingamp. D'aucuns blâmeront son adolescence auvergnate, mais personne n'est parfait. »
Plus loin, le journaliste, décidément en verve, évoque la chanteuse « droite dans ses sabots, ivre de cadastre, d'ancrage et de toponymie » pour conclure en la qualifiant de « premier robot de fabrication 100% bretonne ». Pour mesurer la fureur d'écrire du journaliste, il suffit de remplacer, dans son texte, Breton par Kabyle ou Arabe : on obtient alors un article flirtant avec la xénophobie qu'il croit percevoir chez la chanteuse. En réalité, Fabrice Pliskin abrite confortablement sa francophobie derrière les remparts de la presqu'île bretonne.
Cet article furieux a fini par provoquer un droit de réponse légitime de la chanteuse : « Je suis extrêmement choquée par ce procès d'intention que je trouve indigne. Comme j'estime douteux et déplacé l'emploi, pour me décrire, des termes preuve générique de sa bretonnante traçabilité", "droite dans ses sabots ivre de cadastre, d'aencrage et de toponymie", "affirmant un pedigree de vieille roche" ou "premier robot de fabrication 100% bretonne".J'ai choisi de réaliser cet album sans aucune arrière-pensée, car mon attachement à la Bretagne et à sa culture est sincère. »
L'article coup de poing de Fabrice Pliskin n'est pas un dérapage. Régulièrement depuis quelques semaines, l'Obs se plait à épingler des légions d'horreur sur la poitrine d'intellectuels ou de journalistes supposés diffuser à bas bruit la petite musique lepéniste. Dans le numéro de cette semaine, Luc Ferry Denis Tillinac et Philippe Bilger sont, après d'autres, désignés à la vindicte publique. Tous fachos, tous lepénisés si ce n'est dans leurs discours au moins dans leurs sous-entendus et dans leurs cœurs puisqu'il est désormais établi que l'Obs traque le lepénisme dans le cœur des intellectuels. Mais l'opposition au lepénisme progresse-t-il vraiment à coup de droits de réponse et de réponses aux droits de réponse que génère à chaque fois la réponse des personnes attaquées ?
L'ultra-vigilance d'Ariane Chemin l'amène à épingler Claude Guéant pour sa phrase sur «les Français qui n'ont plus le sentiment d'être chez eux ». Oui mais le directeur de la rédaction, Laurent Joffrin, développe un point de vue légèrement différent : « La déclaration fait scandale à gauche, mais elle est plus difficile à contrer qu'on pourrait le croire. L'indignation, selon le mot à la mode, ne suffit pas. On ne peut pas se contenter de déclarer: Guéant dit la même chose que le Front national, il est donc disqualifié, comme si cette simple énonciation valait démonstration. Certains Français, en effet, ne se sentent plus chez eux dans certains quartiers. Il faut bien leur dire quelque chose qui dépasse la simple protestation contre des propos à connotation xénophobe. La gauche n'a pas encore trouvé la bonne réponse. » On respire. Le pluralisme règne encore au sein du Nouvel observateur. Mais la cohérence ?
Philippe Cohen - Marianne
Cette candidature de François Hollande…
15/04/2011 08:49 par rgrs
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Cette candidature de François Hollande…
15/04/2011 08:49 par rgrs
Depuis sa candidature aux primaires socialistes, François Hollande progresse dans les sondages, l'Ifop relevant que “pour la première fois depuis 2007, il est le dirigeant du PS bénéficiant de la meilleure cote d'opinion, auprès des sympathisants socialistes (84 %)“. Et ce qui ne serait pas fini, selon certains analystes. Longtemps, François Hollande a été le chouchou des journalistes. Par son humour, sa joviale bonhomie, son talent rare à décrypter les situations politiques les plus embrouillées, il leur machait la moitié du travail. Et aujourd'hui, il touche son retour sur investissement. Ce qui est l'occasion de revenir sur cette candidature, son programme et ses stratégies inhérentes.
Il est vrai, les journalistes l'ont maintenu à flots, ces derniers mois, “alors qu'il avait disparu des radars de la scène politique“. Quand François Hollande n'avait pas de programme, ils ont parlé de sa vie personnelle, de sa personnalité ou de son régime alimentaire. Ils ont vanté son esprit de sérieux, parce qu'il osait annoncer qu'il augmenterait massivement les impôts. Leur complicité va d'ailleurs au-delà des sympathies personnelles. Hollande est le produit le plus abouti d'un certain consensus médiatico-politique. Très attentif au déficit budgétaire et à la dette, il ne rompt jamais le politiquement correct sur l'immigration ou l'Islam, une orthodoxie parfaite sur l'Europe, mais aussi la mondialisation. Avec lui, les audaces timidement protectionnistes du programme socialiste, resteraient lettre morte. C'est le meilleur élève de la classe Delors / Jospin. Bien que n'ayant jamais été ministre, Hollande est le plus pur produit de la gauche de gouvernement. C'est pendant qu'il était premier secrétaire, un long règne de dix ans, que le PS est redevenu ce parti de notables locaux, qu'il était à l'époque de la SFIO de Guy Mollet. C'était l'homme du consensus mou entre les différentes tendances du PS, normand fidèle à ses racines, habile adepte du “p't'être bien qu'oui, p't'être bien qu'non” et véritable roi du compromis.
Suite à son régime alimentaire draconien, François Hollande a changé d'image (plus dynamique), mais aussi d'époque. Il n'a plus cette image de bourgeois rassurant des banquets républicains d'antan. Hollande veut rester le candidat des élites, l'incarnation de ce cercle de la raison au PS. Sur sa route, il ne lui reste plus qu'à supplanter dans ce rôle, Dominique Strauss-Kahn, qui le devance encore, mais qui perdrait des points, comme dans une parodie politique de la fable du lièvre et la tortue. Pour soigner sa différence, Hollande utilise d'ailleurs habilement une image de terroir, ces derniers temps, pour contre-carrer son manque de charisme personnel, accentuant à dessein, le clivage avec le candidat lointain de Washington. Comme l'a analysé Eric Zemmour, il a retenu de Mitterrand, que le drame des socialistes d'aujourd'hui, était ne jamais parler de la France, de ne jamais chercher à s'inscrire dans ce roman national, que les élites bien-pensantes vouent aux gémonies. L'Elysée l'intéresse clairement, et ce serait même selon certains, “sa seule obsession” bien dissimulée. Mais François Hollande a tiré les leçons de cette mésaventure de 2006-07, “dans laquelle la marionnette a échappé au marionnettiste“. Il a abandonné aussi, ces habits d'apparatchik et d'énarque qui lui allaient mal, son personnage reverdissant maintenant qu'il est officiellement candidat.
Mais voyant le danger, comprenant que la droite a misé sur lui, pour diviser le PS, craignant que les militants aient gardé une affection pour leur ancien secrétaire, les amis politiques d'Hollande - de Fabius à Aubry, en passant par Delanoë -, “l'ensevelissent sous un tombereau de mépris“. Mais ne serait-il pas déjà trop tard ?
J. D.
http://llanterne.unblog.fr/
Immigration : union sacrée PS-Medef contre Guéant
15/04/2011 08:45 par rgrs
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Immigration : union sacrée PS-Medef contre Guéant
15/04/2011 08:45 par rgrs
Le ministre de l’Intérieur veut limiter l’immigration légale en France. Un vœu qui déplait tant à la gauche qu’au patronat. C’est surtout une nouvelle étape dans les revirements du pouvoir en matière migratoire.
Claude Guéant a encore fait parler de lui. En souhaitant « réduire l’immigration légale », le ministre de l’Intérieur a suscité un véritable tollé. Dans Le Figaro magazine, il expliquait ses objectifs : « J’ai demandé que l’on réduise le nombre de personnes admises au titre de l’immigration du travail. Et nous allons continuer à réduire le nombre d’étrangers venant en France au titre du regroupement familial ». En clair, le ministre de l’Intérieur pourrait durcir les conditions pour obtenir une carte de séjour. Sa machine à expulser était déjà juridiquement grippée, pour pouvoir monter ses muscles sur l’immigration, Guéant s’attaque cette fois aux entrées et non aux sorties d’immigrés.
Et le ministre compte sans surprise le PS parmi ses contradicteurs. Ces derniers ont d’ailleurs trouvé de bien curieux alliés pour tacler Claude Guéant : le patronat. « Le Medef lui-même a mis en garde contre le danger d’un pays qui se fermerait alors que l’immigration légale du travail correspond à un besoin de notre économie », a rappelé le parti dans un communiqué. En effet, l’organisation patronale a été la première à dénoncer les propos du ministre de l’Intérieur. « C’est très dangereux un pays qui se ferme » a estimé sa présidente Laurence Parisot. Elle a ajouté qu’« il faut savoir sur ce sujet trouver le bon équilibre entre la nécessité de rester un pays ouvert, (…) et en même temps il faut avoir un rythme suffisamment raisonnable pour pouvoir correctement, décemment, intelligemment, intégrer tout le monde ».
Qu’on ne s’y trompe pas, les préoccupations du Medef sont plus économiques qu’humanitaires. Mais les partisans d’une libéralisation des échanges économiques ont réussi à trouver là un terrain d’entente avec les partisans d’une libéralisation des échanges humains. La patronat a sûrement intérêt à voir arriver une main d’œuvre prête à travailler pour moins cher. En cela, la gauche devrait s’interroger sur le lien entre montée d’une immigration de travail et baisse des salaires. Un rapport du CAE de 2009 montrait qu’une hausse de 1% de l’immigration entraînait une baisse de 1,25% des salaires des moins qualifiés. Bien évidemment, cette donnée, comme toute statistique, est critiquable mais il n’empêche que l’idéologie de l’abolition des frontières prônée de part et d’autre de l’échiquier politique peut avoir des effets pervers pour les travailleurs.
Gros intérêts économiques
Car derrière la question de l’immigration de travail, il y a de gros intérêts. C’est sans doute pour cela que, même dans son camp, Claude Guéant a été mis en difficulté. Christine Lagarde, ministre de l’Economie, a souligné l’importance de l’immigration pour les entreprises : « Dans le long terme, on aura besoin de main d’œuvre, on aura besoin d’effectifs salariés formés ». Cette ligne de fracture au sein de la droite est peu étonnante. Elle marque un hiatus entre droite conservatrice soucieuse de préserver la souveraineté et l’identité nationale (ou les gains électoraux qu’elle est supposée octroyer) et une droite libérale attentive aux intérêts des entreprises.
Ce clivage a déjà observé sur la lutte contre le travail illégal. Le Medef et la CGPME, suivis par des parlementaires UMP, avaient bataillé contre un texte trop sévère contre les patrons employeurs de clandestins. Et, suite aux propos de Guéant, Alain Minc, dans L’Express a tenu à répandre la bonne parole : réduire l’immigration légale, « c’est mésestimer (…) la logique d’une économie de marché ouverte à laquelle nous devons, nous ne le répéterons pas assez, une réussite incontestable ».
Mais en souhaitant réduire l’immigration de travail, Claude Guéant n’a fait que ressortir une vieille lune. En 2009, face à la crise, Nicolas Sarkozy tenait déjà le même discours. Il avait adressé une lettre de mission bien précise au ministre de l’Immigration d’alors Eric Besson. « Dans le contexte actuel de l’emploi et compte tenu d’un taux de chômage de 22,2% des étrangers non communautaires d’après l’INSEE, toute perspective d’une relance globale, massive et indifférenciée de l’immigration de travail doit être fermement écartée », écrivait-il. Une doctrine qui remet en cause le discours qu’il tenait en tant que candidat à l’Elysée et ministre de l’Intérieur.
Don Quichotte
Nous étions alors en 2006. Défendant son concept d’« immigration choisie », le futur chef de l’Etat prônait « une immigration de travail plutôt que familiale ». Des discours qui se sont traduits par la création des cartes « compétences et talents », carte de séjour de 3 ans (au lieu de 1 an) réservée aux travailleurs aux compétences spécifiques et aussi la mise en place d’accord bilatéraux définissant une liste de métiers pour chaque pays signataires.
Cinq ans après, ces mesures ont fait un flop. Selon les chiffres de l’Office français de l’Immigration et de l’Intégration, révélés par Le Parisien, si l’immigration pour motif économique provenant des pays hors UE a augmenté de 29,8% en cinq ans passant de 24 293 entrées en France en 2005 à 31 532 en 2010, elle reste largement inférieure à l’immigration pour motif familial qui a justifié 84 126 entrées sur le territoire en 2010. Les cartes « compétences et talents » ont elles aussi peu fonctionné. Lors de la première année d’application en 2007, 5 de ces cartes ont été délivrées, 183 en 2008, 364 en 2009. Sur les accords bilatéraux, seuls six ont été, pour l’instant, signés et ratifiés avec le Bénin, le Congo, le Gabon, l’île Maurice, le Sénégal, et la Tunisie.
Bref, Claude Guéant prétend pouvoir mener une politique de maîtrise de l’immigration que ce soit pour réduire ou sélectionner les flux alors qu’il n’a jamais su mettre en place les outils adéquats. Dans sa nouvelle croisade, le ministre de l’Intérieur tient donc plus de Don Quichotte que de Godefroy de Bouillon.
Tefy Andriamanana – Marianne
http://www.gaullisme.fr/2011/04/14/immigration-union-sacree-ps-medef-contre-gueant/
ISF: les gros patrimoines sont favorisés
15/04/2011 08:40 par rgrs
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ISF: les gros patrimoines sont favorisés
15/04/2011 08:40 par rgrs
En apparence, l’arbitrage rendu lundi après-midi par Nicolas Sarkozy ressemble à une nouvelle défaite du chef de l’Etat face à sa majorité. Après des mois de discussions avec l’UMP et les centristes, le chef d’Etat avait fini par accepter la suppression du bouclier fiscal, la première mesure de sa présidence, à condition de supprimer aussi l’impôt sur la fortune (ISF). En face, une grande partie de l’UMP réclamait, au nom du réalisme politique et économique, la suppression du bouclier fiscal mais le maintien de l’ISF.
Sur la forme, les membres de la majorité paraissent avoir finalement tout gagné. Le bouclier fiscal, la mesure emblématique de la présidence Sarkozy, va disparaître. La majorité n’aura plus à traîner comme un boulet ce dispositif considéré comme le symbole d’une présidence pour les riches. La restitution de 30 millions d’euros à Liliane Bettencourt, l’héritière de L’Oréal, avait été l’illustration caricaturale et scandaleuse de cette mesure injuste.
L’ISF, lui, est bien conservé. L’UMP ne souhaitait pas renouveler l’expérience désastreuse de 1986. La droite avait payé chèrement aux élections suivantes la disparition de cet impôt symbolique. Depuis, les élus de la droite n’osent plus décréter la mort de cet impôt, tout en ne cessant de le plafonner, d’en rogner toute la portée.
L’affichage politique est donc sauf. Au-delà, les décisions arrêtées par l’Elysée laissent apparaître la véritable trame : la réforme fiscale annoncée est en trompe-l’œil et se résume en un habile habillage politique. Elle vise, malgré les apparences, à favoriser les grandes fortunes. Car si l’ISF est conservé, tout son caractère d’impôt progressif est en effet annulé.
Le mécanisme choisi s’apparente à une sorte de flat tax – l’impôt qui avait provoqué la chute de Margaret Thatcher – sur la fortune. De cinq tranches jusqu’alors – allant de 0,55% pour les patrimoines compris entre 750.000 et 1,29 million d’euros à 1,65% pour les patrimoines compris entre 7,6 millions et 16,5 millions d’euros –, il n’en comptera plus que deux : 0,25% pour les patrimoines de 1,3 à 3 millions d’euros et 0,55% pour les fortunes au-delà de 3 millions d’euros.
Dès l’annonce de ces choix, le gouvernement n’a pas manqué de souligner que cette réforme de l’ISF, commençant à l’avenir à partir de 1,3 million d’euros, allait se traduire par l’exonération de 500.000 foyers imposés ou en passe de l’être, en raison de l’explosion des prix de l’immobilier. Le mythe des petits propriétaires de l’île de Ré a encore frappé.
Les rentrées de l’ISF diminuées de 40%
Dans les faits, ce sont surtout les grandes fortunes qui vont être préservées. Car la création de deux tranches seulement les avantage mécaniquement, d’autant que le taux a considérablement été abaissé : de 1,65% à 0,55%. L’allègement de l’impôt sur un patrimoine de 16,5 millions d’euros (déductions faites de toutes les exonérations qui semblent être maintenues) représente 189.750 euros. Ce que le Trésor public leur restituait hier par le dispositif du bouclier fiscal, il va éviter de le leur prélever – au moins partiellement – demain!
Le poids de cette réforme sur le patrimoine risque d’être élevé pour les finances publiques, déjà bien mal en point. En dépit des économies liées à la suppression du bouclier fiscal (800 millions en 2010), le gouvernement estime le coût de la nouvelle version de l’ISF à 900 millions d’euros. En clair, l’ISF qui rapportait pas loin de 4 milliards va être diminué de plus de 40% et rapportera autour de 2,3 milliards d’euros.
Pour compenser ces pertes fiscales, le gouvernement prévoit d’imposer les exilés fiscaux et les non-résidents, en créant une «exit tax», qui serait payée sur les plus-values réalisées lors du transfert des biens hors de France. Les droits de succession seraient augmentés de 5 points pour les patrimoines dépassant 4 millions d’euros. Enfin, les donations ne pourraient être faites que tous les dix ans au lieu de six actuellement. En revanche, il a exclu toute création d’une nouvelle tranche de l’impôt sur le revenu, au-delà de 45%. Cette décision est tout sauf une surprise. Le sujet des déficits peut attendre. Et il n’est pas question de le traiter en invoquant la justice et la solidarité.
Par Martine Orange
http://www.gaullisme.fr/2011/04/14/isf-les-gros-patrimoines-sont-favorises/
Daniel Garrigue abandonne République Solidaire
15/04/2011 08:36 par rgrs
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Daniel Garrigue abandonne République Solidaire
15/04/2011 08:36 par rgrs
Le député de Bergerac a démissionné mardi de sa fonction de porte-parole de République Solidaire, dénonçant pêle-mêle l'absence de collégialité dans l'élaboration du projet du mouvement, le manque d'implication de Dominique de Villepin auprès des militants et l'esprit de cour qui règne autour de lui.
Le député de Bergerac Daniel Garrigue claque la porte du parti de Dominique De Villepin
Mardi, il a adressé une lettre de rupture à Dominique de Villepin, qui présentait jeudi son « projet » à Paris.
Encore un divorce ? « On a le droit d'avoir une exigence politique », répond Daniel Garrigue dans un entretien à paraître demain dans « Sud Ouest ». Il a donné sa démission du poste de porte-parole du mouvement de Dominique de Villepin, et précisé qu'il ne renouvellera pas sa cotisation. Le député de Bergerac a choisi de claquer la porte, pour n'avoir pas assez été consulté dans l'élaboration du projet pour la France, présenté ce matin par l'ancien Premier ministre.
« Dominique de Villepin a mené ça à sa guise. » Daniel Garrigue a notamment tiqué devant la proposition phare de Villepin, un « revenu citoyen ». « Cela me semble plus tenir de l'assistance que d'une vraie politique d'insertion », explique Daniel Garrigue. Il a aussi été « déçu » de voir Villepin ne pas s'impliquer auprès de ses nouveaux militants « qui ont besoin de confronter des idées, de trouver des positions communes ».
« De Villepin doit faire un choix : soit c'est une aventure personnelle, avec quelques inconditionnels près à applaudir dès qu'il fait un geste ; soit c'est l'incarnation d'une alternative politique, et alors, il faut discuter avec les gens qui le soutiennent. » Plus localement, Daniel Garrigue, qui vient de gagner les élections cantonales sur Bergerac face au maire, rappelle qu'il ne s'était pas présenté avec l'étiquette de République Solidaire
Source: Sud Ouest (14 avril 2011)
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Garrigue : "Villepin doit sérieusement se remettre en question"
Dominique de Villepin a vu l'un de ses rares soutiens parlementaires le quitter le jour de l'annonce de son projet. Le député Daniel Garrigue explique à Nouvelobs.com pourquoi il a claqué la porte de République solidaire.
Pourquoi avez-vous décidé de quitter "République solidaire" ?
Il n'y a pas eu de possibilité de débat sur le projet et je me suis retrouvé en porte-à-faux sur plusieurs propositions. Une principalement : le revenu citoyen garanti de 850 euros. On a été plusieurs à émettre des réserves dès le départ. Cette proposition va trop dans le sens de l’assistanat et sont coût est trop élevé dans le contexte de déficit actuel.
Dominique de Villepin n'a rien voulu entendre ?
Je lui ai plusieurs fois demandé qu'on ait des discussions là-dessus, hier encore mercredi, ndlr. Mais il a refusé, me disant qu'il allait continuer à défendre cette idée.
Il fonctionne comme il fonctionnait à l'Elysée ou à Matignon : par notes, sans discussions. Il n'a pas compris qu'en lançant un parti politique, il fallait aussi lancer un débat d'idées au sein du parti.
Lui avez-vous directement reproché cette méthode ?
Je lui en ai encore parlé hier au téléphone. Il m'a dit que ça avait toujours fonctionné comme ça au RPR et à l'UMP. Je lui ai répondu que si j'avais quitté l'UMP, c'était précisément en raison de l'absence de débat.
Comment vous expliquez-vous son mode de fonctionnement ?
Il est dans une démarche personnelle. Dominique de Villepin a des qualités considérables, mais la conduite d'un mouvement politique, c'est autre chose. Une alternative politique, ça se construit avec les gens qui vous entourent.
Il n'a pas l'expérience de l'élection, mais il pourrait au moins avoir une idée de ce qu'est une formation politique. S'il veut continuer, il doit sérieusement se remettre en question.
Ce jeudi matin, lors de la présentation du projet, son entourage justifiait votre absence en expliquant que vous étiez retenu à l'Assemblée nationale...
Non, non ! J'ai prévenu Dominique de Villepin hier de mon départ. Il a essayé de me retenir, mais il ne m'a rien proposé sur le fond. C'est une décision qui est venue progressivement, mais mon malaise devenait de plus en plus profond.
D'aucuns vont voir dans votre démission la main de l'Elysée, comme pour l'ancienne porte-parole de République solidaire, Marie-Anne Montchamp, entrée au gouvernement en novembre...
Il n'y a qu'à lire ma lettre de démission de l'UMP en 2008 ou mes interventions à l'Assemblée nationale pour se rendre compte que c'est impossible. Si certains s'amusent à ça, ce sont vraiment des plaisantins !
Source: Propos recueillis par Julien Martin (Nouvel Obs)
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Le porte-parole du parti de Dominique de Villepin démissionne
Daniel Garrigue, porte-parole de "République solidaire", a annoncé jeudi qu'il démissionnait de ses fonctions et du mouvement en regrettant un manque de concertation sur le projet de Dominique de Villepin pour 2012 dont il conteste la mesure phare, "un revenu citoyen".
"J'ai annoncé que je démissionnais de mes fonctions de porte-parole et que je ne renouvellerai pas ma cotisation à République solidaire", a expliqué à l'AFP le député de Dordogne.
"Ce qui m'a amené à prendre cette décision, c'est les conditions dans lesquelles Dominique de Villepin a préparé le projet qu'il a présenté aujourd'hui", a-t-il précisé.
Sur la proposition phare de ce projet, "le revenu citoyen", nous sommes plusieurs à lui avoir dit, dès le départ, que nous étions très réservés. A la fois parce qu'on risque d'aller vers de l'assistance plus que vers de l'insertion. Et puis, le coût de cette mesure de 30 Mds d'euros nous paraît exorbitant au regard du déficit que la France connaît aujourd'hui", a-t-il expliqué.
"Je lui ai demandé à plusieurs reprises ces trois dernières semaines d'avoir une discussion approfondie à ce sujet. Malheureusement, cela n'a pas été possible", a-t-il regretté en soulignant la difficulté pour un porte-parole de cautionner une mesure qu'il n'approuve pas.
La mesure phare du projet consiste a instaurer un "revenu citoyen" de 850 euros par mois ouvert aux plus de 18 ans n'ayant aucune ressource et d'une manière dégressive, à tous ceux qui gagnent moins de 1.500 euros.
"A cela s'ajoute la question du vote obligatoire. Sur la dimension européenne aussi, l'idée d'avoir uniquement une structure permanente franco-allemande me parait une approche un peu simplificatrice des enjeux européens", a-t-il ajouté.
"Je regrette que sur ces dispositions qui posent de vraies questions de fond, il n'y ait pas eu la possibilité d'en débattre. Et, cela je ne peux pas l'accepter", dit-il.
"Il faut que Dominique de Villepin dise clairement les choses: Ou bien il cherche une aventure individuelle avec quelques inconditionnels qui, quoi qu'il fasse ou dise seront toujours à ses côtés, ou bien, il veut vraiment construire une alternative politique et cela suppose qu'il en débatte avec ceux qui l'ont rejoint", a-t-il conclu.
Daniel Garrigue est le deuxième porte-parole de République solidaire a démissionner après Marie-Anne Montchamp qui a rejoint en novembre le gouvernement de François Fillon en tant que secrétaire d'État auprès de la ministre des Solidarités et de la Cohésion sociale.
Source: Public Sénat
http://2villepin.free.fr/index.php/2011/04/14/1873-daniel-garrigue-abandonne-republique-solidaire
La politique de l'autruche du Parti socialiste sur l'euro
15/04/2011 08:29 par rgrs
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La politique de l'autruche du Parti socialiste sur l'euro
15/04/2011 08:29 par rgrs
Tribune de Julien Landfried, secrétaire national du Mouvement Républicain et Citoyen,
Comment expliquer que l'euro ne soit véritablement évoqué ni dans les trente principales propositions du Parti socialiste pour 2012 ("Priorités 2012"), ni dans son document principal de 50 pages ("Le changement") distribué à la presse ? Il faut se rendre sur son site Internet et se reporter au document intégral de 75 pages du projet pour trouver la trace d'une modeste réflexion sur la gestion de la zone euro. La crise n'y a rien fait : le projet du PS est plus timide que celui de sa candidate de 2007, qui proposait de revenir sur les statuts de la Banque centrale européenne (BCE).
La question de la réorientation de la zone euro (ou, plan B, de sa sortie) est pourtant la question politique cardinale qui se pose dès maintenant et se posera au prochain président de la République française.
La zone euro a en effet produit des performances économiques inférieures aux prévisions, mais aussi aux performances des autres blocs continentaux. Le taux de change de l'euro par rapport au dollar et au yuan est insoutenable pour la majorité des pays de la zone, à l'exception de l'Allemagne, des Pays-Bas et de l'Italie du Nord. Les économies, loin de converger, se sont spécialisées, comme il était prévisible. L'Allemagne a profité à plein de la monnaie unique pour devenir le cœur industriel et technologique de l'Europe. Au contraire, les pays périphérique de la zone euro, en particulier son versant sud (Espagne, Portugal, Grèce), loin de développer une solide économie nationale, ont été victimes de bulles spéculatives, notamment dans le secteur de l'immobilier. On peut désormais schématiser ainsi la géographie politique et économique de l'Europe : un centre de production industrielle (l'Allemagne pour l'essentiel) ; une périphérie faisant office de centre de consommation (le sud de la zone), tirée par le crédit, les subventions européennes et des salaires déconnectés de toute base industrielle. La France, dont la situation est intermédiaire, est prise en étau entre un euro cher, la concurrence des pays émergents et la politique non coopérative de l'Allemagne.
Cette dernière a en effet pu accumuler des excédents commerciaux considérables sur les autres pays de la zone (les deux tiers de son excédent total). Elle a délibérément mené à partir du début des années 2000 une politique économique de restriction de sa demande intérieure (réduction des droits sociaux des salariés et des chômeurs, précarité encouragée avec les "zwei euro jobs", augmentation de la TVA) qui est venue s'ajouter à son avantage technologique structurel.
Aujourd'hui, le "pacte de compétitivité" dicté sous la pression d'Angela Merkel, acté par Nicolas Sarkozy et peu critiqué par les sociaux-démocrates de part et d'autre du Rhin, renforce encore les orientations dépressionnistes de la zone euro, au moment même où un quart des Etats membres sont maintenus artificiellement sous tente à oxygène (Grèce, Irlande, Portugal, et bientôt sans doute l'Espagne).
Dans son fonctionnement actuel, la zone euro agit ainsi comme un accélérateur de la destruction de l'appareil industriel français et de la baisse des salaires pour les classes moyennes et populaires.
DEUX SCÉNARIOS
Voilà pourquoi, à l'heure actuelle, et étant donné le niveau de décomposition de la zone euro, un candidat de gauche digne de ce nom devrait prendre à bras le corps cette question et proposer deux scénarios articulant diplomatie et politique économique.
Dans le premier, le gouvernement français issu des urnes en 2012 engagerait une discussion capitale avec le gouvernement allemand autour de trois points prioritaires : une politique monétaire plus dynamique par l'inclusion des objectifs de croissance et d'emploi dans les statuts de la Banque centrale européenne ; un euro "faible" par une politique de change fixant l'objectif d'une parité stricte entre l'euro et le dollar ; enfin le rachat d'une partie de la dette publique des pays de la zone (au sud en particulier) par la BCE. Il faudrait également espérer une victoire de la gauche aux élections législatives allemandes en 2013. Un "intérêt général européen" bien compris devrait pouvoir faire admettre au SPD que l'avenir du salariat européen, allemand compris, ne peut pas se résumer à une dégradation continue des salaires et des conditions de travail. Ce pari suppose que l'Allemagne réalise enfin un aggiornamento de sa politique économique, car elle serait appelée à relancer sa demande salariale pour soulager le reste de la zone. Ce scénario permettrait d'amorcer une réindustrialisation de l'économie française, une réduction des divergences internes à la zone euro et de mettre un coup d'arrêt à la déflation salariale.
Si ce premier scénario s'avérait impossible à mener à bien, alors le plus probable serait un éclatement de la zone euro, les pays du Sud (Grèce, Portugal, Espagne, voire Italie) recouvrant leur liberté monétaire et usant de dévaluations compétitives. L'intérêt de la France serait alors de ne pas se retrouver asphyxiée entre un euro-mark surévalué pour son économie et une Europe du sud redevenue plus compétitive. Une telle configuration sonnerait la fin de l'industrie française et réduirait à néant nos capacités de développement technologique pour le futur. Il nous faudrait donc reprendre notre liberté monétaire, avec une Banque de France soumise au pouvoir politique, un franc dont le cours serait adapté aux besoins de notre économie et un système monétaire européen (re)formé.
Seules une vision lucide et une solide préparation permettront à la gauche de faire face au problème économique central que constitue l'euro cher. L'histoire, et peut-être d'abord l'histoire électorale, sera cruelle pour ceux qui préfèreront la politique de l'autruche à la politique tout court. Il est encore temps pour les socialistes de s'en aviser et de mettre la gauche à la hauteur de ses responsabilités.
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source : LeMonde.fr
Libye : "pensée complexe" contre "pensée-réflexe"
15/04/2011 08:20 par rgrs
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Libye : "pensée complexe" contre "pensée-réflexe"
15/04/2011 08:20 par rgrs
Les tiraillements commencent à pénaliser l’action de la coalition engagée en Libye. Pour essayer d’y mettre un terme, l’OTAN, qui assure le commandement militaire de l’opération Aube de l’Odysée, devait se réunir jeudi 14 avril à Berlin.
Ses membres ont du pain sur la planche, tant les sujets d’incertitudes sont nombreux. A la crainte, légitime, de l’enlisement, s’ajoute la nécessité de clarifier les objectifs d’une opération déclenchée dans l’urgence, sans que la question des fins n’ait été clairement tranchée. S’agissait-il seulement, de protéger les civils ? Peut-on « gagner » cette guerre sans déployer de troupes au sol, chose que la résolution 1973 interdit ? Et que signifie « gagner » la guerre de Libye ? Demeurons-nous dans une logique d’appui aux insurgés, telle qu’annoncée ? Saurons-nous nous satisfaire d’une sortie de crise négociée, avec l’un ou l’autre des caciques du régime ? Ou, en bons Occidentaux toujours prompts à imposer la démocratie par le glaive, sommes nous, comme à notre habitude, dans une optique de « regime change », supposant la chute de Kadhafi, comme nous venons d’obtenir celle de Gbagbo en Côte d’Ivoire ?
C’est cette dernière hypothèse que soupçonnent les sceptiques de la première heure, ceux qui, non interventionnistes par principe voient dans toute action de force menée par « les Occidentaux » le signe d’une rémanence du messianisme néo-con, et l’expression cynique d’un crypto-colonialisme atavique. Pour ces derniers, l’intervention en Libye n’est qu’une synthèse de tous les « monstres » que peut générer l’association mortifère des « bons sentiments » avec la recherche crue de vils intérêts. Ainsi, Kadhafi est-il perçu comme un nouveau Saddam, et cette guerre comme un « policy mix » entre celle d’Irak en 2003, et celle qui conduisit aux bombardements de la Serbie par l’OTAN en 1999. La présence de BHL aux commandes de la machine médiatique lors de la décision d’entrée en guerre leur sert d’ailleurs de preuve tangible.
Pour ces pacifistes d’un nouveau genre, il est inimaginable que « les Occidentaux » (pour lesquels l’essentialisme est autorisé) puissent avoir intelligemment combiné la recherche de leurs intérêts de puissances avec la sincérité d’un devoir moral de protection. Il est inimaginable également que Bernard-Henri Lévy, qui s’est par ailleurs presque toujours trompé, puisse cette fois avoir raison. Les choses sont immuables, et ce qui fut sera, puisque « Sarkozy est cynique », et que « BHL est droit-de-l’hommiste ».
On ne contestera certes par que l’entrée en scène, aux prémisses de cette affaire, d’un intellectuel médiatique, en lieu et place du ministre des Affaires Etrangères nouvellement nommé, était d’un goût douteux. Ce que l’on peut contester, en revanche, c’est cette myopie des adeptes de la « pensée réflexe », qui choisissent d’être « contres » aujourd’hui parce qu’il étaient « contres » hier, sans accepter cette évidence : aucune situation n’est identique à la précédente. Et si l’on peut éclairer le présent à l’aune des évènements passés, il est en revanche absurde que considérer l’histoire comme un éternel recommencement.
Car la Libye n’est pas l’Irak, et Kadhafi n’est pas Saddam. L’Irak a été envahi à la hussarde par les anglo-américains arguant d’un mensonge quant à l’existence d’armes de destruction massives. Ils le firent par ailleurs sur un mode messianique, supposant que la « démocratisation par le haut » de l’Irak serait la première pierre à la démocratisation en cascade de tout le Moyen-Orient. Les évènements de Libye résultent bien d’un « effet domino », mais ce sont les exemples réussis de révoltes populaires en Tunisie et en Égypte qui en furent le déclencheur. Aucune intervention extérieure cette fois, mais un soulèvement interne, fruit de la détermination du peuple libyen. Ce sont bien les insurgés qui ont choisi les fins (la chute de Kadhafi), l’OTAN n’apportant pour sa part que des moyens.
Par ailleurs, ces moyens n’ont été mis en œuvre qu’alors que la révolte libyenne était sur le point d’être écrasée par un chef d’Etat ayant proféré des menaces d’une rare violence à l’endroit de son propre peuple, promettant un « bain de sang ».
Enfin, le cadre légal n’est pas comparable à celui de la guerre en Irak. L’entrée en guerre des Franco-Anglais en Libye s’est faite sur la base d’une résolution du Conseil de sécurité des Nations Unies, à laquelle même la Chine et la Russie n’ont pas opposé de veto. Quant à la Ligue Arabe, elle était à la fois consentante et demandeuse, quels qu'aient pu être par la suite les atermoiements d’un Amr Moussa soucieux de son image alors qu’il compte briguer prochainement la présidence de Égypte.
Les pourfendeurs systématiques de la non-ingérence moquent les guerres faites au nom des sentiments. Ils se font les hérauts de la realpolitik, qui ne devrait tenir compte que d’une chose : l’inviolable souveraineté des Etats. Ils convoquent le souvenir de l’ex-Yougoslavie et nous rappellent combien l’on se trompa, en imaginant que la Seconde guerre mondiale était vouée à se rejouer sans cesse, en assimilant Milosevic à Hitler, les bosniaques à des résistants, et en voulant s’épargner à tout prix d’être de nouveaux « munichois ».
Ce faisant, ces phobiques de la « moraline » et du « droit-de-l’hommisme » se muent eux même en exégètes myopes de l’Histoire. A leur tour, ils soupçonnent le néo-conservatisme et l’occidentalisme de déterminer chaque décision. A contretemps, ils voient l’esprit du « bushisme » à l’œuvre partout, et tous les dictateurs sont pour eux des Saddam. Ainsi deviennent-ils aussi anachroniques que ceux qu’ils se sont toujours fait un devoir de combattre.
Elisabeth Lévy et Gil Mihaely écrivent avec raison: « rien n’est plus déprimant que les positions prédéterminées, les automatismes de pensée érigés en principes, les analyses imperméables à la complexité du réel ». Cela est aussi vrai pour ceux qui dénoncent Munich tout le temps que pour ceux qui voient l’Irak partout. Car la « pensée-réflexe » n’épargne ni les tenants sirupeux de « l’empire du Bien », ni les « realpolitciens » autoproclamés, les anticonformistes structurels, et les « jamais d’accord » pavloviens. Contre elle, efforçons nous de « penser complexe ».
Coralie Delaume
La prostitution viole t-elle la constitution ?
15/04/2011 08:16 par rgrs
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La prostitution viole t-elle la constitution ?
15/04/2011 08:16 par rgrs
Jacques et Bernard viennent tous les deux de fêter leurs soixante-deux ans. Ils ne se connaissent pas. Entre eux, quelques points communs et quelques différences.
Jacques et Bernard sont mariés tous les deux depuis une grosse trentaine d’années. Leurs épouses, sexagénaires elles-aussi, ne pratiquent plus beaucoup la bagatelle. La première, parce que c’est Jacques qui ne la touche plus depuis une douzaine d’années, la seconde, parce qu’elle se refuse à Bernard depuis cinq ou six ans estimant, à tort, avoir dépassé la date de péremption.
Jacques vit à Paris pour son travail la semaine et rentre chaque fin de semaine dans sa bourgade provinciale. Bernard, en revanche, retraité après avoir passé la case pré-retraite, vit dans un pavillon de banlieue dans le Val d’Oise.
Jacques a un secret. Depuis quinze ans, il mène une double-vie. Successivement, Tatiana, Corinne et Ursula, étudiantes en… sciences humaines, ont partagé avec lui les quatre soirées et nuits qu’il passe chaque semaine dans la capitale. Avec Ursula, vingt-et-un ans, cela dure depuis trois ans. Il lui paye un appartement. Il lui donne aussi de l’argent de poche, beaucoup d’argent de poche. Accessoirement, son titre de séjour est renouvelé sans aucun problème grâce aux excellentes relations de Jacques. Ursula n’est pas une ingrate. Si elle a des petits amis pendant les absences de son bienfaiteur en fin de semaine, elle fait preuve d’une grande énergie, d’une énorme générosité et d’une certaine imagination dans des longues séances que le coeur de Jacques arrive encore à supporter.
Bernard, chaque jeudi après-midi, part en RER vers la capitale. Depuis de longues années, il voit Géraldine. Géraldine a trente-huit ans et elle est divorcée. Elle a un boulot à mi-temps de caissière dans une superette du Val-de-Marne, insuffisant pour faire vivre ses quatre enfants. Alors, avec son vieux monospace d’occasion, dont elle rabat les sièges deux fois par semaine, elle voit quelques habitués au bois de Boulogne. Bernard en fait partie. Elle leur prend entre cinquante et deux cents euros selon les cas. Elle fixe le prix en fonction du dégoût que lui inspire le monsieur et, bien entendu, des prestations gratifiées.
Jacques, en fait, est député. Et je me pose une question. Fait-il partie de la commission qui préconise de transformer Bernard en délinquant parce qu’il va voir Géraldine chaque jeudi ? Votera t-il cette loi de pénalisation des clients de prostituées sans s’interroger sur la nature de sa relation avec Ursula ?
Evidemment, Jacques et Bernard constituent des personnages totalement fictifs. Mais ils permettent tout de même de se poser de bonnes questions. De très bonnes questions.
David Desgouilles
http://blog.causeur.fr/antidote/la-prostitution-viole-t-elle-la-constitution,002052
Les propositions de Dominique De Villepin
15/04/2011 08:13 par rgrs
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Les propositions de Dominique De Villepin
15/04/2011 08:13 par rgrs
Hier nous avons parlé de la pléthore de candidats qui se présentent pour les prochaines élections et cela à l'occasion de l'annonce de la candidature de Nicolas Hulot. Il se trouve qu'aujourd'hui ont été annoncées les propositions politiques et économiques de Dominique De Villepin. On ne sait toujours pas par contre s'il sera candidat il doit attendre le dernier moment pour voir si son score éventuel estimé par les sondeurs se sera pas trop ridicule. Comme pratiquement tous les candidats, DDV se présente en rupture avec la France actuelle, il appelle à une refondation politique et sociale. Il est vrai qu'un candidat se présentant avec comme programme unique l'austérité la misère et la stagnation aurait probablement peu de chance de percer... Mais ce n'est bien évidemment pas sur les intentions affichées qu'il nous faut juger les propositions de DDV et bien plus sur les outils qu'il compte utilisé pour atteindre les objectifs qu'il se donne. Malheureusement comme pour les écologistes c'est là que ça coince, même si quelques propositions sont évidemment intéressantes.
DDV et ses propositions vont comme toujours se heurter au contexte des contraintes européennes qui sont en fait au cœur du problème français même si certains pensent passer outre nos différents accords internationaux sans pour autant franchir le rubicond par la sortie pure et simple de l'UE et de la zone euro. Mais bien évidemment, en bon libéral qu'il est, le pauvre DDV ne risque pas de sortir dans sentiers battus. D'autant qu'il reste dans le cadre de la doxa traditionnelle sur la question de la dette publique qu'il faudrait remboursée par des moyens conventionnels selon lui. Il est pourtant assez facile de voir qu'il est physiquement impossible de rembourser la dette publique à son niveau actuel avec un tel procédé, à moins de conduire le pays à la faillite pure et simple. Mais oublions cette question et intéressons-nous aux propositions concrètes de DDV et de son parti République solidaire.
Critique des propositions point par point
1-Un revenu citoyen garanti de 850 euros
J'en ai longuement parlé dans un texte consacré récemment à la notion de revenu citoyen. Il s'agit d'une idée libertarienne à l'origine et qui n'avait pour but la dignité ou l'égalité, mais le bon fonctionnement du marché par l'équilibrage de rapports de force entre patrons et salariés. L'origine de cette proposition ne la disqualifie pas pour autant, elle peut être dans le cadre d'une société fortement individualiste, où les liens sociaux et les syndicats sont faibles, un moyen par lequel effectivement on offre un mécanisme efficace de régulation sur les salaires. Le gros problème c'est que cette proposition n'aura pas les effets escomptés dans un cadre de libre-échange intégral et de monnaie surévaluée. Cette proposition de DDV ne pourra produire dans ce cadre qu'une nouvelle aggravation du déficit commercial français déjà passablement élevé. En effet, une telle politique aurait pour conséquence une augmentation de la demande, mais sans que pour autant le pays ne produise une amélioration de sa compétitivité commerciale, terme qu'affectionne pourtant DDV qui le répète sans cesse.
C'est d'autant plus grave que DDV ne propose rien de réellement efficient pour améliorer les comptes extérieurs de la nation. À croire qu'il s'agit d'un problème secondaire alors que cela traduit une désindustrialisation grave et que cela produit une fuite de la masse monétaire ce qui produit la basse croissance que nous connaissons depuis tant d'années. Si la mesure était accompagnée de politiques protectionnistes ou d'une proposition de dévaluation, elle serait nettement plus crédible. Il n'y a pourtant dans les propositions de DDV que la taxe TVA 3E qui est une forme de protectionnisme beaucoup trop timide pour être à la mesure du problème. Pour faire une analogie médicale, la France a une hémorragie de sa masse monétaire, ce qui fait baisser sa tension, la monnaie jouant dans l'économie le même rôle que le sang dans le corps humain. Pour éviter la mort, il faut bien évidemment une tension à un certain niveau . Pour faire faire revenir le niveau de la tension à la normale, pour qu’il y est plein emploi et croissance, il faut donc accroitre la quantité de sang pour la faire augmenter, mais avant cela il faut d'abord mettre fin à l'hémorragie sans quoi la transfusion ne servira à rien. Les propositions de DDV sont un moyen d'accroitre la tension dans l'économie française, mais elle ne peut pas soigner le malade tant que l'on ne s'attaque pas à la blessure qui produit l'hémorragie, à savoir les déficits commerciaux et la désindustrialisation. C'est valable également pour les politiques de monétisation de la dette publique ou pour les politiques d'émission de crédit productif par la création monétaire publique. Ces politiques aussi font monter la tension du corps, mais ne résolvent pas le problème de l'hémorragie. On le voit aux USA où ces politiques échouent malgré d'énormes injections de liquidité, car la monnaie va nourrir les exportations d'autres nations, la Chine et l'Allemagne en particulier.
2-Favoriser l'emploi des jeunes par la création d'un taux de jeunes en emploi, formation ou alternance.
Je n'aime pas du tout ce genre de politique qui consiste à segmenter la population en de multiples fragments les jeunes, les séniors, les immigrés, les handicapés, les femmes, les homosexuels, etc.. Ce genre de politique catégoriel nourrit le ressentiment et la jalousie entre les différentes strates de la société. Ces politiques participent donc à la communautarisation du pays que prétend pour combattre DDV. Elles cachent en plus souvent les inégalités intrinsèques aux strates visées qui ne sont pas si homogènes que semblent le croire ceux qui font ce genre de propositions. Il y a différentes sortes de jeunes par exemple, certains héritent, d'autres galèrent, et suivant leurs statuts sociaux respectifs, ils seront plus proches des vieux de leur propre catégorie sociale que des jeunes qui ont leur âge, mais pas leur niveau de vie. La seule fragmentation sociale qui est un sens est en fait celle des niveaux de vie, rien d'autre. De plus, ces politiques se résument souvent à ne faire que changer la place dans la file d'attente du chômage. Car le cœur du problème c'est le manque d'emploi global, tant qu'il n'y aura pas assez d'emploi pour tout le monde ces politiques d'aide catégorielles se traduiront en un immense jeu de chaises musicales. On ne guérit jamais une injustice en en fabriquant d'autres.
3-La création d'un «grand impôt citoyen, progressiste»
Cela fait longtemps que l'on parle de simplifier le système fiscal français qui s'est probablement trop complexifié avec le temps. Les impôts divers et variés s'accumulant en strate et, tels les sédiments, leur analyse peut nous faire remonter le temps et nous faire comprendre le contexte de l'époque où ils ont été créé. La proposition de DDV consiste à faire payer l'impôt à tout le monde avec un plafond limite fixé à 60% ce qui est quand même très bas pour les très hauts revenus comme limite supérieure. L'infâme communiste qu'était Roosvelt aux USA est allé jusqu'à taxer à 95% les très hauts revenus par exemple. Cette proposition semble également oublier, ou vouloir faire croire, que certaines populations en France ne payent pas d'impôts, c'est complètement faux. Même les SDF en France payent des impôts sous la forme de la TVA. Il n'y a que l'impôt sur le revenu et les diverses taxes locales ou d'habitation dont une partie de la population est exonérée. Vouloir étendre l'impôt à toute la population en sous-entendant qu'en fait une partie de la population en serait exonérée est donc particulièrement vicieux. Il s'agit là très probablement un discours qui vise une clientèle de type classe moyenne aisée « Celle qui en a mare de payer pour tous ces fainéants ». Au passage, je suis surpris que personne ne propose une TVA plus juste. En réalité, la TVA est un outil qui pourrait très bien agir pour mieux répartir les efforts en fonction des revenus. En effet, rien n'interdit de créer de nombreuses tranches TVA allant jusqu'à 90% du prix d'une marchandise pour des produits qui seraient très luxueux, et à 0% pour les produits de première nécessité.
4-Le vote obligatoire et la reconnaissance du vote blanc.
Première question à cette proposition comment va-t-on obliger les gens à aller voter? Si je suis pour la reconnaissance du vote blanc, par contre l'idée d'obliger les gens à voter me paraît incongrue. D'autant que le vrai problème de la démocratie française n'est pas une désaffection pour la chose politique contrairement à ce que peut laisser supposer cette proposition. La dernière présidentielle ou le référendum de 2005 avait attiré les foules et les débats. C'est la médiocrité des offres politiques et la disparition du choix, principalement à cause de la construction européenne et de ses contraintes, qui ont produit une désaffection pour les hommes politiques actuels. C'est une crise de la représentation et non une crise de la politique au sens large. Mais c'est vrai que pour un homme politique actuel qui a eu le pouvoir, il est plus facile d'accepter l'idée d'une dépolitisation de la population qui l'exonère de toute forme de responsabilité.
5- Une réduction du nombre de régions à 8 ou 10
Cette idée est présentée comme un moyen de rivaliser avec les autres grandes régions européennes. Quel drôle d'idée! Ce n'est pas très gaulliste d'ailleurs, car c'est plutôt une vision fédéraliste de la société. À moins que DDV ne veuille participer à la déconstruction de l'état français dans l'Europe par la conjugaison de grands pouvoirs octroyés aux régions ajoutées au rôle écrasant donné à Bruxelles et Francfort. DDV veut-il préparer l'élargissement du nouveau Saint-Empire germanique aux régions françaises? Vouloir décentralisé ce n'est pas une mauvaise chose en soi, mais faire des régions plus grosses n'est pas forcement la meilleure façon de faire. Des monnaies locales seraient des outils nettement plus efficaces pour y arriver, mais c'est un autre débat. De toute façon le vrai problème en France aujourd'hui ce n'est pas la faiblesse des régions celles-ci s'avèrent même puissante et gaspilleuses. Non, le vrai problème c'est l'impuissance de l'état central, dans ce cadre donner encore plus de pouvoir aux régions serait éminemment dangereux.
6-Sortir de l'Otan.
Voilà bien le seul point sur lequel je n'aurai aucune critique à faire, on voit bien là que DDV est gaulliste uniquement sur la question de la politique étrangère. À vrai dire, je ne sais absolument pas ce qui a poussé l'UMP et Nicolas Sarkozy à rejoindre une organisation qui aurait dû être dissoute dans les années 90 au lendemain de la fin de la guerre froide. L'OTAN est le vestige d'une autre époque et n'a plus aucune justification existentielle, si ce n'est se faire le bras armé de la puissante industrie militaire américaine. Cette organisation est d'autant plus anachronique qu'elle semble incapable de vraiment gagner les conflits dans lesquels elle s'engage. La professionnalisation de l'armée et l'orientation des matériels militaire vers la projection ont rendu les troupes de l'OTAN incapable d'agir sur le terrain. Car cette orientation vers une armée de projection a un coût, elle a réduit les possibilités de maintenir un nombre de troupes élevé à budget constant. Le résultat c'est que les armées occidentales n’ont pas assez de troupes ou de matériels en quantité. Sans parler du rendement décroissant qui touche le progrès technique en matière d'armement. Il est dommage que DDV n'aborde pas ce problème. Il y a une dernière question d'ailleurs que les hommes politiques devraient peut-être se poser en matière militaire. Est-il possible de créer ou de faire fonctionner des armées modernes sans pétrole? Ça, ce sera la vraie problématique du monde militaire des prochaines décennies. D'ailleurs DDV n'aborde absolument pas la question du pétrole c'est un autre mauvais point.
7-Une «TVA 3E» : emploi, environnement, exportations.
Pas de grandes précisions à ce sujet. Il est probable que DDV nous ressorte ici la fameuse TVA sociale qui est un outil protectionniste intéressant même si complètement insuffisant face au problème que produit l'euro sur notre économie. D'ailleurs DDV n'a absolument pas parlé des problèmes monétaires qui sont pourtant essentiels pour notre commerce extérieur. La dégradation économique de la France et de sa balance commerciale étant largement imputable à l'évolution de l'euro comme l'avais montré Jacques Sapir.
Conclusion
Dominique De Villepin essaie de faire croire que son programme est révolutionnaire. Sa mesure phare est certes intéressante, mais ne suffit pas à rendre son programme réellement révolutionnaire. Il n'a eu de cesse au début de se conférence de nous rappeler à quel point les hommes politiques sont actuellement privés des outils leurs permettant d'agir concrètement. Mais pour seule réponse à cette impuissance DDV nous propose une énième réforme constitutionnelle. Comme si la dépossession du pouvoir politique était liée uniquement aux institutions. La réalité est que la France a renoncé au pouvoir réel, elle ne possède plus de monnaie propre et n'a donc plus ni politique d'investissement public, ni politique monétaire commerciale. Elle a renoncé à contrôler ses frontières commerciales, humaines et fiscales en permettant aux marchandises, aux hommes et aux capitaux de circuler librement grâce à l'Europe, ce qui rend impossible toute régulation en ces domaines. Et enfin, elle a renoncé à ses choix militaires en rejoignant l'OTAN. DDV ne nous rend qu'une seule liberté dans son programme, c'est la liberté militaire, sur toutes les autres il ne propose rien. On peut donc à l'écoute de ce programme se poser une question: A quoi sert vraiment la candidature de Dominique De Villepin? N'est-ce pas justement une simple affaire de querelle interpersonnelle qui le pousse à éventuellement se présenter à l'élection? N'use-t-il pas des mêmes procédés qu'il critique pourtant si fortement chez ces confrères, démagogie et clientélisme électoral?
Yann
Conférence de presse de Dominique de Villepin au... par publicsenat
Les propositions de DDV sur Le figaro Les echos Le parisien liberation
http://lebondosage.over-blog.fr/article-les-propositions-de-dominique-de-villepin-71724290.html