Les deux familles de l’ordo-souverainisme*
11/04/2011 09:39 par rgrs
Une partie de la classe politique, des médias, et même de ses sympathisants pratiquent l’amalgame entre les souverainistes. Pourtant, il y a des différences fondamentales entre deux grands courants.
Ordo-souverainisme et libertaro-mondialisme
Le terme « souverainiste » n’est pas sans poser de gros problèmes dans l’analyse de l’offre politique. En effet, il recouvre des personnes complètement différentes. Il est autant applicable au régime communiste de la Corée du Nord qu’aux conservateurs ultralibéraux de Grande-Bretagne. En fait, il n’est qu’une composante des idées politiques d’un courant et ne saurait être le seul adjectif utilisé pour l’analyser, à moins de réaliser une étude très superficielle du courant concerné.
Malgré tout, l’opposition souverainiste / mondialiste a un sens aujourd’hui. Aujourd’hui, le PS, l’UMP, le Modem et les Verts (et dans une certaine mesure le PG et le NPA) sont clairement des mondialistes, qui ne voient plus dans le cadre national le cadre naturel de l’exercice du pouvoir, qu’ils préfèrent faire glisser dans des cénacles supranationaux. Au global, les mondialistes sont en général plutôt libéraux alors que les souverainistes sont plus sensibles à l’ordre.
Comme le souligne Frédéric Lordon : « en appeler à un gouvernement mondial est le plus sûr moyen d’avoir la paix, à savoir pas de gouvernement du tout ». En effet, la libéralisation conduit à la mondialisation, qui, elle-même favorise la libéralisation. En fait, toutes deux organisent l’absence de prise des gouvernements sur le réel. Au contraire, les ordo-souverainistes pensent que le maintien du cadre national est essentiel pour la démocratie et que les peuples gardent leur destin en main.
J’ai adopté le terme « libertaro » plutôt que « liberalo » car il y a un profond refus des règles, des entraves à la circulation des biens, des personnes et des capitaux de la part des mondialistes, qui me semble davantage relever du libertarisme que du libéralisme (ce qui permet d’y intégrer la gauche de la gauche). Naturellement, il y a plusieurs tendances : sociaux, libéraux, interventionnistes ou identitaires. Mais les deux derniers feignent d’ignorer la contradiction avec leur mondialisme…
Les deux ordo-souverainismes : identitaires contre progressistes
Dès lors, on pourrait conclure que le clivage qui compte est bien celui entre les libertaro-mondialistes et les ordo-souverainistes. Mais cette deuxième famille est profondément coupée en deux, comme me l’ont montré plusieurs discussions récentes. En effet, le retour à la nation et à un certain ordre (autant économique que social) n’ont pas du tout les mêmes motivations pour les deux familles de l’ordo-souverainisme, les identitaires et les progressistes.
En effet, il suffit de discuter un peu longuement avec des militants de ces deux familles pour distinguer une profonde fracture entre les deux. Les ordo-souverainistes identitaires sont principalement motivés par la protection de leur identité, qui serait menacée par des flux d’immigrés aux cultures différentes. Cette prédominance des questions identitaires explique qu’ils réunissent à la fois des libéraux et des dirigistes sur les questions économiques. En France, ils sont dans un réduit limité.
A l’inverse, les ordo-souverainistes progressistes sont motivés par les questions économiques et sociales. Ils voient dans la mondialisation néolibérale la cause d’une explosion des inégalités, du chômage de masse, d’une nouvelle forme d’exploitation des masses et d’un affaissement de certaines valeurs. Parce qu’ils sont attachés à la nation, les ordo-souverainistes progressistes sont aussi attentifs aux questions d’identité, mais pas de la manière volontiers xénophobes des identitaires.
On reconnaîtra dans les identitaires le FN et le MPF et dans les progressistes DLR et le MRC. Cela explique aussi la séparation (a priori surprenante) entre MPF et DLR, qui peuvent sembler proches à un œil non averti. On peut voir dans l’évolution du discours de Marine Le Pen un souci de s’adresser à ces deux tendances, ce qui est logique étant donnés la sociologie de son électorat et le potentiel beaucoup plus limité de l’identitaire. Mais les racines du FN sont identitaires.
La distinction entre les ordo-souverainistes identitaires et progressistes n’est pas une simple figure de style. Quelques discussions avec les membres des deux familles l’éclaire formidablement bien. En un sens, on y retrouve l’opposition de toujours entre l’extrême-droite et le gaullisme, entre le nationalisme et le patriotisme.
Laurent Pinsolle
Après des semaines de polémiques, le débat voulu par le Président et organisé par Copé sur la laïcité a eu lieu mardi dernier. L’UMP en a donc débattu en présence d’un gros tiers du gouvernement et surtout, en présence du Tout-Paris médiatique qui y attendait un nouveau « dérapage ». Mais, comme on pouvait s’y attendre, de dérapage, il n’y en a pas eu pour une seule et bonne raison, c’est que l’UMP s’est couché sur la laïcité face à la pression médiatique.
En effet, après tout ce que nous avons entendu sur la nécessité d’un tel débat, on pouvait s’attendre à ce que l’UMP prenne des positions fortes sur le respect et la défense de la laïcité, pilier de notre République, des positions qui heurteraient la bien-pensance médiatique et seraient donc comme telles, qualifiées de « dérapages ». On peut même dire que le fait d’être qualifiée de dérapage est un gage de proposition réellement républicaine. Mais non, l’UMP a produit un texte que SOS Racisme, LICRA et le CRAN pourraient signer à deux mains. Un texte qui, à le regarder de plus près, est un véritable recul pour la laïcité républicaine au profit de la très sarkozyste laïcité positive.
Après un rappel à la loi et un éloge des décisions prises antérieurement par l’UMP, le texte attaque fort, avec 3 propositions visant à rappeler l’attachement au principe, faire un recueil de tous les textes existants et créer un code de la laïcité. Cela peut avoir son utilité pratique mais on ne voit pas l’utilité de débattre pour arriver à un rappel à la loi ! La suite du document continue dans la même veine entre rappel à la loi et propositions visant à s’assurer que la loi soit appliquée et autres actions de pédagogie. Toutes ces propositions reviennent quand même à acter qu’aujourd’hui la loi est bafouée par des demandes communautaires dont les détails sont plus que lisibles entre les lignes : dispenses de cours de sport ou refus d’apprendre certaines parties de l’Histoire, refus de certaines femmes se faire soigner par un médecin homme, demande de dérogations pour motif religieux à l’Ecole, d’aménagements dans les entreprises ou dans les services publics…
Plutôt embêtant pour l’UMP et le gouvernement qui tous les jours nous annoncent qu’ils combattent le communautarisme et refusent tout accommodement raisonnable. Sachant qu’ils ont eu tous les pouvoirs nécessaires à la mise en place de ces propositions depuis presque 10 années et qu’ils ne proposent de les appliquer qu’après 2012, on peut douter de la volonté du parti majoritaire de vraiment appliquer un jour la loi…sans parler du fait qu’en 2012, il y a des élections pour lesquelles la tendance n’est plutôt pas favorable.
Mais en continuant la lecture, on arrive sur la partie vraiment intéressante intitulée « Liberté religieuse et lieux de culte ». Pour en résumer les propositions, il s’agit tout simplement de sécuriser les dons de terrain réalisés par baux emphytéotiques à option d’achat, de faciliter les constructions en garantissant les emprunts par les collectivités locales (quid du jour où l’Etat aurait vraiment à payer ?) et enfin de faciliter le fonctionnement des associations cultuelles en rénovant les dispositions juridiques applicables. La seule contrepartie est une meilleure transparence des fonds provenant de la collecte auprès des fidèles et des fonds étrangers.
Heureusement qu’en préambule l’UMP précisait qu’elle ne voulait pas remettre en cause « le principe de séparation des Églises et de l’État et, par conséquent, le principe selon lequel la République ne finance pas la construction de lieux de culte » car sinon on aurait pu croire à la lecture de ce document que cela était déjà fait. A la lecture de ce texte, on peut légitimement se demander si le but véritable de cette convention n’était pas de faire passer en catimini, couvert par le battage médiatique, le financement indirect par l’Etat des nouveaux lieux de culte.
Encore une fois, l’UMP joue la stratégie du crocodile (grande gueule, petits bras) en remettant toujours à demain ce qu’ils sont en capacité de faire aujourd’hui ou pire dans le cas présent, en faisant passer dans les détails, le contraire de ce qu’ils annoncent dans les discours. Comme lorsque le Président reconnait que le multiculturalisme est un échec mais continue à célébrer la diversité et que l’Education Nationale fait de plus en plus place aux cultures d’origine étrangères dans les programmes [1]. Comme lorsqu’il dénonce les échecs de l’intégration (on parle même plus d’assimilation) mais continue dans sa politique migratoire et s’en félicite. Comme lorsqu’il prétend combattre l’insécurité en supprimant des postes de policiers et gendarmes, en laissant les juges faire de la politique au tribunal et en ne faisant plus exécuter les peines de prison inférieures à 2 ans [2] pour ne pas avoir à construire des places de prison. Comme lorsqu’il dénonce l’euro fort et la désindustrialisation et qu’il va à Bruxelles signer un pacte de compétitivité avec l’Allemagne et qu’il met en place des mécanismes de sauvetage qui nous enferment toujours plus dans ce carcan déflationniste. On pourrait multiplier les exemples où les discours forts ne sont jamais suivis d’actes forts ou même sont suivis d’actes complètement contraires.
Tout cela donne aux Français le sentiment que plus rien n’est possible, que la politique ne sert plus à rien, qu’ils sont dépossédés de leur pouvoir de choisir par les partis de gouvernement. Et cela les pousse bien plus efficacement dans les bras de Marine Le Pen que tous les prétendus décontaminateurs de la pensée lepéniste que la pensée unique veut nous jeter en pâture. En refusant de défendre une vraie laïcité républicaine telle que définie par la loi 1905, l’UMP laisse la place au FN pour la récupérer et ainsi réaliser un hold-up sur la République, comme celui de la Nation dans les années 80.
Sur la laïcité à laquelle les français sont très attachés par l’Histoire de notre pays, l’UMP et le Président n’ont toujours rien compris. Ils n’ont pas compris que les Français ne voulaient pas de débat parce qu’il n’y a rien à débattre (à moins de proposer le changement notre République tout entière) ou plutôt qu’il n’y a rien à négocier. La laïcité est un pilier de la République sur quel les Français ne veulent qu’aucune concession ne soit faite. Ils veulent que la loi s’applique, toute la loi, rien que la loi et que ceux qui s’y opposent y soit contraints.
Nicolas Calbrix
[1] Exit Louis XIV et Napoléon au bénéfice de civilisations africaines
[2] loi votée en 2009, qui instaure les peines dites « alternatives », rarement appliquées comme le port du bracelet ou totalement symboliques comme 15 heures de travaux d’intérêt général
http://debout-les-jeunes.fr/blog/04/2011/2082/laicite-la-strategie-du-crocodile/
Le président de la BCE monsieur Jean Claude Trichet vient de hausser les taux d'intérêt directeurs de la banque centrale. Officiellement pour lutter contre la montée de l'inflation en Europe. Il y a eu de nombreuses réactions à cette décision, mais on peut séparer ces réactions en deux camps distinctifs. Les uns regrettent cette décision soulignant le caractère absurde de cette hausse puisque de l'inflation il n'y en a pas en Europe, ou qu'en tout cas son niveau est loin d'être inquiétant. Ensuite parce que cette décision peut casser la maigre croissance économique de la zone euro. Il y a aussi des réactions contraires qui vont encourager cette hausse justement parce que l'inflation nous guetterait, mais surtout parce que l'euro était en mauvaise posture face au dollar américain. De ce point de vue une hausse des taux était donc une "bonne" chose pour permettre le maintient de la valeur de l'euro menacée notamment par les faillites d'états en cascade. Le Portugal étant pour l'instant sous les feux de la rampe du crash test obligataireen attendant le gros morceau espagnole. Donc en prévision de ces mauvaises annoncent pour la zone euro la BCE a augmenté ses taux directeurs.
Alors tout cela est bien gentil comme réflexion, mais à mon avis on a légèrement tendance à oublier que les taux directeurs de la BCE n'ont en réalité qu'un effet très limité sur la croissance, l'inflation ou même sur la valeur de la monnaie sur les marchés. On peut même dire que l'on a là l'une des plus grandes esbroufes qui soient en matière économique. Car ces variations de taux de 0.25 point ou même 1 point ne changent pratiquement rien à la réalité économique de nos pays, cependant cela fait croire aux dirigeants qu'ils dirigent et aux citoyens qu'ils sont dirigés. On a affaire là à des outils de l'ordre de la communication plus qu'autre chose. Et cela en grande partie parce que les leviers de l'économie réelle ne sont plus entre les mains des dirigeants politiques, ni même dans celles des présidents des banques centrales que se soit en Europe ou aux USA. Nous ne sommes plus dans les années 30 époque où effectivement les variations de taux qui étaient alors beacoup plus élevé qu'aujourd'hui pouvaient avoir un effet plus ou moins grand. Mais c'était une autre époque un temps où la quantité de monnaie en circulation était surtout le fruit des politiques des banques centrales et pas le résultat de choix des prêts bancaires privés comme c'est le cas aujourd'hui. Nos pays ont en grande partie privatisé l'émission monétaire et ont renoncé aux politiques de change ou de protection commerciale. Les monnaies ont des valeurs fixées par les marchés, nos pays ont abandonné la possibilité d'agir sur l'économie ce sont des acteurs indépendant des autorités centrales qui décident. Donc à partir de là il ne faut guère s'étonner de voir les variations des taux ne pas changer grand chose aux réalités économiques. A moins bien sûr de faire varier ses taux à des niveaux inimaginable comme les USA l'ont fait durant les années Regan en détruisant leur économie avec des taux délirants pour arrêter l'inflation. Mais les micro-variations actuelles ne servent rigoureusement à rien. Ici la hausse des taux de Jean Claude trichet me fait penser aux sociétés primitives appelant le grand sorcier à faire une dense pour chasser les catastrophes ou améliorer les récoltes. Les variations des taux d'intérêt directeurs c'est à peu près du même ordre en terme d'efficacité macro-économique.
L'illusion du pouvoir des taux directeurs
Il faut en premier nous rappeler que les taux d'intérêt que font varier les présidents des banques centrales ce sont les taux auxquels prête la BCE au système bancaire. Ce n'est pas le taux auquel vous et moi, ou les entreprises empruntons. En augmentant son taux, la banque centrale augmente le taux auquel elle prête au système bancaire, mais rien ne dit que cela aura des répercussions sur les taux réels des prêts réalisés au reste de la population. Une baisse du taux directeur peut tout autant permettre une amélioration des conditions de prêt en général qu'une simple amélioration des comptes des banques privées et rien d'autre. A l'inverse une hausse des taux peut aussi ne pas se répercuter dans le reste de l'économie et ne pas être le drame qui voient certains. En réalité dans notre système économique actuel le comportement des agents bancaires dépend essentiellement de leur psychologie et du regard qu'ils ont sur la situation économique future. Car il n'y a pas de contrôle direct du crédit par la banque centrale, c'est d'ailleurs l'un des gros problèmes des systèmes économiques occidentaux, la chienlit du marché libéral est au coeur du fonctionnement de notre système bancaire. Le choix du niveau des taux relève du marché et de l'anticipation que font les banques de l'avenir économique. Si elles pensent que la situation est mauvaise et qu'elle ne s'améliorera pas, alors elles trouveront risqué de prêter, donc elle monteront leur taux quelque soit le taux auquel leur prête la banque centrale. Inversement s'il y a une surchauffe de l'économie, mais que les banques privées estiment qu'elles pourront toujours gagner plus avec leurs prêts alors elle prêteront à des taux bas et en grande quantité en prenant beaucoup de risque, et la hausse des taux directeurs de la banque centrale ne pourra rien n'y changer. Ce système décentralisé de la gestion des taux et des prêts entraine nourrit les bulles et les dépressions, on comprend mieux pourquoi certains économiste ont pu réclamer la nationalisation du système bancaire.
En fait, nous vivons dans une illusion de contrôle et les autorités de la BCE jouent ce rôle de tranquilisant, j'ose espérer qu'ils ne croient pas eux même en leur pouvoir. La hausse des taux aux USA n'a jamais empêché les bulles se former, pas plus que les baisses des taux directeurs ne relancent la croissance ou l'inflation. Le Japon qui a des taux pratiquement nuls depuis 20 ans, avec des effets secondaires graves comme le Yen Carry Trade, n'a pourtant jamais vu son inflation et sa croissance repartir. On surestime largement cet instrument économique qu'est la politique des taux directeurs. En fait il s'agit d'un outil bien moins puissance que la planche à billets(monétisation), les dévaluations ou les politiques protectionnistes et fiscales. Mais si l'Europe actuelle porte tant d'intérêt aux propos de son banquier central, c'est probablement parce que ces autres outils réellement puissants ont été abandonnés au préalable. Il est donc bien difficile pour moi de crier au loup comme mon collègue Laurent Pinsolle qui décrit la hausse des taux récents de la BCE comme un crime. Parce qu'en réalité cela ne signifie pas grand-chose vu le niveau de hausse, et qu'en plus même si l'on peut en vouloir à Trichet pour ses multiples exactions passées, notament la politique du franc fort dans les années 90, il n'a aucun moyen d'améliorer réellement la situation économique en Europe avec les moyens dont il dispose, même s'il le voulait. Le fait est qu'il commande un camion sans frein, sans volant et bientôt sans carburant, car c'est la structure même de l'UE et de la zone euro qui cndamne celle-ci à la catastrophe.
Nous pourrions remplacer Trichet par un homme mieux intentionné que cela ne changerait pas grand chose au problème, et même avec des taux nuls l'économie européenne ne redémarrerait pas. Le seul outil que la BCE peut utiliser physiquement, celle de l'achat direct des titres de dettes ,est limité par les statuts de la banque centrale et la nature cacophonique de la construction européenne. Une cacophonie liée aux divergences d'intérêts entre nations qui empêchent de toute façon de solutionner le problème de cette manière. L'Allemagne et les pays excédentaires de la zone euro refusant de "payer" par un accroissement de la masse monétaire, les dettes excessives dans lesquelles sont noyés les PIGS. Car bien évidemment l'Allemagne pense que cette monétisation produirait une hyperinflation, la réalité est tout autre, mais c'est surtout ce que pense les dirigeants allemands qui compte dans la décision finale. Nous le voyons, il ne reste à la BCE que les taux d'intérêt pour faire mumuse avec l'économie. En gros pour reprendre notre exemple du camion, la BCE a le pouvoir de changer l'angle du rétroviseur, çà peut être utile, mais ce n'est pas suffisant pour contrôler vraiment le camion. D'autant plus que les passagers arrières veulent pouvoir voir dans le rétroviseur et que c'est le plus fort qui impose le choix de cette angle. La hausse des taux est surtout un impératif allemand, la hausse nous indique donc clairement qui dirige l'Europe, du moins les quelques outils cosmétiques qui restent en place dans le cadre de la doxa libérale.
Taux d'intérêt directeur et crédit public
En vérité, les politiques des taux d'intérêt n'auraient un effet conséquent que si les banques centrales prêtaient directement aux états ou si les banques centrales prêtaient directement aux entreprises ou aux citoyens. En effet, dans un tel système il y aurait une centralisation des taux. Les banques centrales auraient là un véritable outil de contrôle des taux et de l'économie. On pourrait d'ailleurs cibler les taux pour par exemple mettre des taux très faibles sur les investissements industriels si l'investissement est trop faible dans ce secteur, et en même temps faire des taux plus élevés pour l'immobilier si une bulle se forme dans le secteur du bâtiment. A l'heure actuelle, il y a juste des distinctions sur la longueur des prêts pas sur leur nature. On remplacerait ici le marteau des taux d'intérêt par un outil chirurgicale plus précis permettant de favoriser de façon centralisée tel ou tel secteur en fonction des besoins collectifs. Bien sûr une telle organisation demande au préalable de se débarrasser de la croyance, toute libérale, de l'auto-équilibre des marchés. Il n'est pas vrai que la somme des intérêts individuels soit égale à l'intérêt collectif . Et le calcul individuel des banques a des conséquences dramatiques lorsqu'il y a un emballement ou une déprime excessive, la crise actuelle nous l'a bien fait comprendre.
Si les activités comptables peuvent être faites de manière décentralisée, les taux d'intérêt doivent au contraire être harmonisés et contrôlés au niveau de la nation. Au même titre que l'émission monétaire, les taux ne sauraient être le fruit de calculs individuels cumulés, car seul un acteur à l'échelle d'un pays peu bien réguler l'évolution globale du crédit et des prêts en volume. On ne peut pas demander à des acteurs privés de faire des choix de taux ou de prêts en fonction de contraintes nationales comme l'inflation moyenne ou le taux de croissance du pays. Les acteurs privés font des choix en fonction de leurs propres logiques et de leurs propres intérêts, mais la somme de ces comportements au niveau national ne coincide que rarement avec l'intérêt de la nation dans son ensemble. On est au coeur ici du problème que représente la logique libérale. Soit on croit encore que la somme des intérêts individuels est égale à l'intérêt collectif et l'on continue avec des agents bancaires totalement autonomes. Soit effectivement on pense que non, l'intérêt collectif est un intérêt qui différent de la somme de parties constituantes et l'on pense alors que l'essentiel de la monnaie en circulation doit être émise par la banque centrale. Et que les taux d'intérêts doivent être fixés au niveau national en fonction des contraintes collectives du pays.
Yann.
http://lebondosage.over-blog.fr/article-la-hausse-des-taux-d-interets-de-la-bce-71418724.html
Les grands axes de la campagne de 2012 pour l'UMP et son candidat de président sont en place. On en connaît maintenant, les boucs émissaires : Islam, immigrés et chômeurs fainéants !
« Il faut toujours être ivre », dit le poète. Mais en ces temps de réduction des horaires de Français, en ces temps où les « compétences » sont préférées aux savoirs et le « vivre ensemble » à l’étude des sciences et de la littérature, il semble bien que depuis quelques années, les élèves et les étudiants aient pris au sérieux, et au premier degré, l’objurgation de Baudelaire.
Qu’on me comprenne bien : quand Rabelais, au bout du bout de la quête de Panurge, dans le Cinquième Livre, confronte ses héros au « Trink ! » de la Dive Bouteille, je ne suis pas de ceux qui interprètent cet ordre comme un impératif purement spirituel. Alcofribas Nasier était né à la Devinière, près de Chinon, et même si les vins du XVIème siècle ne ressemblaient pas exactement aux nôtres, il a dû tâter dès son enfance du nectar de Touraine (1). Mais cela ne l’a pas empêché d’apprendre le latin et le grec — entre autres frivolités.
Cela étant posé, force est de constater qu’une épidémie de binge drinking, comme on dit élégamment chez les Anglo-saxons, sévit dans les lycées comme dans les prépas, les grandes écoles et les facs. On boit vite, très vite, du n’importe quoi en grandes quantités, afin de s’exploser la tronche. Et non, comme jadis les Grecs organisés en symposiums (ou en banquets, aurait dit Platon) afin de délier l’esprit et dire enfin des choses intelligentes — sur l’amour, par exemple. Non : les jeunes boivent pour faire comme les autres, certes, pour se démarquer, pour s’insérer dans un groupe — mais surtout pour oublier. Pour s’oublier. Se passer à la trappe. Kaputt. Finito. This is the end, beautiful friend…
Tout comme ils consomment, très tôt, des anxiolytiques, des anti-dépresseurs et des somnifères. S’abstraire. Anywhere out of the world, disait encore Baudelaire, dont je finirais par croire, comme jadis Marcel Aymé (2), qu’il est largement responsable de l’épidémie de mélancolie qui saisit notre belle jeunesse si je ne savais pas que ce sont les pédagos qui ont provoqué cette addiction aux liqueurs fortes et à l’amnésie provoquée.
« Heu… Les pédagos, vous êtes sûr ? »
Prenez une classe d’hypokhâgne ordinaire. Ils arrivent, début septembre, tout fanfarons de leurs excellentes notes de l’année et du Bac. Et de vilains sergents Hartmann — ma pomme et mes collègues — se mettent à leur dévisser la tête pour leur ch*** dans le cou, comme disent en chœur le héros de Kubrick (dans Full metal jacket) et cette endive cuite de Peter Gumbel (3). Bref, à les évaluer sur ce qu’ils produisent effectivement, au lieu de les caresser dans le sens du poil qu’on leur a fait pousser dans la main.
Et d’année en année, le niveau monte si bien que ce n’est plus un fossé mais un gouffre qui sépare l’école telle qu’elle se délite d’un vrai Supérieur tel qu’il est ou devrait être (d’où la nécessité de créer partout des CPES et autres propédeutiques aux études supérieures, afin de ne pas perdre en chemin tous ces élèves que le pédagogisme a si bien assommés au départ).
Alors, forcément, soumis enfin à la vérité des prix et à des exigences sérieuses, sensibles à une pression à laquelle rien ni personne ne les ont préparés, les malheureux s’explosent la tronche. Très vite si possible — à tel ou tel endroit, l’objectif est d’être absolument pété en quinze minutes, montre en main.
Pour y arriver, c’est très simple — même si quelques breuvages demandent une petite préparation. Mélangez par exemple de la vodka avec n’importe quoi qui en augmente le sucre tout en cannibalisant le goût — pomme, orange, caramel — ou fraise tagada, à faire macérer à l’avance. Avalez-en des quantités non négligeables, en panachant avec du martini rosso ou bianco, un doigt (pourquoi un seul ? demandait jadis Chantal Lauby) de Ricard et autres anisettes exotiques, revenez au TGV (tequila / gin / vodka, pour les ilotes du binge), couplez avec ce qui vous tombe sous la main, punch coco, daïquiri fraise et autres cocktails colorés — tout, sauf les alcools de papa : le vin, c’est ringard, sauf en cubitainers… Et avec ce que coûte un saint-julien 1985 ou un margaux 1990, vous pouvez à moindres frais vous offrir de l’explosif multicolore.
« Du Margaux ? Un truc de vieux, pour sûr ! T’es plus dans l’coup, papa… »
Il y a quelques années déjà, les jeunes se pintaient à la bière — mais c’est à peu près fini, du moins dans les couches intellectuelles. D’ailleurs, partout le houblon recule : le réchauffement climatique permet désormais de planter de la vigne sur les anciens terrils — du blanc sur le charbon. Et puis la bière, c’est lent. Ça fait pisser. En avant vers le 40°.
D'ici peu, ils s'offriront des spring breaks, comme aux Etats-Unis. Il suffit qu'une quelconque ville balnéaire française se dise que c'est un bon moyen pour remplir les hôtels et les bars avant la saison d'été. Comme à Cancun ou Panama City Beach. Au fond, les prépas et les grandes écoles fonctionnent déjà sur le modèle des fraternities… Kappa Alpha — hips ! — Society.
Et ce n'est pas circonscrit au Supérieur. Des élèves de lycée ou de collège s'y mettent.
Forcément. Ont-ils été mieux traités que leurs aînés par l'institution ? "Le niveau monte", disent Baudelot et Establet (que nous irons donc tous encourager à si bien penser, le 17 mai à 17 heures à l'IUFM de Marseille). Le taux d'alcoolémie aussi.
D’accord, ce monde est dur, les perspectives à court terme sont assez sombres, jamais la mélancolie n’a été si sévère (4). Mais qu’avons-nous fait pour préparer nos enfants aux défis du présent ? Nous les avons couvés, nous leur avons construit une école du bonheur immédiat, du « savoir-être » (savoir-être complètement noir ?), des « savoir-faire (savoir faire un Mojito ?). Nous leur avons donné des cours d’éducation civique et recommandé cent fois de ne pas conduire en état d’ivresse — un succès ! Nous avons prôné la camaraderie universelle, le « aimons-nous les uns les autres » crypto-gnan-gnan (une idée des anciens des Jeunesses Ouvrières Chrétiennes, probablement), la bobo-attitude… Et nous avons récolté des « communautés étanches, qui se regardent avec suspicion, et je ne suis pas sûr d’être satisfait du fait que les Musulmans, eux, se pintent au fondamentalisme au lieu de s’exploser au sperme de flamant rose (5).
En fait, il en est côté éducation comme du côté instruction. Plus on s’efforce de prôner la conciliation universelle et l’amour mou, plus on aiguise les clans et les rivalités — c’est mécanique. Plus on étête les élites, sous prétexte d’égalitarisme, et plus on enfonce les plus démunis — c’est forcé. Ce sont les exigences qui créent la connivence — pas le respect des « cultures autres ».
Alors, la « binge attitude » n’est que le reflet de ce qui a été semé — et ne nous plaignons pas d’avoir ici des élèves incontrôlables, là des gosses violents : quand les enfants boivent, les adultes trinquent. Une jeunesse en manque de repères ? Je le crois bien — les seuls repères significatifs sont ceux de la culture, et nous avons pratiquement renoncé à la transmettre. Il y a toujours eu chez les jeunes une propension à explorer les promesses des paradis artificiels — mais jamais aussi systématiquement qu’aujourd’hui. Ce n’est plus de l’alcool, c’est du sirop d’oubli qu’ils avalent. Ils ont été si mal bâtis par l’Ecole (et par leurs parents, qui s’en sont remis à une Ecole qui ne pouvait tout faire), si mal étayés par un Savoir en bribes, qu’ils aspirent au grand trou noir, au démantèlement, à la fonte des glaces et à la fin du Moi. Succès sur toute la ligne : ne surnageront, dans cette débâcle, que les héritiers, comme disait Bourdieu — ceux qui, dans leurs caves, trouveront les grands crus que buvaient leurs parents, et que l’Ecole a négligé de leur servir — ou de leur apprendre, au moins, à connaître.
Jean-Paul Brighelli